EXPÉRIENCE DE MORT IMMINENTE  
dans quelles autres circonstances peut-on vivre une emi    
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La découverte de ces états de conscience très particuliers en association avec une situation de mort imminente a été amplement exploitée, on s’en doute, par les médias à sensation, de sorte que la croyance s’est répandue que les EMI pourraient apporter une preuve de l’existence de l’au-delà. Cette rumeur a eu comme conséquence immédiate et regrettable d’écarter beaucoup de scientifiques de ce sujet de recherche. De plus, et malgré l’aspect à priori plutôt rassurant d’une telle croyance, l’association de cette expérience extraordinaire avec un sujet aussi tabou que la mort, continue de faire fuir ceux pour qui elle reste malgré tout un sujet à éviter…comme la peste !

C’est pour cela qu’il est important aujourd’hui de souligner un fait essentiel. Bien que la majorité des EMI étudiées à ce jour soit corrélée à une atteinte physiologique (inconscience, coma, mort clinique), ce n’est de loin pas la seule circonstance capable de précipiter le déroulement d’une telle expérience. Dans certains cas, la seule prise de conscience de sa mort prochaine (danger immédiat) ou encore un traumatisme psychique (par exemple un viol) peuvent provoquer une expérience similaire (Fear-death experience). En outre, des expériences semblables peuvent aussi survenir en dehors de toutes situations associées à un danger physique ou psychique. En effet, on s’est rendu compte que des circonstances totalement différentes pouvaient conduire à des états modifiés de conscience tout à fait similaires où l’on retrouve les mêmes sentiments intenses de paix, de bonheur, d’Amour et de Connaissance, de rencontre avec la lumière etc. Le Dr Jean-Pierre Jourdan a étudié ces expériences qui regroupent aussi bien des expériences contemporaines que des techniques décrites depuis des millénaires par d’autres cultures et qui peuvent être classées en deux catégories (Jourdan, 1992) :

  • On trouve dans la première catégorie, les expériences spontanées dont font partie les EMI et où l’on retrouve aussi les OBE (out-of-body experience) au cours desquelles une personne se perçoit comme étant à l’extérieur et à distance de son corps physique. La personne a l’impression d’être dans son état de conscience habituel, sans distorsion de la notion de temps ni d’espace , et l’expérience est vécue comme parfaitement réelle. Les sentiments éprouvés sont en général la joie, la liberté et la paix, mais il arrive que de la peur soit ressentie. L’OBE classique correspond donc à la première étape de beaucoup de EMI, mais parfois l’expérience peut évoluer et son déroulement ultérieur rappelle alors aussi très fortement les étapes suivantes des EMI (lumière attirante, présence de guides, perception d’une frontière). Les deux expériences apparaissent donc très semblables sans être toutefois identiques, ce qui pourrait s’expliquer par la différence existant entre les circonstances de survenue, puisque les OBEs se produisent en général dans un état de calme et de repos mental et physique (par exemple juste avant l’endormissement). On trouve aussi dans cette première catégorie les expériences mystiques et religieuses.

  • La deuxième catégorie concerne les expériences provoquées ou recherchées, soit par différentes techniques de relaxation (utilisant par exemple la maîtrise de la respiration ou l’isolement sensoriel) ainsi que par le neurobiofeedback qui peuvent aider à vivre une OBE, soit par des techniques physiques et/ou spirituelles comme le yoga ou la méditation transcendantale, qui peuvent conduire à ce qu’on appelle un "réveil de kundalini". La kundalini est dans la tradition hindoue une "énergie ou force évolutive" symbolisée par un serpent lové à la base de la colonne vertébrale, dont l’éveil puis l’ascension va ouvrir les différents centres énergétiques appelés chakras, puis, atteignant le dernier au sommet du crâne, éveillera la conscience à une réalité supérieure. Cet éveil qui peut se faire sur des mois ou des années est accompagné de symptômes physiques et psychiques ainsi que de conséquences étonnamment similaires à ceux rapportés par les témoins de EMI. En dehors de la tradition hindoue, de nombreuses autres traditions semblent posséder ainsi leur propre technique, élaborée de manière empirique, permettant d’accéder à un état de conscience particulier, et qui, quelle que soit la méthode utilisée, présente toujours de grandes similitudes avec les EMI.
Ainsi, il existe beaucoup d’états modifiés de conscience, spontanés ou recherchés, possédant de nombreux points communs avec les EMI, tant au niveau du déroulement de l’expérience qu’au niveau de ses répercussions ou de ses effets à long terme sur les témoins, et tous semblent conduire à une transformation allant dans le sens d’une évolution personnelle. La sensation de faire partie d’un Tout, une conscience élargie, ainsi que l’apparition de facultés psychiques extraordinaires sont couramment décrites à la suite de ces expériences. En essayant d’établir un parallèle entre ces techniques et les expériences de Penfield ou celles vécues sous kétamine dont nous avons parlé plus haut, le Dr Jourdan aboutit à une hypothèse complexe et intéressante. L’hippocampe apparaît alors comme la cible commune à tous ces chemins d’accès à un autre état de conscience qui permettraient d’isoler et de libérer la conscience du flux d’information dont les organes des sens la saturent constamment, lui permettant d’accéder à un autre niveau de perception.

Cette précision quant aux circonstances où surviennent de telles expériences est importante car, vu sous cet angle, les expériences de mort imminente pourraient être en fait interprétées comme des expériences de "vie imminente", c’est-à-dire des circonstances particulières au cours desquelles se produirait plus facilement la libération d’un formidable potentiel de l’esprit humain, insoupçonné mais à la portée de tout un chacun à n’importe quel moment de sa vie. D’autre part, l’étude de ces états de conscience particuliers associés à des techniques très bien codifiées pourrait être plus facile que l’étude des états associés aux EMI pour lesquels nous n’avons pour l’instant que des témoignages à posteriori. Comme le suggère le Dr Jourdan, étudier ces techniques ancestrales avec nos connaissances actuelles pourrait peut-être permettre d’en comprendre les mécanismes neuro- et psychophysiologiques sous-jacents.