EMMANUEL SWEDENBORG  
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Première partie
DIEU

L'amour est la vie de l'homme

1. L'homme sait que l'amour existe, parce qu'on dit : Un tel m'aime, le roi aime ses sujets, le mari aime son épouse, la mère aime ses enfants, et réciproquement. Pareillement on aime sa patrie, ses concitoyens et son prochain. Il en est de même des choses : on aime une chose ou une autre. Cependant, malgré l'usage universel de ce mot, peu de personnes savent ce que c'est que l'amour. Quand l'homme médite sur l'amour et qu'il ne peut s'en former une idée, il dit que ce n'est rien, ou seulement une chose qui influe par la vue, l'ouïe, le toucher et la fréquentation, et ainsi émeut. Il ignore totalement que l'amour est sa vie même, non seulement la vie de tout son corps et de toutes ses pensées en général, mais aussi celle de chacune de leurs parties. Le sage peut le percevoir quand il est dit : Si tu éloignes l'affection qui appartient à l'amour, peux-tu penser ou faire quelque chose ? La pensée, la parole et l'action ne se refroidissent-elles pas selon que se refroidit l'affection qui appartient à l'amour ? Ne s'échauffent-elles pas quand l'affection s'échauffe ? Mais le sage perçoit par l'expérience et non par la connaissance que l'amour est la vie de l'homme.

2. Personne ne sait ce qu'est la vie de l'homme, à moins qu'il ne sache que cette vie est l'amour. Celui qui l'ignore peut croire que la vie de l'homme est seulement sentir, agir et penser. Cependant la pensée est le premier effet de la vie ; la sensation et l'action en sont le second. Il est dit que la pensée est le premier effet de la vie, mais il y a une pensée intérieure et une autre plus intérieure encore ; il y a aussi une pensée extérieure et une autre plus extérieure encore. La pensée intime, qui est la perception des fins, est en actualité le premier effet de la vie. Il en sera parlé quand il s'agira des degrés de la vie.

3. Par la chaleur du soleil dans le monde, on peut percevoir que l'amour est la vie de l'homme. On sait que cette chaleur est comme la vie commune de toute végétation de la terre, car par elle au printemps, les végétaux de tout genre sortent de terre, s'ornent de feuilles, puis de fleurs et enfin de fruits, et ainsi sont comme vivants. Quand la chaleur se retire en automne et en hiver, ils se dépouillent de ces signes de leur vie, et se flétrissent. Il en est de même de l'amour chez l'homme, car l'amour et la chaleur se correspondent mutuellement ; pour cette raison l'amour aussi est chaud.

Dieu seul, ainsi le Seigneur, est l'amour même,
parce qu'il est la vie même. Les anges et les hommes
sont les réceptacles de la vie

4. Ce sujet est illustré par un grand nombre d'explications dans les traités sur la Divine Providence et sur la vie. Ici il sera seulement dit que le Seigneur, qui est le Dieu de l'univers, est incréé et infini, mais que l'homme et l'ange sont créés et finis. Comme le Seigneur est incréé et infini, Il est l'Être même qui est appelé Jéhovah, la Vie Même ou la Vie en Soi. Nul ne peut être créé immédiatement de l'Incréé, de l'Infini, de l'Être Même, ni de la Vie Même, parce que le Divin est Un et non divisible, mais il faut que chacun le soit de choses créées et finies, formées de telle façon, que le Divin puisse être en elles. Comme les hommes et les anges sont ainsi créés, ils sont des réceptacles de la vie. Si un homme se laisse entrainer à croire qu'il n'est pas un réceptacle de la vie, mais qu'il est la vie, il ne peut être détourné de la pensée qu'il est Dieu. C'est d'après une illusion, que l'homme sent qu'il est la vie, et par suite croit qu'il est la vie, car dans la cause instrumentale, la cause principale est toujours perçue comme étant une avec elle. Dans Jean V. 26. Le Seigneur enseigne Lui Même qu'Il est la Vie en Soi : « Comme le Père a la Vie en Lui-Même, ainsi Il a aussi donné au Fils d'avoir la Vie en Lui-Méme ». - Il enseigne aussi qu'Il est la Vie Même, Jean XI, 25 ; XIV, 6 - Puisque la vie et l'amour sont un, comme il a été dit aux Nos 1 et 2, il s'ensuit que le Seigneur, parce qu'Il est la Vie Même, est l'Amour Même.

5. Pour comprendre cela, il faut absolument savoir que le Seigneur, parce qu'il est l'Amour dans son essence même, c'est-à-dire le Divin Amour, apparait comme Soleil devant les anges dans le ciel, et que de ce Soleil procèdent une chaleur et une lumière. La chaleur qui en procède est dans son essence l'amour, et la lumière, la sagesse. Autant les anges sont des réceptacles de cette chaleur et de cette lumière spirituelles, autant ils sont des amours et des sagesses, non des amours et des sagesses d'après eux-mêmes, mais d'après le Seigneur. Cette chaleur et cette lumière spirituelles influent non seulement chez les anges et les affectent, mais aussi chez les hommes dans la mesure où ils deviennent des réceptacles. Ils le deviennent selon leur amour envers le Seigneur et leur amour à l'égard du prochain. Ce Soleil lui-même, ou le Divin Amour, ne peut par sa chaleur et sa lumière créer quelqu'un immédiatenient d'après Lui-Même, car un être ainsi créé serait l'Amour dans son essence, qui est le Seigneur Lui-Même. Mais ce Soleil peut le créer d'après des substances et des matières formées de telle façon, qu'elles peuvent recevoir la chaleur même et la lumière même. Pareillement, le soleil du monde ne peut par sa chaleur et sa lumière, produire immédiatement des germinations dans la terre, mais il le peut par l'effet de sa chaleur et de sa lumière dans les matières de l'humus, et donner ainsi la végétation. On voit dans le traité du ciel et de l'enfer, aux N°s 116 à 140, que le Divin Amour du Seigneur apparaît comme Soleil dans le monde spirituel, et que de ce Soleil procèdent une chaleur et une lumière spirituelles, d'après lesquelles les anges ont l'amour et la sagesse.

6. Puisque l'homme n'est pas la vie, mais qu'il est un réceptable de la vie, il s'ensuit que la conception de l'homme par le père n'est pas la conception de la vie, mais seulement celle de la première et de la plus pure forme qui peut recevoir la vie. A cette forme, comme à un noyau ou à un point de départ, se joignent successivement dans l'utérus, les substances et les matières adaptées en des formes pour la réception de la vie dans leur ordre et dans leur degré.

Le divin n'est pas dans l'espace

7. Le Divin n'est pas dans l'espace, quoiqu'Il soit omniprésent chez l'homme dans le monde, chez l'ange dans le ciel et chez l'esprit sous le ciel. Cela peut être compris par l'idée spirituelle, mais ne peut l'être par l'idée purement naturelle, parce qu'en cette dernière il y a la notion de l'espace. En effet celle-ci a été formée d'après les choses qui sont dans le monde, et l'espace est dans toutes et chacune des choses qui sont vues par les yeux. Là, tout ce qui est grand, petit, long, large et haut, en un mot toute mesure, figure et forme appartiennent à l'espace. Ainsi par l'idée purement naturelle, on ne peut saisir que le Divin n'est pas dans l'espace, quand on dit qu'Il est partout. Néanmoins l'homme peut le saisir par la pensée naturelle, pourvu qu'en elle il admette quelque peu la lumière spirituelle. Pour cette raison, il sera d'abord traité de l'idée spirituelle, et ensuite de la pensée qui en découle. L'idée spirituelle ne tire rien de l'espace, mais elle tire tout de l'état. L'état dépend de l'amour, de la vie, de la sagesse, des affections, des joies qui en proviennent ; en général du bien et du vrai. L'idée vraiment spirituelle sur ces choses n'a rien de commun avec l'espace, elle est au-dessus, et elle regarde les idées d'espace au dessous d'elle comme le ciel regarde la terre. Puisque les anges et les esprits voient par les yeux comme les hommes dans le monde, et que les objets ne peuvent être vus que dans l'espace, il s'ensuit que dans le monde spirituel où sont les esprits et les anges, il apparait des espaces semblables aux espaces sur terre. Néanmoins ce ne sont pas des espaces mais des apparences d'espaces, car ils ne sont ni fixes, ni déterminés comme sur terre. En effet, ils peuvent être allongés, rétrécis, changés et variés. Ainsi, ne pouvant être déterminés par la mesure, ils ne peuvent être saisis par aucune idée naturelle, mais seulement par l'idée spirituelle. Pour celle-ci, les distances de l'espace ne sont autres que les distances du bien et les distances du vrai, qui sont des affinités et des ressemblances selon les états du bien et du vrai.

8. Il en découle que l'homme, par une idée purement naturelle, ne peut saisir que le Divin est partout, et cependant n'est pas dans l'espace. Les anges et les esprits le saisissent clairement. L'homme aussi peut le comprendre, pourvu que dans sa pensée il admette quelque chose de la lumière spirituelle, alors c'est son esprit qui pense et non son corps, ainsi c'est son spirituel et non son naturel.

9. Certains ne le comprennent pas, parce qu'ils aiment le naturel, et de ce fait ne veulent pas élever les pensées de leur entendement au-dessus du naturel, dans la lumière spirituelle. Ils ne peuvent alors penser que d'après l'espace, même à Dieu. Mais penser à Dieu d'après l'espace, c'est y penser d'après l'étendue de la nature. Ce préliminaire est nécessaire, car sans la connaissance et la perception que le Divin n'est pas dans l'espace, on ne peut rien comprendre de la Vie Divine, qui est l'amour et la sagesse. Et par suite, on ne comprendrait presque rien sur la Divine Providence, l'Omniprésence, l'Omniscience, l'Omnipotence, l'Infinité et l'Eternité dont il sera traité en série.

10. Dans le monde spirituel, il apparaît des espaces comme dans le monde naturel, par conséquent aussi des distances, mais ce sont des apparences selon les affinités spirituelles qui appartiennent à l'amour et à la sagesse, ou au bien et au vrai. C'est pourquoi le Seigneur, bien qu'Il soit partout chez les anges dans les cieux, apparaît néanmoins, en haut, au-dessus d'eux comme Soleil. Puisque la réception de l'amour et de la sagesse fait l'affinité avec le Seigneur, les cieux où les anges sont, d'après la réception, dans une affinité plus proche, apparaissent plus près de Lui que ceux où les anges sont dans une affinité plus éloignée. Il s'ensuit que les cieux qui sont au nombre de trois, ont été aussi distingués entre eux ; il en est de même des sociétés de chaque ciel. De plus, les enfers qui sont sous les cieux, sont éloignés selon le rejet de l'amour et de la sagesse. Sur la terre aussi, le Seigneur est présent chez tous les hommes, pour l'unique raison qu'Il n'est pas dans l'espace.

Dieu est l'Homme Même

11. Dans tous les cieux il n'y a d'autre idée de Dieu que l'idée d'un Homme. Il en est ainsi, parce que le ciel dans le tout et dans la partie, a la forme d'un homme, et que le Divin qui est chez les anges fait le ciel. Or, comme la pensée s'étend selon la forme du ciel, il est impossible aux anges de penser autrement de Dieu. Dans le monde aussi, tous ceux qui ont été conjoints au ciel, pensent pareillement de Dieu, quand ils pensent intérieurement ou dans leur esprit. Parce que Dieu est Homme, tous les anges et tous les esprits sont hommes dans une forme parfaite. Cela provient de la forme du ciel qui est toujours la même dans les très grands et dans les très petits. On voit dans le traité « Le ciel et l'enfer », aux N°s 59 à 87, que le ciel dans le tout et dans la partie a la forme d'un homme ; aux N°s 203, 204, que les pensées s'étendent selon la forme du ciel. Il est dit dans Genèse 1, 26, 27, que les hommes ont été créés, à l'image et à la ressemblance de Dieu. On sait aussi que Dieu a été vu comme Homme par Abraham et par d'autres. Les anciens, les sages comme les simples, n'ont eu de Dieu aucune autre pensée que celle d'un Homme. Quand ils ont commencé à adorer plusieurs dieux, comme ils l'ont fait à Athènes et à Rome, ils les ont tous adorés comme hommes. Ceci peut être illustré par ce passage extrait de l'opuscule « La continuation sur le jugement dernier » N° 74 :
« Les nations, surtout les Africains, qui reconnaissent et adorent un seul Dieu, Créateur de l'univers, ont de Dieu l'idée d'un Homme. Ils refusent de croire que certaines personnes qui pensent que Dieu est une petite nuée quelque part, puissent être parmi les Chrétiens. Mais il leur est dit qu'une telle idée vient aux Chrétiens parce que Dieu dans la Parole, est appelé Esprit, et que pour ces Chretiens, un esprit est comme une petite nuée, parce qu'ils ne savent pas que les esprits et les anges sont hommes. Cependant on a examiné ceux qui reconnaissent intérieurement le Seigneur pour Dieu du ciel et de la terre, et on a découvert que leur idée spirituelle et leur idée naturelle n'étaient pas semblables. J'ai entendu un prêtre chrétien dire que personne ne peut avoir une idée du Divin Humain. On le conduisit successivement vers différentes nations qui avaient une perception de plus en plus intérieure, ensuite vers leurs cieux, et enfin vers le ciel chrétien. Partout il lui fut donné communication de leur perception intérieure sur Dieu, et il remarqua qu'ils n'avaient d'autre idée de Dieu, que celle d'un Homme, qui est la même que l'idée du Divin Humain ».

12. Dans le Christianisme l'idée populaire de Dieu est celle d'un Homme, parce que Dieu est nommé personne, dans la doctrine de la Trinité Athanasienne. Ceux qui se croient plus sages que le peuple, déclarent Dieu invisible, parce qu'ils ne peuvent saisir comment Dieu, comme Homme, aurait pu créer le ciel et la terre, et remplir l'univers de Sa présence, ni saisir d'autres choses qui ne peuvent être comprises tant qu'on ignore que le Divin n'est pas dans l'espace. Mais ceux qui s'adressent au Seigneur Seul conçoivent le Divin Humain, ainsi Dieu comme Homme.

13. On peut voir combien il est important d'avoir une juste idée de Dieu, en ce que cette idée de Dieu fait l'intime de la pensée chez tous ceux qui ont de la religion, car toutes les choses de la religion et toutes celles du culte regardent Dieu. Comme Dieu est universellement et particulièrement dans toutes les choses de la religion et du culte, il en résulte que sans une juste idée de Dieu, il ne peut y avoir communication avec les cieux. Ainsi chaque nation dans le monde spirituel obtient sa place selon son idée de Dieu comme Homme, car dans cette idée, et non dans une autre, il y a l'idée du Seigneur. On voit clairement par son opposé que l'état de la vie de l'homme après la mort est selon l'idée de Dieu confirmée chez lui, car la négation de Dieu, et dans le Christianisme la négation de la Divinité du Seigneur, fait l'enfer.

L'Être et l'Exister dans Dieu-Homme sont distinctement Un

14. Où est l'Être, là est l'Exister l'un n'est pas sans l'autre, car l'Être est par l'Exister, et non sans Lui. Le rationnel le comprend quand il se demande s'il peut y avoir un Être qui n'Existe pas, et s'il peut y avoir un Exister sinon d'après l'Être. Puisque l'un n'est possible qu'avec l'autre, et non sans l'autre, il s'ensuit qu'ils sont un, mais distinctement un. Ils sont distinctement un comme l'amour et la sagesse. En fait l'amour est l'Être, et la sagesse est l'Exister, car il ne peut y avoir d'amour sans la sagesse ni de sagesse sans l'amour. Par conséquent lorsque l'amour est dans la sagesse, alors il existe. Ces deux sont tellement un, qu'ils peuvent, il est vrai, être distingués par la pensée, mais non en fait ; c'est pourquoi il est dit distinctement un. L'Être et l'Exister dans Dieu-Homme sont aussi distinctement un comme l'âme et le corps. Il ne peut y avoir d'âme sans son corps, ni de corps sans son âme. C'est la Divine Ame de Dieu-Homme qui est entendue par le Divin Être, et c'est son Divin Corps qui est entendu par le Divin Exister. C'est une erreur qui provient d'illusions que de croire que l'âme puisse exister sans le corps, et qu'elle puisse penser et être sage sans lui, car toute âme d'homme est dans un corps spirituel après qu'elle a rejeté l'enveloppe matérielle qu'elle portait dans le monde.

15. L'Être n'est pas l'Être à moins qu'il n'Existe, parce qu'auparavant il n'est pas dans une forme. S'il n'est pas dans une forme, il n'a pas de qualité ; et ce qui n'a pas de qualité n'est pas quelque chose. Ce qui existe d'après l'Être, fait un avec l'Être parce qu'il vient de l'Être. Ainsi il y a l'union de deux en un, et c'est de là que l'un appartient à l'autre mutuellement, et que l'un est tout dans toutes les choses de l'autre comme en soi.

16. D'après ces explications, on peut voir que Dieu est Homme, par conséquent qu'il est Dieu-Existant, existant non par Soi, mais en Soi. Celui qui existe en Soi est Dieu, de Qui procède toute chose.

Dans Dieu-Homme les Infinis sont distinctement Un

17. On sait que Dieu est Infini, en effet il est appelé Infini. Mais il est appelé Infini, parce qu'il est Infini. Il est Infini, non seulement parce qu'il est l'Être Même et l'Exister Même en Soi, mais parce que les Infinis sont en Lui. L'infini sans les Infinis en Lui n'est Infini que de nom seulement. Les Infinis en Lui ne peuvent être appelés ni infiniment nombreux, ni infiniment tous, à cause de l'idée naturelle attachée aux expressions «nombreux» et «tous» car l'idée naturelle d'infiniment nombreux est limitée, et celle d'infiniment tous est illimitée, il est vrai, mais elle tient aux choses limitées dans l'univers. Ainsi, l'homme parce qu'il est dans l'idée naturelle, ne peut par sublimation, ni par approximation venir dans la perception des Infinis en Dieu. Mais l'ange, parce qu'il est dans l'idée spirituelle, peut par sublimation et par approximation venir au dessus du degré de l'homme, sans cependant atteindre cette perception.

18. Celui qui croit en Dieu peut trouver en lui la preuve que les Infinis sont en Dieu. Puisque Dieu est Homme, Il a un corps et tout ce qui appartient au corps, c'est-à-dire une face, une poitrine, un ventre, des lombes, des pieds, car sans ces parties Il ne serait pas Homme. Puisqu'il a ces parties, Il a aussi des yeux, des oreilles, des narines, une bouche, une langue, et aussi les parties qui sont intérieurement dans l'homme, comme le cœur et le poumon, et celles qui en dépendent, qui toutes prises ensemble font que l'homme est homme. Dans l'homme créé, ces parties sont en grand nombre, et considérées dans leur contexture, elles sont innombrables. Mais dans Dieu-Homme, elles sont infinies, rien n'y manque, d'où découle Son Infinie Perfection. Il est fait une comparaison de l'Homme incréé, qui est Dieu, avec l'homme créé, parce que Dieu est Homme et que Lui-même a dit que l'homme a été créé à Son image et selon Sa ressemblance, - Gen. 1, 26, 27.

19. Pour les anges, d'après les cieux dans lesquels ils sont, il est bien plus évident que les Infinis sont en Dieu. Le ciel entier, qui consiste en myriades de myriades d'anges, dans sa forme universelle est comme un homme. Il en est de même de chaque société du ciel, tant grande que petite. Il s'ensuit que l'ange est homme, car un ange est le ciel dans sa forme la plus petite. On le voit dans le traité « Le ciel et l'enfer », N°s 51 à 86. Le ciel, dans le tout, dans la partie et dans l'individu, est dans une telle forme d'après le Divin que les anges reçoivent, car autant l'ange reçoit du Divin, autant il est homme dans une forme parfaite. C'est pourquoi il est dit que les anges sont en Dieu, et que Dieu est en eux, et aussi que Dieu est leur tout. Il est impossible de décrire quelle multitude de choses il y a dans le ciel. Comme le Divin fait le ciel, et que par conséquent cette multitude inexprimable de choses procède du Divin, il devient bien évident que les infinis sont dans l'Homme Même, qui est Dieu.

20. On peut tirer une semblable conclusion d'après l'univers créé, quand on le considère par les usages et leurs correspondances. Mais au préalable des explications sont nécessaires pour une bonne compréhension.

21. Puisque dans Dieu-Homme, il y a les infinis, qui, dans le ciel, dans l'ange et dans l'homme, apparaissent comme dans un miroir, et puisque Dieu-Homme n'est pas dans l'espace, ainsi qu'il a été montré ci-dessus, N°s 7 à 10, on peut en quelque sorte voir et saisir comment Dieu peut être Omniprésent, Omniscient et Tout-Prévoyant, et comment il a pu en tant qu'Homme créer toutes choses, et peut en tant qu'Homme tenir éternellement dans leur ordre toutes les choses créées par Lui.

22. D'après l'homme, on peut encore voir comme dans un miroir, que les infinis sont distinctement un dans Dieu-Homme. Dans l'homme il y a unequantité innombrable de parties comme il a déjà été dit, néanmoins l'homme les sent comme un. Par la sensation il ne sait rien de ses cerveaux, de son cœur, de ses poumons, de son foie, de sa rate et de son pancréas ; ni rien des parties innombrables qui sont dans les yeux, dans les oreilles, dans la langue, dans l'estomac, dans les organes de la génération, et dans toutes les autres choses qui le constituent ; et parce qu'il ne sait rien par la sensation, il est pour lui-même comme un. Il en est ainsi, parce que toutes ces choses sont dans une telle forme, qu'il ne peut en manquer une seule, car l'homme est une forme récipiente de la vie qui procède de Dieu-Homme, comme il a été démontré ci-dessus, N°s 4, 5, 6. D'après l'ordre et la connexion de toutes ces choses dans une telle forme, le sentiment et par suite l'idée se présentent comme si elles étaient non pas en quantité innombrable, mais un. On peut donc conclure que ces parties en quantité innombrable, qui font comme un dans l'homme, sont distinctement et même très distinctement un dans l'Homme Même qui est Dieu.

Il y a un seul Dieu-Homme de qui procèdent toutes choses

23. Tout ce qui appartient à la raison humaine se réunit et pour ainsi dire se concentre pour conclure qu'il n'y a qu'un seul Dieu Créateur de l'univers. Par conséquent, l'homme qui a de la raison, d'après la nature même de son entendement, ne pense et ne peut penser autrement. Un homme qui jouit d'une raison saine éprouvera immédiatement de la répugnance s'il entend dire qu'il y a deux Créateurs de l'univers. Il est donc évident que tout ce qui appartient à la raison humaine se réunit et se concentre pour conclure qu'il n'y a qu'un seul Dieu. Voici quelles en sont les deux causes :

l° ) La faculté même de penser rationnellement, considérée en elle-même, appartient non pas à l'homme, mais à Dieu chez l'homme. De cette faculté dépend la raison humaine dans sa généralité, et cette généralité fait que l'homme voit, comme par lui-même que Dieu est un.

2° ) L'homme, par cette faculté, est dans la lumière du ciel, ou tire la généralité de sa pensée de cette lumière ; et l'universel de la lumière du Ciel est que Dieu est un. Il en est autrement si l'homme, d'après cette faculté, a perverti les parties inférieures de son entendement. Un tel homme, il est vrai, jouit de cette faculté, mais par la torsion de ces parties inférieures, il l'a tournée dans un sens contraire, et sa raison cesse d'être saine.

24. Tout homme, sans le savoir, pense d'une assemblée d'hommes comme d'un seul homme. C'est même pour cela qu'il perçoit aussitôt, quand on dit que le roi est la tête et les sujets le corps, que tous forment partie d'un corps commun qui est le royaume. Il en est du corps spirituel comme du corps civil. Le corps spirituel est l'Eglise, et sa tête est Dieu-Homme. Si on ne pensait pas à un seul Dieu Créateur et Conservateur de l'univers, mais à plusieurs dieux, l'église n'apparaîtrait plus comme un homme, mais comme un corps à plusieurs têtes, donc comme un monstre. Si on disait que ces têtes ont une seule essence, et qu'ainsi elles font ensemble une seule tête, il n'en pourrait résulter d'autre idée sinon qu'une tête a plusieurs faces, ou que plusieurs têtes ont une seule face, ainsi l'Eglise dans cette perception, se présenterait difforme. Mais en vérité, un seul Dieu est la tête, et l'Eglise est le corps, qui agit au gré de la tête, et non de lui-même. Il en est de même pour l'homme. Il en résulte qu'il ne peut y avoir qu'un seul roi dans un royaume, car plusieurs en détruiraient l'unité.

25. Il en est de même de l'Eglise qui est répandue sur tout le globe, et qui est nommée Communion, parce qu'elle est comme un seul corps sous une seule tête. Celle-ci dirige à son gré le corps, car dans la tête résident l'entendement et la volonté. Ceux-ci mettent en action le corps, à tel point que ce dernier ne fait qu'obéir. Comme le corps ne peut rien faire sans l'entendement et la volonté, de même l'homme de l'Eglise ne petit rien faire sans Dieu. Il semble que le corps agisse de lui-même, que les mains et les pieds se meuvent d'eux-mêmes, que la bouche et la langue en parlant remuent d'elles-mêmes, cependant il n'en est rien, car ils agissent d'après l'affection de la volonté, et par suite d'après la pensée de l'entendement, qui sont dans la tête. Si un seul corps avait plusieurs têtes, et que chaque tète fût indépendante quant à son entendement et à sa volonté, ce corps pourrait-il subsister ? Il n'y aurait pas entre elles l'unité d'action telle qu'elle existe avec une seule tête. S'il en est ainsi dans l'Eglise, il en est de même dans le ciel qui se compose de myriades de myriades d'anges ; si tous et chacun ne portaient leurs regards vers un Seul Dieu, ils s'éparpilleraient et le ciel serait dissipé. C'est pourquoi dès qu'un ange du Ciel pense seulement à plusieurs dieux, il est aussitôt séparé, car il est repoussé jusqu'aux derniers confins des cieux, et il tombe.

26. Comme tout le ciel et toutes les choses du ciel se réfèrent à un seul Dieu, le langage angélique est tel, que par une certaine harmonie découlant de l'harmonie du ciel, il se termine en une unité d'expression, indice qu'il est impossible aux anges de penser autrement qu'à un seul Dieu, car le langage procède de la pensée.

27. Tout homme raisonnable doit percevoir que le Divin est indivisible, et qu'il n'y a ni plusieurs infinis, ni plusieurs incréés, ni plusieurs tout-puissants, ni plusieurs dieux. Si quelqu'un, privé de raison, disait le contraire et affirmait que cette pluralité peut exister, pourvu qu'elle soit d'une même essence et forme ainsi un seul Infini, un seul Incréé, un seul Tout-Puissant et un seul Dieu, cette même essence ne serait-elle pas une même chose ? Et une même chose peut-elle être chez plusieurs ? Si l'on disait que l'un procède de l'autre, alors celui qui procède d'un autre n'est pas Dieu en soi, et cependant Dieu en soi est Dieu de qui procède toute chose, voir ci-dessus N° 16.

La Divine Essence Même est l'Amour et la Sagesse

28. Si l'on soumet toutes ses connaissances à un examen attentif, et qu'on recherche, dans une élévation de l'esprit, l'universel de toutes choses, on arrive inéluctablement à la conclusion que cet universel est l'Amour et la Sagesse, qui sont les deux essentiels de toutes les choses de la vie de l'homme. Toute la vie civile, morale et spirituelle de l'homme en dépend et ne serait rien sans eux. Il en est de même de toutes les choses de la vie d'une société grande ou petite, d'un pays, de l'Eglise, et aussi du ciel angélique. Sans l'amour et la sagesse dont ils procèdent, ils ne sont rien.

29. Personne ne peut nier qu'en Dieu il y ait l'Amour et en même temps la Sagesse dans leur essence même, car d'après l'Amour en Soi, Dieu aime tous les hommes, et d'après la Sagesse en Soi Il les conduit tous. L'univers créé, considéré d'après l'ordre, est même tellement plein de la sagesse procédant de l'amour, que toutes les choses dans le complexe paraissent comme la sagesse même. Car elles y sont successivement et simultanément sans limite dans un tel ordre, que prises ensemble elles font un tout. C'est seulement ainsi, et non autrement, qu'elles peuvent être tenues en cohésion et être perpétuellement conservées

30. Parce que la Divine Essence Même est l'Amour et la Sagesse, l'homme a en lui deux facultés de la vie ; d'après l'une il a l'entendement, et d'après l'autre il a la volonté. La faculté d'après laquelle il a l'entendement, tire tout ce qui lui appartient de l'influx de la sagesse procédant de Dieu, et la faculté d'après laquelle il a la volonté, tire tout ce qui lui appartient de l'influx de l'amour procédant de Dieu. Lorsque l'homme n'est pas sage et n'aime pas comme il le devrait, ces facultés ne sont pas ôtées, mais elles sont seulement fermées ; et tant qu'elles le sont, l'entendement, il est vrai, est appelé entendement, et la volonté est appelée volonté, mais toujours est-il qu'en essence ils ne le sont pas. Si ces deux facultés étaient ôtées, alors périrait tout ce qui est humain, car l'humain consiste à penser, et d'après la pensée à parler et aussi à vouloir, et d'après la volonté à agir. Il est donc évident que le Divin réside chez l'homme dans ces deux facultés, qui sont celle d'être sage et celle d'aimer, c'est-à-dire que l'homme peut être sage et peut aimer. L'homme garde toujours la possibilité d'aimer et d'être sage, même s'il ne s'en sert pas comme il le devrait ; je l'ai compris par de nombreuses expériences qui seront rapportées ailleurs.

31. Parce que la Divine Essence Même est l'Amour et la Sagesse, toutes les choses dans l'univers se réfèrent au bien et au vrai, car tout ce qui procède de l'amour est appelé bien, et tout ce qui procède de la sagesse est appelé vrai. Mais ce sujet sera traité plus amplement dans la suite.

32. Parce que la Divine Essence Même est l'Amour et la Sagesse, l'univers et toutes les choses qu'il renferme, tant vivantes que non vivantes, subsistent d'après la chaleur et la lumière ; car la chaleur correspond à l'amour, et la lumière correspond à la sagesse. De ce fait la chaleur spirituelle est l'amour, et la lumière spirituelle est la sagesse. Il en sera donné de plus amples détails ci-dessous.

33. Toutes les affections et toutes les pensées de l'homme tirent leur origine du Divin Amour et de la Divine Sagesse, lesquels font la Divine Essence qui est Dieu ; les affections proviennent du Divin Amour, et les pensées de la Divine Sagesse. Toutes et chacune des choses de l'homme ne sont qu'affection et pensée, qui sont comme les sources de toutes les choses de sa vie. Tous les plaisirs de sa vie proviennent de l'affection de son amour, et tous les charmes de la pensée de cette affection. Maintenant, puisque l'homme a été créé pour être un réceptacle, et qu'il est réceptacle dans la mesure où il aime Dieu, et que d'après l'amour envers Dieu il a de la sagesse, c'est-à-dire dans la mesure où il a de l'affection pour les choses qui procèdent de Dieu, et qu'il pense d'après cette affection, il s'ensuit que la Divine Essence qui est le Créateur, est le Divin Amour et la Divine Sagesse.

Le Divin Amour appartient à la Divine Sagesse
et la Divine Sagesse appartient au Divin Amour

34. On voit ci-dessus, aux N°s 14 à 16, que le Divin Être et le Divin Exister dans Dieu-Homme sont distinctement un. Comme le Divin Être est le Divin Amour, et que le Divin Exister est la Divine Sagesse, ainsi le Divin Amour et la Divine Sagesse sont de même distinctement un. Ils sont dits distinctement un, parce que l'amour et la sagesse sont deux choses distinctes, mais tellement unies, que l'amour appartient à la sagesse, et la sagesse à l'amour, car l'amour est dans la sagesse, et la sagesse existe dans l'amour. Comme la sagesse tire son exister de l'amour, N° 15, il en résulte que la Divine Sagesse est aussi l'Être. Il s'ensuit que l'amour et la sagesse pris ensemble sont le Divin Être, mais que pris distinctement, l'amour est appelé Divin Être, et la sagesse Divin Exister. Telle est l'idée angélique sur le Divin Amour et la Divine Sagesse.

35. Puisque telle est l'union de l'amour avec la sagesse et de la sagesse avec l'amour dans Dieu-Homme, la Divine Essence est une. Car la Divine Essence est le Divin Amour parce que cet Amour appartient à la Divine Sagesse, et elle est la Divine Sagesse parce que cette Sagesse appartient au Divin Amour. Puisque telle est leur union, la Divine Vie aussi est Une. La vie est la Divine Essence. Le Divin Amour et la Divine Sagesse sont un parce que l'union est réciproque, et que l'union réciproque fait l'unité. Il en sera dit davantage ailleurs sur l'union réciproque.

36. L'union de l'amour et de la sagesse est aussi dans toute œuvre Divine ; de cette union vient la perpétuité et même l'éternité de l'œuvre. S'il y avait plus de Divin Amour que de Divine Sagesse, ou plus de Divine Sagesse que de Divin Amour dans quelque œuvre créée, celle-ci ne subsisterait qu'en tant qu'il y aurait autant de l'un que de l'autre ce qu'il y a en surplus se dissiperait.

37. La Divine Providence dans l'action de réformer, régénérer et sauver les hommes, participe également du Divin Amour et de la Divine Sagesse. Avec plus de Divin Amour que de Divine Sagesse, ou plus de Divine Sagesse que de Divin Amour, l'homme ne peut être ni réformé, ni régénéré, ni sauvé. Le Divin Amour veut sauver tous les hommes, mais il ne peut sauver que par la Divine Sagesse, et à la Divine Sagesse appartiennent toutes les lois par lesquelles se fait la salvation. L'Amour ne peut transgresser ces lois, puisque le Divin Amour et la Divine Sagesse font un, et agissent en union.

38. Dans la Parole le Divin Amour est entendu par la justice et la Divine Sagesse par le jugement, c'est pourquoi il y est dit justice et jugement en parlant de Dieu. Par exemple, dans David La justice et le Jugement sont le soutien de ton trône. Ps. LXXXIX, 15. - Jéhovahfera sortir comme la lumière ta justice et ton jugement comme le midi. - Ps. XXXVII, 6. - Je me fiancerai à toi pour l'éternité en justice et en jugement - Osée 11, 19. Je susciterai à David un germe juste qui régnera en roi il pratiquera le jugement et la justice dans le pays - Jérémie XXIII. 5. Il sera assis sur le trône de David et sur son royaume, pour l'affermir en jugement et en justice - Esaïe IX, 6. Exalté sera Jéhovah parce qu'I1 a rempli Sion de jugement et de justice - Esaïe XXXIII, 5. - Quandj'aurai appris les jugements de ta justice : sept fois dans le jour je te loue sur les jugements de ta justice - Ps CXIX, 7, 164. - La même chose est entendue par la vie et par la lumière dans Jean 1, 4 : En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. Par la vie est entendu le Divin Amour du Seigneur, et par la lumière sa Divine Sagesse. La même chose est encore entendue par la vie et par l'esprit dans Jean VI, 63 : Jésus dit : les Paroles que je vous ai dites sont esprit et vie.

39. Dans l'homme, l'amour et la sagesse paraissent comme deux choses séparées, néanmoins en elles-mêmes elles sont distinctement un, parce que chez l'homme la sagesse est telle qu'est l'amour, et l'amour tel qu'est la sagesse. La sagesse qui ne fait pas un avec son amour, semble être la sagesse, cependant elle ne l'est pas ; et l'amour qui ne fait pas un avec sa sagesse, semble être l'amour de la sagesse, mais il ne l'est pas, car réciproquement, l'un doit tirer de l'autre son essence et sa vie. La sagesse et l'amour chez l'homme paraissent comme séparés, parce que chez lui la faculté de comprendre est susceptible d'être élevée dans la lumière du ciel, mais non la faculté d'aimer, si ce n'est dans la mesure ou l'homme agit d'après sa compréhension. Toute sagesse apparente qui ne fait pas un avec l'amour de la sagesse, retombe dans l'amour qui fait un avec elle ; amour qui peut être celui de la non-sagesse, et même celui de la folie. Ainsi l'homme peut savoir d'après la sagesse, qu'il doit faire telle ou telle chose, et néanmoins il ne la fait pas, parce qu'il ne l'aime pas. Mais dans la mesure où l'homme fait par amour ce que la sagesse enseigne, il est une image de Dieu.

Le Divin Amour et la Divine Sagesse
sont une substance et une forme

40. Pour les hommes en général, l'amour et la sagesse sont comme des choses qui planent et flottent dans un air raréfié ou éther, ou comme ce qui émane de quelque chose de semblable. Très rares sont ceux qui pensent que cet amour et cette sagesse sont en réalité et en actualité une substance et une forme. Même ceux qui le pensent croient que l'amour et la sagesse sont hors du sujet et découlent de lui. Car ils nomment substance et forme ce qu'ils pensent être hors du sujet et découlant de lui, même si c'est quelque chose qui plane et flotte, ne sachant pas que l'amour et la sagesse sont le sujet lui-même, et que ce qui est perçu comme planant et flottant n'est que l'apparence de l'état du sujet en lui-même. Pour plusieurs raisons cela n'a pas été vu jusqu'à présent. Par exemple, les apparences sont les premiers rudiments par lesquels le mental humain forme son entendement, et il ne peut les dissiper que par la recherche de la cause. Si la cause est profondément cachée, le mental ne peut l'explorer, à moins qu'il ne garde longtemps son entendement dans la lumière spirituelle ; mais il ne peut l'y tenir longtemps parce que la lumière naturelle l'en retire continuellement. Néanmoins l'amour et la sagesse sont en réalité et en actualité une substance et une forme, qui constituent le sujet lui-même. Telle est la vérité.

41. Mais comme cette vérité est contre l'apparence, elle ne peut être acceptée sans être démontrée, et elle ne peut être démontrée que par des choses que l'homme peut percevoir d'après les sens de son corps. L'homme a cinq sens externes. Le sujet du toucher est la peau dont l'homme est enveloppé ; la substance même et la forme même de la peau font qu'il sent les choses qui y sont appliquées. Le sens du toucher, n'est pas dans les choses appliquées, mais il est dans la substance et la forme de la peau, lesquelles sont le sujet. Ce sens n'est que l'impression produite sur le sujet par les choses qui ont été appliquées. Il en est de même du goût ; ce sens n'est que l'impression produite sur la substance et la forme de la langue qui, elle, est le sujet. Il en va de même de l'odorat ; on sait que l'odeur affecte les narines, qu'elle est dans les narines, et qu'elle est l'impression produite dans les narines par les particules odoriférantes qui les touchent. Il en est de même de l'ouïe ; il semble que l'ouïe soit dans le lieu où le son commence, mais l'ouïe est dans l'oreille, et elle est l'impression produite sur la substance et la forme de l'oreille. Que l'ouïe soit à distance de l'oreille n'est qu'une apparence. Il en est de même de la vue ; lorsque l'homme voit des objets, il semble que la vue soit à une certaine distance, néanmoins la vue est dans l'oeil qui est le sujet, et pareillement elle est l'impression produite sur le sujet. La distance vient seulement du jugement qui conclut sur l'espace d'après les intermédiaires, ou d'après la diminution et par suite d'après l'imprécision de l'objet, dont l'image se présente intérieurement dans l'oeil selon l'angle d'incidence. Il est donc évident que la vue ne va pas de l'oeil vers l'objet, mais que l'image de l'objet entre dans l'oeil, et en affecte la substance et la forme. En effet, il en est de la vue comme de l'ouïe, celle-ci ne sort pas non plus de l'oreille pour saisir le son, mais le son entre dans l'oreille et l'affecte.

D'après ces explications, on peut voir que l'impression produite sur la substance et la forme, qui fait le sens, n'est pas quelque chose de séparé du sujet, mais qu'elle y occasionne seulement un changement, le sujet restant toujours le même. Il s'ensuit que la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher ne sont pas quelque chose de subtil effluant de leurs organes, mais qu'ils sont les organes considérés dans leur substance et dans leur forme ; quand les organes sont affectés, la sensation se produit.

42. Il en est de même de l'amour et de la sagesse, avec la seule différence que les substances et les formes, qui sont l'amour et la sagesse, ne paraissent pas devant les yeux, comme les organes des sens externes. Néanmoins personne ne peut nier que les choses de l'amour et de la sagesse, qui sont nommées pensées, perceptions et affections, soient des substances et des formes, et non des entités subtiles qui sortent du néant ou qui proviennent de substances et de formes réelles et actuelles qui sont des sujets. En effet, il y a dans le cerveau d'innombrables substances et d'innombrables formes, dans lesquelles réside tout sens intérieur qui se réfère à l'entendement et à la volonté. On peut voir d'après ce qui vient d'être dit des sens externes, que toutes les affections, les perceptions et les pensées n'y sont pas des souffles exhalés de ces substances et de ces formes, mais qu'elles sont en actualité et en réalité des sujets qui n'émettent rien d'eux-mêmes, mais qui seulement subissent des changements selon ce qui leur parvient et les affecte. Il en sera dit davantage ci-dessous.

43. On peut voir d'après ces explications que le Divin Amour en soi et la Divine Sagesse en soi sont une substance et une forme, car ils sont l'Être même et l'Exister même. Si un tel Être et un tel Exister n'étaient, comme ils le sont, une substance et une forme, ils ne seraient qu'un être de raison, qui en soi n'est rien.

