HISTORIQUE HALLOWEEN I
L'Halloween à San Francisco et le mouvement gai
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Nous sommes au club Black Cat Café de San Francisco. C’est le soir d'Halloween de 1963 et le club vient de perdre sa licence de vente d'alcool. Douze policiers catholiques irlandais sont au rendez-vous et sillonnent les rues. Deux mille personnes rendent un dernier hommage à cette institution du mouvement gai. Le Black Cat Café fut un lieu de rencontre pour les activistes gaies durant plusieurs années. Il faut se rappeler que le travestisme était interdit à cette époque et qu’un contrevenant risquait une peine d'emprisonnement. Les parades de Drag Queen n'existaient pas encore. Mais heureusement qu'il y avait le soir de l'Halloween! C’était l’unique occasion où les Drag Queens pouvaient s'afficher. Mais avant le premier coup de minuit, les travestis s’empressaient de reprendre leurs vêtements masculins alors que des policiers attendaient, menotte en main, le dernier carillon de minuit. Au son de minuit, comme cendrillon et sa calèche, les gais encore vêtus en femmes devenaient de nouveau des criminelles aux yeux de la loi.

Une recherche dans les archives du "Gay, Lesbian, Bisexual and Transgender Historical Society of Northern California for artifacts of San Francisco", montre l'étendu de la popularité chez les gaies de la fête d'Halloween. C’était l’unique occasion où ils pouvaient fêter sans entraver la justice. Les Drag Queens et leurs escortes en smoking prenaient de plus en plus de place. La limousine qui leur servait de char fut bientôt remplacée par des autobus et finalement par des chars allégoriques.

En 1978, la même nuit, mais quinze ans depuis la fermeture du Black Cat Café, la situation avait changée. Le sénateur républicain de la Californie ne voulait pas de gaies dans les écoles. Il voulait les photographier durant une parade d'Halloween. Ne voulant créer un affrontement entre les parties, le maire de la ville, le chef de police et certains administrateurs municipaux demandèrent au sénateur de fêter l'Halloween ailleurs. La situation s'était inversée depuis 1963. Quelques semaines plus tard, le maire et un administrateur furent assassinés à la mairie par un policier et un ami anti-gais.

Durant les années 80, les parades d'Halloween étaient devenues une véritable source de violence pour la communauté gaie. La fête la plus populaire était celle de la rue Castro à San Francisco. Non seulement les gaies, mais des groupes anti-gaies y participaient en se faisant passer pour des fêtards. Les anti-gaies se costumaient en joueur de baseball avec un bâton en main, en joueur de golf avec bâton en main, en vieillard avec une canne en main. Les policiers confisquaient le plus d'armes possible. Avec tout ce qu'ils trouvaient, il était étonnant qu'il n'y ait pas eu plus de victimes.

La ville de Détroit avec ses milliers de maisons abonnées depuis les années 30, suite à la fermeture des usines automobiles, fut la cible de plus de 350 incendies criminels en 1984, veille de l'Halloween. Faisant la une à plusieurs reprises pendant plusieurs années, Détroit devint un attrait touristique pour ses feux d'Halloween. La ville entreprit plusieurs démarches pour trouver les coupables et introduisit un couvre-feu pour les jeunes. La veille d'Halloween, des milliers de citoyens parcouraient les rues de leurs voisinages pour empêcher ces feux. Mais entre le 29 et 31 octobre 1994, cela n’empêcha nullement des fêtards criminels d’allumer 360 feux. La ville et sa population durent se résigner à détruire une grande partie de cette ancienne ville fantôme en rasant plusieurs milliers de maisons abandonnées entre les années 30-40.

Vers 1989, le New York Times note la croissance d'une mode : le mouvement Goth (gothique). Le maquillage et les costumes n'étaient plus réservés au 31 octobre. Des jeunes se maquillaient et portaient des vêtements aux allures « halloweenesques. » Des groupes, tel que Alice Coopers, Kiss, Marilyn Manson officialisaient le mouvement Goth avec le maquillage pâle et le linge noir. Mais les Goths conservateurs du mouvement se tenaient loin des spectacles de ces groupes puisqu'ils utilisaient une apparence de satanisme, ce qui n'était pas dans la philosophie gothique.