Le Divin Amour et la Divine Sagesse sont
la Substance en Soi et la Forme en Soi
ainsi le Soi-Même et l'Unique

44. Il vient d'être confirmé que le Divin Amour et la Divine Sagesse sont une substance et une forme ; il a aussi été dit que le Divin Être et le Divin Exister sont l'Être et l'Exister en soi. Il ne peut être dit que c'est l'Être et l'Exister d'après soi, parce que cela implique un commencement, commencement d'après quelqu'un en qui serait l'Être et l'Exister en soi.

Mais l'Être même et l'Exister même en soi est de toute éternité. L'Être même et l'Exister même en soi est aussi incréé, et toute chose créée ne peut l'être que d'après l'Incréé. Ce qui a été créé est aussi fini, et le fini ne peut non plus exister que d'après l'Infini.

45. Celui qui peut, par une pensée profonde, percevoir et saisir l'Être et l'Exister en soi, percevra et saisira pleinement que c'est le Soi-Même et l'Unique. Est appelé le Soi-Même ce qui seul Est, et l'Unique ce dont procède tout autre. Maintenant comme le Soi-Même et l'Unique est une substance et une forme, il s'ensuit que c'est la Substance même et Unique, et la Forme même et Unique. Comme cette Substance même et cette Forme même est le Divin Amour et la Divine Sagesse, il s'ensuit que c'est l'Amour même et unique et la Sagesse même et unique. Par conséquent c'est l'Essence même et unique, et aussi la Vie même et unique, car l'Amour et la Sagesse, c'est la Vie.

46. Ainsi, on peut voir combien ceux qui disent que la nature est d'après elle-même, pensent sensuellement, c'est-à-dire, d'après les sens du corps, et d'après l'aveuglement de ces sens dans les choses spirituelles. Ils pensent d'après l'apparence, pensée qui ferme l'entendement, et ne peuvent penser d'après l'entendement, pensée qui ouvre la vue. Ils ne peuvent penser quelque chose sur l'Être et l'Exister en soi, ni penser que c'est l'Eternel, l'Incréé et l'Infini. Ils ne peuvent également rien penser sur la vie, sinon comme d'une chose éthérée qui tombe dans le néant ; ils pensent de même de l'Amour et de la Sagesse, ne comprenant pas que de l'un et de l'autre procèdent toutes les choses de la nature. On ne peut non plus voir que toutes les choses de la nature procèdent de l'Amour et de la Sagesse, à moins que la nature ne soit considérée, non d'après quelques-unes de ses formes, qui sont les objets de l'oeil seul, mais d'après les usages dans leur série et dans leur ordre. Car les usages ne proviennent que de la vie, et leur série et leur ordre ne proviennent que de la sagesse et de l'amour, cependant que les formes ne sont que les contenants des usages. Si on ne considère donc que les formes, on ne peut voir quelque chose de la vie dans la nature, ni à plus forte raison quelque chose de l'amour et de la sagesse, ni par conséquent, quelque chose de Dieu.

Le Divin Amour et la Divine Sagesse
ne peuvent qu'Être et Exister
dans d'autres, créés par Eux.

47. L'essentiel de l'amour n'est pas de s'aimer, mais d'aimer les autres et d'être conjoint à eux par amour. L'essentiel de l'amour est aussi d'être aimé des autres, car alors la conjonction se fait. L'essence de tout amour consiste dans la conjonction, qui est sa vie même qu'on appelle plaisir, charme, délice, douceur, béatitude, bonheur et félicité. Aimer, c'est vouloir que ce qui est sien soit à un autre, et sentir le plaisir de l'autre comme un plaisir en soi ; c'est aimer le prochain. Mais sentir son plaisir dans un autre, et non le plaisir de l'autre en soi, ce n'est pas aimer, c'est s'aimer soi-même. Ces deux amours sont diamétralement opposés. L'un et l'autre, il est vrai, conjoignent, et il ne semble pas que s'aimer dans un autre disjoigne, cependant cela disjoint au point, qu'autant quelqu'un a aimé un autre de cette façon, autant ensuite il le déteste, car une telle conjonction se dissout graduellement d'elle-même, et l'amour se change en haine dans le même degré.

48. Celui qui peut discerner le caractère essentiel petut voir cela. En effet, n'aimer que soi et non un autre de qui on est aimé en retour, n'est-ce pas une séparation plutôt qu'une conjonction ? La conjonction de l'amour existe par la réciprocité, et il n'y a pas de réciprocité dans un seul être. Croire que cela est possible n'est que pure imagination. Il est ainsi évident que le Divin Amour doit nécessairement être et exister en d'autres, qu'il aime, et dont il est aimé. Puisque cette nécessité existe dans tout amour, elle doit être dans toute sa plénitude, c'est-à-dire, infiniment dans l'Amour Même.

49. Quant à ce qui concerne Dieu, il lui est impossible d'aimer d'autres et d'être aimé par d'autres, dans lesquels il y aurait quelque chose de l'infini, ou quelque chose de l'essence et de la vie de l'amour en soi, ou quelque chose du Divin. Car si quelque chose de l'infini, ou de l'essence et de la vie de l'amour en soi, c'est-à-dire, quelque chose de Divin était en eux, alors Dieu ne serait pas aimé par d'autres,
mais Il s'aimerait Lui-même. Puisque l'infini ou le Divin est unique, s'Il était dans d'autres, le Soi-Même serait en eux, et ce serait l'amour même de soi, dont il ne peut y avoir la moindre trace dans Dieu, car c'est absolument l'opposé de l'essence Divine. Par conséquent, pour que cette relation d'amour ait lieu, il faut qu'il y ait des êtres n'ayant rien du Divin en eux. On verra plus loin que cela a lieu dans des êtres créés par le Divin. Mais pour cela il faut qu'il y ait la Sagesse Infinie qui fasse un avec l'Amour Infini, c'est-à-dire, qu'il y ait le Divin Amour de la Divine Sagesse, et la Divine Sagesse du Divin Amour, dont il a été traité ci-dessus, aux N°s 34 à 39.

50. De la perception et de la connaissance de cet arcane dépendent la perception et la connaissance de toutes les choses de l'existence ou de la création, aussi de toutes celles de la subsistance ou de la conservation par Dieu, c'est-à-dire, de toutes les œuvres de Dieu dans l'univers créé, dont il sera parlé dans la suite.

51. Mais il faut se garder d'obscurcir ses idées avec la notion de temps et d'espace. En effet, dans la mesure où cette notion occupera les idées, on ne comprendra pas ce qui va suivre, car le Divin n'est ni dans le temps ni dans l'espace. On le verra clairement tout au long de cet ouvrage, spécialement dans les explications au sujet de l'Eternité, de l'Infinité et de la Toute-Présence.

Toutes choses dans l'univers ont été créées
par le Divin Amour et par la Divine
Sagesse de Dieu-Homme

52. L'univers, dans les très grands et dans les très petits, dans les premiers et dans les derniers, est tellement plein du Divin Amour et de la Divine Sagesse, qu'on peut dire qu'il est le Divin Amour et la Divine Sagesse en image. On voit manifestement qu'il en est ainsi d'après la correspondance de toutes les choses de l'univers avec toutes celles de l'homme. Cette correspondance est si exacte qu'on peut dire que l'homme aussi est un univers. Il y a correspondance de ses affections, et par suite de ses pensées avec toutes les choses du règne animal ; de sa volonté, et par suite de son entendement avec toutes celles du règne végétal ; et de sa vie la plus externe avec toutes celles du règne minéral. Une telle correspondance n'est pas apparente dans le monde naturel, mais elle est visible dans le monde spirituel pour quiconque y fait attention. Dans ce monde il y a toutes les choses qui existent dans les trois règnes du monde naturel, et elles sont les correspondances des affections, d'après la volonté, et des pensées d'après l'entendement, et aussi des choses les plus externes de la vie de ceux qui y sont. Les unes et les autres apparaissent autour d'eux dans un aspect tel qu'est celui de l'univers créé, avec cette différence que c'est dans une plus petite effigie. Par là il est bien évident pour les anges que l'univers créé est l'image représentative de Dieu-Homme, et que c'est son Amour et sa Sagesse qui se présentent en une image dans l'univers, non pas que l'univers créé soit Dieu-Homme, mais parce qu'il vient de Lui ; car rien dans l'univers créé n'est substance et forme en soi, ni vie en soi, ni amour et sagesse en soi ; l'homme non plus n'est pas homme en soi, mais tout vient de Dieu qui est l'Homme, la Sagesse et l'Amour, la Forme et la Substance en soi. Ce qui est l'Être-en-Soi est Incréé et Infini ; mais ce qui vient de Dieu, puisqu'il ne contient rien de l'Être-en-Soi, est créé et fini, et présente une image de Celui par qui il est et existe.

53. L'être et l'exister, puis la substance et la forme, comme aussi la vie et même l'amour et la sagesse, peuvent être attribués aux objets créés et finis, mais ces attributs sont tous créés et finis. Si ces choses peuvent être attribuées à ces objets, ce n'est pas qu'elles possèdent quelque Divin, mais c'est qu'elles sont dans le Divin et que le Divin est en elles. En effet, tout ce qui a été créé est en soi inanimé et mort, mais il est animé et vivifié parce que le Divin est dans les choses créées et finies, et qu'elles sont dans le Divin.

54. Le Divin est toujours le même dans tous les sujets, mais ce sont les sujets créés qui diffèrent les uns des autres, car il n'y en a pas deux qui soient semblables, par suite chaque chose est un contenant différent ; il en résulte que le Divin dans son image se présente sous des formes variées. La présence du Divin dans les opposés sera traitée ultérieurement.

Toutes choses dans l'univers créé sont des réceptacles
du Divin Amour et de la Divine Sagesse de Dieu-Homme.

55. Il est généralement admis que toutes et chacune des choses de l'univers ont été créées par Dieu ; l'univers, par conséquent, avec toutes et chacune des choses qu'il contient est appelé, dans la Parole, l'œuvre de Jéhovah. Certains pensent que le monde dans son complexe a été créé du néant, et ils conservent du néant l'idée d'un néant absolu. Cependant d'un néant absolu rien n'est fait ou ne peut être fait. C'est une vérité acceptée. L'univers donc, qui est l'image de Dieu, et par suite plein de Dieu, n'a pu être créé qu'en Dieu et par Dieu ; car Dieu est l'Être Même, et de l'Être doit venir ce qui est. Créer ce qui est du néant qui n'est pas, est une absolue contradiction. Néanmoins ce qui a été créé en Dieu par Dieu n'est pas une continuité de Dieu, car Dieu est l'Être en soi, et dans les objets créés il n'y a rien de l'Être en soi. S'il y en avait quelque chose, ce serait une continuité de Dieu, et une continuité de Dieu est Dieu. Voici l'idée angélique sur ce sujet : Ce qui a été créé en Dieu et par Dieu est comme une chose qui, dans l'homme, a été tirée de sa vie, mais de laquelle la vie a été extraite, et qui est telle, qu'elle est en accord avec sa vie,et néanmoins n'est pas sa vie. Les anges le confirment d'après plusieurs choses qui existent dans leur Ciel, où ils disent qu'ils sont en Dieu et que Dieu est en eux, et que cependant ils n'ont dans leur être rien de Dieu qui soit Dieu. D'autres raisons seront données ultérieurement, d'après lesquelles ils confirment cela.

56. Toute chose créée, en vertu de cette origine, est telle dans sa nature, qu'elle est un réceptacle de Dieu, non par continuité, mais par contiguïté. Elle est susceptible d'être conjointe par la contiguïté et non par la continuité, car ayant été créée en Dieu par Dieu elle est faite pour la conjonction ; et parce qu'elle a été ainsi créée, elle est une chose analogue, et par cette conjonction elle est comme une image de Dieu dans un miroir.

57. De là vient que les anges sont des anges, non par eux-mêmes, mais par cette conjonction avec Dieu-Homme. Cette conjonction est selon la réception du Divin Bien et du Divin Vrai, qui sont Dieu, et qui semblent procéder de Lui,bien qu'ils soient en Lui.Cette réception a lieu chez les anges dans la mesure où ils s'appliquent à observer les lois de l'ordre, qui sont les Divines Vérités, d'après la liberté de penser et de vouloir selon la raison, facultés qu'ils tiennent du Seigneur comme si elles leur appartenaient. Par là, comme par eux-mêmes, ils ont la réception du Divin Bien et du Divin Vrai, et par là il y a la réciprocité de l'amour ; car, ainsi qu'il a déjà été dit, l'amour n'existe pas sans réciprocité. Il en est de même des hommes sur terre. D'après ces explications on peut d'abord voir que toutes les choses de l'univers créé sont des réceptacles du Divin Amour et de la Divine Sagesse de Dieu-Homme.

58. On ne peut expliquer maintenant comment toutes les choses de l'univers qui ne sont ni comme les anges ni comme les hommes, mais qui sont au-dessous des hommes dans le règne animal, au-dessous des animaux dans le règne végétal, et au-dessous des végétaux dans le règne minéral, sont aussi des réceptacles du Divin Amour et de la Divine Sagesse de Dieu-Homme, car auparavant il y a plusieurs explications à donner sur les degrés de la vie et sur les degrés des réceptacles de la vie. La conjonction avec ces choses est selon les usages ; car tous les usages bons tirent leur origine d'une conjonction avec Dieu, conjonction semblable pour tous, mais dissemblable selon les degrés. Successivement dans la descente elle devient telle, qu'il n'y a en ces choses rien de la liberté, parce qu'il n'y a rien de la raison, et par suite rien de l'apparence de la vie ; néanmoins elles sont des réceptacles. Comme elles sont des réceptacles, elles sont réagissantes ; et parce qu'elles sont réagissantes, elles sont des contenants. La conjonction avec les usages qui ne sont pas bons sera traitée lorsque l'origine du mal sera exposée.

59. D'après ces explications on peut voir que le Divin est dans toutes et dans chacune des choses de l'univers créé, et que par conséquent l'univers créé est l'œuvre des mains de Jéhovah, comme il est dit dans la Parole, c'est-à-dire, l'œuvre du Divin Amour et de la Divine Sagesse, car cet Amour et cette Sagesse sont entendus par les mains de Jéhovah. Bien que le Divin soit dans toutes et dans chacune des choses de l'univers créé, cependant il n'y a rien du Divin en soi dans leur être, car l'univers créé n'est pas Dieu, mais il est de Dieu. Et parce qu'il est par Dieu, il y a en lui l'image de Dieu comme il y a l'image d'un homme dans un miroir, dans lequel l'homme apparaît il est vrai, sans qu'il n'y ait rien de lui dans cette image.

60. J'ai entendu dans le monde spirituel plusieurs esprits dire qu'ils voulaient bien reconnaître qu'il y a le Divin dans toutes et dans chacune des choses de l'univers, parce qu'ils voyaient en elles les œuvres merveilleuses de Dieu, et d'autant plus merveilleuses qu'elles sont vues plus intérieurement. Mais quand il leur fut dit qu'il en était réellement ainsi, ils furent indignés, indice qu'ils le disaient sans le croire. Il leur fut alors demandé s'il ne pouvait le voir seulement d'après l'admirable faculté que possède toute semence de produire sa propre forme végétale dans l'ordre voulu jusqu'à de nouvelles semences ; et en ce que dans toute semence il y a l'idée de l'infini et de l'éternel, car en elle il y a une tendance à se multiplier et à fructifier à l'infini et éternellement. Cela n'est-il pas aussi évident pour l'animal, même le plus petit, qui possède des organes et des viscères avec leurs propres fonctions, sans parler des choses merveilleuses que présente leur caractère. Toutes ces merveilles viennent de Dieu, mais les formes dont elles ont été revêtues proviennent des matières de la terre ; de ces matières proviennent les végétaux et dans leur ordre les hommes. C'est pourquoi il est dit de l'homme, qu'il a été créé de l'humus, qu'il est poussière de la terre, et qu'une âme de vies a été soufflée dans ses narines - Gen. II. 7 - d'où il est évident que le Divin n'appartient pas à l'homme, mais qu'Il lui a été adjoint.

Toutes les choses qui ont été créées
représentent l'homme
dans une sorte d'image

61. On peut le voir d'après toutes et chacune des choses du règne animal, du règne végétal et du règne minéral.

Le rapport avec l'homme dans toutes et dans chacune des choses du règne animal est évident par le fait que les animaux de tout genre ont en commun avec l'homme, des membres, des organes et des viscères. Ils ont aussi des appétits et des affections semblables aux appétits et aux affections naturels de l'homme. Ils ont des connaissances innées correspondantes à leurs affections ; dans quelques-unes de ces connaissances on voit comme un spirituel qui apparaît dans une certaine mesure. C'est pourquoi les hommes purement naturels se voient semblables aux êtres animés de ce règne, sauf en matière de langage.

Le rapport avec l'homme par toutes et chacune des choses du règne végétal est évident par le fait que les végétaux tirent leur existence d'une semence, et d'après elle, progressent par étapes. Il y a chez eux quelque chose qui ressemble au mariage, suivi de prolification. Leur âme végétative est l'usage dont ils sont les formes ; sans parler de plusieurs autres choses qui ont un rapport avec l'homme, et qui ont été décrites par plusieurs auteurs.

Le rapport avec l'homme par toutes et chacune des choses du règne minéral se montre seulement dans la tendance à produire des formes représentatives de toutes et chacune des choses du règne végétal, et par conséquent à remplir des usages. En effet, dès que la semence tombe dans le sein de la terre, celle-ci la réchauffe et lui donne tous les moyens pour qu'elle germe, et qu'elle se montre dans une forme représentative de l'homme. On voit aussi une semblable tendance dans les objets solides de ce règne, par les coraux dans le fond des mers, et par les efflorescences dans les mines, qui proviennent des minéraux et des métaux. L'effort pour la végétation, et ainsi pour l'accomplissement des usages, est le dernier effet qui procède du Divin dans les choses créées.

62. comme les minéraux font un effort vers la végétation de même les végétaux font un effort vers la vivification. De là les insectes de différents genres qui correspondent aux exhalaisons odoriférantes des végétaux. On verra plus loin que cela provient non de la chaleur du soleil du monde, mais de la vie opérant par cette chaleur selon l'état des réceptacles.

63. D'après ce qui vient d'être exposé, on peut savoir qu'il y a un rapport de toutes les choses de l'univers créé, avec l'homme, mais on ne peut le voir qu'obscurément, tandis qu'on le voit clairement dans le monde spirituel. Là sont aussi toutes les choses des trois règnes, au milieu desquelles est l'ange. Il les voit autour de lui, et sait aussi qu'elles sont ses représentations ; bien plus, quand l'intime de son entendement est ouvert, il se connaît, et voit son image en elles, à peu près comme dans un miroir

64. Par ces rapports et par plusieurs autres concordances, que je n'ai pas le loisir d'exposer ici, on peut savoir avec certitude que Dieu est Homme, et que l'univers créé est l'image de Dieu ; car il y a un rapport commun de toutes choses avec Lui, de même qu'il y a un rapport particulier de toutes choses avec l'homme.

Les usages de toutes les choses créées montent
par degrés depuis les derniers jusqu'à
l'homme, et par l'homme jusqu'à
Dieu Créateur, de qui tout procède

65. Les derniers sont, comme il a déjà été dit, toutes et chacune des choses du règne minéral. Ces choses sont les matières de différents genres qui renferment la fin et aussi l'origine de tous les usages qui procèdent de la vie. La fin de tous les usages est l'effort pour produire les usages, et l'origine est la force qui agit d'après cet effort. Ceci est pour le règne minéral.

Les moyens sont toutes et chacune des choses du règne végétal. Ces choses sont tous les végétaux dont les usages sont pour tous et pour chacun des êtres du règne animal, tant imparfaits que parfaits. Ils nourrissent leurs corps par les matières, délectent leurs sens par la saveur, l'odeur, la beauté, et vivifient leurs affections. L'effort pour cela est aussi en eux par la vie.

Les premiers sont toutes et chacune des choses du règne animal. Les vers et les insectes sont parmi les infimes de ce règne ; les oiseaux et les bêtes sont les moyens ; et les hommes, les suprêmes, car dans tout règne il y a les infimes, les moyens et les suprêmes ; les infimes pour l'usage des moyens, et les moyens pour l'usage des suprêmes. Les usages de toutes choses créées montent ainsi en ordre depuis les derniers jusqu'à l'homme, qui est le premier dans l'ordre.

66. Il y a trois degrés d'ascension dans le monde naturel, et il y a trois degrés d'ascension dans le monde spirituel. Tous les animaux sont des réceptacles de la vie. Les animaux les plus parfaits sont des réceptacles de la vie des trois degrés du monde naturel, les moins parfaits de la vie de deux degrés de ce monde, et les imparfaits de la vie d'un seul degré. Mais l'homme seul est un réceptacle de la vie des trois degrés du monde naturel et des trois degrés du monde spirituel. Il s'ensuit que l'homme est différent de tout animal, car il peut être élevé au-dessus de la nature. Il peut penser analytiquement et rationnellement sur les choses civiques et morales qui sont au-dedans de la nature ; il le peut aussi sur les choses spirituelles et célestes qui sont au-dessus de la nature ; il peut même être élevé dans la sagesse jusqu'au point de voir Dieu. Mais, dans un article spécial, il sera traité des six degrés par lesquels les usages de toutes les choses créées montent, dans leur ordre, jusqu'à Dieu Créateur. D'après cet exposé sommaire, on peut voir que, de toutes les choses créées, il y a une ascension vers le Premier, qui seul est la Vie, et que les usages de toutes les choses sont les réceptacles mêmes de la vie, et que de là viennent les formes des usages.

67. Il sera dit aussi en peu de mots comment l'homme monte, c'est-à-dire, est élevé du dernier degré au premier. L'homme naît dans le dernier degré du monde naturel ; par les connaissances il est ensuite élevé dans le second degré, et selon le perfectionnement de son entendement par les connaissances, il est élevé dans le troisième degré, alors il devient rationnel. Les trois degrés d'ascension dans le monde spirituel sont dans l'homme au-dessus des trois degrés naturels, et ne se montrent pas avant qu'il ait dépouillé le corps terrestre. Quand cela a lieu, le premier degré spirituel lui est ouvert, ensuite le second, et enfin le troisième, mais celui-ci seulement chez ceux qui deviennent anges, du troisième Ciel, ce sont eux qui voient Dieu. Ceux chez qui le second et le dernier degré peuvent être ouverts deviennent anges du second et du dernier Ciel. Tout degré spirituel chez l'homme est ouvert selon la réception du Divin Amour et de la Divine Sagesse procédant du Seigneur. Ceux qui en reçoivent un peu viennent dans le premier degré spirituel ou le plus bas ; ceux qui reçoivent davantage viennent dans le second degré spirituel ou le moyen ; et ceux qui en reçoivent beaucoup viennent dans le troisième ou suprême degré. Mais ceux qui n'en reçoivent rien restent dans les degrés naturels, et ne tirent des degrés spirituels que ce qui est indispensable pour qu'ils puissent penser et par suite parler, et vouloir et par suite agir, mais sans intelligence.

68. Sur l'élévation des intérieurs de l'homme qui appartiennent à son mental, il faut encore savoir que dans tout ce qui a été créé par Dieu il y a une réaction. L'action appartient à la Vie seule, et la réaction est excitée par l'action de la Vie. Cette réaction semble appartenir à la chose créée parce qu'elle a lieu quand la chose est actionnée ; ainsi dans l'homme elle semble lui appartenir, parce qu'il sent absolument que la vie lui appartient, alors que l'homme est seulement un réceptacle de la vie. Cette cause fait que l'homme, en raison de son mal héréditaire, réagit contre Dieu. Mais autant il croit que toute sa vie vient de Dieu, et que tout bien de la vie vient de l'action de Dieu, et tout mal de la vie de la réaction de l'homme, autant la réaction devient de l'action, et l'homme agit avec Dieu comme par soi-même. L'équilibre de toutes choses vient de l'action et de la réaction simultanée, et il faut que tout soit dans l'équilibre. Ceci a été dit afin que l'homme croie que c'est par le Seigneur qu'il monte vers Dieu, et non par lui-même.

Le Divin, sans espace,
remplit tous les espaces de l'univers

69. Il y a deux attributs de la nature, l'espace et le temps. L'homme dans le monde naturel forme d'après eux les idées de sa pensée, et par suite son entendement. S'il n'élève pas son mental au-dessus de ces idées, il ne peut rien percevoir du spirituel ni du Divin, car il enveloppe le spirituel et le Divin d'idées qui tiennent à l'espace et au temps, et dans la mesure où il le fait, la lueur de son entendement, devient purement naturelle. Penser d'après l'espace et le temps en raisonnant sur les spirituels et sur les Divins, c'est comme penser d'après l'obscurité de la nuit sur les objets qui apparaissent seulement dans la lumière du jour. De là vient le naturalisme. Mais celui qui sait élever son mental au-dessus des idées de la pensée qui tiennent à l'espace et au temps, passe de l'obscurité à la lumière, et il discerne les spirituels et les Divins, et voit enfin les choses qui sont en eux et qui en procèdent. Alors d'après cette lumière il dissipe l'obscurité de la lueur naturelle, et il en relègue les illusions du milieu sur les côtés. Tout homme doué d'entendement, peut penser au-dessus de ces attributs de la nature, et lorsqu'il le fait, il affirme et voit que le Divin, parce qu'Il est Omniprésent, n'est pas dans l'espace. Il peut aussi affirmer et voir ce qui a été exposé ci-dessus ; mais s'il nie la Divine Omniprésence et attribue toute chose à la nature, alors il ne veut pas être élevé, bien qu'il le puisse

70. Tous ceux qui meurent et deviennent des anges se dépouillent de ces deux propriétés de la nature, qui, ainsi qu'il a été dit, sont l'espace et le temps ; car ils entrent alors dans la lumière spirituelle, dans laquelle les objets de la pensée sont les vrais, qui ne tirent absolument rien de l'espace et du temps, et dans laquelle les objets de la vue sont semblables à ceux du monde naturel, mais correspondants à leurs pensées. Ces objets, il est vrai, apparaissent comme dans l'espace et dans le temps, néanmoins les anges ne pensent pas d'après l'espace et le temps. Il en est ainsi, parce que les espaces et les temps n'y sont pas fixes comme dans le monde naturel, mais varient selon les états de la vie des anges. Par suite, dans les idées de leur pensée, au lieu des espaces et des temps, il y a les états de la vie ; au lieu des espaces, les choses qui se rapportent aux états de l'amour ; et au lieu des temps les choses qui se rapportent aux états de la sagesse. Il s'ensuit que la pensée spirituelle et que le langage spirituel qui en provient diffèrent totalement de la pensée et du langage naturels ; ils n'ont en commun que les intérieurs des choses, intérieurs qui tous sont spirituels. Il sera donné ailleurs de plus grands détails sur cette différence. Puisque les pensées des anges ne tirent rien de l'espace, ni rien du temps, mais tirent tout des états de la vie, il est évident que les anges ne comprennent pas quand il est dit que le Divin remplit les espaces, car ils ne savent pas ce que c'est que les espaces, mais qu'ils comprennent clairement quand sans l'idée d'aucun espace, il est dit que le Divin remplit toutes choses.

71. Ce qui suit permettra d'illustrer que l'homme purement naturel pense aux spirituels et aux Divins, d'après l'espace, et que l'homme spirituel y pense sans l'espace. L'homme purement naturel pense par les idées qu'il s'est acquises d'après les objets de la vue, qui tous ont une figure tenant de la longueur, de la largeur et de la hauteur, et dont la forme angulaire ou circulaire est déterminée par ces dimensions. Ces figures et ces formes sont évidemment présentes dans les idées de sa pensée sur les objets visibles de la terre, et le sont aussi sur les choses non visibles, c'est-à-dire civiques et morales. Il ne voit pas celles-ci, il est vrai, mais elles y sont comme des continuations des objets visibles. Il en est autrement de l'homme spirituel, et surtout de l'ange du ciel dont la pensée n'a rien de commun avec la figure et la forme tenant quelque chose de la longueur, de la largeur et de la hauteur de l'espace, mais elle est sur l'état de la chose d'après l'état de la vie. Par conséquent, au lieu de la longueur de l'espace il pense au bien de la chose, d'après le bien de la vie ; au lieu de la largeur de l'espace, au vrai de la chose d'après le vrai de la vie ; et au lieu de la hauteur, aux degrés du bien et du vrai. Ainsi il pense d'après la correspondance qui existe entre les spirituels et les naturels. D'après cette correspondance, dans la Parole la longueur signifie le bien de la chose, la largeur le vrai de la chose, et la hauteur les degrés du bien et du vrai. Il est donc évident que l'ange du ciel, quand il pense à l'Omniprésence Divine, ne peut que penser que le Divin, sans espace, remplit toutes choses. Ce que l'ange pense est le vrai, parce que la lumière qui éclaire son entendement est la Divine Sagesse.

72. Sans cette pensée fondamentale sur Dieu, les choses qui seront dites sur la création de l'univers par Dieu-Homme sur sa Providence, sa Toute-Puissance, son Omniprésence et son Omniscience peuvent, il est vrai, être comprises, mais ne peuvent être retenues. Car l'homme purement naturel quand il les comprend, retombe toujours dans l'amour de sa vie, qui appartient à sa volonté, et cet amour les dissipe, et plonge la pensée dans l'espace, dans lequel est sa lueur, qu'il appelle le rationnel, ne sachant pas qu'autant il nie ces choses, autant il est irrationnel. On peut confirmer qu'il en est ainsi par l'idée de ce vrai, que Dieu est Homme. On peut aussi le comprendre en lisant avec attention ce qui a été dit ci-dessus, N°s 11 à 13, et ce qui a été écrit ensuite. Mais si la pensée est remise plus ou moins dans la lueur naturelle qui tient à l'espace, ces choses paraîtront comme des paradoxes, et pourront même être rejetées. Pour cette raison il est dit que le Divin remplit tous les espaces de l'univers, et il n'est pas dit que Dieu-Homme les remplit, car la lueur purement naturelle n'y acquiescerait pas, mais elle accepte l'idée que le Divin les remplit parce que cela concorde avec cette formule du langage des théologiens, que Dieu est Omniprésent, et qu'il entend et sait tout. Voir sur ce sujet les N°s 7 à 10.

Le Divin, sans le temps,
est dans tout temps

73. Comme le Divin sans espace est dans tout espace, de même Il est dans tout temps sans temps. En effet, ce qui est propre à la nature ne peut se dire du Divin, et l'espace et le temps sont propres à la nature, et sont mesurables. Comme on le sait le temps est mesuré par les jours, les semaines, les mois, etc. et la nature tire cette mesure du mouvement apparent de rotation et de circonvolution du soleil du monde. Mais il en est autrement dans le monde spirituel, où les progressions de la vie apparaissent pareillement dans le temps, car les habitants y vivent entre eux comme les hommes dans le monde, ce qui n'est pas possible sans l'apparence du temps. Mais le temps n'y est pas divisé en périodes comme dans le monde, car leur Soleil est constamment à l'Orient et ne se déplace jamais, puisque c'est le Divin Amour du Seigneur qui leur apparaît comme Soleil. Ainsi ils n'ont pas des jours, semaines, mois, etc., mais à la place ils ont des états de la vie, par lesquels se fait la distinction, qui n'est pas une distinction en périodes, mais qui est une distinction en états. Il s'ensuit que les anges ne connaissent pas le temps, et lorsqu'on en parle, à sa place ils perçoivent l'état. Lorsque l'état détermine le temps, celui-ci est seulement une apparence, car le plaisir de l'état le fait apparaître court, et le déplaisir le fait apparaître long. Il est donc évident que dans le monde spirituel, le temps n'est que la qualité de l'état. Ainsi, dans la Parole, les états et les progressions des états dans la série et dans le complexe sont signifiés par les heures, les jours, les semaines, etc. Quand les temps se réfèrent à l'Eglise, le matin signifie son premier état, midi son apogée, le soir son déclin et la nuit sa fin. Les quatre saisons de l'année ont la même signification.

74. De ce qui précède on peut voir que le temps fait un avec la pensée procédant de l'affection, car la qualité de l'état de l'homme en provient. Dans le monde spirituel, les progressions du temps sont étroitement unies aux progressions des distances dans l'espace. Les chemins y sont en actualité raccourcis ou allongés selon les désirs qui appartiennent à la pensée procédant de l'affection. De là vient l'expression, « les espaces de temps ». De plus, lorsque la pensée ne se conjoint pas avec l'affection propre de l'homme, comme dans le sommeil, le temps n'est pas perçu.

75. Maintenant, comme les temps, qui sont propres à la nature dans son monde, sont de purs états dans le monde Spirituel, états qui apparaissent progressifs, parce que les anges et les esprits sont finis, on peut voir que dans Dieu ils ne sont pas progressifs, parce que Dieu est Infini, et que les Infinis en Lui sont un, selon ce qui a été démontré ci-dessus, aux N°s 17 à 22. Il en résulte que le Divin est dans tout temps sans le temps.

76. Celui qui n'a aucune connaissance ou aucune perception de Dieu sans le temps, ne peut concevoir l'éternité que comme une éternité de temps. Sa pensée ne peut que s'égarer sur Dieu de toute éternité, car il pense d'après un Commencement, et le commencement appartient uniquement au temps. Son égarement le mène à penser que Dieu a existé par Soi, d'où il tombe facilement dans l'origine de la nature par soi. Il ne peut en être détaché que par l'idée spirituelle ou angélique sur l'éternité, qui est sans le temps. Quand il est fait abstraction du temps, l'éternité et le Divin sont une même chose, et le Divin est le Divin en Soi et non par Soi. Les anges déclarent qu'ils peuvent percevoir un Dieu de toute éternité, mais non une nature de toute éternité, encore moins une nature par soi, et nullement une nature qui serait une nature en soi. Car ce qui est en soi est l'Être même de qui toutes choses procèdent ; et l'Être en Soi est la Vie même, qui est le Divin Amour de la Divine Sagesse et la Divine Sagesse du Divin Amour. Telle est l'éternité pour les anges ; ainsi elle est hors du temps, comme l'Incréé est hors du créé, ou comme l'Infini est hors du fini, entre lesquels, en fait il n'y a aucun rapport.

Le Divin est le même dans les très grands
et dans les très petits

77. Cela résulte des deux articles précédents qui nous disent que le Divin est dans tout espace sans espace, et que le Divin est dans tout temps sans le temps. Or les espaces varient depuis les très grands jusqu'aux très petits ; et comme les espaces et les temps font un, ainsi qu'il a été dit, il en est de même des temps. Le Divin est le même en eux, parce que le Divin n'est ni variable ni muable, comme l'est tout ce qui appartient à l'espace et au temps, ou tout ce qui appartient à la nature, mais le Divin est invariable et immuable, par conséquent Il est partout et toujours le même.

78. Il semble que le Divin ne soit pas le même dans chaque homme, pas le même dans le sage et dans le simple, dans le vieillard et dans l'enfant ; mais c'est une illusion provenant de l'apparence, l'homme est différent, mais le Divin n'est pas différent en lui. L'homme est un réceptacle, et chaque réceptacle est différent. L'homme sage reçoit le Divin Amour et la Divine Sagesse d'une manière plus adéquate, ainsi plus pleinement que l'homme simple, et le vieillard qui est sage aussi, plus pleinement que le petit enfant et l'enfant, néanmoins le Divin est le même dans tous. C'est aussi une illusion d'après l'apparence de croire que le Divin est différent chez les anges du Ciel et chez les hommes de la terre, parce que les anges du ciel sont dans une sagesse ineffable, et que les hommes ne le sont pas. Mais la différence apparente est dans les sujets selon la qualité de la réception du Divin, et non dans le Seigneur.

79. on peut voir d'après le ciel et d'après l'ange dans le ciel, que le Divin est le même dans les très grands et les très petits. Puisque le Divin dans le ciel entier et le Divin dans un ange est le même, le ciel entier peut apparaître commeun seul ange. Il en est de même de l'Eglise et d'un homme de l'Eglise. La plus grande forme réceptrice du Divin est le ciel entier et en même temps l'église entière, et la plus petite est l'ange du ciel et l'homme de l'église. J'ai quelquefois vu une société entière du ciel comme un homme-ange, et il m'a été dit qu'elle pouvait apparaitre comme un homme grand, tel qu'un géant, et comme un homme petit, tel qu'un enfant, parce que le Divin est le même dans les très grands et dans les très petits.

80. Le Divin est aussi le même dans les très-grands et dans les très-petits de toutes les choses créées qui ne vivent pas, car Il est dans tout bien de leur usage. Elles ne vivent pas, parce qu'elles sont, non des formes de la vie, mais des formes des usages ; et la forme varie selon l'excellence de l'usage. Dans la suite, lorsqu'il s'agira de la création, il sera dit comment le Divin est en elles.

81. Si l'on fait abstraction de l'espace, et qu'on n'accepte absolument pas l'idée du vide, et qu'alors on pense au Divin Amour et à la Divine Sagesse comme étant l'Essence même, sans espace et sans vide ; ensuite si l'on pense, d'après l'espace, on percevra que le Divin est le même dans les plus grandes et dans les plus petites choses de l'espace ; car dans l'Essence abstraite de l'espace il n'y a ni grand ni petit, mais le même.

82. Un jour, j'ai entendu des anges s'entretenir avec Newton sur le vide. Ils disaient qu'ils ne supportaient pas l'idée du vide comme néant, parce que dans leur monde qui est spirituel, donc en dedans et au-dessus des espaces et des temps du monde naturel, ils ont également la sensation, la pensée, l'affection, l'amour, la volonté, la respiration et même la parole et l'action, toutes choses qui seraient absolunent impossibles dans le vide qui serait le néant, parce que rien est rien, et qu'aucune chose ne peut provenir du néant. Newton leur dit qu'il savait que le Divin qui est l'Être Même remplit tout, et que l'idée du néant à propos du vide lui faisait horreur, parce qu'elle est destructrice de tout. Il exhortait ceux qui parlaient avec lui sur le vide à se garder de l'idée du néant, appelant cette idée une défaillance parce que dans le néant aucune activité du mental, n'est possible.


Seconde partie
LE SOLEIL SPIRITUEL


Le Divin Amour et la Divine Sagesse
apparaissent dans le monde spirituel comme soleil.


83. Il y a deux mondes, le spirituel et le naturel, qui sont absolument distincts. L'un ne tire rien de l'autre, mais ils communiquent seulement par les correspondances dont la qualité a été montrée ailleurs en plusieurs endroits. Ainsi la chaleur dans le monde naturel correspond au bien de la charité dans le monde spirituel, et la lumière dans le monde naturel correspond au vrai de la foi dans le monde spirituel. A première vue, la chaleur et le bien de la charité, la lumière et le vrai de la foi apparaissent absolument distincts, aussi distincts que deux choses complètement différentes, cependant la chaleur spirituelle est ce bien, et la lumière spirituelle est ce vrai. Bien que ces choses soient ainsi distinctes en elles-mêmes, elles font néanmoins un par la correspondance, et le font au point que les esprits et les anges qui sont chez l'homme perçoivent la charité au lieu de la chaleur, et la foi au lieu de la lumière, lorsque l'homme lit ces mots dans la Parole. Cet exemple a été rapporté, afin qu'on sache que les deux mondes, le spirituel et le naturel, sont tellement distincts, qu'ils n'ont rien de commun entre eux, mais qu'ils ont été créés de telle façon qu'ils communiquent et même sont conjoints par les correspondances.

84. Puisque ces deux mondes sont ainsi distincts, on peut voirclairement que le monde spirituel est sous un autre soleil que le monde naturel. Car dans le monde spirituel il y a chaleur et lumière comme dans le monde naturel ; mais la chaleur spirituelle est le bien de la charité, et la lumière spirituelle est le vrai de la foi. Comme la chaleur et la lumière ne peuvent avoir qu'un soleil pour origine, il devient évident que le soleil du monde spirituel est différent de celui du monde naturel. Il devient aussi évident que le soleil du monde spirituel est tel dans son essence, que la chaleur et la lumière spirituelles peuvent exister d'après lui, et que le soleil du monde naturel est tel dans son essence, que la chaleur et la lumière naturelles peuvent exister, d'après lui. Tout ce qui est spirituel se réfère au bien et au vrai, et ne peut venir que du Divin Amour et de la Divine Sagesse, car tout bien appartient à l'amour et tout vrai appartient à la sagesse. Tout homme sage peut voir que tout spirituel n'a pas d'autre origine.

85. On a ignoré jusqu'à présent qu'il y a un autre soleil que celui du monde naturel, parce que l'homme a tellement identifié son spirituel à son naturel, qu'il a perdu la notion du spirituel, et par conséquent n'a plus su qu'il existe un monde spirituel différent du monde naturel, et dans lequel sont les esprits et les anges. Comme le monde spirituel est resté si longtemps caché aux habitants du monde naturel, il a plu au Seigneur d'ouvrir les yeux de mon esprit, afin que je voie les choses qui sont dans ce monde comme je vois celles qui sont dans le monde naturel, et que j'en donne une description, ce qui a été fait dans le traité Le Ciel et l'enfer, où, dans un article spécial, il a aussi été parlé du soleil de ce monde. En effet, je l'ai vu, et il m'est apparu dans une dimension semblable à celle du soleil du monde naturel, il était pareillement igné, mais plus brillant. Il m'a été donné de connaître que le ciel angélique tout entier est sous ce soleil ; et que les anges du troisième ciel le voient continuellement, les anges du second ciel très souvent, et les anges du premier ou dernier ciel quelquefois. On verra dans la suite que toute chaleur et toute lumière chez les anges, ainsi que toutes les choses qui apparaissent dans ce monde proviennent de ce soleil.

86. Ce Soleil n'est pas le Seigneur Lui-même, mais il procède du Seigneur. Il est le Divin Amour et la Divine Sagesse qui procèdent de Lui, et qui apparaissent comme Soleil dans ce monde. Il a été montré dans la première partie, que l'amour et la sagesse dans le Seigneur sont un, il est donc dit que ce Soleil est le Divin Amour ; en effet, la Divine Sagesse appartient au Divin Amour, par conséquent elle est aussi l'Amour.

87. Ce Soleil apparaît devant les yeux des anges comme igné, parce que l'amour et le feu se correspondent. Comme de leurs yeux ils ne peuvent voir l'amour, à sa place ils voient ce qui y correspond. En effet, les anges ont comme les hommes un interne qui pense, qui est sage, veut et aime ; et un externe qui sent, voit, parle et agit. Tous les externes sont des correspondances des internes, mais elles sont spirituelles et non naturelles. Le Divin Amour aussi est senti comme un feu par les spirituels, et pour cette raison, lorsque le feu est nommé dans la Parole il signifie l'amour, et le feu sacré dans l'église israélite le signifiait. Dans les prières qu'on adresse à Dieu, cette formule est aussi couramment employée : Que le feu céleste, c'est-à-dire, que le Divin Amour, embrase les cœurs !

88. Puisqu'une telle différence existe entre le spirituel et le naturel, ainsi qu'il a été montré au N° 83, rien de ce qui procède du Soleil du monde naturel ne peut par conséquent passer dans le monde spirituel, c'est-à-dire, rien de sa lumière et de sa chaleur, ou rien d'aucun objet de la terre la lumière du monde naturel y est obscurité, et sa chaleur y est la mort. Néanmoins la chaleur du monde peut être vivifiée par l'influx de la chaleur du ciel, et la lumière du monde peut être embrasée par l'influx de la lumière du ciel. L'influx se fait par les correspondances, et ne peut se faire par la continuité.

Une chaleur et une lumière procèdent du soleil
qui existe d'après le Divin Amour et la Divine Sagesse

89. Dans le monde spirituel, où sont les anges et les esprits, il y a aussi une chaleur et une lumière, comme dans le monde naturel, où sont les hommes. De même la chaleur est sentie comme chaleur, et la lumière est vue comme lumière. Néanmoins la chaleur et la lumière du monde spirituel et celles du monde naturel n'ont absolument rien de commun, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, N°s 83 et suiv., elles diffèrent entre elles comme le vivant et le mort. La chaleur et la lumière du monde spirituel qui procèdent du Soleil qui est pur Amour, sont en elles-mêmes vivantes ; et la chaleur et la lumière du monde naturel qui procèdent du soleil qui est le pur feu, sont en elles-mêmes mortes. De plus l'amour est vivant, et le Divin Amour est la Vie elle-même et le feu est mort, et le feu solaire est la mort elle-même; il peut être appelé ainsi, parce qu'en lui il n'y a absolument rien de la vie.

90. Comme le spirituel convient au spirituel, et le naturel au naturel, les anges, parce qu'ils sont spirituels, ne peuvent vivre dans une autre chaleur et dans une autre lumière que dans la chaleur et la lumière spirituelles, et les hommes ne peuvent vivre dans une autre chaleur et dans une autre lumière que dans une chaleur et une lumière naturelles. Si l'ange recevait la plus petite parcelle de chaleur et de lumière naturelles, il périrait, car cela est en complet désaccord avec sa vie. Chaque homme est un esprit quant aux intérieurs de son mental. Quand l'homme meurt, il sort entièrement du monde de la nature, laisse tout ce qui appartient à la nature, et entre dans un monde où il n'y a rien de la nature. Dans ce monde-là il vit complètement séparé de la nature, au point qu'aucune communication ne peut se faire par la continuité, c'est-à-dire, comme entre un plus pur et un plus grossier, mais il y en a une comme entre un antérieur et un postérieur, et cette communication n'a lieu que par les correspondances. Il s'ensuit que la chaleur et la lumière spirituelles ne sont pas une chaleur et une lumière naturelles plus pures, mais qu'elles sont d'une essence absolument différente, car la chaleur et la lumière spirituelles tirent leur essence du Soleil qui est le pur Amour, donc la Vie même, tandis que la chaleur et la lumière naturelles tirent leur essence du soleil qui est le pur feu, dans lequel il n'y a absolument rien de la vie, comme il a été dit ci-dessus.

91. Puisqu'il y a une telle différence entre la chaleur et la lumière des deux mondes on voit bien clairement pourquoi ceux qui sont dans un monde ne peuvent voir ceux qui sont dans l'autre ; car les yeux de l'homme qui voit d'après la lumière naturelle sont de la substance de son monde, et les yeux de l'ange sont de la substance de son monde, ils sont donc formés de part et d'autre pour recevoir d'une manière adéquate leur lumière. On peut ainsi voir dans quelle profonde ignorance sont ceux qui n'admettent pas que les anges et les esprits soient des hommes, parce qu'ils ne les voient pas de leurs yeux.

92. Jusqu'à présent on a ignoré que les anges et les esprits sont dans une tout autre lumière et une tout autre chaleur que les hommes, on a même ignoré qu'il y a une autre lumière et une autre chaleur. En effet, par la pensée, l'homme n'a pas pénétré au-delà des intérieurs ou des choses plus pures de la nature. En conséquence beaucoup d'hommes se sont figuré que les demeures des anges et des esprits sont dans l'éther, parfois dans les étoiles, ainsi au-dedans de la nature, et non au-dessus ou en-dehors de la nature. Cependant les anges et les esprits sont absolument au-dessus ou en-dehors de la nature, et dans leur monde, qui est sous un autre soleil. Comme dans ce monde les espaces sont des apparences, ainsi qu'il a été démontré ci-dessus, on ne peut par conséquent dire qu'ils sont dans l'éther ni dans les étoiles. En fait, ils sont en compagnie de l'homme, conjoints à son esprit par l'affection et la pensée ; et parce qu'il est esprit, l'homme pense et veut d'aprèsl'esprit. Le monde spirituel est donc là où est l'homme, et nullement distant de lui. En un mot, tout homme, quant aux intérieurs de son mental, est dans le monde spirituel au milieu des esprits et des anges qui y sont, et il pense d'après la lumière de ce monde et aime d'après la chaleur de ce Monde.

Le soleil du monde spirituel n'est pas Dieu,
mais il est le procédant du Divin Amour
et de la Divine Sagesse de Dieu-Homme
il en est de même de la chaleur et
de la lumière procédant de ce soleil.

93. Par ce Soleil visible pour les anges, d'après lequel ils ont la chaleur et la lumière, il n'est pas entendu le Seigneur Lui-même, mais il est entendu le premier procédant du Seigneur, c'est-à-dire le plus haut degré de la chaleur spirituelle. Le plus haut degré de la chaleur spirituelle est le feu spirituel, qui est le Divin Amour et la Divine Sagesse dans leur première correspondance. Pour cette raison ce Soleil apparaît igné, il apparaît igné pour les anges et non pour les hommes ; le feu qui est feu pour les hommes n'est pas spirituel, mais naturel. Entre le feu spirituel et le feu naturel il y a la même différence qu'entre le vivant et le mort. C'est pourquoi le Soleil spirituel par la chaleur vivifie les êtres spirituels et renouvelle les choses spirituelles. Le soleil naturel agit de même, il est vrai, sur les êtres naturels et sur les choses naturelles, toutefois non d'après lui-même, mais par l'influx de la chaleur spirituelle, à laquelle il porte un secours subsidiaire.

94. Ce feu spirituel dans lequel est aussi la lumière dans son origine, devient une chaleur et une lumière spirituelles qui décroissent en procédant, et le décroissement se fait par des degrés, dont il sera parlé dans la suite. Les anciens l'ont représenté par des cercles brillants de feu et resplendissants de lumière autour de la tête de Dieu ; cette représentation est encore faite aujourd'hui, quand en peinture on présente Dieu comme Homme.

95. D'après l'expérience on voit manifestement, que l'amour produit la chaleur, et la sagesse la lumière. L'homme devient br°lant quand il aime, et voit les choses comme dans la lumière quand il pense d'après la sagesse. Il est donc évident que le premier procédant de l'amour est la chaleur, et que le premier procédant de la sagesse est la lumière. Il est évident que ce sont aussi des correspondances, car la chaleur n'existe pas dans l'amour lui-même ; mais d'après l'amour elle existe dans la volonté et par suite dans le corps ; et la lumière n'existe pas dans la sagesse, mais elle existe dans la pensée de l'entendement et par suite dans le langage. L'amour et la sagesse sont donc l'essence et la vie de la chaleur et de la lumière. La chaleur et la lumière sont des procédants, et comme elles sont des procédants, elles sont aussi des correspondances.

96. Chacun peut savoir en observant les pensées de son mental, que la lumière spirituelle est absolument distincte de la lumière naturelle. Quand le mental pense, que ce soit au milieu de la nuit ou pendant le jour, il voit ses objets dans la lumière, et ceux qui pensent spirituellement voient des vrais. Pour cette raison la lumière se réfère à l'entendement, et on dit de l'entendement qu'il voit, car on dit couramment qu'on voit, c'est-à-dire qu'on comprend ce qu'un autre veut exprimer. L'entendement étant spirituel, ne peut voir d'après la lumière naturelle, parce que la lumière naturelle n'est pas inhérente à l'homme, mais elle s'en va avec le soleil. Il est donc évident que l'entendement jouit d'une lumière différente de celle dont jouit l'œil, et que cette lumière est d'une autre origine.

97. Qu'on se garde de penser que le Soleil du monde spirituel soit Dieu Lui-même. Dieu Lui-même est Homme. Le premier procédant de son Amour et de sa Sagesse est l'igné spirituel qui apparaît devant les anges comme Soleil. C'est pourquoi lorsque le Seigneur se manifeste aux anges en personne, Il se manifeste comme Homme, parfois dans le Soleil et parfois hors du Soleil.

98. D'après cette correspondance, le Seigneur dans la Parole, est appelé non seulement Soleil, mais aussi Feu et Lumière. Par le Soleil est entendu le Seigneur quant au Divin Amour et à la Divine Sagesse ensemble ; par le Feu, le Seigneur quant au Divin Amour ; et par la Lumière, le Seigneur quant à la Divine Sagesse.

La chaleur spirituelle et la lumière spirituelle
en procédant du Seigneur comme Soleil font un,
comme son Divin Amour et sa Divine Sagesse font un

99. Dans la première partie, il a été dit comment le Divin Amour et la Divine Sagesse dans le Seigneur font un ; la Chaleur et la Lumière font pareillement un, parce qu'elles en procèdent, et les choses qui en procèdent font un en vertu de la correspondance ; en effet, la chaleur correspond à l'amour et la lumière à la sagesse. En conséquence, comme le Divin Amour est le Divin Etre, et la Divine Sagesse le Divin Exister (voir N°s 14 à 16), de même la Chaleur spirituelle est le Divin procédant du Divin Etre, et la Lumière spirituelle le Divin procédant du Divin Exister. Et comme par cette union le Divin Amour appartient à la Divine Sagesse, et la Divine Sagesse au Divin Amour (voir N°s 34 à 39), de même la Chaleur spirituelle appartient à la Lumière spirituelle, et la Lumière spirituelle à la Chaleur spirituelle ; et parce qu'il y a une telle union, il s'ensuit que la chaleur et la lumière en procédant du Seigneur comme Soleil sont un. Mais, dans la suite, on verra qu'ils ne sont pas reçus comme un par les anges ni par les hommes.

100. La chaleur et la lumière qui procèdent du Seigneur comme soleil, sont ce qui est éminemment appelé le spirituel, et elles sont appelées le spirituel au singulier, parce qu'elles sont un. Ainsi lorsqu'il est dit le spirituel dans ce qui suit, il est entendu l'une et l'autre ensemble. C'est à cause de ce spirituel que tout ce monde est appelé spirituel. Toutes les choses de ce monde tirent leur origine de ce spirituel, et par suite leur dénomination. Cette chaleur et cette lumière sont appelées le spirituel, parce que Dieu est appelé Esprit, et Dieu comme Esprit est ce Procédant. Dieu d'après son Essence Même est appelé Jéhovah ; mais par ce Procédant, il vivifie et illustre les anges du ciel et les hommes de l'église. Pour cette raison il est dit que la vivification et l'illustration sont faites par l'Esprit de Jéhovah.

101. Que la chaleur et la lumière, c'est-à-dire, le spirituel procédant du Seigneur comme soleil, fassent un, on peut le démontrer par la chaleur et la lumière qui procèdent du soleil du monde naturel. Ces deux dernières aussi font un en sortant du soleil ; pourtant elles ne font pas un sur terre, non à cause du soleil, mais à cause de la terre, car celle-ci tourne chaque jour autour de son axe dans sa révolution autour du Soleil, ce qui donne l'apparence que la chaleur et la lumière ne font pas un, puisqu'en été il y a plus de chaleur que de lumière, et en hiver plus de lumière que de chaleur. Une certaine inégalité existe aussi dans le monde spirituel ; là, cependant le mouvement de rotation et le mouvernent de révolution n'ont pas lieu, mais les anges se tournent plus ou moins vers le Seigneur. Ceux qui se tournent davantage vers Lui reçoivent plus de chaleur et moins de lumière, et ceux qui se tournent moins reçoivent plus de lumière et moins de chaleur. Il en découle que les Cieux, qui se composent d'anges, ont été distingués en deux royaumes, dont l'un est appelé céleste, et l'autre spirituel. Les anges célestes reçoivent plus de chaleur, et les anges spirituels plus de lumière. De plus, les contrées dans lesquelles ils habitent varient en apparence selon la réception de la chaleur et de la lumière par eux. La correspondance est complète, pourvu qu'au lieu du mouvement de la terre on prenne le changement de l'état des anges.

102. On verra dans la suite que tous les spirituels qui tirent leur origine de la chaleur et de la lumière de leur soleil, font aussi pareillement un, lorsqu'ils sont considérés en eux-mêmes, mais considérés comme procédant des affections des anges, ils ne font pas un. Quand la chaleur et la lumière font un dans les cieux, c'est comme la saison du Printemps chez les anges ; mais quand elles ne font pas un, c'est comme un temps d'été ou un temps d'hiver, non comme un temps d'hiver dans les zones froides, mais comme un temps d'hiver dans les zones chaudes. Ainsi la réceptionde l'amour et de la sagesse en égale quantité, est l'état angélique même, et l'ange est donc ange du ciel selon l'union de l'amour et de la sagesse chez lui. Il en est de même de l'homme de l'église lorsque l'amour et la sagesse, c'est-à-dire, la charité et la foi, font un chez lui.

Le soleil du monde spirituel apparaît,
à une hauteur moyenne, distant des anges,
comme le soleil du monde naturel
apparaît distant des hommes

103. La plupart des hommes emportent avec eux du monde, l'idée que Dieu est au-dessus de la tête, en haut, et que le Seigneur est dans le ciel parmi les anges. Ils emportent cette idée de Dieu, parce que Dieu dans la Parole est appelé le Très-Haut, et qu'il est dit qu'Il habite en haut. Ainsi lorsqu'ils supplient et adorent, ils lèvent les yeux et les mains ne sachant pas que le Très-Haut signifie l'intime. Ils emportent l'idée que le Seigneur est dans le ciel parmi les anges, parce que certains pensent de Lui comme d'un homme et d'autres comme d'un ange, ne sachant pas que le Seigneur est le Dieu Même et Unique qui gouverne l'univers. S'Il était parmi les anges dans le ciel, Il ne pourrait pas avoir l'univers sous son regard, sous son auspice et sous son gouvernement. S'Il ne brillait pas comme Soleil devant les habitants du monde spirituel, ceux-ci ne pourraient avoir aucune lumière, car étant spirituels, seule la lumière spirituelle convient à leur essence. On verra ci-dessous quand il s'agira des degrés, qu'il y a dans les cieux une lumière qui surpasse immensément celle de la terre.

104. Le Soleil, d'après lequel les anges reçoivent la lumière et la chaleur, apparaît au-dessus des terres qu'habitent les anges, à une hauteur moyenne de quarante-cinq degrés, et en outre distant d'eux comme le soleil du monde apparaît distant des hommes. Ce Soleil apparaît toujours à cette hauteur et à cette distance et ne se déplace pas. C'est pourquoi les anges n'ont pas de temps divisé en jours et en années, ni de progression du jour allant du matin vers le midi, le soir et la nuit, ni de progression de l'année allant du printemps vers l'été, l'automne et l'hiver. Mais il y a une perpétuelle lumière et un perpétuel printemps ; en conséquence, au lieu des temps, il y a des états, ainsi qu'il a déjà été dit.

105. Le Soleil du monde spirituel apparaît à une hauteur moyenne, principalement pour les raisons suivantes : Premièrement, la chaleur et la lumière qui procèdent de ce soleil sont ainsi d'une intensité moyenne, en conséquence également proportionnées, donc convenablement tempérées. Si le soleil apparaissait au-dessus de la hauteur moyenne, il serait perçu plus de chaleur que de lumière, et s'il apparaissait au-dessous, il serait perçu plus de lumière que de chaleur, comme c'est le cas sur terre lorsque le soleil est au-dessus ou au-dessous du milieu du ciel ; car la lumière reste la même en été et en hiver, mais la chaleur augmente ou diminue selon les degrés de hauteur du soleil. Secondement, afin qu'il y ait ainsi dans tous les cieux angéliques, un perpétuel printemps, d'après lequel les anges sont dans un état depaix, car cet état correspond à la saison du printemps sur terre. Troisièmement, les anges peuvent ainsi tourner continuellement leurs faces vers le Seigneur, et Le contempler de leurs yeux ; car de quelque côté que les anges se tournent, ils ont l'Orient, ainsi le Seigneur devant leurs faces. C'est une particularité de ce monde, qui n'aurait pas lieu si le Soleil apparaissait au-dessus ou au-dessous de la hauteur moyenne, et à plus forte raison s'il apparaissait au zénith.

106. Si le Soleil du monde spirituel n'apparaissait distant des anges, comme le soleil du monde naturel l'est des hommes, tout le ciel angélique, et sous lui l'enfer, et sous l'un et l'autre notre globe terrestre, ne seraient pas sous le regard, les auspices, l'omniprésence, l'omniscience, la toute puissance et la providence du Seigneur. Il peut être comparé au soleil de notre monde. Si celui-ci n'était pas à une telle distance de la terre, où il apparaît, il ne pourrait être présent ni puissant par la chaleur et la lumière sur toute la terre, ainsi il ne pourrait fournir un secours subsidiaire au Soleil du monde spirituel.

107. Il est très important de savoir qu'il y a deux soleils, l'un spirituel pour ceux qui sont dans le monde spirituel, et l'autrenaturel pour ceux qui sont dans le monde naturel. Si On ne le sait pas, on ne peut rien comprendre avec justesse sur la création et sur l'homme, sujets qui seront traités ci-dessous. On peut, il est vrai, voir les effets, mais si les causes des effets ne sont pas vues en même temps, les effets n'apparaissent qu'obscurément.

La distance entre le soleil et les anges dans
le monde spirituel est une apparence selon
la réception du Divin Amour et de la
Divine Sagesse par eux

108. Toutes les illusions, qui règnent chez les méchants et chez les simples, ont leur origine dans des apparences confirmées. Tant que les apparences restent des apparences, elles sont des vérités apparentes, selon lesquelles chacun peut penser et parler, mais quand elles sont reçues comme des vérités mêmes, ce qui arrive quand elles sont confirmées, alors les vérités apparentes deviennent des faussetés et des illusions. Par exemple, c'est une apparence, que le soleil tourne chaque jour autour de la terre et s'avance pendant l'année selon l'écliptique. Chacun peut penser et parler selon cette vérité apparente tant qu'elle n'est pas confirmée. On peut dire que le soleil se lève et se couche, qu'il fait ainsi le matin, le midi, le soir et la nuit, qu'il est maintenant dans tel ou tel degré de l'écliptique ou de sa hauteur, et fait ainsi le printemps, l'été, l'automne et l'hiver. Mais quand on confirme que cette apparence est la vérité même, celui qui le confirme pense et dit une fausseté d'après une illusion. Il en est de même des autres apparences qui sont innombrables non seulement dans les choses naturelles, civiques et morales, mais aussi dans les choses spirituelles.

109. Il en est de même de la distance du Soleil du monde spirituel, soleil qui est le premier procédant du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Seigneur. La vérité est qu'il n'y a aucune distance, mais que la distance est une apparence selon le degré de réception du Divin Amour et de la Divine Sagesse par les anges. On peut voir d'après ce qui a été démontré ci-dessus, que les distances dans le monde spirituel sont des apparences, par exemple, N°s 7 à 9, que le Divin n'est pas dans l'espace ; et N°s 69 à 72, que le Divin remplit tous les espaces sans espace . Or s'il n'y a pas d'espaces, il n'y a pas non plus de distances, ou, ce qui est la même chose, si les espaces sont des apparences, les distances sont aussi des apparences, car les distances appartiennent à l'espace.

110. Le Soleil du monde spirituel apparaît à une certaine distance des anges, parce que le Divin Amour et la Divine Sagesse sont reçus par eux dans le degré de chaleur et de lumière qui convient à leur état. Car l'ange, parce qu'il est créé et fini, ne peut recevoir le Seigneur dans le premier degré de chaleur et de lumière, tel qu'il est dans le Soleil, car alors l'ange serait entièrement consumé. Le Seigneur est donc reçu par eux dans un degré de chaleur et de lumière correspondant à leur amour et à leur sagesse. Voici un exemple pour illustrer ce qui précède : Un ange du dernier Ciel ne peut monter vers les anges du troisième Ciel, car s'il le fait et entre dans leur ciel, il tombe comme en défaillance, et sa vie est comme en lutte avec la mort, parce que chez lui, le degré d'amour et de sagesse est moindre, et que la chaleur de son amour et la lumière de sa sagesse sont dans ce même degré. Que serait-ce alors si un ange montait jusqu'au soleil et entrait dans son feu ?

Les différences de réception du Seigneur par les anges font aussi que les cieux apparaissent distincts entre eux. Le Ciel suprême appelé troisième ciel, apparait au-dessus du second et celui-ci au-dessus du premier. Les cieux ne sont pas distants l'un de l'autre mais ils semblent l'être, car le Seigneur est présent chez ceux qui sont dans le dernier ciel, comme Il l'est chez ceux qui sont dans le troisième. Ce qui cause l'apparence de la distance n'est pas dans le Seigneur, mais dans les sujets qui sont les anges.

111. L'idée naturelle ne peut facilement saisir qu'il en est ainsi, parce qu'en elle il y a l'espace ; mais l'idée spirituelle, dans laquelle sont les anges, peut le saisir, parce qu'en elle il n'y a pas d'espace. Néanmoins, on peut comprendre par l'idée naturelle que l'Amour et la Sagesse, ou ce qui revient au même, que le Seigneur qui est le Divin Amour et la Divine Sagesse, ne peut s'avancer par des espaces, mais qu'Il est en chacun selon la réception. Dans Matthieu XXVIII, 20, le Seigneur enseigne qu'Il est présent chez tous ; et dans Jean XIV, 23, qu'Il fait sa demeure chez ceux qui L'aiment.

112. Mais cela ayant été confirmé par les cieux et par les anges, peut être considéré comme d'une sagesse trop élevée ; néanmoins il en est de même pour les hommes. Les hommes, quant aux intérieurs de leur mental, sont réchauffés par le Soleil du monde spirituel et sont éclairés par sa lumière, en tant qu'ils reçoivent du Seigneur l'amour et la sagesse. A la différence des anges qui sont seulement sous ce Soleil les hommes sont non seulement sous ce soleil, mais aussi sous le soleil du monde ; car les corps des hommes ne peuvent exister ni subsister que sous l'un et l'autre soleil ; il en est autrement des anges qui ont des corps spirituels.

Les anges sont dans le Seigneur et le Seigneur est en eux; et comme les anges sont des réceptables,
le Seigneur seul est le Ciel

113. Parce que le ciel est appelé habitacle de Dieu, et aussi trône de Dieu, on croit que Dieu y est, comme un roi est dans son royaume. Mais Dieu, c'est-à-dire le Seigneur, est dans le Soleil au-dessus des cieux, et par sa présence dans la chaleur et dans la lumière Il est dans les cieux, ainsi qu'il a été montré dans les deux articles précédents. Bien que le Seigneur soit de cette manière présent dans le ciel, Il y est néanmoins comme en Soi ; car ainsi qu'il a été démontré, N°s 108 à 112, la distance entre le Soleil et le ciel n'est pas une distance, mais elle est une apparence de distance. Et puisque cette distance n'est qu'une apparence, il s'ensuit que le Seigneur Lui-même est dans le ciel, car Il est dans l'amour et dans la sagesse des anges ; et puisqu'il est dans l'amour et dans la sagesse de tous les anges, et que les anges constituent le ciel, Il est dans tout le ciel.

114. Le Seigneur est non seulement dans le ciel, mais Il est aussi le ciel même, parce que l'amour et la sagesse font l'ange, et que ces deux choses appartiennent au Seigneur chez les anges ; il s'ensuit que le Seigneur est le ciel. En effet les anges ne sont pas anges par leur propre, qui est absolument comme celui de l'homme, propre qui est le mal. Il en est ainsi, parce que tous les anges ont été des hommes, et que ce propre leur est inhérent par naissance. Il est seulement éloigné, et dans la mesure où il l'est, les anges reçoivent l'amour et la sagesse, c'est-à-dire le Seigneur en eux. Chacun peut voir, pour peu qu'il élève son entendement, que le Seigneur ne peut habiter chez les anges que dans ce qui Lui appartient, c'est-à-dire, dans Son propre, qui est l'amour et la sagesse, et nullement dans celui des anges, qui est le mal. Il s'ensuit que dans la mesure où le mal est éloigné, le Seigneur est en eux, et qu'ils sont anges dans cette même mesure. L'angélique même du ciel est le Divin Amour et la Divine Sagesse ; ce Divin est appelé angélique lorsqu'il est dans les anges. Il est donc de nouveau évident que les anges sont des anges par le Seigneur, et non par eux-mêmes ; par conséquent le ciel aussi est ciel par le Seigneur

115. Mais on ne peut comprendre comment le Seigneur est dans l'ange, et l'ange dans le Seigneur, si l'on ne connait pas la nature de leur conjonction. Il y a conjonction du Seigneur avec l'ange, et de l'ange avec le Seigneur ; elle est donc réciproque. L'ange, pareillement à l'homme, ne perçoit pas autrement, sinon qu'il est dans l'amour et dans la sagesse par lui-même, et par conséquent comme si l'amour et la sagesse lui appartenaient, ou étaient siens. S'il n'en était pas ainsi, il n'y aurait aucune conjonction, et le Seigneur ne serait pas en lui, ni lui dans le Seigneur. Il n'est pas non plus possible que le Seigneur soit dans un ange ou dans un homme, à moins que celui dans lequel Il est avec l'amour et la sagesse, ne perçoive et ne sente cette présence comme sienne. Par ce moyen, le Seigneur est non seulement reçu, mais retenu après avoir été reçu, et en outre aimé en retour. Par ce moyen aussi l'ange est sage et reste sage ; car personne ne peut vouloir aimer le Seigneur et le prochain, et vouloir être sage, s'il ne sent et ne perçoit comme sien ce qu'il aime, apprend et reçoit. Personne ne peut autrement retenir cela chez soi. S'il n'en était ainsi, l'amour et la sagesse qui influent n'auraient aucun réceptacle, car ils se répandraient et n'affecteraient pas. Par conséquent l'ange ne serait pas ange, l'homme ne serait pas homme, il serait comme un objet inanimé. D'après ces explications, on peut voir que sans la réciprocité il ne peut y avoir de conjonction.

116. Il sera maintenant expliqué comment un ange perçoit et sent comme sien, et ainsi reçoit et retient ce qui, cependant, ne lui appartient pas ; car il a été dit ci-dessus que l'ange est ange non par ce qui lui appartient, mais par les choses qui chez lui viennent du Seigneur. Tout ange possède la liberté et la rationalité ; il les possède afin d'être susceptible de recevoir l'amour et la sagesse qui procèdent du Seigneur. Mais l'une et l'autre, tant la liberté que la rationalité ne lui appartiennent pas, elles appartiennent au Seigneur chez lui. Cependant elles apparaissent comme ses propres, parce que ces deux choses ont été intimement conjointes à sa vie, et si intimement, qu'on peut les dire jointes dans sa vie. D'après elles il peut penser et vouloir, parler et agir, et ce qu'il pense, veut, dit et fait d'après elles, apparaît comme si c'était d'après lui-meme. Ce fait produit la réciprocité, par laquelle il y a la conjonction. Néanmoins dans la mesure où l'ange croit que l'amour et la sagesse sont en lui, et ainsi se les attribue comme siens, il n'est pas dans l'état angélique, et n'est pas dans la conjonction avec le Seigneur,car il n'est pas dans la vérité. Ainsi il ne peut être dans le ciel, puisque la vérité fait un avec la lumière du ciel. En s'attribuant l'amour et la sagesse il nie qu'il vit par le Seigneur, et croit qu'il vit par lui-même, par conséquent qu'il possède la Divine Essence. La liberté et la rationalité sont les deux choses qui constituent la vie appelée angélique et humaine. Ces explications font voir que dans le but de conjonction avec le Seigneur, l'ange a la faculté de réciprocité, mais que considérée en elle-même, celle-ci appartient au Seigneur et non à l'ange. En conséquence, s'il abuse de cette réciprocité, par laquelle il perçoit et sent comme sien ce qui est au Seigneur et non à l'ange, ce qui arrive quand il se l'approprie, il déchoit de l'état angélique. Le Seigneur enseigne Lui-même dans Jean (XIV, 20 à 24 et XV, 4, 5, 6) que la conjonction est réciproque ; on voit aussi dans Jean XV, 7 que la conjonction du Seigneur avec l'homme, et de l'homme avec le Seigneur, se fait dans les choses qui appartiennent au Seigneur et, qui sont appelées ses paroles.

117. Certaines personnes croient qu'Adam a été dans une liberté ou un libre arbitre tel, qu'il a pu d'après lui-même aimer Dieu et être sage, et que ce libre arbitre a été entièrement perdu dans ses descendants. Mais c'est là une erreur, car l'homme n'est pas la vie, il est un réceptacle de la vie, voir ci-dessus N°s 4 à 6, 55 à 60. Celui qui est le réceptacle de la vie ne peut ni aimer ni être sage d'après quelque chose à soi : aussi Adam, quand il a voulu aimer et être sage d'après lui-même, a été déchu de la sagesse et de l'amour, et a-t-il été chassé du Paradis.

118. Ce qui vient d'être dit de l'ange, doit pareillement être dit du ciel qui se compose d'anges, puisque le Divin est le même dans les très grands et dans les très petits, ainsi qu'il a été démontré ci-dessus, N°s 77 à 82. Il en est de même de l'homme et de l'Eglise, car l'ange du ciel et l'homme de l'église font un par la conjonction. En fait l'homme de l'église, quand aux intérieurs qui appartiennent à son mental, est un ange ; mais par l'homme de l'église il est entendu l'homme dans lequel il y a l'église.

Dans le monde spirituel l'Orient est là où
apparaît le Seigneur comme Soleil,
et les autres régions en dépendent

119. Après avoir décrit le Soleil du monde spirituel et son essence, sa chaleur et sa lumière, et la présence du Seigneur provenant de ce Soleil, il sera maintenant parlé des régions de ce monde. Il est traité de ce Soleil et de ce monde parce qu'il est traité de Dieu, et de l'Amour et de la Sagesse. Or traiter ces sujets autrement que d'après l'origine elle-même, ce serait le faire d'après les effets et non d'après les causes. Comme les effets n'enseignent que des effets, examinés seuls ils ne mettent en évidence aucune cause ; et les causes révèlent les effets. Connaître les effets d'après les causes, c'est être sage ; au contraire, rechercher les causes d'après les effets, c'est ne pas être sage, parce qu'alors il se présente des illusions qui sont appelées causes par celui qui fait des recherches, et la sagesse est ainsi transformée en fausseté. Les causes sont les antérieurs, et les effets sont les postérieurs ; et on ne peut voir les antérieurs d'après les postérieurs, mais on peut voir les postérieurs d'après les antérieurs. Tel est l'ordre. Pour cette raison il est d'abord traité du monde spirituel où sont toutes les causes, et ensuite du monde naturel, où toutes les choses qui apparaissent sont des effets.

120. Dans le monde spirituel il y a des régions comme dans le monde naturel, mais elles sont spirituelles et si différentes des naturelles, qu'entre elles il n'y a rien de commun. Dans l'un et dans l'autre monde il y a quatre régions appelées orient, occident, midi et septentrion. Dans le monde naturel, ces quatre régions sont constantes, déterminées par le soleil à midi ; à l'opposé du midi est le septentrion, à l'un des côtés est l'orient et à l'autre l'occident. Ces régions sont déterminées par le méridien de chaque lieu, car la position du soleil au méridien de chaque endroit est toujours la même, et par conséquent fixe. Il en est autrement dans le monde spirituel où les régions sont déterminées par le Soleil qui apparaît toujours à sa place, à l'orient. La détermination des régions dans ce monde n'est donc pas d'après le midi ou le sud comme dans le monde naturel mais elle est d'après l'orient ; à l'opposé est l'occident, à l'un des côtés le sud et à l'autre le septentrion. Mais on verra dans la suite que ces régions sont déterminées par les habitants du monde spirituel, qui sont les anges et les esprits, et non par le Soleil de ce monde.

121. Puisque ces régions d'après leur origine, qui est le Seigneur comme Soleil, sont spirituelles, les demeures des anges et des esprits, qui sont toutes selon ces régions, sont par conséquent spirituelles. Elles le sont, parce que les anges et les esprits ont leur demeure selon les réceptions de l'amour et de la sagesse procédant du Seigneur. Ceux qui sont dans un plus haut degré d'amour habitent à l'orient ; ceux qui sont dans un moindre degré d'amour habitent à l'occident ; ceux qui sont dans un plus haut degré de sagesse habitent au sud ; et ceux qui sont dans un moindre degré de sagesse habitent au septentrion. Il s'ensuit que dans la Parole, l'orient dans le sens suprême, signifie le Seigneur, et dans le sens relatif l'amour envers Lui ; et l'occident un amour décroissant envers Lui ; le sud signifie la sagesse dans la lumière, et le septentrion la sagesse dans l'ombre ; ou de semblables choses relativement à l'état de ceux dont il s'agit.

122. Puisque toutes les régions dans le monde spirituel sont déterminées d'après l'orient, et que l'orient dans le sens suprême signifie le Seigneur, et aussi le Divin Amour, il est évident que toutes choses procèdent du Seigneur et de l'Amour envers Lui. Il est aussi évident que dans la mesure où quelqu'un n'est pas dans cet amour, il est éloigné du Seigneur, et habite à l'occident, au sud ou au septentrion, à des distances correspondant à la réception de l'amour.

123. Parce que le Seigneur comme Soleil est constamment à l'Orient, les anciens, pour qui toutes les choses du culte étaient des représentatifs des spirituels, tournaient leurs faces vers l'orient dans leurs adorations. Pour faire de même dans leur culte, ils orientaient leurs temples de ce côté, et cette habitude se perpétue jusqu'à nos jours.

Les régions dans le monde spirituel proviennent,
non du Seigneur comme soleil, mais des
anges selon la réception

124. Il a été dit que les anges habitent différentes régions ceux qui sont dans un plus haut degré d'amour sont dans la région orientale, ceux qui sont dans un moindre degré d'amour dans la région occidentale, ceux qui sont dans la lumière de la sagesse dans la région méridionale et ceux qui sont dans l'ombre de la sagesse dans la région septentrionale. Cette diversité d'habitations semble provenir du Seigneur comme Soleil, cependant elle provient des anges. Le Seigneur n'est pas dans un plus ou moins grand degré d'amour et de sagesse, c'est-à-dire que Lui-Même comme Soleil n'est pas dans un plus ou moins grand degré de chaleur et de lumière chez l'un ou chez l'autre, car Il est partout le même, mais Il n'est pas reçu par chacun dans le même degré. De ce fait les anges apparaissent plus ou moins éloignés les uns des autres, et différents aussi selon les régions. Il en résulte que les régions dans le monde spirituel ne sont que les réceptions variées de l'amour et de la sagesse, et par conséquent de la chaleur et de la lumière qui procèdent du Seigneur comme Soleil. On voit clairement qu'il en est ainsi d'après ce qui a été démontré ci-dessus, aux N°s 108 à 112, que les distances dans le monde spirituel sont des apparences.

125. Puisque les régions sont les réceptions différentes de l'amour et de la sagesse par les anges, il sera parlé de la différence d'après laquelle cette apparence existe. Le Seigneur est dans l'ange et l'ange est dans le Seigneur, ainsi qu'il a été montré dans l'article précédent. Mais parce qu'il semble que le Seigneur comme Soleil soit hors de l'ange, il semble aussi que le Seigneur le voit du Soleil, et que lui, voit le Seigneur dans le Soleil, ce qui est à peu près comme l'image qui se présente dans le miroir. S'il faut parler d'après cette apparence, il sera dit que le Seigneur voit et regarde chacun en face, mais il n'en est pas ainsi pour les anges à l'égard du Seigneur. Ceux qui sont parle Seigneur dans l'amour envers lui, Le voient directement, aussi sont-ils à l'orient et à l'occident. Mais ceux qui sont davantage dans la sagesse voient le Seigneur obliquement à droite et sont au sud, et ceux qui sont dans un moindre degré de sagesse Le voient obliquement à gauche, et sont au septentrion. Ils Le voient obliquement, parce que l'amour et la sagesse, bien qu'ils procèdent du Seigneur comme un, ne sont pas reçus comme un par les anges, ainsi qu'il a été dit ci-dessus et que la partie de sagesse reçue en excès apparait, il est vrai, comme sagesse, mais ne l'est pas, parce qu'en elle il n'y a pas la vie procédant de l'amour. Ces explications font voir clairement d'où vient la différence de réception, d'après laquelle les habitations des anges apparaissent selon les régions dans le monde spirituel.

126. On peut voir que la réception différente de l'amour et de la sagesse fait la région dans le monde spirituel, en ce que l'ange change de région selon l'accroissement et le décroissement de l'amour chez lui, d'où il est évident que la région provient non du Seigneur comme Soleil, mais de l'ange selon la réception. Il en est de même de l'homme quant à son esprit. Il est quant à l'esprit dans une des régions du monde spirituel, quelle que soit la région qu'il habite dans le monde naturel ; car ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les régions du monde spirituel n'ont rien de commun avec celles du monde naturel. L'homme est dans celles-ci quant au corps, et dans celles-là quant à l'esprit.

127. Pour que l'amour et la sagesse fassent un chez l'ange et chez l'homme, tout est par paires dans toutes les parties de son corps. Il y a deux yeux et deux narines ; deux mains, deux jambes et deux pieds ; le cerveau a été divisé en deux hémisphères, le cœur en deux chambres, le poumon en deux lobes ; il en est de même des autres parties. Ainsi dans l'ange et dans l'homme il y a une droite et une gauche. Toutes les parties droites se réfèrent à l'amour d'où procède la sagesse, et toutes les parties gauches à la sagesse procédant de l'amour, ou, ce qui est la même chose, toutes les parties droites se réfèrent au bien d'où procède le vrai, et toutes les parties gauches au vrai procédant du bien. L'ange et l'homme ont ces paires, pour que l'amour et la sagesse, ou le bien et le vrai agissent comme un, et comme un se tournent vers le Seigneur. Dans la suite il en sera dit davantage sur ce sujet.

128. Ces explications font voir dans quelle illusion et par suite dans quelle fausseté sont ceux qui croient que le Seigneur donne à son gré le ciel, ou qu'Il donne à son gré à l'un d'être plus sage et d'aimer plus qu'un autre. Cependant le Seigneur veut que tous soient également sages et sauvés, car Il pourvoit à des moyens pour tous. Chacun, selon qu'il reçoit ces moyens et y conforme sa vie, est sage et est sauvé, car le Seigneur est le même pour tous ; mais les réceptacles qui sont les anges et les hommes, sont différents en raison d'une réception différente et d'une vie différente. On peut voir qu'il en est ainsi par ce qui vient d'être dit des régions et des demeures des anges selon les régions, à savoir, que cette différence provient non du Seigneur, mais de ceux qui reçoivent

Les anges tournent continuellement leur face
vers le Seigneur comme soleil, et ont ainsi le
midi à droite, le septentrion à gauche, et
l'occident derrière eux

129. Tout ce qui est dit ici des anges qui tournent leur face vers le Seigneur comme Soleil, doit aussi être entendu de l'homme quant à son esprit ; car l'homme quant à son mental est un esprit, et s'il est dans l'amour et la sagesse, il est un ange. Il s'ensuit qu'après la mort, lorsqu'il a dépouillé ses externes qu'il avait tirés du monde naturel, il devient esprit ou ange. Parce que les anges tournent continuellement la face vers le Soleil à l'orient, ainsi vers le Seigneur, il est dit aussi de l'homme qui est par le Seigneur dans l'amour et la sagesse, qu'il voit Dieu, qu'il tourne ses regards vers Dieu, qu'il a Dieu devant les yeux, expressions par lesquelles il est entendu qu'il vit comme un ange. On s'exprime ainsi dans le monde, parce que tes attitudes existent en actualité dans le ciel, et aussi en actualité dans l'esprit de l'homme ; car tout homme qui prie, a Dieu devant lui, quelle que soit la région vers laquelle est tournée sa face.