Vers 1990, il y avait environ 250 000 personnes sur Castro street pour fêter l'Halloween. L'engouement pour la fête attira plus que des personnes costumées. Un télé-évangéliste disait qu'il était plus facile de trouver un condom qu'une bible à San Francisco et qu'il fallait réciter un exorcisme pour libérer les pauvres âmes. Des rassemblements de dizaines de milliers de prieurs envahirent la ville pour sauver les âmes maudites. Pour répondre à ces démonstrations religieuses, les activistes gaies formèrent le mouvement GHOST, « the Grand Homosexual Outrage at Sickening Televangelists. »

En 1994, les entreprises d'alcool embarquèrent dans le phénomène d'Halloween avec de fortes publicités. Des bouteilles avec une cape d'Halloween, des bouteilles avec du bandage de momies, des bouteilles Frankenstein avec des boulons de chaque côté. Ce qui leurs valurent la réprobation de la Berkely Trauma Foundation avec une campagne publicitaire appelée « Hands off halloween. »

En 1995, une école décida d'interdire la fête d'Halloween dans ses enceintes. Tout au plus, ils acceptaient que les enfants se costument uniquement en personnage de bande dessinée. Pas moins de 800 parents et enfants protestèrent devant l'école. L'école a dû faire volte-face au grand damne des biens pensants et du télé-évangéliste qui appuyait la censure de la fête.

De plus en plus, les télé-évangélistes utilisèrent la fête d'Halloween pour protester contre les gaies et toutes les autres formes de péché. L'Halloween devint un milieu de prédilection de la morale avec la Haunted House de la Christian Fellowship Church. Une soirée d'Halloween où les mises en scène d'avortements, de drogués, d'alcooliques, de gaies, de morts par le sida, étaient sévèrement culpabilisantes et menaient à la damnation. Toute église pouvait se procurer le manuel d'instruction pour créer cette fête d'Halloween. En 1997 plus de 20 000 servants de Dieu assistèrent à l'une de ces soirées d'Halloween chrétienne, jugeant et condamnant les sidéens à l'enfer, fidèles de l'Antéchrist.

D'autres églises ne suivaient pas cette chasse aux sorcières et préféraient créer une fête d'Halloween typique avec des démons sans têtes, des zombies et du sang répandu dans les sous-sols d'église. Un pasteur expliqua sa cave aux horreurs en disant que le sous-sol des églises était le meilleur endroit pour démontrer et reconnaître l'horreur et la beauté du monde spirituel. Et que l'Halloween était un moment où nous pouvions voir symboliquement et par l'imagination la terreur et violence qui nous entoure . Par exemple en 1994, un masque à la mode était celui de O.J. Simpson et de son ex-femme brutalement assassinée. Un autre masque fort demandé la même année était celui de Loreana Bobbit, cette femme qui avait coupé le pénis d'un homme avec ses dents.

Le political correctness fit apparition. Il ne fallait pas se costumer en indien, en sorcière, en cowboy, en handicapé, en amputé, en clochard sans être condamné par un groupe ou une association quelconque. Pour contrer ce political correct, certains handicapés en chaise roulante par exemple, décorèrent leur chaise en voiture ou tapis volant. Des amputés, avec une jambe en bois de pirate. Des handicapés fabriquèrent une troisième jambe avec leurs cannes, répondant ainsi au political correctness. Par contre, certaines mises en scène furent condamnées lorsque des étudiants blancs se costumèrent en Klu Klux Klan, transportant un homme maquillé en noir au bout d'une corde de pendu. Un autre cas fut celui d’un jeune qui fabriqua un costume en forme de vagin géant. Le principal de l'école, vraiment scandalisé, interdit au jeune homme de porter ce costume. Toutefois, l’étudiant le remit plus tard, juste avant la fin du concours du meilleur costume et remporta même le prix. Il fut suspendu pour le reste de la semaine.

De nos jours, l'Halloween est l'unique fête qui n'est pas reconnue légalement par les gouvernements comme Noël, Pâques ou le jour de l'an. C’est finalement une fête populaire qui apparaît à chaque année et qui demeure encore imprédictible.