130. Les anges tournent continuellement leur face vers le Seigneur comme Soleil, parce qu'ils sont dans le Seigneur, et que le Seigneur est en eux, et parce que le Seigneur conduit intérieurement leurs affections et leurs pensées, et les tourne constamment vers Lui. Ainsi ils ne peuvent faire autrement que de regarder vers l'orient où le Seigneur apparait comme Soleil. Il est donc évident que les anges ne se tournent pas vers le Seigneur, mais que le Seigneur les tourne vers Lui. En effet, quand les anges pensent intérieurement au Seigneur, ils pensent toujours à Lui comme étant en eux. La pensée intérieure elle-même ne fait pas la distance, mais la pensée extérieure qui fait un avec la vue des yeux, produit la distance, parce qu'elle est dans l'espace. Mais la pensée intérieure qui n'est pas dans l'espace, comme dans le monde spirituel, est néanmoins dans l'apparence de l'espace. Ces choses ne peuvent être facilement comprises par l'homme qui pense à Dieu d'après l'espace, car Dieu est partout, et cependant Il n'est pas dans l'espace. Ainsi Il est tant en dedans qu'en dehors de l'ange, et par suite l'ange peut voir Dieu, c'est-à-dire le Seigneur en dedans de soi quand il pense d'après l'amour et la sagesse, et en dehors de soi quand il pense à l'amour et la sagesse. Il sera parlé spécialement de ce sujet dans les traités sur l'Omniprésence, l'Omniscience, et la Toute-Puissance du Seigneur. Que chacun se garde bien de tomber dans cette exécrable hérésie, que Dieu s'est infusé dans les hommes et qu'il est en eux, et n'est plus en Soi, car Dieu est partout tant en dedans qu'en dehors de l'homme, puisqu'Il est dans tout espace sans espace, comme il a été montré ci-dessus, aux N°s 7 à 10, et 69 à 72 ; car s'Il était dans l'homme Il serait non seulement divisible, mais encore renfermé dans l'espace ; bien plus, l'homme pourrait penser qu'il est Dieu. Cette hérésie est si abominable, que dans le monde spirituel elle sent le cadavre.

131. Les anges se tournent vers le Seigneur de telle façon, que dans toute orientation de leur corps ils ont le Seigneur comme Soleil devant eux. L'ange peut se tourner de tous les côtés, et voir ainsi les différents objets qui sont autour de lui, néanmoins le Seigneur comme Soleil apparaît continuellement devant sa face. Cela peut paraître étonnant, cependant c'est la vérité. Il m'a aussi été donné de voir ainsi le Seigneur comme Soleil. Je Le vois maintenant devant ma face, et je L'ai vu pareillement pendant plusieurs années sans égard à la région du monde vers laquelle j'étais tourné.

132. Puisque le Seigneur comme Soleil, et ainsi l'Orient, est devant les faces de tous les anges, il s'ensuit qu'ils ont le midi à droite, le septentrion à gauche et l'occident derrière eux ; par conséquent il en est de même, dans toute orientation de leur corps, car, ainsi qu'il a déjà été dit toutes les régions dans le monde spirituel ont été déteriminées par l'orient. C'est pourquoi ceux qui ont l'orient devant les yeux sont dans ces régions mêmes, et bien plus, ce sont eux qui déterminent ces régions. En effet, ainsi qu'il a été montré ci-dessus, N°s 124 à 128, les régions proviennent non du Seigneur comme Soleil, mais des anges selon la réception.

133. Or, puisque le ciel se compose d'anges, et que les anges sont d'une telle nature, il s'ensuit que le ciel tout entier se tourne vers le Seigneur, et que par cette convergence le ciel est gouverné comme un seul homme par le Seigneur, qui le voit aussi comme un seul homme. On voit dans le traité Le ciel et l'enfer, N°s 59 à 87, que le ciel est comme un seul homme sous le regard du Seigneur. Il en est de même pour les régions du ciel.

134. Puisque les régions sont comme inscrites dans l'ange et aussi dans le ciel tout entier, l'ange, où qu'il aille, contrairement à l'homme dans le monde, connaît sa maison et son habitation. L'homme ne connaît ni sa maison ni son habitation d'après la région spirituelle en lui, parce qu'il pense d'après l'espace, ainsi d'après les régions du monde naturel, qui n'ont rien de commun avec celles du monde spirituel. Néanmoins une telle connaissance a été implantée chez les oiseaux et les animaux. De nombreuses observations nous le font voir et sont des indices qu'il en est de même dans le monde spirituel, car toutes les choses qui existent dans le monde naturel sont des effets, et toutes celles qui existent dans le monde spirituel sont les causes de ces effets. Aucun naturel ne peut prendre forme sans sa cause qui est spirituelle.

Toutes les choses intérieures des anges, tant
du mental que du corps, sont tournées
vers le Seigneur comme Soleil

135. Les anges ont un entendement et une volonté, ils ont une face et un corps. Ils ont aussi les choses intérieures de l'entendement et de la volonté qui sont les choses qui appartiennent à leur affection et à leur pensée intérieures, les choses intérieures de la face qui sont les cerveaux, et les choses intérieures du corps qui sont les viscères dont les principaux sont le cœur et le poumon. En un mot, les anges ont toutes et chacune des choses qui sont chez les hommes sur terre, et c'est par elles que les anges sont des hommes. La forme externe sans ces internes ne fait pas d'eux des hommes, mais la forme externe jointe à ces internes, ou plutôt provenant de ces internes, le fait. Car autrement, ils seraient seulement des images d'homme, dans lesquelles il n'y aurait pas la vie, parce qu'en dedans il n'y aurait pas la forme de la vie.

136. On sait que la volonté et l'entendement gouvernent le corps à leur gré, car ce que l'entendement pense la bouche le prononce, et ce que la volonté veut le corps le fait. Il est donc évident que le corps est la forme qui correspond à l'entendement et à la volonté. Et parce que la forme se dit aussi de l'entendement et de la volonté, il est de même évident que la forme du corps correspond à celle de l'entendement et de la volonté. Mais ces formes respectives ne sauraient être décrites ici. Il y a dans chacune de ces formes des choses innombrables qui agissent comme un, parce qu'elles se correspondent mutuellement. Il en découle que le mental, c'est-à-dire la volonté et l'entendement, gouverne le corps à son gré, ainsi absolument comme il se gouverne lui-même. Il s'ensuit que les intérieurs du mental font un avec les intérieurs du corps, et que les extérieurs du mental font un avec les extérieurs du corps. Il sera parlé plus loin des intérieurs du mental, ainsi que des intérieurs du corps, lorsque les degrés de la vie auront été traités.

137. Puisque les intérieurs du mental font un avec les intérieurs du corps, il s'ensuit que lorsque les intérieurs du mental se tournent vers le Seigneur comme Soleil, les intérieurs du corps font aussi de même ; et puisque les extérieurs de l'un et de l'autre, tant du mental que du corps, dépendent de leurs intérieurs, il en résulte qu'eux aussi font de même. En effet, ce que l'externe fait, il le fait d'après les internes, car le commun tire tout ce qu'il possède des particuliers dont il se compose. Puisque l'ange tourne sa face et son corps vers le Seigneur comme Soleil, il est donc évident que tous les intérieurs de son mental et de son corps sont aussi tournés vers le Seigneur. Il en est de même de l'homme, s'il a continuellement le Seigneur devant les yeux, ce qui a lieu quand il est dans l'amour et dans la sagesse, alors il Le regarde non seulement des yeux et de la face, mais aussi de tout son mental et de tout son cœur, c'est-à-dire, de toutes les choses de la volonté et de l'entendement, et en même temps de toutes celles du corps.

138. Se tourner ainsi vers le Seigneur, c'est se tourner réellement vers Lui et c'est une certaine élévation. En effet, il y a élévation dans la chaleur et la lumière du Ciel qui se fait par l'ouverture des intérieurs. Quand ceux-ci ont été ouverts, l'amour et la sagesse influent dans les intérieurs du mental, et la chaleur et la lumière du ciel dans les intérieurs du corps. De là vient l'élévation, qui est comme si l'on passait d'un nuage épais dans l'air, ou de l'air dans l'éther. L'amour et la sagesse avec leur chaleur et leur lumière sont le Seigneur chez l'homme, et le Seigneur, ainsi qu'il a été dit, tourne l'homme vers Lui. C'est le contraire pour ceux qui ne sont pas dans l'amour et la sagesse, et encore plus pour ceux qui sont contre l'amour et la sagesse. Leurs intérieurs, tant du mental que du corps, sont fermés, et quand ils sont fermés, les extérieurs réagissent contre le Seigneur, car telle est leur vraie nature. En conséquence ils tournent le dos au Seigneur ; et tourner le dos au Seigneur, c'est se tourner vers l'enfer.

139. L'action de se tourner vers le Seigneur provient de l'amour et en même temps de la sagesse, et non de l'amour seul, ni de la sagesse seule. L'amour seul est comme l'être sans l'exister, car l'amour existe dans la sagesse ; et la sagesse sans l'amour est comme l'exister sans son être, car la Sagesse existe d'après l'amour. Il y a, il est vrai, un amour sans la sagesse, mais cet amour appartient à l'homme et non au Seigneur. Il y a aussi une sagesse sans l'amour, mais bien qu'elle vienne du Seigneur, elle n'a pas le Seigneur en elle,
car elle est comme la lumière d'hiver qui vient, il est vrai, du soleil, mais n'a pas en elle l'essence du soleil, qui est la chaleur.

Chaque esprit quel qu'il soit,
se tourne pareillement vers son amour dominant

140. Il sera d'abord dit ce qu'est un esprit et ce qu'est un ange : Tout homme après la mort vient premièrement dans le monde des esprits, qui tient le milieu entre le Ciel et l'enfer. Là, il accomplit ses temps, c'est-à-dire, ses états, et selon sa vie il est préparé pour le ciel ou pour l'enfer. Tant qu'il reste dans ce monde, il est appelé esprit. Celui qui de ce monde est élevé dans le ciel est appelé ange, et celui qui s'est précipité dans l'enfer est appelé satan ou diable. Tant qu'ils sont dans le monde des esprits, celui qui est préparé pour le Ciel est appelé esprit angélique, et celui qui est préparé pour l'enfer esprit infernal. Pendant cette préparation l'esprit angélique est conjoint avec le Ciel, et l'esprit infernal avec l'enfer. Tous les esprits qui sont dans le monde des esprits sont adjoints aux hommes, parce que les hommes quant aux intérieurs de leur mental sont pareillement entre le ciel et l'enfer, et par ces esprits ils communiquent avec le ciel ou avec l'enfer, selon leur vie. Il faut qu'on sache que le monde des esprits est différent du monde spirituel : le monde des esprits est celui dont on vient de parler ; mais le monde spirituel comprend le monde des esprits, le ciel et l'enfer.

141. Il sera dit aussi quelque chose des amours, puisqu'il s'agit des anges et des esprits qui se tournent d'après leurs amours vers leurs amours. Le ciel tout entier est divisé en sociétés selon toutes les différences des amours célestes : l'enfer pareillement, selon les différences des amours infernaux ; et le monde des esprits pareillement, selon les différences des amours, tant célestes qu'infernaux. Il y a deux amours qui sont les têtes de tous les autres, ou auxquels se réfèrent tous les autres amours. L'amour qui est la tête, ou auquel se réferent tous les amours célestes, est l'amour envers le Seigneur. L'amour qui est la tête, ou auquel se réfèrent tous les amours infernaux, est l'amour de dominer d'après l'amour de soi. Ces deux amours sont diamétralement opposés l'un à l'autre.

142. puisque ces deux amours sont entièrement opposés l'un à l'autre, et que tous ceux qui sont dans l'amour envers le Seigneur se tournent vers Lui comme Soleil (comme il a été montré dans l'article précédent), on peut voir que tous ceux qui sont dans l'amour de dominer d'après l'amour de soi, tournent le dos au Seigneur. Ils se tournent ainsi dans un sens opposé, parce que ceux qui sont dans l'amour envers le Seigneur n'aiment qu'à être conduits par le Seigneur, et veulent que le Seigneur seul domine, tandis que ceux qui sont dans l'amour de dominer d'après l'amour de soi n'aiment qu'à être conduits par eux-mêmes, et veulent dominer seuls. Il est dit l'amour de dominer d'après l'amour de soi, parce que l'amour de dominer d'après l'amour de faire des usages, est l'amour spirituel, car il fait un avec l'amour du prochain, et doit être nommé l'amour de faire des usages et non l'amour de dominer.

143. Chaque esprit, quel qu'il soit, se tourne vers son amour dominant, parce que l'amour est la vie de chacun, comme il a été montré dans la première partie, N°s 1, 2, 3 ; et la vie tourne ses réceptacles qui sont appelés membres, organes et viscères, donc l'homme tout entier, vers cette société qui est dans un amour semblable au sien, ainsi où est son amour.

144. Parce que l'amour de dominer d'après l'amour de soi est entièrement opposé à l'amour envers le Seigneur, les esprits qui sont dans cet amour de dominer, détournent leur face du Seigneur, et par suite regardent des yeux vers l'occident de leur monde. Etant ainsi quant au corps en sens contraire, ils ont derrière eux l'orient parce qu'ils haïssent le Seigneur, à droite le septentrion parce qu'ils aiment les illusions et par suite les faussetés, à gauche le midi parce qu'ils méprisent la lumière de la sagesse. Ils peuvent se tourner dans tous les sens, mais toutes les choses qu' ils voient apparaissent semblables à leur amour. Ces esprits Sont naturels-sensuels, et certains sont tels, qu'ils croient qu'eux seuls vivent, et ils regardent les autres comme des images. Ils se croient plus sages que tous les autres, bien qu'ils soient insensés.

145. Dans le monde spirituel on voit des chemins, frayés comme ceux du monde naturel, quelques-uns conduisent au ciel, d'autres à l'enfer. Ceux qui conduisent à l'enfer ne sont pas vus par les esprits qui vont vers le ciel, et ceux qui conduisent au Ciel ne sont pas vus par les esprits qui vont vers l'enfer. Ces chemins sont innombrables, car il y en a pour chaque société du ciel, et pour chaque société de l'enfer. L'esprit entre dans le chemin qui conduit à la société de son amour et ne voit pas les chemins qui mènent ailleurs. Ainsi il avance sur ce chemin, à mesure qu'il se tourne vers son amour dominant.

Le Divin Amour et la Divine Sagesse,
qui procèdent du Seigneur comme Soleil
et font la chaleur et la lumière dans le ciel,
sont le Divin procédant qui est l'Esprit-Saint.

146. Dans La Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur, il a été montré que Dieu est un en personne et en essence, qu'en Lui est la Trinité, et que ce Dieu est le Seigneur ; et aussi que la Trinité en Lui est nommée Père, Fils et Saint-Esprit, et que le Divin de qui tout procède est nommé Père, le Divin Humain Fils, et le Divin Procédant Saint-Esprit. Néanmoins personne ne sait pourquoi l'Esprit-Saint est appelé le Divin Procédant, parce que jusqu'à présent on a ignoré que le Seigneur apparaît comme Soleil devant les anges, et que de ce Soleil procèdent une chaleur qui dans son essence est le Divin Amour, et une Lumière qui dans son essence est la Divine Sagesse. Tant que cela était ignoré, on ne pouvait savoir que le Divin Procédant n'est pas le Divin en Soi ; en conséquence, la doctrine Athanasienne de la Trinité déclare qu'il y a la personne du Père, une autre qui est celle du Fils, et une autre qui est celle du Saint-Esprit. Or maintenant, quand on sait que le Seigneur apparaît comme Soleil, on peut avoir une idée juste du Divin Procédant, qui est appelé Esprit-Saint, à savoir, qu'il est un avec le Seigneur, mais qu'il procède de Lui comme la chaleur et la lumière procèdent du soleil. Pour cette même raison, les anges sont dans la Divine Chaleur et dans la Divine Lumière dans la mesure où ils sont dans l'amour et dans la sagesse. Sans cette connaissance que le Seigneur apparaît comme Soleil dans le monde spirituel, et que son Divin procède ainsi, on ne peut jamais savoir ce qui est entendu par procéder, par exemple, si c'est seulement communiquer les choses qui appartiennent au Père et au Fils, ou seulement illustrer et enseigner. Mais puisqu'il est maintenant connu que Dieu est un, et qu'il est Omniprésent, il ne convient pas à une raison éclairée de reconnaître le Divin Procédant comme Divin par Soi, de l'appeler Dieu, et ainsi diviser Dieu.

147. Il a été montré ci-dessus que Dieu n'est pas dans l'espace, et que par cela même Il est Omniprésent, et aussi que le Divin est le même partout, mais que son apparence différente dans les anges et dans les hommes vient d'une réception différente. Maintenant, puisque le Divin Procédant du Seigneur comme Soleil est dans la lumière et dans la chaleur, et que la lumière et la chaleur influent d'abord dans les réceptacles universels, qui sont appelés atmosphères dans le monde, et que celles-ci sont les réceptacles des nuées ou nuages, on peut voir que l'homme ou l'ange est le réceptacle du Divin Procédant selon la façon dont les intérieurs qui appartiennent à l'entendement ont été voilés par de telles nuées. Par les nuées sont entendues les nuées spirituelles, qui sont les pensées. Celles-ci sont en concordance avec la Divine Sagesse si elles viennent des vrais, et sont en discordance si elles viennent des faux. En conséquence, lorsque dans le monde spirituel, les pensées d'après les vrais se présentent à la vue, elles apparaissent comme des nuées blanches, et les pensées d'après les faux comme des nuées noires. D'après ces explications, on peut voir que le Divin Procédant est, il est vrai, dans tout homme, mais qu'il est différemment voilé par chacun.

148. Puisque le Divin même est présent dans l'ange et dans l'homme par la chaleur et la lumière spirituelles, il est dit de ceux qui sont dans les vrais de la Divine Sagesse et dans les biens du Divin Amour, quand ils sont affectés et que par l'affection ils pensent sur ces vrais et ces biens d'après ces biens et ces vrais, qu'ils sont embrasés de Dieu, ce qui arrive même parfois jusqu'à la perception et la sensation, comme lorsqu'un prédicateur parle d'après le zèle. On dit aussi d'eux qu'ils sont éclairés de Dieu, parce que le Seigneur par son Divin Procédant non seulement embrase la volonté par la chaleur spirituelle, mais éclaire aussi l'entendement par la lumière spirituelle.

149. On peut voir d'après les passages suivants de la Parole, que l'Esprit-Saint qui fait un avec le Seigneur, est la Vérité même d'après laquelle l'homme a l'illustration. Jésus dit : Quand l'Esprit de vérité sera venu, il vous conduira dans toute la vérité, car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu. -. Jean XVI, 13. Il me glorifiera, parce qu'il prendra de ce qui est à moi, et vous l'annoncera . - Jean XVI, 14, 15. - Il demeurera chez les disciples, et il sera en eux,- Jean XIV. 17. XV, 26- Jésus dit : les paroles que je vous dis sont esprit et vie - Jean VI, 63. - D'après ces passages, il est évident que la Vérité même, qui procède du Seigneur est appelée Esprit-Saint ; et parce qu'elle est dans la lumière, elle illustre.

150. L'illustration qui est attribuée à l'Esprit Saint est il est vrai, dans l'homme par le Seigneur, néanmoins elle se fait par le moyen des esprits et des anges. Mais cette médiation ne peut encore être décrite ; il sera seulement dit que les anges et les esprits ne peuvent nullement illustrer l'homme d'après eux-mêmes, car eux aussi sont illustrés par le Seigneur. Il s'ensuit donc que toute illustration vient du Seigneur seul. Elle se fait par le moyen des anges et des esprits, parce que l'homme qui est dans l'illustration est alors placé au milieu de certains anges et de certains esprits, qui, plus que les autres, reçoivent du Seigneur seul l'illustration.

Le Seigneur a créé l'univers et toutes les choses
de l'univers au moyen du soleil, qui est le
premier procédant du Divin Amour et
de la Divine Sagesse

151. Par le Seigneur il est entendu Dieu de toute éternité ou Jéhovah, qui est appelé Père et Créateur, parce que le Seigneur est un avec Lui, comme il a été montré dans La Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur. C'est pourquoi, dans la suite où il s'agit aussi de la création, il est nommé le Seigneur.

152. Dans la première partie, spécialement aux N°s 52 et 53, il a été pleinement montré que toutes choses dans l'univers ont été créées par le Divin Amour et la Divine Sagesse. Maintenant il sera montré que cela a été fait au moyen du Soleil qui est le premier procédant du Divin Amour et de la Divine Sagesse. Celui qui peut voir les effets d'après les causes, et ensuite par les causes voir les effets dans leur ordre et dans leur série, ne peut nier que le soleil ne soit le premier de la création, car par lui subsistent toutes les choses qui sont dans. son monde ; et comme elles subsistent par lui, elles ont aussi existé par lui. L'un implique et atteste l'autre. En effet, elles sont toutes sous l'aspect du soleil, parce qu'il les a placées pour qu'elles y soient, et les tenir sous son aspect c'est les placer continuellement. C'est pourquoi il est dit que la subsistance est une perpétuelle existence. De plus, si la moindre chose était entièrement soustraite à l'influx du soleil à travers les atmosphères, elle serait sur le champ dissipée ; car les atmosphères qui sont de plus en plus pures, et sont mises en activité et en puissance par le soleil, contiennent toutes choses et les rassemblent. Maintenant, puisque la subsistance de l'univers et de toutes les choses de l'univers vient du soleil, il est évident que le soleil est le premier de la création, de qui tout procède. Il est dit du soleil, mais il est entendu du Seigneur par le soleil, car lui aussi, a été créé par le Seigneur.

153. Il y a deux soleils par lesquels toutes choses ont été créées par le Seigneur, le Soleil du monde spirituel et celui du monde naturel. Toutes les choses créées viennent du Seigneur par le Soleil du monde spirituel, mais non par celui du monde naturel car le soleil naturel est loin au-dessous du soleil spirituel il est entre le monde spirituel qui est audessus de lui, et le monde naturel qui est au-dessous. Le soleil du monde naturel a été créé pour porter un secours subsidiaire, dont il sera parlé dans la suite.

154. L'univers et toutes les choses de l'univers ont été créés par le Seigneur au moyen du soleil du monde spirituel, parce que ce Soleil est le premier procédant du Divin Amour et de la Divine Sagesse, et que toutes choses viennent du Divin Amour et de la Divine Sagesse, comme il a été montré aux N°s 52 à 82. Il y a trois choses, la fin, la cause et l'effet, dans tout objet créé, tant dans les plus grands que dans les plus petits. Dans le plus grand qui est l'univers, ces trois choses existent dans l'ordre suivant : la fin de toutes choses, est dans le Soleil qui est le premier procédant du Divin Amour et de la Divine Sagesse ; les causes de toutes choses sont dans le monde spirituel : les effets de toutes choses sont dans le monde naturel. Mais il sera dit dans la suite comment ces trois sont dans les premiers et dans les derniers. Puisqu'il n'y a pas d'objet créé dans lequel ne soient ces trois, il s'ensuit que le Seigneur a créé l'univers et toutes les choses de l'univers par le Soleil où est la fin de toutes choses.

155. La création elle-même ne peut être à la portée de la compréhension, si l'espace et le temps ne sont éloignés de la pensée. S'ils peuvent être éloignés, ou s'ils le sont autant que possible, et si le mental est tenu dans une idée séparée de l'espace et du temps, on percevra qu'il n'y a pas de différence entre le très grand et le très petit de l'espace. Alors on aura de la création de l'univers une idée semblable à celle de la création des choses particulières qu'il contient. On percevra aussi que la diversité dans les objets créés vient du fait que des choses infinies sont dans Dieu-Homme, et par conséquent des choses sans limites dans le Soleil qui est le premier procédant de Dieu, et que ces choses sans limites existent comme dans une image dans l'univers créé. Il s'ensuit que deux choses absolument semblables ne peuvent jamais exister, d'où la variété de toutes choses, variété qui se présente devant les yeux avec l'espace dans le monde naturel, et avec l'apparence de l'espace dans le monde spirituel ; et cette variété concerne les choses en général et en particulier. Tout cela a été traité dans la première partie, où il a été montré que les choses infinies sont distinctement un dans Dieu-Homme, N°s 17 à 22 ; que toutes choses dans l'univers ont été créées par le Divin Amour et la Divine Sagesse, N°s 52, 53 ; que toutes choses dans l'univers créées sont des réceptacles du Divin Amour et de la Divine Sagesse de Dieu-Homme, N°s 55 à 60 ; que le Divin n'est pas dans l'espace, N°s 7 à 10 ; que le Divin remplit tous les espaces sans espace N°s 69 à 7 2 ; que le Divin est le même dans les très grands et dans les très petits, N°s 77 à 82.

156. On ne peut pas dire que la création de l'univers et de toutes les choses qu'il contient ait été faite d'espace à espace et de temps à temps, ainsi progressivement et successivement ; mais on doit dire qu'elle a été faite de ce qui est éternel et infini, non de l'éternel du temps puisqu'il n'y en a pas, mais de l'éternel du non-temps, car c'est la même chose que le Divin, ni de l'infini de l'espace, puisqu'il n'y en a pas non plus, mais de l'infini du non-espace, ce qui est aussi la même chose que le Divin. Je sais que cela surpasse les idées des pensées qui sont dans la lumière naturelle, mais non celles qui sont dans la lumière spirituelle, car dans celles-ci il n'y a rien de l'espace et du temps. Cela peut ne pas surpasser absolument les idées des pensées qui sont dans la lumière naturelle, car lorsqu'on dit qu'il n'y a pas d'infini de l'espace, chacun l'affirme d'après la raison. Il en est de même de l'éternel qui est l'infini du temps. Ainsi éternellement est saisi d'après le temps, mais de toute éternité n'est saisi que si le temps est écarté.

Le Soleil du monde naturel est pur feu,
et par conséquent mort ;
la nature aussi est morte, parce qu'elle tire son origine de ce soleil.

157. La création ne peut aucunement être attribuée au soleil du monde naturel qui est complètement mort, mais elle doit l'être tout entière au Soleil du monde spirituel qui est vivant, car il est le premier procédant du Divin Amour et de la Divine Sagesse. Puisque ce qui est mort n'agit pas par soi-même, mais est mis en action, c'est pourquoi attribuer au soleil du monde naturel quelque chose de la création serait comme si l'on attribuait à un instrument mis en action par les mains d'un ouvrier, l'ouvrage que fait celui-ci. Ce soleil est un pur feu dont a été séparé tout ce qui appartient à la vie mais le Soleil du monde spirituel est un feu dans lequel est la vie Divine. Les anges pensent que la vie Divine est intérieurement dans le feu du Soleil du monde Spirituel, et extérieurement dans le feu du soleil du monde naturel. On peut ainsi voir que l'activité du soleil naturel ne vient pas de lui, mais vient de la force vive procédant du Soleil du monde spirituel. Si cette force lui était ôtée, il n'aurait plus de puissance vitale. Il s'ensuit que le culte du soleil est le plus bas de tous les cultes rendus à Dieu, car il est absolument mort comme le soleil lui-même, et il est appelé dans la Parole une abomination.

158. Puisque le soleil du monde naturel est pur feu et par conséquent mort, la chaleur et la lumière qui en procèdent sont donc mortes aussi, pareillement les atmosphères appelées éther et air qui reçoivent dans leur sein la chaleur et la lumière de ce soleil et les transportent. Comme tout cela est mort, toutes et chacune des choses du globe terrestre, qui sont au-dessous et sont appelées terres, sont mortes aussi. Néanmoins toutes ces choses en général et en particulier, ont été enveloppées de spirituels qui procèdent et affluent du Soleil du monde spirituel. S'il n'en était ainsi, les terres ne pourraient être mises en activité pour produire les formes des usages qui sont les végétaux, et les formes de la vie qui sont les animaux, ni les matières par lesquelles l'homme existe et subsiste.

159. Puisque la nature commence par le soleil, et que tout ce qui existe et subsiste d'après lui est appelé naturel, il s'ensuit que la nature, avec toutes les choses qui la composent, est morte. Elle parait comme vivante dans l'homme et l'animal, parce que la vie l'accompagne et la met en action.

160. Dans la nature il y a des espaces et des distances d'espace parce que les derniers de la nature qui constituent les terres sont morts, immuables et fixes, et qu'ils ne peuvent ni changer ni varier selon les états des affections et des pensées, comme dans le monde spirituel. Il en est ainsi, parce que la création se termine là, et y demeure en repos. Il est donc évident que les espaces sont une propriété de la nature ; et puisque les espaces n'y sont pas des apparences d'espaces selon les états de la vie, comme dans le monde spirituel, ils peuvent aussi être appelés morts.

161. Les temps, comme les espaces, étant fixes et constants, sont aussi une propriété de la nature, car la longueur du jour est toujours de vingt-quatre heures, et celle de l'année de trois cent soixante cinq jours et quart. Les états mêmes de la lumière et de l'ombre (matin, midi, soir et nuit), de la chaleur et du froid, (printemps, été, automne, et hiver), qui marquent la variété de ces temps, reviennent constamment aussi. De plus les états de l'année varient constamment,aussi les états des jours. Tous ces états, n'étant pas des états de la vie, comme dans le monde spirituel, sont morts aussi ; car dans le monde spirituel il y a une lumière continuelle qui correspond à l'état de la sagesse chez les anges, et une chaleur continuelle qui correspond à l'état de l'amour chez eux, ce qui rend vivants leurs états.

162. On peut ainsi voir la folie de ceux qui attribuent tout à la nature ; quand ils se sont confirmés pour elle, ils ne veulent plus élever leur mental au-dessus de la nature, par conséquent celui-ci est fermé par le haut et ouvert par le bas. L'homme devient alors naturel sensuel, c'est-à-dire spirituellement mort. Comme il ne pense plus que d'après les choses qu'il a puisées dans le monde par les sens du corps, il nie même Dieu de cœur. Alors toute conjonction avec le Ciel étant rompue, il se fait une conjonction avec l'enfer. Seules lui restent la faculté de penser d'après la rationalité, et la faculté de vouloir d'après la liberté, facultés qui sont données à l'homme par le Seigneur, et qui ne lui sont jamais ôtées. Elles sont également chez les diables qui les appliquent à extravaguer et à mal faire, et chez les anges qui s'en servent pour être sages et bien faire.

Sans deux soleils, l'un vivant et
l'autre mort, il n'y a pas de création

163. L'univers en général est divisé en deux mondes, l'un spirituel et l'autre naturel. Les anges et les esprits sont dans le monde spirituel et les hommes dans le monde naturel. Ces deux mondes sont si semblables quant à l'apparence externe, qu'ils ne peuvent être distingués, mais ils sont absolument différents quant à l'apparence interne. Les hommes qui sont dans le monde spirituel, sont appelés anges et esprits et sont spirituels ; ils pensent donc spirituellement et Parlent spirituellement. Mais les hommes qui sont dans le monde naturel étant naturels, pensent naturellement et parlent naturellement. La pensée et le langage spirituels n'ont rien de commun avec la pensée et le langage naturels. Il est évident que ces deux mondes sont absolument distincts l'un de l'autre, et ne peuvent en aucune manière être ensemble.

164. Du fait de la séparation de ces deux mondes, il est nécessaire qu'il y ait deux soleils, l'un dont procèdent tous les spirituels, et l'autre dont procèdent tous les naturels. Comme tous les spirituels dans leur origine sont vivants, et que tous les naturels d'après leur origine sont morts, et que ces origines sont les soleils, il s'ensuit que l'un des soleils est vivant et que l'autre est mort ; et aussi que le soleil mort, a lui-même été créé par le Seigneur au moyen de soleil vivant.

165. Le soleil mort a été créé afin que dans les derniers, toutes les choses soient fixes, déterminées et constantes, et qu'ainsi existent les choses qui doivent se perpétuer et durer longtemps. De cette façon, et non autrement, est fondée la création. Le globe terrestre, dans lequel, sur lequel et autour duquel sont de telles choses, est comme une base et un support car il est l'ouvrage ultime dans lequel tout se termine, et sur lequel tout se repose. Il sera dit dans la suite qu'il est aussi comme une matrice, de laquelle les effets, qui sont les derniers de la création, sont produits.

166. On peut voir que le Seigneur a créé toutes choses par le Soleil vivant, et n'a rien créé par le soleil mort, en ce que le vivant dispose le mort sous sa dépendance et le forme pour les usages qui sont ses fins, et non l'inverse. Seul un homme déraisonnable peut penser que toutes les choses viennent de la nature, et que la vie en vient aussi, il ne sait pas ce que c'est que la vie. La nature ne peut donner la vie à quoi que ce soit, car en elle-même, elle est complètement inerte. Il est absolument contre l'ordre que le mort agisse dans le vivant, ou la force morte dans la force vive, ou ce qui est la même chose, le naturel dans le spirituel. Par conséquent penser cela est tout à fait déraisonnable. Il est vrai que le mort, c'est-à-dire le naturel peut être altéré ou changé de plusieurs manières par des accidents externes, cependant toujours est-il qu'il ne peut agir dans la vie, mais la vie agit en lui selon le changement de forme introduit. Il en est de cela comme de l'influx physique dans les opérations spirituelles de l'âme ; on sait que cet influx n'existe pas, parce qu'il n'est pas possible.

La fin de la création existe dans les derniers ;
cette fin veut que toutes choses retournent au
créateur, et qu'il y ait conjonction.

167. Il y a trois fins qui se suivent en ordre, et qui sont appelées fin première, fin moyenne et fin dernière, ou fin, cause et effet. Ces trois doivent être ensemble dans tout sujet pour qu'il soit quelque chose, car il n'y a pas de fin seule sans une cause et sans un effet. Pareillement, il n'y a pas de cause seule sans une fin dont elle provient, et sans un effet dans lequel elle est ; il n'y a pas non plus d'effet seul, ou d'effet sans cause et sans fin. On peut saisir qu'il en est ainsi, si l'on pense que la fin sans l'effet, ou séparée de l'effet, ne peut exister, aussi n'est-ce qu'un mot. Pour qu'une fin soit en actualité une fin, elle doit être terminée, et elle est terminée dans son effet, dans lequel le premier est appelé fin parce qu'il en est la fin. Il semble que l'agent efficient existe par soi, mais cela est une apparence provenant de ce qu'il est dans un effet ; s'il est séparé de l'effet, à l'instant il disparaît. D'après ces explications il est évident que la fin, la cause et l'effet doivent ensemble être dans tout sujet, pour qu'il soit quelque chose.

168. De plus il faut savoir que la fin est le tout dans la cause, et aussi le tout dans l'effet ; c'est pourquoi la fin, la cause et l'effet sont appelés fin première, fin moyenne et fin dernière. Mais pour que la fin soit le tout dans la cause, il faut qu'il y ait quelque chose d'après la fin, dans lequel elle sera ; et pour qu'elle soit le tout dans l'effet, il faut qu'il y ait quelque chose d'après la fin par la cause, dans lequel elle sera. Car la fin ne peut être en soi seule, mais elle doit être dans quelque chose qui prend son existence d'elle, et dans lequel elle doit habiter tout entière, et par l'action produire l'effet, et ainsi arriver à la subsistance. Ce dans quoi elle subsiste est la fin dernière, qui est appelée effet.

169. Ces trois, à savoir, la fin, la cause et l'effet, sont tant dans les très grands que dans les très petits de l'univers créé. Ils y sont, parce que dans Dieu Créateur, qui est le Seigneur de toute éternité, il y a la fin, la cause et l'effet. Mais comme Il est infini et que les infinis dans l'Infini sont distinctement un, ainsi qu'il a été montré aux N°s 17 à 22, c'est pourquoi aussi ces trois dans le Seigneur et dans Ses Infinis, sont distinctement un. Il s'ensuit que l'univers, qui a été créé par l'Etre du Seigneur, et qui, considéré quant aux usages, est l'image du Seigneur, doit posséder la fin, la cause et l'effet dans toutes et dans chacune de ses choses.

170. La fin universelle, c'est-à-dire la fin de toutes les choses de la création, c'est la réalisation d'une conjonction éternelle du Créateur avec l'univers créé. Cette conjonction n'est pas possible, à moins qu'il n'y ait des sujets dans lesquels Il puisse habiter et demeurer. Pour qu'ils soient Ses habitacles et Ses demeures, les sujets doivent être des réceptacles de Son Amour et de Sa Sagesse comme par eux-mêmes, ainsi doivent comme par eux-mêmes s'élever vers le Créateur et se conjoindre à Lui ; sans cette réciprocité il n'y a pas de conjonction. Ces sujets sont les hommes, qui peuvent comme par eux-mêmes s'élever et se conjoindre à Lui. Il a été démontré ci-dessus plusieurs fois que les hommes sont de tels sujets, et qu'ils sont des réceptacles du Divin comme par eux-mêmes. Par cette conjonction le Seigneur est présent dans toute œuvre créée par Lui, car la fin pour laquelle tout objet a été créé, c'est l'homme. De ce fait, les usages de toutes les choses créées montent par degrés depuis les derniers jusqu'à l'homme, et par l'homme jusqu'à Dieu Créateur, de qui tout procède, comme il a été montré ci-dessus, aux N°s 65 à 68.

171. La création va continuellement vers cette dernière fin par la fin, la cause et l'effet, parce que ces trois sont dans le Seigneur Créateur, ainsi qu'il vient d'être dit, et parce que le Divin est dans tout espace sans espace, N° 69 à 72, et est le même dans les très grands et les très petits, N°s 77 à 82. Il est donc évident que dans sa progression générale vers sa fin dernière, l'univers créé est respectivement la fin moyenne, car dans leur ordre les formes des usages sont continuellement élevées de la terre par le Seigneur Créateur jusqu'à l'homme, qui vient aussi de la terre quant à son corps. L'homme ensuite est élevé par le Seigneur au moyen de la réception de l'amour et de la sagesse, et les moyens lui sont donnés pour les recevoir. Il est fait de telle manière qu'il peut recevoir, pourvu qu'il le veuille. D'après ce qui vient d'être dit, on peut voir, toutefois d'une manière très générale, que la fin de la création existe dans les derniers, fin qui veut que toutes choses retournent au Créateur, et qu'il y ait conjonction.

172. On peut encore voir que la fin, la cause et l'effet sont dans toutes et dans chacune des choses créées, en ce que tous les effets, qui sont appelés fins dernières, deviennent de nouveau fins premières dans une série ininterrompue à partir du Premier, qui est le Seigneur Créateur, jusqu'au dernier, qui est la conjonction de l'homme avec Lui. Il est évident que toutes les fins dernières deviennent de nouveau fins premières en ce qu'il n'existe pas de chose tellement inerte et morte qui n'ait une force efficiente en elle. Même d'un grain de sable il sort une exhalaison qui aide à produire quelque chose, par conséquent à effectuer quelque chose.


Troisième partie
LES DEGRES


Dans le monde spirituel il y a des atmosphères,
des eaux, et des terres, comme dans le monde naturel ; mais elles sont spirituelles,
tandis que dans le monde naturel, elles sont naturelles.

173. Il a été dit dans ce qui précède, et montré dans le traité Le ciel et l'enfer, que le monde spirituel et le monde naturel sont semblables, avec la seule différence que toutes et chacune des choses du monde spirituel sont spirituelles, et que toutes et chacune des choses du monde naturel sont naturelles. Puisque ces mondes sont semblables, ils possèdent tous deux des atmosphères, des eaux et des terres, qui sont les éléments généraux par lesquels et d'après lesquels toutes les choses existent avec une variété infinie.

174. Quant aux atmosphères, qui sont appelées éthers et airs, elles sont semblables dans les deux mondes. Mais elles sont spirituelles dans le monde spirituel, parce qu'elles existent par le Soleil qui est le premier procédant du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Seigneur, et parce qu'elles reçoivent de Lui le Divin Feu qui est l'Amour et la Divine Lumière qui est la Sagesse. Ces atmosphères transportent l'un et l'autre vers les cieux où sont les anges, et y causent la présence de ce Soleil dans les très grands et les très petits. Les atmosphères spirituelles sont des substances divisées ou des formes les plus petites, qui tirent leur origine du Soleil. Comme chacune de ces parties reçoit particulièrement le Soleil, il en résulte que le feu du Soleil, divisé en tant de substances ou de formes et quasi enveloppé par elles et tempéré par ces enveloppes, devient une chaleur adaptée finalement à l'amour des anges dans le ciel et des esprits sous le ciel. Il en est de même de la lumière de ce Soleil. Dans le monde naturel, les atmosphères naturelles, comme les atmosphères spirituelles, sont aussi des substances divisées et des formes les plus petites qui tirent leur origine du soleil du monde naturel. Celles-ci reçoivent particulièrement aussi le soleil, renferment son feu en elles, le tempèrent et le transportent, comme chaleur vers la terre où sont les hommes. Il en est de même pour la lumière.

175. Les atmosphères spirituelles sont différentes des atmosphères naturelles en ce que les atmosphères spirituelles sont les réceptacles du Divin Feu et de la Divine Lumière, ainsi de l'Amour et de la Sagesse, car elles les contiennent intérieurement en elles tandis que les atmosphères naturelles sont les réceptacles non du Divin Feu ni de la Divine Lumière, mais du feu et de la lumière de leur soleil, qui en soi est mort, comme il a été montré ci-dessus. Par conséquent, il n y a rien du Soleil du monde spirituel intérieurement en elles, bien qu'elles soient environnées des atmosphères spirituelles qui procèdent du Soleil spirituel. C'est la sagesse des anges qui nous a appris que telle est la différence entre les atmosphères spirituelles et les atmosphères naturelles.

176. On peut voir qu'il y a des atmosphères dans le monde spirituel comme dans le monde naturel en ce que les anges et les esprits respirent, parlent et entendent comme les hommes dans le monde naturel, et qu'ils ne peuvent le faire qu'au moyen de l'atmosphère la plus basse, appelée air. Les anges et les esprits voient aussi comme les hommes dans le monde naturel, et la vue n'est possible que par une atmosphère plus pure que l'air ; ils pensent et sont affectés comme les hommes, et la pensée et l'affection ne sont possibles qu'au moyen d'atmosphères encore plus pures. Enfin en ce que toutes les parties du corps des anges et des esprits, tant les externes que les internes, sont tenues en un ensemble cohérent par les atmosphères, les externes par l'atmosphère aérienne, et les internes par les atmosphères éthérées. Sans la pression que ces atmosphères exercent en tous sens, et sans leur action, les formes intérieures et extérieures du corps se répandraient évidemment de tous côtés. Puisque les anges sont spirituels, et que toutes et chacune des choses de leur corps sont tenues en un ensemble cohérent dans une forme et dans un ordre par les atmosphères, il en découle que ces atmosphères sont spirituelles. Elles le sont parce qu'elles tirent leur origine du Soleil spirituel qui est le premier procédant du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Seigneur.

177. Il a été dit ci-dessus, et montré dans le traité Le Ciel et l'enfer, que dans le monde spirituel il y a aussi des eaux et des terres comme dans le monde naturel, avec cette différence que les eaux et les terres du monde spirituel sont spirituelles. Comme elles sont spirituelles, elles sont mises en action et modifiées par la chaleur et la lumière du soleil spirituel au moyen des atmosphères qui en proviennent, absolument comme les eaux et les terres dans le monde naturel le sont par la chaleur et la lumière du soleil de leur monde au moyen des atmosphères de ce monde.

178. Il est parlé ici des atmosphères, des eaux et des terres, parce que ces trois sont les éléments généraux par lesquels et d'après lesquels toutes et chacune des choses existent avec une variété infinie. Les atmosphères sont les forces actives, les eaux sont les forces intermédiaires, et les terres sont les forces passives, d'après lesquelles existent tous les effets. Ces trois forces sont telles dans leur série, uniquement d'après la vie qui procède du Seigneur comme Soleil, et qui fait qu'elles sont actives

Il y a des degrés de l'Amour et de la Sagesse,
et par suite il y a des degrés de la Chaleur
et de la Lumière, et aussi des degrés
des atmosphères.

179. Ce qui va suivre ne peut être compris si l'on ne sait qu'il y a des degrés, et en quoi ils consistent, car il y en a dans toute chose créée, ainsi dans toute forme. Cette partie de la Sagesse Angélique traitera donc des degrés. On peut voir clairement qu'il y a des degrés de l'amour et de la sagesse, d'après les anges des trois cieux : les anges du troisième ciel l'emportent en amour et en sagesse sur ceux du second ciel, et ceux-ci sur les anges du dernier ciel, au point qu'ils ne peuvent être ensemble. Comme les degrés de l'amour et de la sagesse les distinguent et les séparent, il s'ensuit que les anges des cieux inférieurs ne peuvent monter vers les anges des cieux supérieurs ; s'ils en ont la permission, ils ne les voient pas, et ne voient rien de ce qui les entoure, parce que l'amour et la sagesse des anges des cieux supérieurs sont dans un degré qui surpasse la perception des anges des cieux inférieurs. En effet, chaque ange est son amour et sa sagesse, et l'amour uni à la sagesse, dans sa forme est un homme, parce que Dieu qui est l'Amour même et la Sagesse même, est un Homme. Il m'a été donné quelquefois de voir des anges du dernier ciel monter vers des anges du troisième ciel ; et lorsqu'ils étaient arrivés avec effort au milieu d'eux, je les entendais se plaindre de ce qu'ils n'en voyaient aucun. On leur apprit ensuite que ces anges n'avaient pas été visibles, parce que l'amour et la sagesse de ces derniers ne leur étaient pas perceptibles, et que l'amour et la sagesse font que l'ange apparaît comme un homme.

180. On voit encore plus manifestement qu'il y a des degrés de l'amour et de la sagesse si on compare l'amour et la sagesse des anges à l'amour et à la sagesse des hommes. Il est bien connu que la sagesse des anges ainsi comparée, est ineffable, et on verra dans la suite qu'elle est même incompréhensible pour les hommes qui sont dans l'amour naturel. Elle semble ineffable et incompréhensible, parce qu'elle est dans un degré supérieur.

181. Puisqu'il y a des degrés de l'amour et de la sagesse, il y a aussi des degrés de la chaleur et de la lumière. Par la chaleur et la lumière sont entendues la chaleur et la lumière spirituelles, telles qu'elles sont chez les anges des cieux, et telles qu'elles sont chez les hommes quant aux intérieurs qui appartiennent à leur mental, car chez les hommes il y a une chaleur de l'amour et une lumière de la sagesse, semblables à celles qui sont chez les anges. La chaleur chez les anges correspond à la qualité de leur amour et à sa quantité ; il en est de même de leur lumière et de leur sagesse, parce que chez eux l'amour est dans la chaleur et la sagesse dans la lumière, comme il a été montré ci-dessus. Il en est de même sur terre chez les hommes, avec cette différence cependant, que les anges sentent cette chaleur et voient cette lumière, tandis qu'il n'en est pas ainsi pour les hommes, parce que ceux-ci sont dans la chaleur et la lumière naturelles ; et tant qu'ils y sont, ils ne sentent la chaleur spirituelle que par une sorte de plaisir de l'amour, et ne voient la lumière spirituelle que par la perception du vrai. Maintenant puisque l'homme, tant qu'il est dans la chaleur, et dans la lumière naturelles, ne sait rien de la chaleur et de la lumière spirituelles chez lui, et puisque cette connaissance ne peut être obtenue que par l'expérience que donne le monde spirituel, il sera donc spécialement parlé ici de la chaleur et de la lumière dans lesquelles sont les anges et leurs cieux. L'illustration sur ce sujet ne peut venir que du monde spirituel, et non d'autre part.

182. Toutefois, les degrés de la chaleur spirituelle ne peuvent être décrits d'après l'expérience, parce que l'amour auquel correspond la chaleur spirituelle ne tombe pas dans les idées de la pensée ; mais les degrés de la lumière spirituelle peuvent être décrits, parce que la lumière y tombe, car elle appartient à la pensée. Néanmoins on peut comprendre les degrés de la chaleur par les degrés de la lumière, car les deux sont dans un degré semblable. Or, quant à ce qui concerne la lumière dans laquelle sont les anges, il m'a été donné de la voir de mes yeux. Chez les anges des cieux supérieurs elle est d'une blancheur si éblouissante qu'elle ne peut être décrite, même par la blancheur de la neige. En outre, elle est si éclatante qu'elle ne peut non plus être décrite, même par l'éclat du soleil du monde ; en un mot, cette lumière surpasse des milliers de fois la lumière de midi sur la terre. Elle ne peut être décrite, parce qu'elle fait un avec la sagesse des anges ; et comme leur sagesse comparée àcelle des hommes est ineffable, il en résulte que la lumière l'est aussi. Mais la lumière chez les anges des cieux inférieurs peut en quelque sorte être décrite par des comparaisons, néanmoins elle surpasse la lumière la plus intense de notre monde. Ces explications font voir qu'il y a des degrés de la lumière ; et puisque la sagesse et l'amour sont dans un semblable degré, il s'ensuit qu'il y a de semblables degrés de la chaleur.

183. Puisque les atmosphères sont les réceptacles de la chaleur et de la lumière, il s'ensuit qu'il y a autant de degrés des atmosphères qu'il y a de degrés de la chaleur et de la lumière, et aussi de degrés de l'amour et de la sagesse. J'ai vu clairement par un grand nombre d'expériences qu'il y a plusieurs atmosphères et qu'elles sont distinguées entre elles par des degrés. Ainsi, j'ai vu que les anges des cieux inférieurs ne peuvent respirer dans la région des anges supérieurs, et qu'ils semblent suffoquer comme suffoquent les être vivants qui sont élevés de l'air dans l'éther, ou comme ceux qui vivent dans les eaux quand ils sont exposés dans l'air. Les esprits au-dessous des cieux apparaissent même comme dans un brouillard épais. On voit ci-dessus, au N° 176, qu'il y a plusieurs atmosphères, et qu'elles sont distinguées entre elles par des degrés.

Il y a deux genres de degrés :
degrés de hauteur et degrés de largeur

184. La connaissance des degrés est comme une clef qui ouvre les causes des choses et permet d'y entrer. Sans elle, on ne peut saisir la cause, car les objets et les sujets de l'un et de l'autre monde apparaissent univoques, comme s'il n'y avait en eux que ce que l'œil y voit, cependant qu'à l'intérieur sont cachées des choses par milliers, et même par myriades. Les intérieurs qui ne sont pas ouverts à la vue, ne peuvent jamais être découverts sans la connaissance des degrés. Car les extérieurs vont vers les intérieurs, et par ceux-ci vers les intimes par des degrés ; non par des degrés continus, mais par des degrés discrets. Sont appelés ´ degrés continus , les décroissements ou les diminutions, du plus épais au plus léger, ou du plus dense au plus rare, et aussi les accroissements ou les augmentations du plus léger au plus épais, ou du plus rare au plus dense, absolument comme de la lumière à l'ombre ou de la chaleur au froid. Mais les degrés discrets sont tout à fait différents ; ils sont comme les antérieurs, les postérieurs et les derniers, ou comme la fin, la cause et l'effet. Ces degrés sont appelés discrets, parce que l'antérieur est par soi, le postérieur par soi, et le dernier par soi ; néanmoins pris ensemble ils font un. Les atmosphères, appelées éthers et airs, depuis le haut jusqu'au bas, ou depuis le soleil jusqu'à la terre, sont distinguées en de tels degrés. Elles sont comme les choses simples, les assemblages de ces choses simples, et les assemblages de ces assemblages qui, pris ensemble, sont nommés un composé. Ces degrés sont discrets (ou séparés), parce qu'ils existent distinctement, et ils sont entendus par ´ degrés de hauteur ª, mais les autres degrés sont continus, parce qu'ils croissent continuellement, et ils sont entendus par degrés de largeur .

185. Toutes et chacune des choses qui existent dans le monde spirituel, et toutes et chacune des choses qui existent dans le monde naturel, cœxistent d'après les degrés discrets et en même temps d'après les degrés continus, c'est-à-dire d'après les degrés de hauteur et les degrés de largeur. La dimension qui consiste en degrés discrets est appelée hauteur et la dimension qui consiste en degrés continus est appelée largeur ; leur position relativement à la vue de l'œil ne change pas la dénomination. Sans la connaissance de ces degrés, on ne peut rien savoir de la différence qui existe entre les trois cieux, ni de la différence entre l'amour et la sagesse des anges de ces cieux ni de la différence entre la chaleur et la lumière dans lesquelles ils sont ; ni de la différence des atmosphères qui les entourent et les contiennent. Sans la connaissance de ces degrés, on ne peut rien savoir non plus de la différence des facultés des intérieurs qui appartiennent au mental chez les hommes, ni par conséquent de leur état quant à la réformation et à la régénération ; ni de la différence des facultés des extérieurs qui appartiennent au corps, tant chez les anges que chez les hommes ; ni absolument rien de la différence entre le spirituel et le naturel, ni par suite rien de la correspondance. On ne sait rien non plus des différences de la vie entre les hommes et les bêtes, entre les bêtes plus parfaites et les bêtes moins parfaites, entre les formes du règne végétal et les matières du règne minéral. Il devient donc évident que ceux qui ignorent ces degrés, ne peuvent par leur propre jugement voir les causes. Ils voient seulement les effets, et jugent les causes d'après les effets, ce qui se fait le plus souvent par une induction continue d'effets. Cependant les causes produisent les effets non par le continu, mais par le discret, car la cause est une chose et l'effet en est une autre. La différence entre les deux est comme celle qui existe entre l'antérieur et le postérieur, ou entre ce qui forme et ce qui est formé.

186. Les cieux angéliques peuvent servir d'exemple pour mieux faire comprendre en quoi consistent les degrés discrets et la différence qui existe entre eux et les degrés continus. Il y a trois cieux, et ils sont distingués par les degrés de hauteur ; ils sont par conséquent l'un au-dessous de l'autre, et ne communiquent entre eux que par l'influx qui vient du Seigneur à travers les Cieux dans leur ordre jusqu'au plus bas, et non dans le sens contraire. Mais chaque ciel en lui-même est divisé non par les degrés de hauteur, mais par les degrés de largeur. Ceux qui sont au milieu ou au centre sont dans la lumière de la sagesse, et ceux qui sont à la périphérie jusqu'aux limites sont dans l'ombre de la sagesse. Ainsi la sagesse décroît jusqu'à l'ignorance comme la lumière décroît jusqu'à l'ombre, et cela a lieu d'une façon continue. Il en est de même chez les hommes. Les intérieurs qui appartiennent à leur mental ont été distingués en autant de degrés que le sont les cieux angéliques, et ces degrés sont l'un au-dessus de l'autre. Par conséquent les intérieurs des hommes, qui appartiennent à leur mental, sont séparés par les degrés discrets ou de hauteur. Il s'ensuit que l'homme peut être dans le degré infime, puis dans le supérieur, et aussi dans le suprême selon le degré de sa sagesse. Quand il est seulement dans le degré infime, le degré supérieur est fermé, mais ce degré est ouvert dans la mesure où il reçoit du Seigneur la sagesse. Il y a aussi chez l'homme, comme dans le ciel, des degrés continus ou de largeur. L'homme est semblable aux cieux, parce que, quant aux intérieurs de son mental, il est un ciel dans la forme la plus petite, en tant qu'il est par le Seigneur dans l'amour et dans la sagesse. Voir à ce sujet le traité Le ciel et l'Enfer, N°s 51 à 58.

187. Ces explications font voir que celui qui ne sait rien des degrés discrets ou de hauteur, ne peut non plus rien savoir de l'état de l'homme quant à sa réformation et à sa régénération, qui se font par la réception de l'amour et de la sagesse procédant du Seigneur, et par l'ouverture alors des degrés intérieurs de son mental dans leur ordre. Il ne peut non plus rien savoir de l'influx procédant du Seigneur par les cieux, ni rien de l'ordre dans lequel il a été créé. Car si quelqu'un pense à ces choses non d'après les degrés discrets ou de hauteur, mais d'après les degrés continus ou de largeur il ne peut rien en voir d'après les causes, mais seulement d'après les effets ; or voir d'après les effets seuls, c'est voir d'après les illusions. Il en découle des erreurs, l'une après l'autre, qui par des inductions peuvent être multipliées à un tel point, qu'enfin d'énormes faussetés soient appelées des vérités.

188. Que je sache, personne jusqu'à présent n'a eu quelque connaissance des degrés discrets ou de hauteur, mais on connaît seulement les degrés continus ou de largeur. Cependant rien de ce qui concerne la cause ne peut se montrer dans sa vérité sans la connaissance de ces deux genres de degrés. Il en sera donc traité dans toute cette troisième partie. Car le but de cet ouvrage est de dévoiler les causes et d'après elles, faire voir les effets, et qu'ainsi soient dissipées les ténèbres dans lesquelles est l'homme de l'Eglise au sujet du Dieu ou du Seigneur, et en général au sujet des Divins qui sont appelés Spirituels. Je peux rapporter ici que les anges sont dans la tristesse à cause des ténèbres qui sont sur la terre. Ils disent qu'il n'y voient presque pas de lumière et que les hommes saisissent avidement les illusions et les confirment, et ainsi entassent fausseté sur fausseté, et que pour les confirmer ils recherchent par des raisonnements tirés de faux et de vrais falsifiés, des paradoxes qui ne peuvent être dissipés en raison des ténèbres sur les causes et de l'ignorance sur les vérités. Ils se plaignent principalement des confirmations sur la foi séparée d'avec la charité, et sur la justification par cette foi ; et aussi des idées sur Dieu, sur les anges et sur les esprits, et de l'ignorance en ce qui concerne l'amour et la sagesse.

Les degrés de hauteur sont homogènes, et
se succèdent en ordre, comme la fin,
la cause et l'effet.

189. Puisque les degrés de largeur ou degrés continus sont comme les gradations de la lumière à l'ombre, du chaud au froid, de l'épais au ténu, et ainsi du reste, et puisque ces degrés sont connus d'après l'expérience des sens et des yeux, tandis qu'il n'en est pas de même des degrés de hauteur ou degrés discrets, c'est principalement de ceux-ci qu'il sera traité dans cette partie, car sans la connaissance de ces degrés on ne peut voir les causes. On sait, il est vrai, que la fin, la cause et l'effet se suivent en ordre, comme l'antérieur, le postérieur et le dernier, et que la fin produit la cause, et par la cause l'effet pour que la fin existe. On sait aussi plusieurs choses sur ce sujet ; cependant les savoir et ne pas les voir dans leur application à ce qui existe, c'est seulement savoir des choses abstraites qui ne restent dans la mémoire que le temps nécessaire à l'esprit pour les analyser. Il en découle que dans le monde on sait peu de choses sur les degrés discrets, si toutefois on en sait quelque chose, bien que la fin, la cause et l'effet procèdent par ces degrés. Car la seule connaissance des choses abstraites est comme une sorte d'objet vaporeux qui s'envole, mais si les choses abstraites sont appliquées à des choses qui sont dans le monde, elles deviennent comme un objet que l'on voit des yeux sur la terre, et qui reste dans la mémoire.

190. Toutes les choses qui existent dans le monde, auxquelles s'appliquent les trois dimensions, et qu'on nomme des composés, consistent en des degrés de hauteur ou degrés discrets. Des exemples vont illustrer ce sujet : on sait d'après l'expérience oculaire que chaque muscle dans le corps humain consiste en de très petites fibres, et que celles-ci composées en faisceaux présentent des fibres plus grandes, qui sont appelées motrices, et que le groupement de ces fibres motrices forme un composé, qui est appelé muscle. Il en est de même des nerfs ; dans les nerfs, de très petites fibres forment de plus grandes qui se présentent comme des filaments, et la réunion de ces derniers forme le nerf. Il en est de même de tous les autres assemblages, faisceaux et réunions dont sont composés les organes et les viscères, car ceux-ci sont des compositions de fibres et de faisceaux diversement groupés d'après de semblables degrés. Il en est aussi de même de toutes les choses du règne végétal et de toutes celles du règne minéral, en général et en particulier. Dans le bois, ce sont des assemblages de filaments dans un ordre triple ; dans les métaux et dans les pierres, ce sont des groupements de parties, aussi dans un ordre triple. On peut ainsi voir clairement quels sont les degrés discrets, à savoir, que d'une chose en vient une autre, et de celle-ci une troisième, qui est appelée un composé ; et que chaque degré est séparé d'un autre degré.

191. De ces objets visibles, on peut conclure que c'est la même chose pour ceux qui ne se montrent pas devant les yeux ; par exemple, pour les substances organiques qui sont les réceptacles et les habitacles des pensées et des affections dans les cerveaux, pour les atmosphères, pour la chaleur et la lumière, pour l'amour et la sagesse. En effet, les atmosphères sont les réceptacles de la chaleur et de la lumière ; et la chaleur et la lumière sont les réceptacles de l'amour et de la sagesse ; c'est pourquoi, puisqu'il y a des degrés d'atmosphères, il y a aussi de semblables degrés de chaleur et de lumière et de semblables degrés d'amour et de sagesse ; car le même principe s'applique à ceux-ci et à celles-là.

192. On voit d'après ce qui vient d'être dit, que ces degrés sont homogènes, c'est-à-dire de même caractère et de même nature. Les fibres motrices des muscles, les très petites, les grandes et les très grandes sont homogènes : les fibres nerveuses, les très petites, les grandes et les très grandes sont homogènes ; les filaments ligneux depuis les plus petits jusqu'à leur composé sont homogènes ; il en est de même des parties pierreuses et métalliques de tout genre. Sont également homogènes les substances organiques qui sont les réceptacles et les habitacles des pensées et des affections depuis les plus simples jusqu'à leur assemblage commun qui est le cerveau ; les atmosphères depuis le pur éther jusqu'à l'air ; les degrés de la chaleur et de la lumière en série selon les degrés des atmosphères ; et par suite aussi les degrés de l'amour et de la sagesse. Les choses qui ne sont pas de même caractère ni de même nature sont hétérogènes et ne concordent pas avec les homogènes ; ainsi elles ne peuvent former avec elles des degrés discrets. Elles ne le peuvent qu'avec les leurs qui sont de même caractère et de même nature, avec lesquelles elles sont homogènes.

193. Il est évident que ces choses dans leur ordre, sont comme les fins, les causes et les effets ; car le premier, qui est le plus petit, produit sa cause par le moyen, et son effet par le dernier.

194. Il faut qu'on sache que chaque degré a été distingué d'un autre par ses propres enveloppes, et que tous les degrés ensemble ont été distingués par une enveloppe commune, et que l'enveloppe commune communique avec les intérieurs et avec les intimes dans leur ordre. Il en résulte la conjonction de tous et l'action unanime.

Le premier degré est le tout dans toutes les choses
des degrés suivants.

195. Il en est ainsi, parce que les degrés de chaque sujet et de chaque chose sont homogènes, et ils le sont, parce qu'ils ont été produits par le premier degré. En effet, leur formation est telle, que le premier, par des faisceaux ou des groupements, en un mot par des assemblages, produit le second, et par celui-ci le troisième ; et elle sépare l'un de l'autre par une enveloppe qui l'entoure. Il est donc évident que le premier degré est le principal et celui qui règne uniquement dans les suivants ; qu'ainsi le premier degré est le tout dans toutes les choses des degrés suivants.

196. Lorsqu'il est dit que tels sont les degrés entre eux, il est entendu que telles sont les substances dans leurs degrés. La locution par les degrés est une locution abstraite, qui est universelle, par conséquent applicable à chaque sujet ou à chaque chose qui est dans des degrés de cette sorte.

197. L'application peut en être faite à toutes les choses dont il a été parlé dans l'article précédent ; ainsi, aux muscles, aux nerfs, aux matières et aux parties des règnes végétal et minéral, aux substances organiques qui sont les sujets des pensées et des affections dans l'homme, aux atmosphères, à la chaleur et à la lumière, et à l'amour et à la sagesse. Dans toutes ces choses il y a un premier qui règne uniquement dans les suivants, et même il est unique en eux ; et parce qu'il est unique en eux, il est le tout en eux. On voit clairement qu'il en est ainsi d'après ce qui est connu, savoir, que la fin est le tout de la cause, et que par la cause elle est le tout de l'effet ; et voilà pourquoi la fin, la cause et l'effet sont appelés fin première, fin moyenne et fin dernière. On voit ensuite que la cause de la cause est aussi la cause du résultat de la cause ; et que dans les causes il n'y a qu'un essentiel qui est la fin, et dans le mouvement qu'un essentiel qui est l'effort ; et enfin que la substance qui est substance en soi, est l'unique substance.

198. De ce qui précède on peut clairement voir que le Divin qui est la substance en soi, ou l'unique et seule substance, est la substance de laquelle procèdent toutes et chacune des choses qui ont été créées, qu'ainsi Dieu est le Tout dans toutes les choses de l'univers, selon ce qui a été démontré dans la première partie. Il y est dit que Le Divin Amour et la Divine Sagesse sont substance et forme, N°s 40 à 43 ; que le Divin Amour et la Divine Sagesse sont la substance en soi et la forme en soi, ainsi le Soi-même et l'Unique, N°s 44 à 46 ; que toutes choses dans l'univers, ont été créées par le Divin Amour et par la Divine Sagesse, N°s 52 à 60 ; et que par suite tout l'univers créé est l'image du Seigneur, N°s 61 à 65 ; et que le Seigneur seul est le ciel où sont les anges, N°s 113 à 118.

Toutes les perfections croissent et montent
avec les degrés et selon les degrés.

199. Il a été montré ci-dessus, aux N°s 184 à 188, qu'il y a des degrés de deux genres, degrés de largeur et degrés de hauteur ; et que les degrés de largeur sont comme ceux de la lumière qui décline vers l'ombre, ou comme ceux de la sagesse qui décline vers l'ignorance, tandis que les degrés de hauteur sont comme la fin, la cause et l'effet, ou comme l'antérieur, le postérieur et le dernier. De ces degrés il est dit qu'ils montent et descendent, car ils appartiennent à la hauteur, mais des premiers on dit qu'ils croissent, ou décroissent, car ils appartiennent à la largeur. Ces degrés diffèrent tant les uns des autres, qu'ils n'ont rien de commun ; aussi doivent-ils être perçus comme distincts, et ne jamais être confondus.

200. Toutes les perfections croissent et montent avec les degrés et selon les degrés, parce que tout attribut suit son sujet, et que la perfection et l'imperfection sont des attributs communs ; car elles appartiennent à la vie, aux forces et aux formes.

La perfection de la vie est la perfection de l'amour et de la sagesse. Comme la volonté et l'entendement en sont le réceptacles, la perfection de la vie est aussi celle de la volonté et de l'entendement, et par suite celle des affections et des pensées ; et comme la chaleur spirituelle est le contenant de l'amour, et la lumière spirituelle le contenant de la sagesse, leur perfection peut aussi être rapportée à la perfection de la vie

La perfection des forces est la perfection de toutes les choses qui sont mises en action et en mouvement par la vie, dans lesquelles cependant il n'y a pas la vie. Sont de telles forces, les atmosphères, quant à leurs actions, les substances organiques intérieures et extérieures chez l'homme et chez les animaux de tout genre, et toutes les choses dans le monde naturel qui obtiennent immédiatement et médiatement des activités par le soleil de ce monde.

La perfection des formes et la perfection des forces font un, car telles sont les forces, telles sont les formes, avec la seule différence que les formes sont des substances, tandis que les forces en sont les activités. C'est pourquoi il y a pour les unes et pour les autres de semblables degrés de perfection. Les formes qui ne sont pas en même temps des forces sont parfaites aussi selon les degrés.

201. Il ne sera pas parlé ici des perfections de la vie, des forces et des formes, qui croissent et décroissent, selon les degrés de largeur ou degrés continus, parce que ces degrés sont connus dans le monde. Mais il sera parlé des perfections de la vie, des forces et des formes, qui montent ou descendent selon les degrés de hauteur ou degrés discrets, parce que ceux-ci ne sont pas connus dans le monde. Or, par les choses visibles dans le monde naturel, on peut connaître quelque peu de quelle manière montent et descendent les perfections selon ces degrés, mais par les choses visibles dans le monde spirituel on peut le connaître clairement. Dans le monde naturel, on découvre seulement que plus on examine intérieurement les choses naturelles, plus on y rencontre des merveilles. Il en est ainsi lorsqu'on examine intérieurement les yeux, les oreilles, la langue en un mot tous les viscères, puis les semences, les fleurs et les fruits, aussi les métaux, les minéraux et les pierres. Mais par cet examen on n'a pas pu voir que ces objets sont intérieurement plus parfaits selon les degrés de hauteur ou degrés discrets, car l'ignorance de ces degrés tenait cela caché. Mais comme tout le monde spirituel, depuis le suprême jusqu'à l'infime, est distinctement divisé en degrés de hauteur ou degrés discrets, et que ceux-ci se présentent manifestement, il en résulte qu'on peut puiser de ce monde la connaissance de ces degrés. Ensuite d'après ces degrés on peut découvrir les perfections des forces et des formes qui sont dans de semblables degrés dans le monde naturel.

202. Dans le monde spirituel, il y a trois cieux disposés en ordre selon les degrés de hauteur. Dans le ciel suprême les anges surpassent en perfection les anges qui sont dans le ciel moyen, et dans le ciel moyen les anges surpassent en perfection les anges du Ciel infime. Les degrés des perfections sont tels, que les anges du ciel infime ne peuvent monter jusqu'au premier seuil des perfections des anges du ciel moyen, ni ceux-ci jusqu'au premier seuil des perfections des anges du ciel suprême. Bien qu'incroyable, cela est une vérité. Il en est ainsi, parce que les anges ont été consociés selon les degrés discrets et non selon les degrés continus. Il m'a été donné de connaître par expérience que la différence des affections et des pensées, et par conséquent du langage, entre les anges des cieux supérieurs et les anges des cieux inférieurs est telle qu'ils n'ont rien en commun, et que la communication se fait seulement par des correspondances. Ces correspondances ont lieu par l'influx immédiat du Seigneur dans tous les cieux, et par l'influx médiat à travers le ciel suprême dans le ciel infime. Ces différences sont telles, qu'elles ne peuvent être exprimées par une langue naturelle, ni par conséquent être décrites, car les pensées des anges étant spirituelles, ne tombent pas dans les idées naturelles. Elles ne peuvent être exprimées et décrites que par les anges eux-mêmes, dans leurs langues, leurs mots et leurs écritures. C'est pourquoi il est dit que dans les cieux on entend et on voit des choses ineffables. Ces différences peuvent être saisies dans une certaine mesure par le fait que les pensées des anges du ciel suprême ou troisième ciel sont les pensées des fins ; les pensées des anges du ciel moyen ou second ciel les pensées des causes ; et les pensées des anges du ciel infime ou premier ciel les pensées des effets. Il faut qu'on sache que penser d'après les fins n'est pas penser sur les fins, que penser d'après les causes n'est pas penser sur les causes, et aussi que penser d'après les effets n'est pas penser sur les effets. Les anges des cieux supérieurs pensent d'après les causes et d'après les fins, et penser ainsi appartient à la sagesse supérieure ; les anges des cieux inférieurs pensent sur les causes et sur les fins, et penser ainsi appartient à la sagesse inférieure. Penser d'après les fins vient de la sagesse ; penser d'après les causes vient de l'intelligence ; et penser d'après les effets vient de la connaissance. Par ces explications, il est évident que toute perfection monte et descend avec les degrés et selon les degrés.

203. Puisque l'homme quant aux intérieurs qui appartientient à son mental est le ciel dans la forme la plus petite, et comme les intérieurs de l'homme qui appartiennent à sa volonté et à son entendement sont semblables aux cieux, quant aux degrés, c'est pour cela que leurs perfections aussi sont semblables. Mais ces perfections ne se manifestent à aucun homme tant qu'il vit dans le monde, car alors il est dans le degré infime, et d'après le degré infime, les degrés supérieurs ne peuvent être connus. Après la mort l'homme vient dans le degré qui correspond à son amour et à sa sagesse, puisqu'alors il devient ange. De ce fait, il connaît les degrés supérieurs, pense et dit des choses qui étaient ineffables pour son homme naturel. En effet, il y a alors élévation de toutes les choses de son mental non en relation simple, mais en relation triple. Les degrés de hauteur sont en relation triple, et les degrés de largeur en relation simple. Mais seulement ceux qui dans le monde ont été dans les vrais et les ont appliqués à la vie, montent et sont élevés dans les degrés de hauteur.

204. Il semble que les antérieurs soient moins parfaits que les postérieurs, ou que les simples soient moins parfaits que les composés. Néanmoins les antérieurs d'où proviennent les postérieurs ou les simples d'où proviennent les composés sont plus parfaits, parce que les antérieurs ou les simples sont plus nus, et moins voilés de substances et de matières privées de vie. Ils sont comme plus Divins, aussi sont-ils plus près du Soleil spirituel où est le Seigneur ; car la perfection même est dans le Seigneur, et par suite dans le Soleil qui est le premier procédant du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Seigneur, et de là dans les choses qui suivent en ordre jusque dans les infimes qui sont de plus en plus imparfaites selon leur éloignement. Si dans les antérieurs et les simples il n'y avait cette éminente perfection, l'homme ni aucun aninal n'auraient pu exister d'après une semence, ni ensuite subsister, et les semences des arbres et des arbrisseaux n'auraient pu croître et fructifier. Car tout antérieur est d'autant plus exempt de dommages qu'il est plus antérieur, et tout simple en est d'autant plus exempt qu'il est plus simple, parce qu'ils sont plus parfaits.

Dans l'ordre successif, le premier degré fait le
suprême, et le troisième l'infime ; mais dans
l'ordre simultané, le premier fait l'intime,
et le troisième l'extime.

205. Il y a un ordre successif et un ordre simultané des degrés ; l'ordre successif va du suprême jusqu'à l'infime, ou depuis le haut jusqu'au bas. Dans cet ordre sont les cieux angéliques, le troisième ciel est le suprême, le second le moyen, le premier l'infime ; telle est leur situation relative. Les états de l'amour et de la sagesse chez les anges, ceux de la chaleur et de la lumière, et ceux des atmosphères spirituelles y sont dans un semblable ordre successif, ainsi que toutes les perfections des formes et des forces. Puisque les degrés de hauteur ou les degrés discrets sont dans un ordre successif, ils peuvent être comparés à une colonne divisée en trois étages que l'on monte et descend. Il y a des choses très parfaites et très belles à l'étage supérieur ; des choses moins parfaites et moins belles à celui du milieu ; et des choses encore moins parfaites et moins belles à l'étage le plus bas. Mais l'ordre simultané, qui consiste en de semblables degrés, a une autre apparence. Dans celui-ci, les suprêmes de l'ordre successif qui sont, comme il a été dit, très parfaits et très beaux, sont dans l'intime, les moyens qui sont moins parfaits et, moins beaux dans la partie médiane et les infimes à la périphérie. Ils sont comme dans un solide consistant en ces trois degrés, au milieu ou au centre duquel sont les parties les plus subtiles, autour de ce centre les parties moins subtiles, et dans les extrêmes qui font la périphérie les parties provenant des moins subtils et par suite plus grossières. C'est comme la colonne dont il vient d'être parlé qui s'affaisse sur un plan, et de laquelle le suprême fait l'intime, le moyen fait le moyen, et l'infime fait l'extime.

206. Comme le suprême de l'ordre successif devient l'intime de l'ordre simultané, et que l'infime devient l'extime, ainsi dans la Parole le supérieur signifie l'intérieur, et l'inférieur signifie l'extérieur. Il en est de même pour en haut et en bas, et pour élevé et profond.

207. Dans tout dernier il y a les degrés discrets en ordre simultané. Les fibres motrices dans tout muscle, les fibres dans tout nerf, les fibres et les petits vaisseaux dans chaque viscère et dans chaque organe sont dans un tel ordre. Intimement en eux se trouvent les parties les plus simples qui sont les plus parfaites ; l'extime en est le composé. Il y a un ordre semblable de ces degrés dans toute semence et dans tout fruit, aussi dans tout métal et dans toute pierre ; telles sont leurs parties dont résulte le tout. Les éléments intimes, moyens et extimes des parties sont dans ces degrés, car ce sont de successives compositions, ou de successifs assemblages et groupements provenant des simples qui sont leurs premières substances ou matières.

208. En un mot, il y a de tels degrés dans tout dernier, ainsi dans tout effet, car tout dernier se compose des antérieurs, et ceux-ci se composent de leurs premiers. Tout effet se compose de la cause, et celle-ci de la fin ; et la fin est le tout de la cause, et la cause est le tout de l'effet, comme il a été montré ci-dessus. La fin fait l'intime, la cause le moyen, et l'effet le dernier. On verra dans la suite qu'il en est de même des degrés de l'amour et de la sagesse, de la chaleur et de la lumière, et aussi des formes organiques des affections et des pensées chez l'homme. Il a aussi été traité de la série de ces degrés dans l'ordre successif et dans l'ordre simultané dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'écriture Sainte, N°s 38, et ailleurs, où il a été montré qu'il y a de semblables degrés dans toutes et dans chacune des choses de la Parole.

Le dernier degré est le complexe, le contenant
et la base des degrés antérieurs.

209. La doctrine des degrés, qui est donnée dans cette partie a été illustrée jusqu'à présent par différentes choses qui existent dans l'un et l'autre monde. Ainsi elle l'a été par les degrés des Cieux où sont les anges, par les degrés de la chaleur et de la lumière chez eux, par les degrés des atmosphères, et par différentes choses dans le corps humain, et aussi dans le règne animal et dans le règne minéral. Mais cette doctrine des degrés a une plus grande portée ; elle s'étend non seulement aux choses naturelles, mais aussi aux choses civiles, morales et spirituelles, et à tout ce qui les concerne, tant en général qu'en particulier. En voici les raisons : l° - Dans tout ce dont on peut parler il y a un trine, qui est appelé fin, cause et effet, et ces trois choses sont entre elles selon les degrés de hauteur. 2° - Toute chose civile, morale et spirituelle est une substance et non une abstraction, tout comme l'amour et la sagesse sont non pas des choses abstraites, mais une substance, ainsi qu'il a été démontré ci-dessus aux N°s 40 à 43. On peut, il est vrai, penser par exemple sur l'affection et la pensée, sur la charité et la foi, sur la volonté et l'entendement, mais toujours est-il qu'en eux-mêmes ils ne sont pas abstraits. En effet, il en est de ces choses comme de l'amour et de la sagesse, c'est-à-dire qu'elles n'existent pas hors des sujets, qui sont des substances, mais qu'elles sont les états des sujets ou substances. On verra dans la suite que ce sont leurs changements qui manifestent des variations. Par substance il est aussi entendu la forme, car il n'y a pas de substance sans forme.

210. Il est arrivé qu'on a perdu la juste idée sur la volonté et l'entendement, sur l'affection et la pensée et sur la charité et la foi, à savoir, qu'ils sont les états des substances ou des formes, parce qu'on a pu penser et qu'on a pensé sur ces choses en faisant abstraction des substances qui en sont les sujets. Il en est absolument comme des sensations et des actions qui ne sont pas des choses abstraites des organes sensoriels et moteurs. Abstraites ou séparées de ces organes, les sensations et les actions ne sont que des fictions, car elles sont comme la vue sans l'œil, comme l'ouïe sans l'oreille, comme le go°t sans la langue, et ainsi du reste.

211. Puisque toutes les choses civiles, morales et spirituelles font leur progression par les degrés, comme les choses naturelles, non seulement par les degrés continus, mais aussi par les degrés discrets, et que les progressions des degrés discrets sont comme les progressions des fins aux causes, et des causes aux effets, j'ai voulu que la proposition présente, qui est, que le dernier degré est le complexe, le contenant et la base des degrés antérieurs, fut illustrée et confirmée par les choses décrites ci-dessus, savoir, par celles qui appartiennent à l'amour et à la sagesse, à la volonté et à l'entendement, à l'affection et à la pensée, à la charité et à la foi.

212. On voit d'après la progression des fins et des causes vers les effets, que le dernier degré est le complexe, le contenant et la base des degrés antérieurs. La raison éclairée peut le saisir, mais ne peut de même saisir pleinement que la fin avec tout ce qui lui appartient, et la cause avec tout ce qui lui appartient sont en actualité dans l'effet, et que l'effet en est le plein complexe. On peut voir qu'il en est ainsi par les propositions déjà présentées dans cette partie, surtout par celle-ci, que l'un procède de l'autre dans une série triple ; et que l'effet n'est autre que la fin dans son dernier ; et comme le dernier est le complexe, il s'ensuit que le dernier est le contenant et aussi la base.

213. Quant à ce qui concerne l'amour et la sagesse, l'amour est la fin, la sagesse est la cause par laquelle l'amour agit, et l'usage est l'effet. L'usage est le complexe, le contenant et la base de la sagesse et de l'amour ; or, l'usage est un tel complexe et un tel contenant, que toutes les choses de l'amour et toutes celles de la sagesse sont en actualité en lui, c'est là qu'elles sont simultanément présentes. Mais il faut qu'on sache bien que toutes les choses de l'amour et de la sagesse, qui sont homogènes et concordantes, sont dans l'usage, selon ce qui a été dit et montré ci-dessus, dans le chapitre comprenant les N°s 189 à 194.

214. L'affection, la pensée et l'action, sont aussi dans une série de semblables degrés, parce que toute affection se réfère à l'amour, toute pensée à la sagesse, et toute action à l'usage. Il en est de même de la charité, de la foi et de l'œuvre, parce que la charité appartient à l'affection, la foi à la pensée, et l'œuvre à l'action. Il en est de même aussi de la volonté, de l'entendement et de l'action, car la volonté appartient à l'amour et par suite à l'affection, l'entendement à la sagesse et par suite à la foi, et l'action à l'usage et par suite à l'œuvre. Comme toutes les choses de la sagesse et de l'amour sont dans l'usage, de même toutes les choses de la pensée et de l'affection sont dans l'action, et toutes les choses de la foi et de la charité sont dans l'œuvre, et ainsi du reste , mais toutes sont homogènes, c'est-à-dire, concordantes.

215. On n'a pas su jusqu'à présent que le dernier de chaque série, c'est-à-dire l'usage, l'action, l'œuvre et la pratique, est le complexe et le contenant de tous les antérieurs. Il semble que dans l'usage, l'action et l'œuvre, il n'y ait rien de plus que ce qui est dans le mouvement, néanmoins tous les antérieurs sont en eux en actualité, et si pleinement qu'il n'y manque rien. Ils y sont enfermés comme le vin dans son tonneau, et comme des meubles dans une maison. Ces antérieurs n'apparaissent pas, parce qu'ils sont considérés seulement extérieurement, et qu'ainsi considérés ils ne sont que des activités et des mouvements. On peut comparer tout cela aux bras et aux mains qui se meuvent ; on ignore que mille fibres motrices concourent à chacun de leurs mouvements, et qu'à ces mille fibres motrices correspondent des milliers de choses appartenant à la pensée et à l'affection qui excitent les fibres motrices ; et comme elles agissent intimement, elles ne sont pas perceptibles aux sens du corps. Il est connu que rien n'est mis en action dans le corps ou par le corps que d'après la volonté par la pensée, et comme l'une et l'autre agissent, il s'ensuit que toutes et chacune des choses de la volonté et de la pensée sont forcément présentes dans l'action. Elles ne peuvent être séparées ; par conséquent, c'est d'après les faits ou les œuvres qu'on juge de la pensée de la volonté de l'omme, qu'on nomme intention. Il m'a été donné de voir que les anges, d'après un seul fait ou une seule œuvre de l'homme, perçoivent et voient le tout de la volonté et de la Pensée de celui qui agit. Les anges du troisième ciel perçoivent et voient d'après la volonté, la fin pour laquelle on agit, et les anges du second ciel la cause pour laquelle la fin agit. C'est de là que, dans la Parole, les œuvres et les faits sont tant de fois commandés, et qu'il est dit que l'homme est connu par ses œuvres.

216. Selon la sagesse angélique, la volonté et l'entendement, ou l'affection et la pensée, et aussi la charité et la foi, sont comme des souffles qui passent, ou comme des images qui se perdent dans l'air, s'ils ne se couvrent et ne s'enveloppent des œuvres et des actes, quand cela est possible ; et ils ne demeurent et deviennent partie de sa vie que lorsque l'homme agit et fait les œuvres. Il en est ainsi, parce que le dernier est le complexe, le contenant et la base des antérieurs. Un souffle qui passe et une image qui se perd, c'est la foi séparée des œuvres, et c'est aussi la foi et la charité sans leur pratique, avec la seule différence que ceux qui admettent la foi et la charité savent en quoi consistent les biens et peuvent vouloir les faire, mais non ceux qui sont dans la foi séparée de la charité.

Les degrés de hauteur sont dans leur plénitude
et leur puissance dans leur dernier degré.

217. Dans l'article précédent il a été montré que le dernier degré est le complexe et le contenant des degrés antérieurs. Il s'ensuit que les degrés antérieurs sont dans leur plénitude dans le dernier degré, car ils sont dans leur effet, et tout effet est la plénitude des causes.

218. Il a été montré par tout ce qui a été rapporté dans les articles précédents d'après les choses sensibles et perceptibles qui servent de confirmations, que ces degrés ascendants et descendants, appelés antérieurs et postérieurs, et aussi degrés de hauteur et degrés discrets, sont dans leur puissance dans leur dernier. Ici, je veux seulement le confirmer par les efforts, les forces et les mouvements dans les sujets inertes et dans les sujets vivants. On sait que l'effort ne fait rien de lui-même, mais qu'il agit par des forces correspondantes, et que par elles il manifeste le mouvement ; il en résulte que l'effort est le tout dans les forces, et par les forces dans le mouvement. Puisque le mouvement est le dernier degré de l'effort, c'est par lui que l'effort met en action sa puissance. L'effort, la force et le mouvement ont été conjoints selon les degrés de hauteur, dont la conjonction existe non par la continuité, puisqu'ils sont discrets, mais par les correspondances. Car l'effort n'est pas la force, et la force n'est pas le mouvement, mais la force est produite par l'effort, puisque la force est l'effort mis en activité, et le mouvement est produit par la force. Par conséquent il n'y a aucune puissance dans l'effort seul, ni dans la force seule, mais la puissance est dans le mouvement qui en est le produit. Tout cela n'ayant pas été illustré par des applications aux choses sensibles et perceptibles de la nature, il peut sembler douteux qu'il en soit ainsi, néanmoins telle est leur progression à la puissance.

219. Une application en sera donc faite à l'effort vif, à la force vive et au mouvement vif. L'effort vif dans l'homme, qui est un sujet vivant est sa volonté unie à son entendement ; les forces vives dans l'homme sont les parties intérieures de son corps, dans toutes ces parties il y a les fibres motrices entrelacées de diverses manières ; et le mouvement vif dans l'homme est l'action, qui est produite par ces forces d'après la volonté unie à l'entendement. Car les intérieurs qui appartiennent à la volonté et à l'entendement font le premier degré, les intérieurs qui appartiennent au corps font le second, et tout le corps qui en est le complexe fait le troisième degré. Il est notoire que les intérieurs qui appartiennent au mental ne sont dans aucune puissance sinon par les forces dans le corps, et que les forces ne sont non plus dans aucune puissance sinon par l'action du corps lui-même. Ces trois agissent non par la continuité, mais par le discret ; et agir par le discret, c'est agir par les correspondances. Les intérieurs qui appartiennent au mental correspondent aux intérieurs du corps, et ceux-ci correspondent à ses extérieurs, par lesquels existent les actions ; ainsi les deux antérieurs sont dans la puissance par les extérieurs du corps. Il peut sembler que les efforts et les forces dans l'homme soient dans quelque puissance, bien qu'il n'y ait pas action, comme dans le sommeil et les états de repos ; néanmoins les déterminations des efforts et des forces sont alors dans les organes moteurs généraux du corps, qui sont le cœur et le poumon ; cependant l'action du cœur et du poumon cessant, les forces cessent aussi, et avec les forces les efforts.

220. Dans la Parole les bras et les mains signifient la puissance, et la main droite une puissance supérieure, parce que les puissances du tout, c'est-à-dire du corps, sont déterminées principalement dans les bras et dans les mains. Puisque tels sont le déroulement et le développement des degrés vers la puissance chez l'homme, les anges qui sont chez lui et dans la correspondance de tout ce qui lui appartient, connaissent d'après une seule action faite par les mains, quel est l'homme quant à l'entendement et à la volonté. Ils savent aussi quel est l'homme quant à la charité et à la foi, ainsi quant à la vie interne qui appartient à son mental, et quant à la vie externe qui d'après l'interne est dans le corps. Je me suis souvent demandé comment les anges ont cette connaissance de l'homme rien que par une seule action du corps faite par les mains. Toujours est-il que cela m'a été montré quelquefois par vive expérience, et il m'a été dit que l'imposition des mains, qui se fait dans l'ordination des prêtres et des ministres, vient de là ; et que toucher avec la main signifie communiquer, outre plusieurs autres choses. Il s'ensuit que le tout de la charité et de la foi est dans les œuvres, et que la charité et la foi sans les œuvres s'évanouissent et sont dispersées comme le sont les arcs-enciel par un nuage. C'est pour cela qu'il est si souvent parlé des œuvres dans la Parole, qu'il est dit de faire des œuvres, et que le salut de l'homme en dépend ; de plus celui qui les fait est appelé sage, et celui qui ne les fait pas, insensé. Par les œuvres ici sont entendus les usages que l'on fait, car dans ces usages et selon ces usages est le tout de la charité et de la foi. Il y a une correspondance des œuvres avec les usages parce que cette correspondance est spirituelle, mais elle se fait par les substances et les matières, qui sont les sujets.

221. Deux arcanes seront révélés ici, car ils peuvent être compris par les explications données ci-dessus. Premier arcane : La Parole est dans sa plénitude et dans sa puissance dans le sens de la lettre. En effet, dans la Parole il y a trois sens selon les trois degrés : le sens céleste, le sens spirituel et le sens naturel. Puisque ces sens sont dans la Parole selon les trois degrés de hauteur, et que leur conjonction se fait par les correspondances, le dernier sens ou le naturel, qui est appelé le sens de la lettre, est non seulement le complexe, le contenant et la base des sens intérieurs correspondants, mais de plus il est la Parole dans sa plénitude et dans sa puissance. On en voit la démonstration et la confirmation en plusieurs endroits de la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Ecriture sainte, N°s 27 à 36, 37 à 49, 50 à 61, 62 à 69.

Second arcane : Le Seigneur est venu dans le monde et a pris l'Humain, pour Se mettre en puissance de subjuguer les enfers, et de rétablir toutes choses dans l'ordre, tant dans les cieux que sur la terre. De cet Humain, Il a revêtu Son Humain antérieur. L'Humain dont Il s'est revêtu dans le monde était comme l'humain d'un homme dans le monde, l'un et l'autre sont cependant Divins, et par suite infiniment au-dessus des humains des anges et des hommes. Parce que le Seigneur a pleinement glorifié l'Humain naturel dans ses derniers, Il est ressuscité avec tout le corps, ce qui n'a pas lieu pour l'homme. Ayant pris cet Humain, Il s'est revêtu de la Toute-Puissance Divine, non seulement pour subjuguer les enfers et rétablir les cieux dans l'ordre, mais encore pour tenir les enfers éternellement subjugués et sauver les hommes. Cette puissance est entendue par être assis à la droite du pouvoir et de la puissance de Dieu. Comme le Seigneur en prenant l'humain naturel s'est fait le Divin Vrai dans les derniers, Il est appelé la Parole, et il est dit que la Parole a été faite chair. De plus le Divin Vrai dans les derniers est la Parole quant au sens de la lettre. Il s'est fait le Divin Vrai en accomplissant toutes les choses de la Parole qui Le Concernent dans MoÔse et dans les prophètes. Puisque tout homme n'est homme que par son bien et son vrai, le Seigneur parce qu'Il a pris l'Humain naturel, est le Divin Bien Même et le Divin Vrai Même, ou ce qui est la même chose Il est le Divin Amour Même et la Divine Sagesse Même tant dans les Premiers que dans les Derniers. En conséquence, le Seigneur, depuis son avènement dans le monde, apparait dans les cieux angéliques comme Soleil avec un plus vif éclat et une plus grande splendeur. Voilà un arcane que l'on peut comprendre par la doctrine des degrés. Il sera parlé dans la suite de la Toute-Puissance du Seigneur avant son avènement dans le monde.

Les degrés discrets et les degrés continus sont
dans les très grands et dans les très petits
de toutes les choses créées.

222. Il ne peut être illustré par des exemples pris dans les choses visibles, que les très grands comme les très petits de toutes les choses consistent en degrés discrets et continus, ou en degrés de hauteur et de largeur, parce que les très petits ne se présentent pas devant les yeux et que les très grands qui se présentent ne se montrent pas distingués en degrés. Ce sujet ne peut donc être démontré que par des universaux. Comme les anges sont dans la sagesse d'après les universaux, et par suite dans la connaissance des particuliers, je vais rapporter ce qu'ils en disent.

223. Ils m'ont dit qu'il n'y a pas un très petit, si petit soit-il, qui ne renferme les degrés discrets et les degrés continus. Ainsi en est-il du très petit dans l'animal, dans la plante, dans le minéral, dans l'éther et dans l'air. Puisque l'éther et l'air sont les réceptacles de la chaleur et de la lumière, et que la chaleur et la lumière spirituelles sont les réceptacles de l'amour et de la sagesse, les très petits de la chaleur et de la lumière, de l'amour et de la sagesse renferment aussi ces mêmes degrés. Il en résulte aussi, disent les anges, que le très petit d'une affection, le très petit d'une pensée, et même le très petit d'une idée de la pensée consiste en degrés des deux genres, car sans ces degrés le très petit n'est rien, parce qu'il n'a pas de forme, par conséquent pas de qualité, ni aucun état qui puisse être changé et varié, et de ce fait exister. Les anges confirment ce qui précède par cette vérité, que les infinis dans Dieu Créateur, qui est le Seigneur de toute éternité, sont distinctement un ; et qu'il y a des choses infinies dans Ses infinis, et que dans les infiniment infinis il y a les degrés discrets et les degrés continus qui sont distinctement un en Lui. Comme ils sont en Lui, et que toutes choses ont été créées par Lui, et que les choses qui ont été créées présentent dans une sorte d'image celles qui sont en Lui, il s'ensuit qu'il n'y a pas un très petit fini dans lequel il n'y ait de tels degrés. Ces degrés sont dans les très petits comme dans les très grands, parce que le Divin est le même dans les très grands et dans les très petits. Les infinis sont distinctement un dans Dieu-Homme, on le voit ci-dessus, N°s 17 à 22. Le Divin est le même dans les très grands et dans les très petits, N°s 77 à 82 et aussi N°s 155, 169 et 171.

224. Les degrés discrets et les degrés continus existent dans le très petit de l'amour et de la sagesse, dans le très petit de l'affection et de la pensée, et même dans le très petit de l'idée de la pensée, parce que l'amour et la sagesse sont substance et forme, (voir N°s 40 à 43) ; il en est de même de l'affection et de la pensée. Comme il n'y a pas de forme où ne soient ces degrés, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il s'ensuit qu'il y a de semblables degrés dans ces choses ; car séparer l'amour et la sagesse, puis l'affection et la pensée, de la substance en forme, c'est les annihiler, parce que ces choses ne peuvent exister hors de leurs sujets, car elles sont les états de leurs sujets perçus par l'homme de façon variée, états qui les présentent à la vue.

225. Les très grands dans lesquels sont les degrés discrets et les degrés continus sont, chacun dans tout leur complexe : l'univers, le monde matériel, le monde spirituel ; chaque pays avec ses caractères, civil, moral et spirituel ; le règne animal, le règne végétal et le règne minéral ; les atmosphères de l'un et de l'autre monde prises ensemble, puis leurs chaleurs et leurs lumières. Pareillement les choses moins générales, telles que l'homme, l'animal, l'arbre et l'arbrisseau, la pierre et le métal, chacun dans son complexe. Les formes de ces choses sont semblables en ce qu'elles consistent en degrés des deux genres, parce que le Divin qui les a créées est le même dans les très grands et les très petits, comme il a été démontré ci-dessus, N°s 77 à 82. Les Particuliers et les très particuliers de toutes ces choses sont semblables aux communs et aux très communs, parce qu'ils sont des formes des degrés discrets et des degrés continus.

226. Il y a entre les très grands et les très petits une connexion depuis les premiers jusqu'aux derniers, parce qu'ils sont des formes de degrés de l'un et de l'autre genre, et la ressemblance les conjoint. Néanmoins aucun très petit ne peut être semblable à un autre, en conséquence tousles particuliers sont distincts les uns des autres, il en est de Même des très particuliers. Il n'y a aucun très petit dans quelque forme, ou parmi quelques formes, qui soit le même qu'un autre, parce que dans les très grands il y a de semblables degrés, et que les très grands sont formés de très petits. Puisque de tels degrés sont dans les très grands, et que selon ces degrés il y a des différences perpétuelles depuis le haut jusqu'au bas, et depuis le centre jusqu'à la périphérie, il s'ensuit qu'il n'y a aucun de leurs plus petits ni de leurs très petits, dans lesquels sont de semblables degrés, qui soit le même qu'un autre.

227. C'est encore un point de la sagesse angélique, que la perfection de l'univers créé vient de la ressemblance des communs et des particuliers, ou des très grands et des très petits, quant à ces degrés, car alors l'un regarde l'autre comme son semblable, avec lequel il peut être conjoint pour tout usage, et fixer toute fin dans l'effet.

228. Mais ces propositions peuvent sembler paradoxales, parce qu'elles ne sont pas démontrées par des applications à des choses visibles ; cependant, toujours est-il que les propositions abstraites étant des universaux, sont souvent mieux saisies que les propositions appliquées, car celles-ci sont d'une variété perpétuelle, et la variété obscurcit.

229. Certains maintiennent qu'il y a une substance si simple, qu'elle n'a pas de forme venant de formes plus petites, et que de cette substance résultent par entassement des composés, et enfin des substances appelés matières. Néanmoins de telles substances très simples n'existent pas ; car qu'est-ce qu'une substance sans une forme ? C'est quelque chose dont rien ne peut se dire ; et d'un être dont rien ne petit se dire, il ne peut être composé quelque chose par entassement. On verra dans la suite, lorsqu'il s'agira des formes, qu'il y a des choses innombrables dans les premières substances créées de toutes choses, qui sont très petites et très simples.

Les trois degrés de hauteur sont infinis
et incréés dans le Seigneur,
et ces trois degrés sont finis
et créée dans l'homme.

230. Les trois degrés de hauteur sont infinis et incréés dans le Seigneur, parce qu'Il est l'Amour même et la Sagesse Même, comme il a été précédemment démontré. Puisque le Seigneur est l'Amour Même et la Sagesse Même, Il est aussi l'Usage Même ; car l'amour a pour fin l'usage, qu'il produit par la sagesse. En effet, sans l'usage, l'amour et la sagesse n'ont pas de but ou de fin, c'est-à-dire n'ont pas de demeure ; par conséquent on ne peut dire qu'ils ont l'être et la forme, à moins qu'il n'y ait l'usage dans lequel ils soient et existent. Ces trois constituent les trois degrés de hauteur dans les sujets de la vie. Ils sont comme la fin première, la fin moyenne qui est appelée cause, et la fin dernière qui est appelée effet. Il a été montré ci-dessus, et confirmé plusieurs fois que la fin, la cause et l'effet constituent les trois degrés de hauteur.

231. Ces trois degrés sont dans l'homme, on peut le voir d'après l'élévation de son mental jusqu'aux degrés de l'amour et de la sagesse dans lesquels sont les anges du second et du troisième ciel, car tous les anges sont nés hommes ; et l'homme quant aux intérieurs qui appartiennent à son mental est le ciel dans la forme la plus petite. Il y a donc chez l'homme par création autant de degrés de hauteur qu'il y a de cieux. De plus l'homme est l'image et la ressemblance de Dieu, par conséquent ces trois degrés ont été gravés chez lui, parce qu'ils sont en Dieu-Homme, C'est-à-dire dans le Seigneur. On peut voir d'après ce qui a été démontré dans la première partie que ces trois degrés dans le Seigneur sont infinis et incréés, et qu'ils sont finis et créés dans l'homme. Il y est dit par exemple, que le Seigneur est l'Amour en Soi et la Sagesse en Soi ; que l'homme est le réceptacle de l'Amour et de la Sagesse procédant du Seigneur ; aussi, que tout ce qui se rapporte au Seigneur est infini, et que tout ce qui se rapporte à l'homme est fini.

232. Ces trois degrés chez les anges sont nommés Céleste, spirituel et naturel. Pour eux le degré céleste est celui de l'amour, le degré spirituel est celui de la sagesse, et le degré naturel est celui des usages. Ces degrés sont ainsi nommés, parce que les cieux ont été distingués en deux royaumes : Le royaume céleste et le royaume spirituel, auxquels est adjoint un troisième royaume, nommé royaume naturel ou sont les hommes dans le monde. Les anges du royaume céleste sont dans l'amour, ceux du royaume spirituel sont dans la sagesse, pendant que les hommes dans le monde sont dans les usages ; c'est pour cela que ces royaumes sont conjoints. Dans la partie suivante, il sera dit comment il faut entendre que les hommes sont dans les usages.

233. Il m'a été dit du ciel que dans le Seigneur de toute éternité, qui est Jéhovah, avant qu'il e°t pris l'Humain dans le monde, il y avait les deux degrés antérieurs en actualité, et le troisième degré en puissance, tels qu'ils sont aussi chez les anges, mais qu'après avoir pris l'Humain dans le monde, Il s'est revêtu aussi du troisième degré, qui est appelé naturel, et qu'ainsi Il est devenu Homme semblable à un homme dans le monde, avec cette différence cependant, que ce degré, comme les degrés antérieurs, est infini et incréé, tandis que ces degrés dans l'ange et dans l'homme sont finis et créés. En effet, le Divin qui avait rempli tous les espaces sans espace, N°s 69 à 72, a pénétré jusqu'aux derniers de la nature ; mais avant qu'il e°t pris l'Humain, l'influx Divin dans le degré naturel se faisait médiatement par les cieux angéliques, tandis qu'après avoir pris l'Humain, cet influx fut immédiat venant de Lui. Pour cette raison toutes les églises dans le monde avant Son avènement avaient été représentatives des spirituels et des célestes, mais après Son avènement elles sont devenues naturelles-spirituelles et naturelles-célestes, et le culte représentatif a été aboli. Pour cette même raison le Soleil du Ciel angélique, qui est, comme il a déjà été dit, le premier procédant de Son Divin Amour et de Sa Divine Sagesse, a brillé d'un plus vif éclat et d'une plus grande splendeur depuis qu'il a pris l'Humain. C'est aussi ce qui est entendu par ces paroles dans EsaÔe : Ence jour-là, la lumière de la lune sera comme la lumière du soleil, et la lumière du soleil sera sept fois plus grande, comme la lumière de sept jours. Es. XXX, 26. - Ces paroles ont été dites de l'état du ciel et de l'église après l'avènement du Seigneur dans le monde ; et dans l'Apocalypse : La face du Fils de L'homme était comme le soleil lorsqu'il brille dans sa force. - Ap. I, 16 ; - et ailleurs, par exemple, EsaÔe LX. 20. II Samuel XXIII, 3, 4. Matthieu XVII, 1, 2 - L'illustration médiate des hommes par le ciel angélique, illustration qui existait avant l'avènement du Seigneur, peut être comparée à la lumière de la lune, qui est la lumière réfléchie du soleil, et comme après l'avènement du Seigneur l'illustration est devenue immédiate, il est dit dans EsaÔe, que la lumière de la lune sera comme la lumière du soleil ; et dans David : En ses jours le juste fleurira et la paix sera grande jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de lutte. - Ps. LXXII, 7. - Cela aussi a été dit du Seigneur

234. Le Seigneur de toute éternité, ou Jéhovah, s'est revêtu de ce troisième degré en prenant l'Humain dans le monde, parce qu'il n'a pu entrer dans ce degré que par une nature semblable à la nature humaine, ainsi Il n'a pu y entrer, qu'en étant conçu de son Divin, et en naissant d'une vierge ; car de cette façon il a pu se dépouiller d'une nature qui, bien que réceptacle du Divin, est en elle-même morte, et revêtir le Divin. Cela est entendu par les deux états du Seigneur dans le monde, appelés état d'exinanition ou d'humiliation et état de glorification, dont il a été traité dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur.

235. Ce qui concerne la triple ascension des degrés de hauteur a été décrit en général, mais il ne peut rien en être dit ici en particulier, parce que ces degrés sont dans les très grands et dans les très petits, ainsi qu'il a été montré dans l'article précédent. Cependant on peut dire qu'il y a de tels degrés dans toutes et dans chacune des choses de l'amour, et par conséquent dans toutes et dans chacune des choses de la sagesse, et d'après ceux-ci dans toutes et dans chacune des choses des usages. Tous ces degrés sont infinis dans le Seigneur, tandis qu'ils sont finis dans l'ange et dans l'homme. Mais il ne peut être décrit et développé qu'en série comment ces degrés sont dans l'amour, dans la sagesse et et dans l'usage.

Ces trois degrés de hauteur sont dans chaque
homme dès la naissance et peuvent être ouverts
successivement et selon qu'ils sont ouverts,
l'homme est dans le Seigneur, et le Seigneur
est dans l'homme.

236. On a ignoré jusqu'à présent que les trois degrés de hauteur sont dans chaque homme, parce que ces degrés n'étaient pas connus, et que, tant que ces degrés sont cachés, on ne peut admettre d'autres degrés que les degrés continus. Or, quand on ne connaît que les degrés continus, on peut penser que l'amour et la sagesse chez l'homme ne se développent que par le continu. Mais on doit savoir que chez l'homme dès la naissance, il y a les trois degrés de hauteur ou degrés discrets, l'un au-dessus ou au dedans de l'autre ; et que chaque degré de hauteur ou discret a aussi des degrés de largeur ou continus, selon lesquels il croît par la continuité ; car les degrés des deux genres sont dans les très grands et dans les très petits de toutes choses, comme il a été montré ci-dessus, N°s 222 à 229. En effet, il ne peut y avoir des degrés d'un genre sans les degrés de l'autre genre.

237. Ces trois degrés de hauteur sont nommés naturel, spirituel et céleste, comme il a été dit au N° 232. A sa naissance, l'homme vient d'abord dans le degré naturel, et ce degré croit chez lui par la continuité selon les connaissances, et selon l'entendement acquis par elles, jusqu'au plus haut point de l'entendement qui est appelé le rationnel. Néanmoins le second degré qui est appelé le spirituel n'est pas ouvert par ce moyen. Il est ouvert par un amour des usages d'après les connaissances de l'entendement, mais cet amour est un amour spirituel des usages, qui est l'amour à l'égard du prochain. Ce degré peut pareillement croître par la continuité jusqu'à son plus haut point, et il le fait par les connaissances du vrai et du bien, ou par les vérités spirituelles. Toutefois le troisième degré qui est appelé céleste, n'est pas ouvert par ces vérités, mais il est ouvert par l'amour céleste de l'usage, qui est l'amour envers le Seigneur. L'amour envers le Seigneur n'est autre chose que l'application à la vie des préceptes de la Parole, qui, en somme, consistent à fuir les maux parce qu'ils sont infernaux et diaboliques, et à faire le bien qui est céleste et Divin. Ces trois degrés sont ainsi successivement ouverts chez l'homme.

238. Tant que l'homme vit dans le monde, il ne sait rien de l'ouverture de ces degrés chez lui, parce qu'alors il est dans le degré naturel, qui est le dernier, et qu'il pense, veut, parle et agit d'après ce degré. Or, le degré spirituel, qui est intérieur, communique avec le degré naturel non par la continuité mais par les correspondances, et la communication par les correspondances n'est pas sentie. Néanmoins quand l'homme dépouille le degré naturel, ce qui arrive lorsqu'il meurt, il vient alors dans ce degré qui chez lui a été ouvert dans le monde, c'est-à-dire dans le degré spirituel ou le degré céleste. Alors il pense, veut, parle et agit non plus naturellement, mais il le fait, chacun selon son degré. Comme la communication des trois degrés entre eux n'existe que par les correspondances, c'est pour cela que l'amour, la sagesse et l'usage appartenant à chaque degré diffèrent à tel point, qu'ils n'ont entre eux rien de commun par la continuité. D'après ces explications il est évident que l'homme a chez lui les trois degrés de hauteur qui peuvent être ouverts successivement.

239. Puisqu'il y a chez l'homme trois degrés de l'amour trois degrés de la sagesse et par suite trois degrés de l'usage, il s'ensuit qu'il y a chez lui trois degrés de la volonté, trois degrés de l'entendement, et par suite trois degrés de conclusion, c'est à dire trois degrés de détermination à l'usage. Car la volonté est le réceptacle de l'amour, l'entendement celui de la sagesse, et la conclusion appartient à l'usage qui provient de l'amour et de la sagesse. Il est donc évident que chaque homme possède une volonté et un entendement naturels, une volonté et un entendement spirituels, une volonté et un entendement célestes, en puissance dès la naissance, et en acte lorsqu'ils sont ouverts. En un mot, le mental de l'homme qui se compose de la volonté et de l'entendement, est constitué des trois degrés d'après la création, donc d'après la naissance, de sorte que l'homme possède un mental naturel, un mental spirituel et un mental céleste, et ainsi peut être élevé dans la sagesse angélique et la posséder pendant qu'il vit dans le monde. Cependant il n'entre dans cette sagesse qu'après la mort, s'il devient ange, alors son langage est ineffable et incompréhensible pour l'homme naturel. J'ai rencontré dans le ciel un homme d'une érudition moyenne, que j'avais connu dans le monde. J'ai clairement perçu qu'il parlait comme un ange, et disait des choses incompréhensibles pour l'homme naturel. Il avait été élevé par le Seigneur dans le troisième degré de l'amour et de la sagesse, parce que dans le monde il avait appliqué à la vie les préceptes de la Parole et adoré le Seigneur. Il est important que cette élévation du mental humain soit connue, car la compréhension de ce qui suit en dépend.

240. Le Seigneur a mis dans l'homme deux facultés qui le distinguent des bêtes. L'une lui permet de comprendre ce qui est vrai et ce qui est bien, elle est appelée rationalité,et c'est la faculté de l'entendement ; l'autre lui permet de faire le vrai et le bien, elle est appelée liberté, et c'est la faculté de la volonté. En effet, l'homme peut d'après sa rationalité penser ce qu'il lui plaît, tant en faveur de Dieu que contre Dieu, et tant en faveur du prochain que contre le prochain ; il peut aussi vouloir et faire ce qu'il pense, et peut d'après la liberté s'abstenir de faire le mal lorsqu'il le voit et qu'il craint la punition. D'après ces deux facultés l'homme est homme, et il est distingué des bêtes. Ces deux facultés chez l'homme procèdent du Seigneur, et en procèdent continuellement ; elles ne peuvent lui être ôtées, car si elles l'étaient son humain périrait. Dans ces deux facultés le Seigneur est chez l'homme, tant chez le bon que le mauvais. Elles sont la demeure du Seigneur dans le genre humain et font que l'homme, bon ou méchant, vit éternellement. Mais la demeure du Seigneur chez l'homme est plus proche, dans la mesure où l'homme, au moyen de ces facultés, ouvre les degrés supérieurs, car par leur ouverture il vient dans les degrés supérieurs de l'amour et de la sagesse, ainsi plus près du Seigneur. D'après ces explications on peut voir que dans la mesure où ces degrés sont ouverts l'homme est dans le Seigneur, et le Seigneur est dans l'homme.

241. Il a été dit ci-dessus que les trois degrés de hauteur, sont comme la fin, la cause et l'effet, et que l'amour, la sagesse et l'usage se suivent en accord avec ces degrés. C'est pourquoi, ici, en peu de mots il sera dit de l'amour, qu'il est la fin ; de la sagesse, qu'elle est la cause ; et de l'usage, qu'il est l'effet. Toute personne éclairée peut voir que l'amour de l'homme est la fin de toutes les choses qui sont en lui, car ce qu'il aime il le pense, le décide et le fait, par conséquent il l'a pour fin. Toute personne éclairée peut aussi voir que la sagesse est la cause, car l'homme, c'est-à-dire, son amour qui est la fin, cherche dans l'entendement les moyens par lesquels il peut parvenir à sa fin, ainsi il consulte sa sagesse, et ces moyens font la cause par laquelle il y parvient. On voit clairement sans explication que l'usage est l'effet. Mais l'amour n'est pas semblable chez tous les hommes, pareillement la sagesse, et par conséquent l'usage. Comme ces trois sont homogènes, ainsi qu'il a été montré ci-dessus, N°s 189 à 194, il s'ensuit que tel est l'amour chez l'homme, telle est la sagesse et tel est l'usage. Il est dit la sagesse, mais il est entendu ce qui appartient à son entendement.

La lumière spirituelle influe par les trois degrés
chez l'homme, mais la chaleur spirituelle
n'influe qu'autant que l'homme fuit les
maux comme péchés, et se tourne vers le Seigneur.

242. D'après ce qui a été démontré ci-dessus, on voit que du Soleil du ciel, qui est le premier procédant du Divin Amour et de la Divine Sagesse, dont il a été traité dans la Seconde Partie, procèdent la lumière et la chaleur ; de la Sagesse, la lumière ; de l'amour, la chaleur ; que la lumière est le réceptacle de la sagesse, et la chaleur le réceptacle de l'amour, on voit aussi que dans la mesure où l'homme vient dans la sagesse, il vient dans la Divine Lumière, et que dans la mesure où il vient dans l'amour, il vient dans cette Divine Chaleur. D'après ce qui a été démontré ci-dessus, on voit encore qu'il y a trois degrés de la lumière et trois degrés de la chaleur, ou trois degrés de la sagesse et trois degrés de l'amour et que ces degrés ont été formés chez l'homme, afin que l'homme f°t le réceptacle du Divin Amour et de la Divine Sagesse, ainsi le réceptacle du Seigneur. Il faut maintenant démontrer que la lumière spirituelle influe par ces trois degrés chez l'homme, mais non la chaleur spirituelle, si ce n'est en tant que l'homme fuit les maux comme Péchés, et se tourne vers le Seigneur ; ou, ce qui est la même chose, que l'homme peut recevoir la sagesse jusqu'au troisième degré, mais non l'amour, à moins qu'il ne fuie les maux comme péchés, et ne se tourne vers le Seigneur ; ou, ce qui est encore la même chose, que l'entendement de l'homme peut être élevé dans la sagesse, mais non sa volonté, si ce n'est en tant qu'il fuit les maux comme péchés.

243. D'après l'expérience dans le monde spirituel, il m'est apparu de façon bien évidente que l'entendement peut être élevé dans la lumière du ciel, ou dans la sagesse angélique, et que la volonté ne peut être élevée dans la chaleur du ciel ou dans l'amour angélique si l'homme ne fuit pas les maux comme péchés et ne se tourne pas vers le Seigneur. J'ai plusieurs fois vu et perçu que les esprits simples qui ont seulement su qu'il y a un Dieu, et que le Seigneur est né homme, et qui ne savaient rien de plus, ont pleinement compris les arcanes de la sagesse angélique, presque comme les anges ; et non seulement eux, mais aussi de nombreux esprits diaboliques. Toutefois ils comprenaient quand ils entendaient prononcer ces arcanes, parce que la lumière entrait par le haut, mais ils ne comprenaient pas quand ils pensaient d'après eux-mêmes, car alors il ne pouvait entrer d'autre lumière que celle qui correspondait à leur chaleur ou à leur amour. C'est pourquoi aussi, après avoir entendu prononcer ces arcanes et les avoir perçus, ils n'en retenaient rien aussitôt qu'ils ne les écoutaient plus. Bien plus, les esprits diaboliques les rejetaient alors et les niaient entièrement, parce que le feu de leur amour et sa lumière, qui étaient illusoires, introduisaient des ténèbres, par lesquelles était éteinte la lumière céleste qui entrait par le haut.

244. La même chose arrive dans le monde. L'homme doué d'un peu de raison, et qui ne s'est pas confirmé dans les faux par l'orgueil de la propre intelligence, s'il est dans quelque affection de savoir, comprend quand il entend parler de sujets élevés ou quand il lit de tels sujets, il les retient même et peut ensuite les confirmer. Le méchant le peut, aussi bien que le bon. De plus, quoique le méchant nie de cœur les vérités divines qui appartiennent à l'église, il peut néanmoins les comprendre, en parler et les prêcher, et même les confirmer dans de savants écrits ; mais livré à ses propres idées, il pense contre elles d'après son amour infernal, et il les nie. Il est donc évident que l'entendement peut être dans la lumière spirituelle bien que la volonté ne soit pas dans la chaleur spirituelle. Il en résulte que l'entendement ne conduit pas la volonté ou que la sagesse ne produit pas l'amour, mais qu'elle enseigne seulement comment l'homme doit vivre et montre le chemin qu'il doit suivre. Il en résulte encore que la volonté conduit l'entendement, et le fait agir d'un commun accord avec elle ; et que l'amour qui appartient à la volonté appelle sagesse, ce qui dans l'entendement concorde avec lui. Dans la suite on verra que la volonté ne peut agir seule, mais qu'elle fait tout en conjonction avec l'entendement ; et que la volonté, par l'influx, s'associe l'entendement, et non inversement.

245. Maintenant il sera parlé de l'influx de la lumière dans les trois degrés de la vie qui appartiennent au mental de l'homme. Les formes qui sont les réceptacles de la chaleur et de la lumière ou de l'amour et de la sagesse chez lui, et qui sont comme il a été dit, dans un ordre triple ou des trois degrés, sont transparentes dès la naissance, et transmettent la lumière spirituelle comme le cristal transmet la lumière naturelle ; en conséquence, l'homme peut quant à la sagesse, être élevé jusque dans le troisième degré. Toutefois ces formes ne sont ouvertes qu'au moment où la chaleur spirituelle se conjoint à la lumière spirituelle, ou l'amour à la sagesse. Par cette conjonction ces formes transparentes sont ouvertes selon les degrés. Il en est de même de la lumière et de la chaleur du soleil du monde naturel dans leur action sur les végétaux. La lumière d'hiver, qui est aussi éclatante que celle de l'été, n'ouvre rien dans la semence ou dans l'arbre, mais elle fait éclore la végétation lorsque la chaleur du printemps se conjoint à la lumière. Il y a similarité parce que la lumière spirituelle correspond à la lumière naturelle, et la chaleur spirituelle à la chaleur naturelle.

246. Cette chaleur spirituelle n'est acquise qu'en fuyant les maux comme péchés et en se tournant vers le Seigneur, car tant que l'homme est dans les maux, il est aussi dans l'amour de ces maux, puisqu'il les convoite ; et l'amour du mal et la convoitise sont dans l'amour opposé à l'amour et à l'affection spirituels. Or cet amour ou cette convoitise ne peut être éloigné qu'en fuyant les maux comme péchés, et l'homme pour cela doit se tourner vers le Seigneur, parce qu'il ne peut les fuir par lui-même, mais les fuit d'après le Seigneur. Quand il les fuit d'après le Seigneur, l'amour du mal et sa chaleur sont éloignés, et à leur place sont introduits l'amour du bien et sa chaleur, par laquelle le degré supérieur est ouvert. En effet, le Seigneur influant par le haut ouvre ce degré, et alors Il conjoint l'amour ou la chaleur spirituelle à la sagesse ou à la lumière spirituelle, et par cette conjonction l'homme commence à fleurir spirituellement comme l'arbre à la saison du printemps.

247. Par l'influx de la lumière spirituelle dans les trois degrés du mental, l'homme est distingué des bêtes, et peut, de plus que les bêtes, penser analytiquement, voir les vrais, non seulement les naturels, mais aussi les spirituels ; et lorsqu'il les voit, il peut les reconnaitre et ainsi être réformé et régénéré. La faculté de recevoir la lumière spirituelle est celle qu'il faut entendre par la rationalité, dont il a été parlé ci-dessus ; chaque homme la reçoit du Seigneur, et elle ne lui est point ôtée, car si elle l'était, il ne pourrait être réformé. Par cette rationalité l'homme peut non seulement penser, mais parler d'après la pensée, différant en cela des bêtes. Ensuite d'après son autre faculté, nommée liberté, dont il a aussi été parlé ci-dessus, il peut faire ce qu'il pense d'après l'entendement. Comme il a été traité au N°s 240 de ces deux facultés, la rationalité et la liberté qui sont propres à l'homme, il n'en sera pas parlé davantage ici.

L'homme devient naturel et sensuel, si chez lui
le degré supérieur, qui est le spirituel,
n'est pas ouvert

248. Il a été montré ci-dessus qu'il y a trois degrés du mental humain, qui sont nommés naturel, spirituel et céleste, et que ces degrés chez l'homme peuvent successivement s'ouvrir. Puis il a été montré que le degré naturel est d'abord ouvert, et ensuite le degré spirituel, si l'homme fuit les maux comme péchés et se tourne vers le Seigneur, et enfin le degré céleste. Comme ces degrés sont ouverts successivement selon la vie de l'homme, il s'ensuit que les deux degrés supérieurs peuvent aussi ne pas être ouverts, et qu'alors l'homme reste dans le degré naturel qui est le dernier. On sait aussi dans le monde qu'il y a l'homme naturel et l'homme spirituel, ou l'homme externe et l'homme interne, mais on ne sait pas que l'homme naturel devient spirituel par l'ouverture d'un degré supérieur chez lui, et que l'ouverture se fait par la vie spirituelle, qui est la vie selon les préceptes divins, et que sans la vie selon ces préceptes l'homme reste naturel.

249. Il y a trois espèces d'hommes natutels ; la première espèce se compose de ceux qui ne savent rien des préceptes Divins ; la seconde, de ceux qui savent qu'il y a des préceptes Divins, mais qui ne vivent pas selon ces préceptes ; et la troisième, de ceux qui les méprisent et les nient Ceux de la première espèce, qui ne savent rien des préceptes Divins, ne peuvent que rester naturels, parce qu'ils ne peuvent s'instruire eux-mêmes. Tout homme est instruit sur les préceptes Divins par d'autres qui les connaissent d'après la religion, et il n'est point instruit par des révélations immédiates ; voir sur ce sujet les N°s 114 à 118 dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Ecriture sainte. Ceux de la seconde espèce qui savent qu'il y a des préceptes Divins, mais qui ne vivent pas selon ces préceptes, restent naturels aussi, et ne s'occupent que de ce qui concerne le monde et le corps. Après la mort ils viennent dans un état de domesticité et de servitude, selon les usages qu'ils peuvent remplir auprès de ceux qui sont spirituels, car l'homme naturel est domestique et serviteur, et l'homme spirituel est maître et seigneur. Ceux de la troisième espèce qui méprisent et nient les préceptes Divins, restent non seulement naturels, mais deviennent même sensuels selon le mépris et le reniement. Les hommes sensuels sont les hommes naturels les plus bas, qui ne peuvent penser au-dessus des apparences et des illusions des sens du corps ; après la mort ils sont dans l'enfer.

250. Comme dans le monde on ignore la différence qui existe entre l'homme spirituel et l'homme naturel, et qu'on appelle souvent spirituel celui qui est entièrement naturel et vice versa, il faut par conséquent décrire d'une manière distincte : 1° l'homme naturel et l'homme spirituel ; 2° l'homme naturel chez qui le degré spirituel a été ouvert ; 3° l'homme naturel chez qui le degré spirituel n'a pas été ouvert, et cependant n'est pas fermé ; 4° l'homme naturel chez qui le degré spirituel est entièrement fermé ; 5° enfin la différence qu'il y a entre la vie de l'homme absolument naturel et la vie de la bête.

251. I. Quel est l'homme naturel et quel est l'homme spirituel. L'homme est homme d'après l'entendement et la volonté, et non d'après la face et le corps ; c'est pourquoi par l'homme naturel et par l'homme rituel, il est entendu que l'entendement et la volonté de l'homme sont ou naturels ou spirituels. L'homme naturel quant à son entendement et à sa volonté est comme le monde naturel, et peut aussi être appelé monde ou microcosme ; étant le monde naturel dans une sorte d'image, il aime les choses qui sont du monde naturel. L'homme spirituel quant à son entendement et sa volonté est comme le monde spirituel, et peut aussi être appelé monde spirituel ou ciel ; étant le monde spirituel dans une sorte d'image, il aime les choses qui sont du monde spirituel ou du ciel. L'homme spirituel, il est vrai, aime aussi le monde naturel, mais comme un maître aime son serviteur par qui il remplit des usages. Selon les usages aussi l'homme naturel devient comme spirituel, ce qui arrive quand l'homme naturel sent le plaisir de l'usage d'après le spirituel ; cet homme naturel peut être appelé naturel-spirituel. L'homme spirituel aime les vrais spirituels, il aime non seulement les savoir et les comprendre, mais encore il les veut ; tandis que l'homme naturel aime à parier de ces vrais, et aussi à les faire. Faire les vrais, c'est remplir les usages. Cette subordination vient de la conjonction du monde spirituel et du monde naturel, car tout ce qui apparaît et se fait dans le monde naturel tire sa cause du monde spirituel. D'après ces explications, on peut voir que l'homme spirituel est absolument distinct de l'homme naturel, et qu'ils n'ont entre eux d'autre communication que celle qui existe entre la cause et l'effet.

252. II. Quel est l'homme naturel chez qui le degré spirituel a été ouvert. On le voit clairement d'après ce qui vient d'être dit ; il faut ajouter que l'homme naturel est un homme complet lorsque chez lui le degré spirituel est ouvert, car alors il est consocié aux anges dans le ciel, et en même temps aux hommes dans le monde, et par ces consociations il vit sous les auspices du Seigneur. En effet, l'homme spirituel puise les commandements du Seigneur dans la Parole, et les exécute par l'homme naturel. L'homme naturel dont le degré spirituel est ouvert ne sait pas qu'il pense et agit d'après son homme spirituel, car il lui semble penser et agir d'après lui-même, lorsque cependant il ne le fait pas d'après lui-même, mais le fait d'après le Seigneur. L'homme naturel chez qui le degré spirituel a été ouvert ne sait pas non plus que par son homme spirituel il est dans le ciel, lorsque cependant son homme spirituel est au milieu des anges du ciel ; parfois il est même vu par les anges, mais pour peu de temps, parce qu'il se retire vers son homme naturel. L'homme naturel dont le degré spirituel a été ouvert ne sait pas non plus que son mental spirituel se remplit de milliers d'arcanes de la sagesse, et de milliers de plaisirs de l'amour, procédant du Seigneur, et qu'après la mort il vient dans ces arcanes et dans ces plaisirs quand il devient ange. L'homme naturel ne sait pas cela parce que la communication entre l'homme naturel et l'homme spirituel se fait par les correspondances, et que la communication par les correspondances est perçue dans l'entendement lorsque les vrais sont vus dans la lumière, et elle est perçue dans la volonté lorsque les usages sont remplis d'après l'affection.

253. III.Quel est l'homme naturel chez qui le degré spirituel n'est pas ouvert, et néanmoins n'est pas fermé. Le degré spirituel n'est pas ouvert, et néanmoins n'est pas fermé chez ceux qui ont mené une sorte de vie de la charité sans cependant avoir su grand chose du vrai réel. Il en est ainsi, parce que ce degré est ouvert par la conjonction de l'amour et de la sagesse, ou de la chaleur avec la lumière ; l'amour seul ou la chaleur spirituelle seule ne l'ouvre pas, ni la sagesse seule ou la lumière spirituelle seule ; mais l'un et l'autre en conjonction l'ouvrent. En conséquence, si les vrais réels, dont provient la sagesse ou la lumière ne sont pas connus, l'amour ne peut ouvrir ce degré, mais le tient seulement dans la possibilité d'être ouvert ; ce qui est entendu par ´ n'a pas été fermé ª. Il en est de même dans le règne végétal ; la chaleur seule ne donne pas la végétation aux semences et aux arbres, mais la chaleur en conjonction avec la lumière la produit. Il faut savoir que tous les vrais appartiennent à la lumière spirituelle, et tous les biens à la chaleur spirituelle ; et que le bien ouvre par les vrais le degré spirituel, car le bien opère l'usage par les vrais ; et les usages sont les biens de l'amour qui tirent leur essence de la conjonction du bien et du vrai. Comme ils sont toujours naturels et non spirituels, après la mort ceux dont le degré spirituel n'a pas été ouvert, et néanmoins n'a pas été fermé sont dans les infimes du ciel où parfois ils traversent de durs moments ; ou bien ils sont sur les limites d'un des cieux supérieurs, où la lumière pour eux est comme celle du soir. Car, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, dans le ciel et dans chaque société du ciel, la lumière décroît depuis le milieu jusqu'à la périphérie ; et au milieu sont ceux qui sont dans les Divins vrais plus que les autres, et à la périphérie ceux qui sont dans peu de vrais. Ces derniers sont ceux qui d'après la religion, savent seulement qu'il y a un Dieu, que le Seigneur a souffert pour eux, et que la charité et la foi sont les essentiels de l'église, et qui ne se soucient pas de savoir en quoi consistent la foi et la charité ; quand cependant la foi est dans son essence la vérité, et la vérité est multiple ; et la charité est toute œuvre de sa fonction que l'homme fait d'après le Seigneur. Il la fait d'après le Seigneur lorsqu'il fuit les maux comme péchés. Il a été dit auparavant que la fin est le tout de la cause, et l'effet le tout de la fin par la cause. La fin étant la charité ou le bien, la cause la foi ou le vrai, et l'effet les œuvres ou l'usage, il est donc évident que la charité n'entre dans les œuvres que dans la mesure où elle est conjointe aux vrais qui sont appelés vrais de la foi. Par ces vrais la charité entre dans les œuvres et les qualifie.


254. IV.Quel est l'homme naturel chez qui le degré spirituel est entièrement fermé. Le degré spirituel est fermé chez ceux qui sont dans les maux quant à la vie, et encore plus chez ceux qui, d'après les maux, sont dans les faux. Comme la fibrille d'un nerf se contracte au moindre toucher d'un corps hétérogène ; comme toute fibre motrice d'un muscle, bien plus le muscle lui-même et aussi tout le corps se contractent au toucher d'un objet dur et froid, de même les substances ou les formes du degré spirituel chez l'homme se contractent à l'approche des maux et des faux provenant du mal, parce qu'ils sont hétérogènes. Car le degré spirituel étant dans la forme du ciel n'admet que les biens et les vrais qui proviennent du bien, parce qu'ils lui sont homogènes ; mais les maux et les faux qui appartiennent au mal lui sont hétérogènes. Ce degré se contracte, et par la contraction il est fermé principalement chez ceux qui dans le monde sont dans l'amour de dominer d'après l'amour de soi, parce que cet amour est opposé à l'amour envers le Seigneur. Il est fermé, mais un peu moins, chez ceux qui, d'après l'amour du monde, sont dans la cupidité effrénée de posséder les biens des autres. Ces amours ferment le degré spirituel, parce qu'ils sont les origines des maux. La contraction ou la fermeture de ce degré est comme le retordement d'une spirale en sens opposé ; ainsi ce degré, après qu'il a été fermé repousse la lumière du ciel, ce qui provoque l'obscurité. Par conséquent, la vérité qui est dans la lumière du ciel produit le dégo°t. Chez de telles personnes, non seulement le degré spirituel est fermé, mais aussi la région supérieure du degré naturel, appelée région rationnelle, et seule reste ouverte la région la plus basse du degré naturel, appelée région sensuelle ; car celle-ci est la plus proche du monde et des sens externes du corps d'après lesquels l'homme pense, parle et raisonne. L'homme naturel qui est devenu sensuel par les maux et par les faux du mal, apparaît dans le monde spirituel dans la lumière du ciel, non comme un homme, mais comme un monstre avec le nez en retrait ; il apparaît ainsi parce que le nez correspond à la perception du vrai. Ces personnes ne supportent pas un rayon de la lumière du ciel, et n'ont dans leurs cavernes d'autre lumière que celle qui ressemble à une lueur de charbons embrasés. D'après ces explications on voit clairement qui sont ceux chez qui le degré spirituel est fermé, et quel est leur caractère.

255. V. Quelle différence il y a entre la vie de l'homme naturel et la vie de la bête. Cette différence sera spécialement traitée lorsqu'il s'agira de la vie. Ici il sera seulement dit que cette différence consiste en ce que l'homme possède trois degrés du mental, ou trois degrés de l'entendement et de la volonté ; que ces degrés peuvent être successivement ouverts, et que, comme ils sont transparents, l'homme quant à l'entendement peut être élevé dans la lumière du ciel et voir les vrais, non seulement les vrais civils et moraux, mais même les vrais spirituels, et de ce qu'il voit il peut conclure sur des vrais dans leur ordre, et ainsi perfectionner éternellement l'entendement. Mais les bêtes ne possèdent pas les deux degrés supérieurs, elles n'ont que les degrés naturels, qui, sans les degrés supérieurs, ne donnent aucune faculté de penser sur quoi que ce soit de civil, de moral et de spirituel. Comme leurs degrés naturels ne sont pas susceptibles d'être ouverts, ni par conséquent d'être élevés dans une lumière supérieure, elles ne peuvent penser dans un ordre successif, mais elles le font dans un ordre simultané, ce qui est ne pas penser, mais agir d'après une science qui correspond à leur amour. Comme elles ne peuvent penser analytiquement, ni voir la pensée inférieure par quelque pensée supérieure, elles ne peuvent par conséquent parler, mais elles peuvent produire des sons d'une manière conforme à la science de leur amour. Toujours est-il que l'homme sensuel, qui est au dernier degré du naturel, ne diffère de la bête que par le fait qu'il peut remplir sa mémoire de connaissances, et d'après elles penser et parler. Il peut le faire gr‚ce à la faculté propre à chaque homme, et qui consiste à pouvoir comprendre le vrai, s'il le veut. C'est cette faculté qui le distingue de la bête. Néanmoins, par l'abus de cette faculté certains hommes se rendent inférieurs aux bêtes.

Le degré naturel du mental humain considéré
en lui-même, est continu : mais par la
correspondance avec les deux degrés
supérieurs, lorsqu'il est élevé, il se
montre comme discret

256. Même si cela peut être difficilement saisi par ceux qui n'ont aucune connaissance des degrés de hauteur, il faut cependant le révéler, parce que cela appartient à la sagesse angélique. Bien que l'homme ne puisse penser sur cette sagesse de la même manière que les anges, il peut cependant la saisir par l'entendement, lorsque l'entendement est élevé jusqu'au degré de la lumière dans laquelle sont les anges, car l'entendement peut être élevé jusque là, et être illustré selon l'élévation. Toutefois, l'illustration du mental naturel ne monte pas par les degrés discrets, mais elle accroît par le degré continu ; alors à mesure qu'elle s'accroît, le mental est illustré par l'intérieur d'après la lumière des deux degrés supérieurs. On peut saisir comment cela se fait d'après la perception des degrés de hauteur, en ce que l'un est au-dessus de l'autre, et que le degré naturel, qui est le dernier degré, est comme l'enveloppe commune des deux degrés supérieurs. Alors à mesure que le degré naturel est élevé vers un degré de qualité supérieure, le supérieur agit par l'intérieur dans l'extérieur naturel et l'éclaire. L'illumination, il est vrai, se fait de l'intérieur d'après la lumière des degrés supérieurs ; mais le degré naturel, qui enveloppe et qui entoure, la reçoit par le continu, ainsi plus clairement et plus purement selon l'ascension ; c'est-à-dire que le degré naturel est illustré par l'intérieur, d'après la lumière des degrés supérieurs, d'une manière discrète ou séparée mais en soi d'une manière continue. Il est donc évident que l'homme, étant dans le degré naturel tant qu'il vit dans le monde, ne peut être élevé dans la sagesse même, telle qu'elle est chez les anges, mais peut seulement être élevé dans la lumière supérieure jusqu'aux anges, et recevoir l'illustration par leur lumière, qui influe et éclaire par l'intérieur, mais ces choses ne peuvent encore être décrites plus clairement. Elles peuvent être mieux saisies dans les effets, car les effets présentent en eux-mêmes les causes dans la lumière, et ainsi les illustrent, pourvu qu'auparavant on connaisse un peu les causes.

257. Les effets sont les suivants : 1° Le mental naturel peut être élevé jusqu'à la lumière du ciel dans laquelle sont les anges, et percevoir naturellement, ainsi moins pleinement, ce que les anges perçoivent spirituellement ; néanmoins le mental naturel de l'homme ne peut être élevé dans la lumière angélique même. 2° Par son mental naturel élevé dans la lumière du ciel, l'homme peut penser, et même parler avec les anges ; mais la pensée et le langage des anges influent alors dans la pensée et le langage naturels de l'homme, et non inversement, c'est pourquoi les anges parlent avec l'homme dans une langue naturelle, qui est la langue maternelle de l'homme. 3° Cela se fait par l'influx spirituel dans le naturel, et non par quelque influx naturel dans le spirituel. 4° Tant que l'homme vit dans le monde, la sagesse humaine qui est naturelle, ne peut en aucune manière être élevée dans la sagesse angélique, mais elle peut l'être dans une sorte d'image de cette sagesse. Il en est ainsi, parce que l'élévation du mental naturel se fait par le continu, comme de l'ombre jusqu'à la lumière, ou du plus épais jusqu'au plus pur. Mais toujours est-il que l'homme chez qui le degré spirituel a été ouvert, vient dans cette sagesse quand il meurt ; il peut aussi y venir par l'assoupissement des sensations du corps, et alors par un influx venant du supérieur dans les parties spirituelles de son mental. 5° Le mental naturel de l'homme est composé de substances spirituelles et en même temps de substances naturelles ; la pensée se fait d'après les substances spirituelles et non d'après les substances naturelles ; celles-ci s'écartent quand l'homme meurt, mais non les substances spirituelles. En conséquence, après la mort, quand l'homme devient esprit ou ange, ce même mental reste dans une forme semblable à celle qu'il avait dans le monde. 6° Les substances naturelles de ce mental qui s'écartent par la mort, ainsi qu'il vient d'être dit, constituent l'enveloppe cutanée du corps spirituel qui est celui des esprits et des anges. Leurs corps spirituels subsistent par une telle enveloppe qui a été tirée du monde naturel, car le naturel est le contenant le plus extérieur. Pour cette raison il n'y a pas un seul esprit ni un seul ange qui ne soit né homme. Ces arcanes de la sagesse angélique sont rapportés ici, afin qu'on sache quel est le mental naturel chez l'homme. Il en sera davantage traité dans les articles suivants.

258. Tout homme naît avec la faculté de comprendre les vrais jusqu'au degré intime dans lequel sont les anges du troisième ciel ; car l'entendement humain s'élevant par le continu autour des deux degrés supérieurs reçoit la lumière de la sagesse de ces degrés, de la manière dont il a été parlé ci-dessus, N° 256. Ainsi l'homme peut devenir rationnel selon son élévation ; s'il est élevé au troisième ou au second degré, il devient rationnel du troisième ou du second degré ; et s'il n'est pas élevé, il est rationnel dans le premier degré. Il est dit qu'il devient rationnel de ces degrés, parce que le degré naturel est le commun réceptacle de leur lumière L'homme ne devient pas rationnel jusqu'au plus haut point, comme il peut le devenir, parce que l'amour, qui appartient à la volonté, ne peut pas être élevé de la même manière que la sagesse qui appartient à l'entendement. L'amour qui appartient à la volonté est élevé seulement lorsque l'homme fuit les maux comme péchés, et qu'alors, d'après le Seigneur, il fait les biens de la charité qui sont les usages. Si donc l'amour qui appartient à la volonté n'est pas en même temps élevé, la sagesse qui appartient à l'entendement, bien qu'elle soit montée, retombe jusqu'à son amour. Il en résulte que l'homme est toujours rationnel dans le dernier degré, si son amour n'est pas élevé en même temps dans le degré spirituel. Par ces explications on peut voir que le rationnel de l'homme est en apparence comme formé des trois degrés : rationnel d'après le céleste, rationnel d'après le spirituel, et rationnel d'après le naturel ; et que la rationalité, qui est la faculté de pouvoir être élevé, est toujours chez l'homme, soit qu'il s'élève ou qu'il ne s'élève pas.

259. Il a été dit que tout homme naît dans cette faculté, c'est-à-dire dans la rationalité, mais il est entendu tout homme chez qui les externes n'ont pas été lésés par quelque accident, soit dans l'utérus, soit après la naissance par une maladie, ou par une blessure à la tête, ou par un amour effréné qui éclate. Chez tous ceux-ci le rationnel ne peut être élevé, car chez eux, la vie qui appartient à la volonté et à l'entendement, n'a pas de limites dans lesquelles elle peut se terminer, par conséquent, des limites disposées pour que la vie puisse selon l'ordre opérer les derniers actes, car elle opère en accord avec les dernières déterminations, et non d'après elles. On verra plus bas, au N° 266 (fin), que le rationnel ne peut non plus être élevé chez les petits enfants, ni chez les enfants.

Le mental naturel, étant l'enveloppe et le contenant
des degrés supérieurs du mental humain,
est réagissant, et si les degrés supérieurs
ne sont pas ouverts il agit contre eux,
mais s'ils sont ouverts il agit avec eux.

260. Dans le précédent article il a été montré que le mental naturel, étant dans le dernier degré, enveloppe et renferme le mental spirituel et le mental céleste, qui sont supérieurs quant aux degrés. Il sera maintenant démontré que le mental naturel réagit contre les mentals supérieurs ou intérieurs. Il réagit parce qu'il les enveloppe, les renferme et les contient, et cela ne peut se faire sans réaction, car s'il ne réagissait pas, les intérieurs ou les choses renfermées se relàcheraient et se répandraient de tous côtés. Si les enveloppes entourant le corps humain n'étaient pas en réaction, les viscères qui sont les intérieurs du corps s'échapperaient, et ainsi se répandraient ça et là ; et si la membrane qui enveloppe les fibres motrices d'un muscle ne réagissait pas contre les forces de ces fibres dans leurs actions, non seulement l'action cesserait, mais encore tous les tissus intérieurs s'éparpilleraient. Il en est de même de tout dernier degré des degrés de hauteur, par conséquent du mental naturel respectivement aux degrés supérieurs ; car ainsi qu'il a déjà été dit, il y a trois degrés du mental humain, le naturel, le spirituel et le céleste, et le mental naturel est dans le dernier degré. Si le mental naturel réagit contre le mental spirituel, c'est aussi parce que le mental naturel est composé non seulement de substances du monde spirituel, mais encore de substances du monde naturel, comme il a été dit ci-dessus, N° 257, et que d'après leur nature les substances du monde naturel réagissent contre les substances du monde spirituel, car les substances du monde naturel sont en elles-mêmes mortes. Elles sont mises en action de l'extérieur par les substances du monde spirituel, et les substances qui sont mortes, et qui sont mises en action du dehors résistent et ainsi réagissent d'après leur nature. Il s'ensuit que l'homme naturel réagit contre l'homme spirituel, et qu'il y a combat. C'est la même chose de dire l'homme naturel et l'homme spirituel, ou de dire le mental naturel et le mental spirituel.

261. On peut voir par ces explications que si le mental spirituel est fermé, le mental naturel agit continuellement contre ce qui appartient au mental spirituel, et craint qu'il n'en influe quelque chose qui trouble ses états. Tout ce qui influe par le mental spirituel vient du ciel, car le mental spirituel dans sa forme est un ciel ; et tout ce qui influe dans le mental naturel vient du monde, car le mental naturel dans sa forme est un monde. Il s'ensuit que le mental naturel, lorsque le mental spirituel est fermé, réagit contre toutes les choses du ciel, et ne les admet que dans la mesure où elles lui servent de moyens pour acquérir et posséder les choses qui appartiennent au monde. Quand les choses qui appartiennent au ciel servent de moyens au mental naturel pour ses fins, alors ces moyens, quoiqu'ils paraissent célestes, deviennent néanmoins naturels. En effet, la fin les qualifie, car ils deviennent comme les connaissances de l'homme naturel dans lesquelles intérieurement il n'y a rien de la vie. Mais comme les choses célestes ne peuvent être conjointes aux choses naturelles pour ne former qu'un, elles se séparent donc, et chez les hommes entièrement naturels les choses célestes se placent dans un circuit autour des choses naturelles qui sont en dedans. Il s'ensuit que l'homme entièrement naturel, lorsqu'il est dans une assemblée, peut parler des choses célestes et les prêcher, et même les feindre par ses actes, bien qu'intérieurement il pense le contraire et agisse selon sa pensée quand il est seul. Mais dans la suite, il en sera dit davantage sur ce sujet.

262. Quand il s'aime et aime le monde par dessus toutes choses, le mental naturel ou l'homme naturel, d'après une réaction innée, agit contre les choses qui appartiennent au mental spirituel ou à l'homme spirituel. Il sent alors du plaisir dans les maux de tout genre, tels que les adultères, les fraudes, les blasphèmes, les vengeances, etc... Il reconnaît même que la nature est la créatrice de l'univers, et il confirme toutes choses par son rationnel. Après les confirmations, il pervertit, étouffe, ou repousse les biens et les vrais de l'église et du ciel, et enfin les fuit, les a en aversion, ou les a en haine. Cela, il le fait dans son esprit, et il le fait même dans son corps dans la mesure où il ose parler avec les autres d'après son esprit, sans craindre de perdre sa réputation dont il tire honneur et profit. Quand l'homme est tel, il ferme successivement et de plus en plus étroitement son mental spirituel. Les confirmations du mal par les faux le ferment principalement ; c'est pourquoi le mal et le faux confirmés ne peuvent être extirpés après la mort ; ils le sont seulement dans le monde par la repentance.

263. Mais lorsque le mental spirituel est ouvert, l'état du mental naturel est tout à fait différent. Alors ce dernier est disposé pour obéir au mental spirituel, et lui est subordonné, car le mental spirituel agit d'après le supérieur ou l'intérieur dans le mental naturel, et éloigne les choses qui réagissent, et il s'approprie celles qui agissent en harmonie avec lui, et de cette façon la réaction excessive est graduellement enlevée. Il faut qu'on sache que dans toutes les choses de l'univers, dans les très grandes comme dans les très petites, tant vivantes que mortes, il y a action et réaction, d'où provient leur équilibre ; cet équilibre est détruit quand l'action surpasse la réaction, ou que la réaction surpasse l'action. Il en est de même du mental naturel et du mental spirituel. Quand le mental naturel agit d'après les plaisirs de son amour et les charmes de sa pensée, qui en eux-mêmes sont des maux et des faux, la réaction du mental naturel repousse les choses qui appartiennent au mental spirituel, lui ferment les portes, et fait que l'action s'opère d'après les choses qui concordent avec sa réaction. Il en résulte une action et une réaction du mental naturel, opposées à l'action et à la réaction du mental spirituel, en conséquence le mental spirituel se ferme comme une spirale qui se tord en sens inverse. Au contraire lorsque le mental spirituel est ouvert, l'action et la réaction du mental naturel sont inversées ; car le mental spirituel agit d'après le supérieur ou l'intérieur, et en même temps d'après l'inférieur ou l'extérieur, par les choses qui dans le mental naturel, ont été disposées pour lui obéir, et il retourne la spirale dans laquelle il y a l'action et la réaction du mental naturel. En effet, ce mental naturel, comme on le sait, est par naissance en opposition avec les choses qui appartiennent au mental spirituel ; il tient cela des parents par héritage. Tel est le changement d'état qui est appelé réformation et régénération. L'état du mental naturel avant la réformation peut être comparé à une spirale qui se tord et se tourne vers le bas ; mais après la réformation il peut être comparé à une spirale qui se tord ou se tourne vers le haut. C'est pourquoi l'homme, avant la réformation regarde en bas vers l'enfer, mais après la réformation il regarde en haut vers le ciel.

L'origine du mal vient de l'abus des facultés qui
sont propres à l'homme et qui sont appelées
rationalité et liberté.

264. Par la rationalité est entendue la faculté de comprendre ce qui est vrai, et par suite ce qui est faux, ce qui est bien, et par suite ce qui est mal. Par la liberté est entendue la faculté de penser, de vouloir et d'agir librement. On peut voir d'après ce qui précède, et encore mieux d'après ce qui va suivre, que ces deux facultés sont chez tout homme par création et ainsi par naissance ; qu'elles viennent du Seigneur ; qu'elles ne sont pas enlevées ; que d'après elles il y a l'apparence que l'homme pense, parle, veut et agit comme par lui-même ; que le Seigneur habite dans ces facultés chez tout homme ; que l'homme d'après cette conjonction vit éternellement ; que par ces facultés, et non sans elles, l'homme peut être réformé et régénéré ; et que par elles l'homme est distingué des bêtes.

265. Maintenant il va être montré que l'origine du mal vient de l'abus de ces facultés. I. L'homme méchant jouit de ces deux facultés aussi bien que l'homme bon. II. L'homme méchant en abuse pour confirmer les maux et les faux, et l'homme bon en use pour confirmer les biens et les vrais. III. Les maux et les faux confirmés chez l'homme restent et deviennent les choses de son amour et par conséquent de sa vie. IV. Les choses qui sont devenues des choses de l'amour et de la vie sont transmises aux descendants. V. Tous les maux, et par suite tous les faux tant ceux qui sont transmis par les parents que ceux qui sont ajoutés, résident dans le mental naturel.


266. I. L'homme méchant jouit de ces deux facultés aussi bien que l'homme bon. Dans l'article précédent il a été montré que le mental naturel peut, quant à l'entendement, être élevé jusqu'à la lumière dans laquelle sont les anges du troisième ciel, et voir les vrais, les reconnaitre et ensuite en parler. Puisque le mental naturel peut être ainsi élevé, il est donc évident que l'homme méchant jouit, aussi bien que l'homme bon, de cette faculté qui est appelée rationalité ; et puisque le mental naturel peut être élevé si haut, il s'ensuit que le méchant peut aussi penser aux vrais et en parler. Mais la raison et l'expérience attestent qu'il a la capacité de les vouloir et de les faire, bien qu'il ne les veuille pas et ne les fasse pas. La raison l'atteste : car qui ne peut vouloir et faire ce qu'il pense ? Il ne veut pas et ne fait pas, parce qu'il n'aime pas les vouloir et les faire. La capacité de vouloir et de faire, c'est la liberté qui est donnée par le Seigneur à tout homme. Mais qu'il ne veuille pas et ne fasse pas le bien quand il le peut, cela vient de l'amour du mal qui s'y oppose, auquel cependant il peut résister, et plusieurs y résistent. L'expérience dans le monde spirituel a souvent confirmé ce qui précède : J'ai entendu la conversation de certains esprits méchants, qui intérieurement étaient des diables, et qui dans le monde avaient rejeté les vrais du ciel et de l'église. Ils percevaient les arcanes de la sagesse angélique aussi bien que les esprits bons qui intérieurement étaient des anges, tant que l'affection de savoir, dans laquelle est tout homme dès l'enfance, était excitée chez eux par la gloire qui entoure chaque amour comme une splendeur de feu. Ces esprits diaboliques déclaraient même, qu'ils étaient capables de vouloir et d'agir selon ces arcanes, mais qu'ils ne le désiraient pas. Quand on leur dit qu'ils pourraient vouloir les vrais, pourvu qu'ils fuient les maux comme péchés, ils répondaient qu'ils le pouvaient aussi, mais qu'ils ne le voulaient pas. Cela me fit voir clairement que la faculté qui est appelée liberté est chez les méchants comme chez les bons. Que chacun s'examine, et il découvrira qu'il en est ainsi. L'homme peut vouloir, parce que le Seigneur, de qui vient cette faculté, lui donne continuellement ce pouvoir ; car, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le Seigneur habite chez tout homme dans ces deux facultés, c'est-à-dire dans la capacité d'être en état de vouloir. Quant à ce qui concerne la faculté de comprendre, appelée rationalité, elle n'existe pas chez l'homme avant que son mental naturel ne soit parvenu à maturité. Jusque là elle est comme une semence dans un fruit qui n'est pas m°r, elle ne peut germer dans la terre, ni croître. Cette faculté n'existe pas non plus chez ceux dont il a été parlé ci-dessus, N° 259.

267. II. L'homme méchant abuse de ces facultés pour confirmer les maux et les faux, et l'homme bon en use pour confirmer les biens et les vrais. C'est de la faculté intellectuelle, qui est appelée rationalité, et de la faculté volontaire, qui est appelée liberté, que l'homme détient le pouvoir de confirmer tout ce qu'il désire. En effet, l'homme naturel peut élever son entendement vers une lumière supérieure, aussi haut qu'il le désire, mais celui qui est dans les maux, et par la suite dans les faux, ne l'élève pas au-delà de la région la plus haute de son mental naturel et rarement vers la région du mental spirituel ; et cela, parce qu'il est dans les plaisirs de l'amour de son mental naturel, et que s'il l'élève au-dessus de ce mental, le plaisir de son amour périt. Si l'entendement est élevé plus haut, et voit les vrais opposés aux plaisirs de la vie, ou aux principes de la propre intelligence de l'homme qui est dans les maux et par suite dans les faux, alors celui-ci falsifie ces vrais, ou passe outre et les laisse par mépris, ou il les retient dans sa mémoire pour qu'ils servent de moyens à l'amour de sa vie, ou à l'orgueil de sa propre intelligence. On voit bien clairement que l'homme naturel peut confirmer tout ce qu'il veut, d'après les hérésies qui existent dans le monde chrétien, hérésies dont chacune est confirmée par ses sectateurs. Chacun sait que les maux et les faux de tout genre peuvent être confirmés. On peut confirmer, et les méchants le confirment, qu'il n'y a pas de Dieu que la nature est tout, et qu'elle s'est créée elle-même que la religion est seulement un moyen pour tenir les simples dans des liens ; que la prudence humaine fait tout, et que la Divine Providence ne fait que maintenir l'univers dans l'ordre dans lequel il a été créé ; que les meurtres, les adultères, les vols, les fraudes et les vengeances sont permis d'après une certaine philosophie. L'homme naturel peut confirmer ces propositions et bien d'autres encore ; il peut même remplir des livres avec des confirmations. Quand ces faux ont été confirmés, ils se présentent dans leur lumière fantastique, et les vrais dans une telle ombre, qu'ils apparaissent comme des fantômes dans la nuit. En un mot, ce qu'il y a de plus faux peut être établi en proposition et présenté à un homme ingénieux afin d'être confirmé ; il le fera jusqu'à la complète extinction de la lumière du vrai ; mais il suffit d'écarter les confirmations, et de considérer la proposition elle-même d'après la rationalité, et on verra le faux dans toute sa laideur. Il devient ainsi évident que l'homme peut abuser de ces deux facultés qui lui viennent du Seigneur, pour confirmer les maux et les faux de tout genre. Aucune bête ne peut le faire, parce qu'elle ne jouit pas de ces facultés ; c'est pourquoi, tout au contraire de l'homme, elle nait dans tout l'ordre de sa vie, et dans toute la connaissance de son amour naturel.

268. III. Les maux et les faux confirmés chez l'homme restent et deviennent des choses de son amour et de sa vie. Les confirmations du mal et du faux ne peuvent qu'éloigner le bien et le vrai, et les rejeter si elles s'accroissent, car le mal éloigne et rejette le bien, et le faux éloigne et rejette le vrai. C'est pourquoi les confirmations du mal et du faux ferment le ciel, car tout bien et tout vrai influent du Seigneur par le ciel. Quand le ciel a été fermé, l'homme est dans l'enfer, et il y est dans une société où règnent un semblable mal et un semblable faux ; il ne peut ensuite être délivré de cet enfer. Il m'a été donné de converser avec des esprits qui, il y a des siècles dans le monde, avaient confirmé chez eux les faux de leur religion, et je vis qu'ils restaient dans ces mêmes faux. Il en est ainsi, parce que toutes les choses que l'homme confirme chez lui deviennent des choses de son amour et de sa vie. Elles deviennent des choses de son amour, parce qu'elles deviennent des choses de la volonté et de l'entendement, et que la volonté et l'entendement font la vie de chacun. Quand elles deviennent des choses de la vie de l'homme, elles deviennent des choses non seulement de tout son mental, mais aussi de tout son corps. D'après cela il est évident que l'homme qui s'est confirmé dans les maux et dans les faux est tel depuis la tête jusqu'aux pieds, et quand il est tel tout entier, il ne peut, par aucun retournement ou torsion inverse, être ramené dans l'état opposé, ni par conséquent être retiré de l'enfer. De ces explications et de celles qui précèdent dans ce chapitre, on peut voir d'où vient l'origine du mal.

269. IV. Les choses qui sont devenues des choses de l'amour et par conséquent de la vie sont transmises aux descendants. On sait que l'homme naît dans le mal, et qu'il tient cela par l'héritage de ses parents : Quelques-uns croient que le mal ne vient pas des parents, mais d'Adam par les parents, ceci toutefois est une erreur. L'homme le tient de son père, de qui lui vient l'âme, et l'âme est revêtue du corps chez la mère. En effet, la semence qui vient du père, est le premier réceptacle de la vie, mais un réceptacle tel qu'il était chez le père, car la semence est la forme de l'amour du père, et l'amour de chacun, dans les très grands et dans les très petits, est semblable à lui-même ; et il y a dans la semence un effort vers la forme humaine, qu'elle atteindra par des stages successifs. Il s'ensuit que les maux, qui sont appelés héréditaires, viennent des pères, ainsi que des aïeuls et des aïeux, et ont été successivement transmis aux descendants. L'observation nous fait voir qu'il y a, quant aux affections, ressemblance des races avec leur premier Père, une plus grande ressemblance entre les familles, et une plus grande encore parmi les membres d'un même foyer. Cette ressemblance est telle, que les générations sont distinguées non seulement par les caractères, mais aussi par les faces. Mais dans la suite il sera dit davantage sur cette transmission de l'amour du mal des parents aux descendants, lorsqu'il s'agira de la correspondance du mental, ou de la volonté et de l'entendement, avec le corps et avec les membres et les organes du corps. il faut qu'on sache par le peu qui est rapporté ici, que les maux sont transmis de génération en génération, et qu'ils s'accroissent par les accumulations du mal d'un parent après l'autre, au point que l'homme par naissance n'est que mal, et que la malignité du mal augmente selon le degré auquel le mental spirituel est fermé, car alors le mental naturel aussi est fermé par en haut. Il faut de plus savoir qu'il y a rétablissement chez les descendants, seulement lorsque ceux-ci d'après le Seigneur, fuient les maux comme péchés. Ainsi, et non autrement, est ouvert le mental spirituel, et par cette ouverture le mental naturel est ramené dans la forme correspondante.

270. V. Tous les maux, et par suite tous les faux, tant ceux qui sont transmis par les parents que ceux qui sont ajoutés, résident dans le mental naturel. Les maux et par suite les faux résident dans le mental naturel et non dans le mental spirituel, parce que le mental naturel est dans la forme, ou en image, un monde ; tandis que le mental spirituel est dans la forme, ou en image, un ciel, et parce le mal ne peut habiter dans le ciel. Le mental spirituel, pour cette raison, n'est pas ouvert dès la naissance, mais il a seulement la capacité qui permet son ouverture. De plus le mental naturel tire sa forme en partie des substances du monde naturel, mais le mental spirituel tire sa forme des substances du monde spirituel seulement ; et ce mental est conservé dans son intégrité par le Seigneur, afin que l'homme puisse devenir un homme ; car l'homme naît animal, et il devient homme. Le mental naturel, avec tout ce qui lui appartient, est tourné en courbes giratoires de droite à gauche, et le mental spirituel, en courbes de gauche à droite ; ainsi ces mentals sont en sens contraire l'un à l'égard de l'autre, ce qui indique que le mal réside dans le mental naturel, et que de lui-même il agit contre le mental spirituel. La giration de droite à gauche se dirige en bas, donc vers l'enfer, mais la giration de gauche à droite se dirige en haut, donc vers le ciel. J'ai vu clairement qu'il en est ainsi par cette expérience : Un mauvais esprit ne peut faire tourner son corps de gauche à droite, mais peut le faire de droite à gauche, tandis qu'un bon esprit peut difficilement faire tourner son corps de droite à gauche, mais facilement de gauche à droite. La giration suit le flux des intérieurs qui appartiennent au mental.

Les maux et les faux sont totalement opposés
aux biens et aux vrais, parce que les maux et les
faux sont diaboliques et infernaux, et que les
biens et les vrais sont divins et célestes.

271. Dès qu'il en entend parler, chacun reconnaît que le mal et le bien sont opposés, et que le faux du mal et le vrai du bien le sont aussi. Pourtant, ceux qui sont dans le mal sentent et par suite perçoivent que le mal est le bien, car le mal réjouit leurs sens, surtout la vue et l'ouïe, et par suite réjouit aussi leurs pensées et par conséquent leurs perceptions. Il en résulte qu'ils reconnaissent, il est vrai, que le mal et le bien sont opposés, mais comme ils sont dans le mal, le plaisir du mal fait qu'ils déclarent que le mal est le bien, et que le bien est le nal. Par exemple, celui qui abuse de sa liberté pour penser et faire le mal, appelle cela liberté, et nomme esclavage son opposé, qui est de penser le bien, qui en soi est le bien, quand cependant ce dernier est véritablement la liberté, et l'autre l'esclavage. Celui qui aime les adultères appelle liberté l'action de commettre l'adultère, et esclavage la défense de le commettre, car il sent un plaisir dans la lasciveté et un déplaisir dans la chasteté. Celui qui d'après l'amour de soi est dans l'amour de dominer, sent dans cet amour un plaisir de la vie, qui est au-dessus des autres plaisirs de tout genre, par suite il appelle bien tout ce qui appartient à cet amour, et proclame mal tout ce qui le contrarie, quand cependant c'est tout l'opposé. Il en est de même de tout autre mal ; malgré le fait que chacun reconnaisse que le mal et le bien sont opposés, néanmoins ceux qui sont dans les maux ont une idée erronée de cette opposition, et seuls ceux qui sont dans les biens en ont une idée juste. Toute personne, tant qu'elle est dans le mal ne peut voir le bien, mais celle qui est dans le bien peut voir le mal. Le mal est en bas comme dans une caverne, le bien est en haut comme sur une montagne.

272. Puisque de nombreuses personnes ignorent quel est le mal, et comment il est absolument opposé au bien, et que cependant il est important de le savoir, ce sujet va être maintenant examiné dans l'ordre suivant : I. Le mental naturel qui est dans les maux, et par suite dans les faux, est la forme et l'image de l'enfer. II. Le mental naturel, qui est la forme et l'image de l'enfer, descend par les trois degrés. III. Les trois degrés du mental naturel, qui est la forme et l'image de l'enfer, sont opposés aux trois degrés du mental spirituel qui est la forme et l'image du ciel. IV. Le mental naturel qui est l'enfer, est à tous égards, opposé au mental spirituel qui est le ciel.

273. I. Le mental naturel, qui est dans les maux et par suite les faux, est la forme et l'image de l'enfer. Le mental naturel dans sa forme substantielle chez l'homme ne peut être décrit ici, c'est-à-dire la nature du mental naturel dans sa propre forme tissue des substances de l'un et de l'autre monde, dans les cerveaux où ce mental réside dans ses premiers principes. Une idée universelle de cette forme sera donnée dans la suite, quand il s'agira de la correspondance du mental et du corps. Ici, il sera seulement parlé de sa forme quant aux états et à leurs changements par lesquels se manifestent les perceptions, les pensées, les intentions, les volontés, et les choses qui leur appartiennent ; car le mental naturel, qui est dans les maux et par suite dans les faux, est quant à ces états et à leurs changements la forme et l'image de l'enfer. Cette forme suppose une forme substantielle comme sujet, car les changements d'état ne peuvent exister sans une forme substantielle qui soit le sujet, tout comme la vue ne peut exister sans l'œil, ni l'ouïe sans l'oreille. Le mental naturel par sa forme ou image ressemble à l'enfer, parce que cette forme ou image est conforme à l'amour régnant avec ses concupiscences, qui est l'état universel de ce mental ; cet amour régnant est semblable au diable dans l'enfer, et les pensées du faux qui en proviennent sont comme la tourbe diabolique. Il n'est pas entendu autre chose dans la Parole par le diable et sa tourbe. Ainsi dans l'enfer, l'amour de dominer d'après l'amour de soi, est l'amour régnant ; il y est appelé le diable, et les affections du faux avec les pensées qui proviennent de cet amour sont appelées la tourbe diabolique. Il en est de même dans chaque société de l'enfer, avec des différences telles que sont les différences spécifiques de chaque genre. Le mental naturel qui est dans les maux et par suite dans les faux est dans une forme semblable. Aussi est-ce pour cela que l'homme naturel, qui est tel, vient après la mort dans une société de l'enfer semblable à lui, et alors, en toutes et en chacune des choses, agit en complet accord avec elle, car il vient dans sa forme, c'est-à-dire, dans les états de son mental. Il y a aussi un autre amour appelé satan, qui est l'amour de posséder les biens des autres par certains artifices, il est subordonné au premier amour qui est appelé diable ; les malices ingénieuses et l'astuce sont sa tourbe. Ceux qui sont dans cet enfer sont généralement appelés satans, et ceux qui sont dans le premier sont appelés diables ; et ceux qui n'agissent pas clandestinement acceptent leur nom. C'est de là que les enfers dans l'ensemble sont appelés Diable et Satan. Les deux enfers ont été divisés génériquement selon ces deux amours, parce que tous les cieux ont été divisés en deux royaumes, le céleste et le spirituel, selon les deux amours, et que par opposition l'enfer diabolique correspond au royaume céleste, et l'enfer satanique au royaume spirituel. On voit dans le traité ´ Le ciel et l'enfer ª, N°s 20 à 28, que les cieux sont divisés en deux royaumes, le céleste et le spirituel. Le mental naturel qui est dans les maux et par suite dans les faux, est dans sa forme un enfer, parce que toute forme spirituelle dans les très grands et dans les très petits est semblable à elle-même ; il en résulte que chaque ange est un ciel dans la forme la plus petite, voir le traité ´Le ciel et l'enferª, N°s 51 à 58, et que tout homme ou tout esprit qui est un diable ou un satan, est un enfer dans la forme la plus petite.

274. II.Le mental naturel, qui est la forme et l'image de l'enfer, descend par les trois degrés. On voit ci-dessus, aux N°s 222 à 229, que dans les très grands et dans les très petits de toutes choses il y a les degrés des deux genres, appelés degrés de hauteur et degrés de largeur. Le mental naturel a aussi ces degrés dans ses très grands et dans ses très petits. Il sera parlé ici des degrés de hauteur. Le mental naturel, d'après ses deux facultés nommées rationalité et liberté, est dans un état qui lui permet de monter les trois degrés d'après les biens et les vrais, et de descendre les trois degrés d'après les maux et les faux. Tant qu'il monte, les degrés inférieurs qui tendent vers l'enfer sont fermés, et tant qu'il descend, les degrés supérieurs qui tendent vers le ciel sont fermés, et cela parce qu'ils sont en réaction. Ces trois degrés supérieurs et inférieurs ne sont ni ouverts ni fermés dans l'homme pendant la petite enfance, car alors il est dans l'ignorance du bien et du vrai et aussi du mal et du faux ; mais selon qu'il se met dans l'un ou dans l'autre, les degrés sont ouverts et sont fermés d'un côté ou de l'autre. Quand ils sont ouverts du côté de l'enfer, l'amour régnant qui appartient à la volonté obtient la place suprême ou intime, la pensée du faux qui appartient à l'entendement d'après cet amour obtient la seconde place ou place moyenne, et le résultat de l'amour par la pensée, ou de la volonté par l'entendement, obtient la place infime. Ces degrés ici sont comme les degrés de hauteur dont il a été parlé précédemment, en ce qu'ils sont en ordre comme la fin, la cause et l'effet, ou comme la fin première, la fin moyenne et la fin dernière. La descente de ces degrés est vers le corps, par conséquent dans la descente ils s'épaississent et deviennent matériels et corporels. Si des vrais tirés de la Parole sont admis dans le second degré pour le former, alors ces vrais sont falsifiés par le premier degré qui est l'amour du mal, et deviennent des serviteurs et des esclaves. On peut ainsi voir ce que deviennent les vrais de l'église tirés de la Parole chez ceux qui sont dans l'amour du mal, ou dont le mental naturel a la forme de l'enfer, c'est-à-dire qu'ils sont profanés, parce qu'ils servent au diable comme moyens ; car l'amour du mal régnant dans le mental naturel qui est l'enfer, est le diable, comme il a été dit ci-dessus.

275. III. Les trois degrés du mental naturel qui est la forme et l'image de l'enfer, sont opposés aux trois degrés du mental spirituel qui est la forme et l'image du ciel. Il a été montré ci-dessus qu'il y a trois degrés du mental, qui sont appelés naturel, spirituel et céleste, et que le mental humain consistant en ces trois degrés, regarde et se tourne vers le ciel. Par conséquent, on peut voir que le mental naturel, lorsqu'il regarde en bas et se tourne vers l'enfer, consiste pareillement en trois degrés, et que chacun de ses degrés est opposé à un degré du mental qui est un ciel. J'ai clairement compris qu'il en est ainsi d'après ce que j'ai vu dans le monde spirituel, à savoir, qu'il y a trois cieux, et qu'ils sont distingués selon les trois degrés de hauteur ; qu'il y a trois enfers, et qu'ils sont distingués selon les trois degrés de hauteur ou de profondeur ; que les enfers sont opposés aux cieux en toutes et chacune des choses ; et que l'enfer le plus bas est opposé au ciel suprême, l'enfer moyen au ciel moyen, et l'enfer le plus élevé au dernier ciel. Il en est de même du mental naturel qui est dans la forme de l'enfer ; car les formes spirituelles sont semblables à elles-mêmes dans les très grands et dans les très petits. Les cieux et les enfers sont ainsi en opposition, parce que leurs amours sont de même opposés. L'amour envers le Seigneur, et par suite l'amour à l'égard du prochain constituent le le degré intime dans les cieux, alors que l'amour de soi et l'amour du monde constituent le degré intime dans les enfers. La sagesse et l'intelligence provenant de leurs amours constituent le degré moyen dans les cieux, alors que la folie et la sottise, qui se présentent comme sagesse et intelligence, constituent d'après leurs amours le degré moyen dans les enfers. Dans les cieux, les résultats des deux autres degrés qui sont, ou placés dans la mémoire comme connaissances, ou fixés en actes dans le corps, constituent le dernier degré ; dans les enfers, les résultats des deux autres degrés, qui deviennent ou connaissances ou actes, constituent le degré extime. On peut voir par l'expérience suivante, comment les biens et les vrais du ciel sont changés en maux et en faux dans les enfers, et ainsi changés en ce qui est opposé : J'ai appris qu'un Divin Vrai provenant du ciel était descendu jusqu'en enfer, et que ce vrai dans sa descente avait été par degré changé en faux, jusqu'à devenir absolument opposé dans l'enfer le plus bas. Il est ainsi évident que les enfers selon les degrés sont en opposition aux cieux quant à tous les biens et à tous les vrais, et que les biens et les vrais y deviennent des maux et des faux par l'influx dans les formes tournées en sens contraire, car on sait que tout ce qui influe est perçu et senti selon les formes qui reçoivent, et selon leurs états. Une autre expérience m'a fait encore comprendre que les biens et les vrais sont changés en opposés : Il m'a été donné de voir les enfers dans leur situation relativement aux cieux. Ceux qui y étaient apparaissaient renversés, la tête en bas et les pieds en haut. Il me fut dit qu'entre eux, néanmoins, ils se voient debout, la tête en haut. D'après ces enseignements de l'expérience, on peut voir que dans le mental naturel qui est un enfer dans la forme et dans l'image, les trois degrés sont opposés aux trois degrés du mental spirituel qui est un ciel dans la forme et dans l'image.

276. IV.Le mental naturel qui est l'enfer, est à tous égards, opposé au mental spirituel qui est le ciel. Quand les amours sont opposés, toutes les choses qui appartiennent à la perception deviennent opposées ; car toutes les autres choses découlent de l'amour qui fait la vie même de l'homme, comme des ruisseaux de leur source. Les choses qui n'en proviennent pas se séparent dans le mental naturel, de celles qui en proviennent. Celles qui proviennent de l'amour régnant de l'homme sont au milieu, et toutes les autres sont sur les côtés. Si celles-ci sont des vrais de l'église puisés dans la Parole, elles sont reléguées loin du milieu sur les côtés, et sont enfin chassées ; et alors l'homme ou le mental naturel perçoit le mal comme bien, voit le faux comme vrai, et inversement. C'est pourquoi il prend la malice pour de la sagesse, la folie pour de l'intelligence, l'astuce pour de la prudence, les artifices pour du génie ; alors il ne fait aucun cas des Divins et des Célestes qui appartiennent à l'église et au culte, et il attribue la plus grande importance aux choses corporelles et mondaines. Il renverse ainsi l'état de sa vie, de sorte qu'il met à la plante des pieds et le foule, tout ce qui appartient à la tête, et met à la tête tout ce qui appartient à la plante des pieds. Par conséquent, de vivant l'homme devient mort. Celui dont le mental est un ciel est appelé vivant, et celui dont le mental est un enfer est appelé mort.

Toutes les choses qui appartiennent aux trois degrés du
mental naturel sont contenues dans les œuvres
qui se font par les actes du corps.

277. Toutes les choses du mental, ou de la volonté et de l'entendement de l'homme, sont contenues dans ses actes et dans ses œuvres, presque comme sont contenues dans la semence, dans le fruit ou dans l'œuf les choses visibles et invisibles ; tel est l'arcane qui est découvert par la science des degrés, et qui est exposé dans cette partie. Les actes mêmes ou les œuvres apparaissent dans les externes comme nous apparaît la semence, le fruit ou l'œuf ; néanmoins dans les internes il y a des choses innombrables, car il y a les forces des fibres motrices de tout le corps qui concourent, et il y a toutes les choses du mental qui excitent et déterminent ces forces, lesquelles sont des trois degrés, ainsi qu'il a été montré plus haut. Comme il y a toutes les choses du mental, il y a toutes celles de la volonté, c'est-à-dire toutes les affections de l'amour de l'homme qui constituent le premier degré ; il y a toutes celles de l'entendement, c'est-a-dire toutes les pensées de sa perception, qui font le second degré ; et il y a toutes celles de la mémoire, c'est-à-dire toutes les idées de la pensée les plus proches du langage, qui sont tirées de la mémoire, et qui constituent le troisième degré. Par toutes ces choses, déterminées en acte, existent les œuvres, dans lesquelles, vues dans la forme externe, n'apparaissent pas les antérieurs qui cependant y sont en actualité. On voit ci-dessus, aux N°s 209 à 216, que le dernier est le complexe, le contenant et la base des antérieurs ; et aux N°s 217 à 221, que les degrés de hauteur dans leur dernier sont dans le plein.

278. Les actes du corps, considérés par l'œil, se présentent ainsi simples et uniformes comme dans la forme externe se présentent les semences, les fruits, les œufs, les noix et les amandes dans leur coquille, néanmoins ils contiennent tous les antérieurs par lesquels ils existent, parce que tout dernier est enveloppé, et de ce fait distinct des antérieurs. Chaque degré est de même entouré d'une enveloppe, et ainsi distingué d'un autre degré. Par conséquent, les choses du premier degré ne sont pas connues du second degré, ni celles du second connues du troisième. L'amour de la volonté, qui est le premier degré du mental, n'est connu de la sagesse de l'entendement, qui est le second degré du mental, que par une sorte de plaisir ressenti à la pensée de la chose. Le premier degré qui, comme il a eté dit, est l'amour de la volonté, n'est perçu dans les connaissances de la mémoire, qui est le troisième degré, que par une sorte de charme de savoir et de parler. Il s'ensuit que l'œuvre, qui est l'acte du corps, renferme toutes ces choses, bien que dans la forme externe elle se montre tout à fait simple.

279. Cela est confirmé par ce fait que les anges qui sont chez l'homme, perçoivent séparément les choses qui d'après le mental sont dans l'acte ; les anges spirituels perçoivent celles qui y sont d'après l'entendement, et les anges célestes, celles qui y sont d'après la volonté ; bien qu'incroyable, cela est vrai. Il faut savoir toutefois que les choses du mental qui appartiennent au sujet proposé ou présent sont au milieu, et les autres à l'entour selon les affinités avec le sujet. Les anges disent que le caractère de l'homme est perçu dans chacune de ses œuvres, mais dans une ressemblance de son amour, laquelle varie selon les déterminations de cet amour dans les affections et par suite dans les pensées. En un mot, tout acte ou toute œuvre de l'homme spirituel devant les anges est comme un fruit savoureux, utile et beau, qui, lorsqu'il est ouvert et mangé donne saveur, usage et délices. On voit aussi au N° 220, que telle est pour les anges la perception des actes et des œuvres de l'homme.

280. Il en est de même du langage de l'homme ; les anges connaissent son amour d'après le son du langage, sa sagesse d'après l'articulation du son, et ses connaissances d'après le sens des mots. Ils déclarent de plus que ces trois choses sont dans chaque mot, parce que le mot est comme la résultante, car en elle il y a le son, l'articulation et le sens. Il m'a été dit par les anges du troisième ciel, que d'après chaque mot successif du discours d'un homme, ils perçoivent l'état général de son esprit, et aussi certains états particuliers. Il a été montré en plusieurs endroits dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Ecriture Sainte, que dans chaque mot de la Parole il y a un spirituel qui appartient à la Divine Sagesse, et un céleste qui appartient au Divin Amour, et que ce spirituel et ce céleste sont perçus par les anges, quand la Parole est lue saintement par l'homme.

281. Comme conclusion à ce qui précède on peut dire que dans les œuvres de l'homme, dont le mental naturel descend par les trois degrés dans l'enfer, il y a tous ses maux et tous ses faux du mal ; et que dans les œuvres de l'homme, dont le mental naturel monte dans le ciel, il y a tous ses biens et tous ses vrais ; et que les anges les perçoivent d'après une seule parole et une seule action de l'homme. En conséquence il est dit dans la Parole, que l'homme sera jugé selon ses œuvres, et qu'il rendra compte de ses paroles.


Quatrième Partie
LA CREATION DE L'UNIVERS

Le Seigneur de toute éternité, qui est Jéhovah, a
créé de Lui-même, et non du néant, l'univers
et toutes les choses de l'univers.

282. On sait sur toute la terre, et tout homme sage a reconnu d'après une perception intérieure, qu'il y a un seul Dieu qui est le Créateur de l'univers. On sait d'après la Parole, que Dieu Créateur de l'univers est appelé Jéhovah, du mot Etre, parce que Seul Il Est. Dans la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur , il a été montré en plusieurs endroits, d'après la Parole, que le Seigneur de toute éternité est ce Jéhovah. Il est appelé le Seigneur de toute éternité, parce que Jéhovah s'est revêtu de l'Humain pour sauver les hommes de l'enfer. Alors Il a commandé à ses disciples de l'appeler Seigneur, et c'est pour cela que Jéhovah est appelé le Seigneur dans le Nouveau Testament, comme on peut le voir dans ce passage : ´Tu aimeras Jéhovah ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme. Deutér. VI, 5 ; - et dans le Nouveau Testamen : ´ Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton ‚me.ª - Matt. XXII, 37. - Il en est de même dans d'autres passages des Evangiles où l'Ancien Testament est cité.

283. Tout homme raisonnable voit que l'univers n'a pas été créé du néant, parce qu'il voit que du néant il ne peut être fait quelque chose, puisque rien, ce n'est rien ; et il est contradictoire de faire quelque chose du néant, et ce qui est contradictoire est contre la lumière du vrai qui procède de la Divine Sagesse ; et tout ce qui ne vient pas de la Divine Sagesse ne vient pas non plus de la Divine Toute-Puissance. Tout homme raisonnable voit aussi que toutes choses ont été créées d'une Substance, qui est la Substance en Soi ; car celle-ci est l'Etre même d'après lequel toutes les choses qui sont peuvent exister ; et comme Dieu seul est la Substance en Soi et par suite l'Etre même, il est évident que l'existence des choses ne vient que de cette origine. Plusieurs personnes l'ont compris, car la raison le fait voir, Mais elles n'ont pas osé le confirmer, de peur d'être ainsi amenées à penser que l'univers créé est Dieu, parce qu'il vient de Dieu ou que la nature existe d'après elle-même, et qu'ainsi l'intime de la nature est ce qu'on appelle Dieu. Pour cette raison, bien que certaines personnes aient compris que la création de toutes choses ne procède que de Dieu, et de l'Etre de Dieu, elles n'ont cependant pas osé aller au-delà de leur première pensée sur ce sujet, pour ne pas engager leur entendement dans des raisonnements inextricables. Elles n'auraient pu en dégager leur entendement, parce qu'elles pensaient de Dieu, et de la création de l'univers par Dieu, d'après le temps et l'espace, qui sont les propriétés de la nature, et personne ne peut, d'après la nature, avoir une perception de Dieu ni de la création de l'univers. Mais tout homme, dont l'entendement est dans quelque lumière intérieure, peut avoir une perception de la nature et de la création de la nature d'après Dieu, parce que Dieu n'est ni dans le temps ni dans l'espace. Ci-dessus aux N°s 7 à 10, on a vu que le Divin n'est pas dans l'espace ; aux N°s 69 à 72, que le Divin remplit tous les espaces de l'univers sans espaces ; aux N°s 73 à 76, que le Divin est dans tout temps sans temps : Dans ce qui suit, on verra que, bien que Dieu ait créé de Lui-Même l'univers et tout ce qu'il contient, néanmoins il n'y a pas dans l'univers créé la moindre chose qui soit Dieu ; ainsi que plusieurs autres propositions qui mettront ce sujet dans toute sa lumière.

284. Dans la Première Partie de cet ouvrage, il a été question de Dieu, à savoir, qu'Il est le Divin Amour et la Divine Sagesse, et qu'Il est la Vie, puis aussi qu'Il est la Substance et la Forme qui est l'Etre Même et Unique. Dans la Seconde Partie, il a été question du Soleil spirituel et de son monde, du soleil naturel et de son monde, et de l'univers avec tout ce qu'il contient qui a été créé par Dieu au moyen de ces deux soleils. Dans la Troisième Partie, il a été traité des degrés dans lesquels sont toutes et chacune des choses qui ont été créées. Dans cette quatrième partie, il va être parlé de la création de l'univers par Dieu. Il est traité de ces différents sujets, parce que les anges se sont lamentés devant le Seigneur du fait qu'ils ne voient que les ténèbres lorsqu'ils portent leurs regards vers le monde, et ne trouvent chez les hommes aucune connaissance au sujet de Dieu, du ciel et de la création de la nature sur laquelle leur sagesse puisse s'appuyer.

Le Seigneur de toute éternité, ou Jéhovah,
n'aurait pu créer l'univers, et toutes les
choses de l'univers, s'il n'e°t été homme.

285. Ceux qui ont de Dieu Homme une idée naturelle corporelle, ne peuvent nullement saisir comment Dieu, comme Homme, a pu créer l'univers et toutes les choses de l'univers. Ils se demandent comment Dieu-Homme, peut parcourir l'univers d'espace en espace et créer ; ou encore, comment Il peut du lieu où Il est, dire une parole, et ainsi créer toutes choses. Quand il est dit que Dieu est Homme, de telles idées se présentent chez ceux qui pensent de Dieu-Homme comme d'un homme de ce monde, et qui pensent à Dieu d'après la nature et d'après les propriétés de la nature, qui sont le temps et l'espace. Mais ceux qui pensent à Dieu comme Homme, non d'après l'homme de ce monde, et non d'après la nature, ni d'après l'espace et le temps de la nature, perçoivent clairement que l'univers n'a pu être créé, à moins que Dieu ne soit Homme. Celui qui peut entrer dans l'idée angélique sur Dieu, c'est-à-dire qu'Il est Homme, et qui éloigne autant que possible l'idée de l'espace, approchera de la vérité par la pensée. Quelques hommes instruits perçoivent que les esprits et les anges ne sont pas dans l'espace, parce qu'ils perçoivent le spirituel sans espace. Car le spirituel est comme la pensée : Bien qu'elle soit dans l'homme, par elle l'homme, néanmoins, peut être comme présent ailleurs, dans n'importe quel lieu, même le plus éloigné. Tel est l'état des esprits et des anges, qui sont hommes, même quant à leurs corps ; ils apparaissent dans le lieu où est leur pensée, parce que les espaces et les distances dans le monde spirituel sont des apparences, et font un avec la pensée qui provient de leur affection. On peut voir de ce qui précède qu'il ne faut pas penser à Dieu d'après l'espace ; car bien qu'Il apparaisse comme Soleil loin au-dessus du monde spirituel, il ne peut y avoir en Lui aucune apparence d'espace. On peut alors comprendre qu'Il a créé l'univers, non de rien mais de Lui-Même puis que Son Corps Humain ne peut être imaginé grand ou petit, ou d'une stature quelconque, car cela aussi appartient à l'espace ; qu'ainsi Il est le même dans les premiers et dans les derniers, dans les très grands et dans les très petits ; et qu'en outre Son Humain est l'intime dans tout objet créé, mais sans espace. On voit ci-dessus, aux N°s 77 à 82, que le Divin est le même dans les très grands et dans les très petits ; aux N°s 69 à 72, que le Divin remplit tous les espaces sans espace. Puisque le Divin n'est pas dans l'espace, il n'est pas non plus continu, comme l'est l'intime de la nature.

286. Toute personne intelligente peut très clairement saisir que Dieu n'aurait pu créer l'univers, et toutes les choses de l'univers, s'Il n'e°t été Homme. En effet elle ne peut nier qu'il n'y ait en Dieu l'Amour et la Sagesse, la Miséricorde et la Clémence, le Bien même et le vrai même, puisque tout cela procède de Dieu. Comme elle ne peut le nier, elle ne peut non plus nier que Dieu ne soit Homme, car aucune de ces choses ne peut exister séparée de l'homme, puisque l'homme est leur sujet ; et les séparer de leur sujet, c'est dire qu'elles ne sont pas. Si, en pensant à la sagesse, on la place hors de l'homme, est-elle quelque chose ? Peut-on la concevoir comme une sorte d'éther ou comme une sorte de flamme. On ne le peut, à moins peut être de la placer dans cet éther ou dans cette flamme, et si on l'y place, ce sera la sagesse dans une forme, telle qu'est la forme de l'homme ; et pour que la sagesse ait la forme de l'homme, celle-ci doit être complète sans que rien n'y manque. En un mot la forme de la sagesse est l'homme. Puisque l'homme est la forme de la sagesse, il est aussi la forme de l'amour, de la miséricorde, de la clémence, du bien et du vrai, parce que ces choses font un avec la sagesse. On voit ci-dessus, aux N°s 40 à 43, que l'amour et la sagesse ne peuvent exister que dans une forme.

287. On peut aussi voir d'après les anges du ciel que l'amour et la sagesse sont homme, par le fait que ces anges acquièrent plus de beauté dans la mesure où ils sont par le Seigneur dans l'amour et par suite dans la sagesse. On voit encore la même chose en ce que dans la Parole il est dit d'Adam, qu'il a été créé selon la ressemblance et à l'image de Dieu, - Gen. 1, 26,. - parce qu'il a été créé selon la forme de l'amour et de la sagesse. Tout homme sur terre naît selon la forme humaine quant au corps, parce que son esprit, qui est aussi appelé ‚me, est homme ; et cet esprit est homme, parce qu'il est susceptible de recevoir du Seigneur l'amour et la sagesse ; et autant l'esprit ou l'âme d'un homme les reçoit, autant il devient homme après la mort du corps matériel qui l'entourait. Autant il ne les reçoit pas, autant il devient un monstre, qui tient quelque chose de l'homme à cause de la faculté de recevoir.

288. Parce que Dieu est Homme, tout le ciel angélique dans le complexe représente un seul homme ; et ce ciel est divisé en régions et en provinces selon les membres, les viscères et les organes de l'homme. En effet, des sociétés du ciel constituent les provinces de toutes les parties du cerveau, de tous les organes de la face, et aussi de tous les viscères du corps. Ces provinces entre elles sont divisées absolument comme ces parties chez l'homme ; de plus les anges savent dans quelle province de l'homme ils sont. Le ciel entier est dans cette effigie, parce que Dieu est Homme. Dieu est aussi le ciel, parce que les anges qui constituent le ciel sont des réceptacles de l'amour et de la sagesse procédant du Seigneur, et que les réceptacles sont des images. Il a été montré dans les Arcanes Célestes, à la fin de plusieurs chapitres, que le ciel est dans la forme de toutes les parties de l'homme.

289. D'après ces explications, on peut voir l'inconsistance des idées de ceux qui pensent que Dieu n'est pas Homme et que les attributs Divins ne sont pas dans Dieu comme Homme, parce que séparés de l'Homme, ces attributs ne sont que de pures chimères. On voit ci-dessus, aux N°s 11, 12, 13, que Dieu est l'Homme Même, d'après lequel tout homme est homme d'après la réception de l'amour et de la sagesse. La même chose est confirmée ici en vue de ce qui suit, afin qu'on perçoive que la création de l'univers est faite par Dieu parce qu'Il est Homme.

Le Seigneur de toute éternité, ou Jéhovah, a
produit de Lui-même le soleil du monde spirituel
et d'après ce soleil il a créé l'univers et toutes
les choses de l'univers.

290. Dans la seconde partie de cet ouvrage, il a été traité du Soleil et du monde spirituel, et il a été montré ce qui suit : Le Divin Amour et la Divine Sagesse apparaissent dans le monde spirituel comme soleil, N°s 83 à 88 ; la chaleur spirituelle et la lumière spirituelle procèdent de ce soleil, N°s 89 à 92. Ce soleil n'est pas Dieu, mais il est le procédant du Divin Amour et de la Divine Sagesse de Dieu-Homme ; et il en est de même de la chaleur et de la lumière procédant de ce soleil, N°s 93 à 98. Le soleil du monde spirituel est à une altitude moyenne, et apparaît distant des anges, comme le soleil du monde naturel apparaît distant des hommes, N°s 103 à 107. Dans le monde spirituel l'orient est le lieu où apparaît le Seigneur comme soleil, et de ce lieu dépendent les autres régions, N°s 119 à 123, 124 à 128. Les anges tournent continuellement leur face vers le Seigneur comme soleil, N°s 129 à 134, 135 à 139. Le Seigneur a créé l'univers et toutes les choses de l'univers au moyen de ce soleil qui est le premier procédant du Divin Amour et de la Divine Sagesse, N°s 151 à 156. Le soleil du monde naturel est pur feu, et par conséquent la nature qui tire son origine de ce soleil est morte ; et le soleil du monde naturel a été créé, pour que l'œuvre de la création p°t être achevée et finie, N°s 157 à 162. Sans ces deux soleils, l'un vivant et l'autre mort, il ne peut y avoir de création, N°s 163 à 166.

291. Parmi les choses qui ont été montrées dans la seconde partie, il y a aussi été dit que le soleil spirituel n'est pas le Seigneur, mais qu'il est le procédant du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Seigneur. Il est dit ´procédantª, parce que ce soleil a été produit du Divin Amour et de la Divine Sagesse, qui en eux-mêmes sont substance et forme et que le Divin procède de là. Mais comme la raison humaine est telle, qu'elle ne donne pas son assentiment, à moins qu'elle ne voie la chose d'après la cause, ainsi à moins qu'elle ne perçoive aussi comment a été produit le soleil du monde spirituel, qui n'est pas le Seigneur, mais qui procède de lui. Il faut par conséquent en dire aussi quelque chose. Je me suis beaucoup entretenu avec les anges sur ce sujet. Ils m'ont dit qu'ils perçoivent cela clairement dans leur lumière spirituelle, mais qu'ils ne peuvent pas le présenter facilement devant l'homme dans sa lumière naturelle, parce qu'il y a une si grande différence entre l'une et l'autre et par conséquent entre les pensées. Ils m'ont dit cependant que cela peut être comparé à la sphère des affections et des pensées qui entoure chaque ange, par laquelle sa présence est manifestée à ceux qui sont rapprochés et à ceux qui sont éloignés ; et que cette sphère ambiante n'est pas l'ange lui-même, mais qu'elle provient de toutes et de chacune des choses de son corps, d'où des substances émanent continuellement comme un fleuve, et celles qui émanent se pressent autour de lui. Ces substances contiguÎs à son corps, continuellement mises en action par les deux sources du mouvement de sa vie, le cœur et le poumon, excitent les mêmes activités dans les atmosphères, et par là produisent une perception comme de sa présence chez les autres. Ainsi il n'y a pas une sphère séparée des affections et des pensées qui sorte de l'ange et soit continuée, quoiqu'on la nomme ainsi, parce que les affections sont de purs états des formes du mental en lui. Ils m'ont dit en outre qu'il y a une telle sphère autour de chaque ange, parce qu'il y en a une autour du Seigneur, que cette sphère autour du Seigneur vient pareillement de Lui, et qu'elle est leur soleil, ou le soleil du monde spirituel.

292. Il m'a souvent été donné de percevoir qu'il y a une telle sphère autour de l'ange et de l'esprit, et aussi une sphère générale autour de plusieurs membres dans une société. Il m'a aussi été donné de la voir sous diverses apparences, dans le ciel parfois sous l'apparence d'une flamme légère ou parfois sous l'apparence d'une nuée légère et blanche, et dans l'enfer sous l'apparence d'un feu épais ou d'un nuage épais et noir. J'ai aussi perçu ces sphères par des odeurs agréables ou infectes. Par ces expériences j'ai eu la confirmation que chacun dans le ciel et chacun dans l'enfer est entouré d'une sphère consistant en substances dégagées et séparées de son corps.

293. J'ai également perçu qu'une sphère émane non seulement des anges et des esprits, mais aussi de toutes et de chacune des choses qui apparaissent dans le monde spirituel, ainsi des arbres et de leurs fruits, des arbustes et de leurs fleurs, des plantes et des herbes, et même des terres et de toutes leurs parties. Par là j'ai vu clairement qu'il y a une loi universelle qui concerne tout ce qui est vivant aussi bien que tout ce qui est mort : cette loi veut que chaque objet soit environné de quelque chose de semblable à ce qui est intérieurement en lui, et qui émane continuellement de lui. Les expériences d'un grand nombre de savants ont fait voir qu'il en est de même dans le monde naturel. Par exemple, des flots d'effluves émanent sans cesse de l'homme, et de tout animal, aussi de l'arbre, du fruit, de l'arbuste, de la fleur, et même du métal et de la pierre. Le monde naturel tient cela du monde spirituel, et le monde spirituel le tient du Divin.

294. Parce que les choses qui constituent le soleil du monde spirituel procèdent du Seigneur, mais ne sont pas le Seigneur, elles ne sont pas la vie en soi, et elles n'ont pas la vie en soi. Il en est de même des choses qui émanent de l'ange et de l'homme et qui font les sphères autour d'eux, elles ne sont ni l'ange ni l'homme, mais en proviennent, privées de la vie qui est en eux. Les sphères font un avec l'ange ou avec l'homme parcequ'elles sont concordantes, et elles le sont parce qu'elles ont été prises des formes de leur corps, qui en eux, étaient les formes de leur vie. C'est un arcane, que les anges, au moyen de leurs idées spirituelles peuvent voir par la pensée et même voir par le langage ; mais les hommes ne le peuvent au moyen de leurs idées naturelles, parce que mille idées spirituelles font une seule idée naturelle, et qu'une idée naturelle ne peut être résolue par l'homme en une idée spirituelle, ni à plus forte raison en un si grand nombre. Il en est ainsi, parce que les idées diffèrent selon les degrés de hauteur, dont il a été traité dans la troisième partie.

295. Il m'a été montré qu'il y a une telle différence entre les pensées des anges et celles des hommes par l'expérience suivante : il fut demandé à des anges de penser spirituellement sur quelque sujet, et de me dire ensuite l'objet de leurs pensées. Ils le firent, et lorsqu'ils voulurent me le dire, ils ne le purent, avouant qu'ils ne pouvaient l'énoncer. Il en était de même de leur langage spirituel et de leur écriture spirituelle. Il n'y avait aucun mot du langage spirituel qui fut semblable à un mot du langage naturel, ni rien de l'écriture spirituelle qui fut semblable à l'écriture naturelle, excepté les lettres, dont chacune contenaitun sens entier. Mais, ce qui est étonnant, ils me dirent qu'il leur semblait penser, parler et écrire dans l'état spirituel tout à fait comme l'homme le fait dans l'état naturel, et cependant il n'y a aucune similarité. Je vis ainsi clairement que le naturel et le spirituel diffèrent selon les degrés de hauteur, et qu'ils ne communiquent entre eux que par les correspondances.

Dans le Seigneur il y a trois choses qui sont le
Seigneur ; le Divin de l'Amour, le Divin de la
Sagesse, et le Divin de l'Usage, et ces trois se
présentent en apparence hors du soleil du
monde spirituel ; le Divin de l'Amour par
la chaleur, le Divin de la Sagesse par la
lumière, et le Divin de l'Usage par
l'atmosphère, qui est le contenant.

296. On voit ci-dessus, aux N°s 89 à 92, 99 à 102, 146 à 150, que du soleil du monde spirituel procèdent une chaleur et une lumière, que la chaleur procède du Divin Amour du Seigneur, et la lumière de Sa Divine Sagesse. Il sera maintenant montré que la troisième chose qui procède de ce soleil est une atmosphère, qui est le contenant de la chaleur et de la lumière, et que cette atmosphère procède du Divin du Seigneur, Divin qui est appelé usage.

297. Tout homme quelque peu éclairé peut voir que l'amour a pour fin et pour intention l'usage, et qu'il produit l'usage par la sagesse ; car l'amour ne peut de lui-même produire aucun usage, mais il en produit au moyen de la sagesse. En effet l'amour n'est rien s'il n'a pas quelque chose à aimer ; et ce quelque chose est l'usage. Puisque l'usage est ce qui est aimé, et qu'il est produit par la sagesse, il s'ensuit que l'usage est le contenant de la sagesse et de l'amour. Il a été montré aux N°s 209 à 216, et ailleurs, que ces trois choses, l'amour, la sagesse et l'usage se suivent en ordre selon les degrés de hauteur, et que le dernier degré est le complexe, le contenant et la base des degrés antérieurs. D'après cela, on peut voir que ces trois choses, le Divin de l'Amour, le Divin de la Sagesse, et le Divin de l'usage sont dans le Seigneur, et qu'en essence elles sont le Seigneur.

298. Il sera pleinement démontré dans la suite que l'homme considéré quant à ses extérieurs et quant à ses intérieurs, est une forme de tous les usages, et que tous les usages dans l'univers créé correspondent aux usages de l'homme. Ici, il faut seulement en faire mention, afin qu'on sache que Dieu comme Homme est la forme même de tous les usages, de laquelle tous les usages dans l'univers créé tirent leur origine ; et qu'ainsi l'univers créé, considéré quant aux usages, est l'image de Dieu-Homme. Sont appelés usages les choses qui, procédant de Dieu-Homme, c'est-à-dire du Seigneur, sont par création dans l'ordre ; mais ne sont pas appelées usages celles qui sont du propre de l'homme, car ce propre est l'enfer, et ces choses sont contre l'ordre.

299. Puisque l'Amour, la Sagesse et l'Usage sont dans le Seigneur et sont le Seigneur, et que le Seigneur est partout, car il est omniprésent ; et puisque le Seigneur ne peut se montrer tel qu'Il est en Lui-Même, ni tel qu'Il est dans son soleil, à aucun ange, ni à aucun homme, Il se manifeste donc par des choses qui peuvent être reçues. Il se manifeste quant à l'Amour par la chaleur, quant à la Sagesse par la lumière, et quant à l'usage par l'atmosphère. Le Seigneur quant à l'usage se présente par l'atmosphère, parce que celle-ci est le contenant de la chaleur et de la lumière, de même que l'usage est le contenant de l'amour et de la sagesse. Car la lumière et la chaleur, qui procèdent du Divin Soleil, ne peuvent procéder dans le néant, c'est-à-dire dans le vide, mais elles procèdent dans un contenant qui est le sujet ; et ce contenant, nous l'appelons atmosphère. Cette atmosphère entoure le soleil, le reçoit dans son sein, et le
transporte vers le ciel où sont les anges, de là vers le monde où sont les hommes, et ainsi manifeste partout la présence du Seigneur.

300. il a été montré aux N°s 173 à 178, 179 à 183, que dans le monde spirituel il y a des atmosphères comme dans le monde naturel. Il y a été dit que les atmosphères du monde spirituel sont spirituelles, et que celles du monde naturel sont naturelles. Maintenant, d'après l'origine de l'atmosphère spirituelle, qui entoure de plus près le Soleil Spirituel, on peut voir que chacune de ses parties est, dans son essence, telle qu'est le soleil dans la sienne. Par leurs idées spirituelles qui sont dans l'espace, les anges déclarent qu'il en est ainsi en disant qu'il y a une substance unique, de laquelle proviennent toutes choses, et que le soleil du monde spirituel est cette substance ; et que puisque le Divin n'est pas dans l'espace, et est le même dans les très grands et dans les très petits, il en est de même de ce soleil qui est le premier procédant de Dieu-Homme. Ils ajoutèrent que cette unique substance, qui est le soleil, procédant selon les degrés continus ou de largeur, et en même temps selon les degrés discrets ou de hauteur, au moyen des atmosphères, présente les variétés de toutes choses dans l'univers créé. Les anges m'ont dit que cette vérité ne peut nullement être saisie, à moins que les espaces ne soient écartés des idées ; s'ils ne le sont pas, les apparences induisent toujours en erreur. Cependant on ne peut y être induit, quand on pense que Dieu est l'Etre Même dont procèdent toutes choses.

301. D'après les idées angéliques, où il n'y a pas l'espace, il est en outre bien évident que, dans l'univers créé, rien ne vit que le seul Dieu-Homme, c'est-à-dire, le Seigneur ; que rien n'a de mouvement que par la vie venant de Lui ; et que rien n'existe que par le soleil venant de Lui. Ainsi c'est une vérité, que dans Dieu nous vivons, nous nous Mouvons et avons notre être.

Les atmosphères, qui sont au nombre de trois dans le
monde spirituel comme dans le monde naturel, se
terminent dans leurs derniers en substances et en
matières, telles quelles sont sur la terre.

302. il a été montré dans la troisième partie, N°s 173 à 176, que dans les deux mondes, le spirituel et le naturel, il y a trois atmosphères, qui sont distinctes l'une de l'autre selon les degrés de hauteur, et qui décroissent selon les degrés de largeur, en avançant vers les inférieurs. Puisque les atmosphères décroissent en avançant vers les inférieurs, il s'ensuit qu'elles deviennent continuellement plus denses et inertes, et enfin tellement denses et inertes dans les derniers, qu'elles ne sont plus des atmosphères, mais sont des substances en repos, et dans le monde naturel des substances fixes, telles qu'elles sont sur la terre, et sont appelées matières. De cette origine des substances et des matières il résulte : 1° Que ces substances et ces matières sont aussi de trois degrés ; 2° Qu'elles sont tenues dans un lien commun par les atmosphères ambiantes ; 3° Qu'elles ont été adaptées pour produire tous les usages dans leurs formes.

303. Que les substances ou matières, telles qu'elles sont sur la terre, aient été produites par le soleil au moyen de ses atmosphères, cela peut être affirmé par quiconque pense qu'il y a de perpétuelles médiations depuis le premier jusqu'aux derniers, et que rien ne peut exister que par un antérieur à soi, et enfin par un premier. Ce premier est le soleil du monde spirituel, et le Premier de ce soleil est Dieu-Homme ou le Seigneur. Comme les atmosphères sont ces antérieurs, par lesquels ce soleil se manifeste dans les derniers, et comme ces antérieurs décroissent continuellement en activité et en expansion, jusqu'aux derniers, il s'ensuit qu'ils deviennent des substances et des matières, telles qu'elles sont sur la terre, quand leur activité et leur expansion cessent dans les derniers. Ces substances et ces matières retiennent en elles, d'après les atmosphères auxquelles elles doivent leur origine, un effort et une tendance à produire des usages. Ceux qui n'établissent pas la création de l'univers, et de toutes les choses de l'univers, par de continuelles médiations à partir du Premier, ne peuvent que b‚tir des hypothèses sans cohérence et sans lien avec leurs causes. Ces hypothèses, lorsqu'elles sont examinées par un mental ayant une perception intérieure des choses, apparaissent non comme une maison, mais comme un amas de décombres.

304. De cette origine universelle de toutes choses dans l'univers créé, chacune d'entre elles tient pareillement d'avancer dans le même ordre, c'est-à-dire, depuis son premier jusqu'aux derniers, qui sont relativement dans un état de repos, afin de se terminer et de subsister. Ainsi, dans le corps humain, les fibres vont depuis leurs premières formes jusqu'aux dernières qui sont les tendons : les fibres avec leurs petits vaisseaux vont aussi de leurs premières formes jusqu'aux dernières, qui sont des cartilages et des os ; elles se reposent sur eux et subsistent. Comme il y a dans l'homme, une telle progression des fibres et des vaisseaux depuis les premiers jusqu'aux derniers, il y a par conséquent une semblable progression de leurs états, états qui sont les sensations, les pensées et les affections. Celles-ci, de même, vont depuis leurs premiers où elles sont dans la lumière, jusqu'aux derniers où elles sont dans l'ombre ; et, depuis les premiers, où elles sont dans la chaleur, jusqu'aux derniers où elles ne sont pas dans la chaleur. Comme telle est leur progression, telle est aussi la progression de l'amour et de toutes les choses de l'amour, puis aussi de la sagesse et de toutes les choses de la sagesse. En un mot, telle est la progression de toutes choses dans l'univers créé. Voir les N°s 222 à 229, où il est montré que les degrés des deux genres sont dans les très grands et les très petits de toutes les choses qui ont été créées. Voir aussi au N° 300, que selon les idées spirituelles des anges, les degrés des deux genres sont aussi dans les très petits de toutes choses, parce que le soleil spirituel est l'unique substance d'où proviennent toutes choses.

Dans les substances et dans les matières, dont
les terres sont formées, il n'y a rien du Divin
en Soi, néanmoins elles procèdent du
Divin en Soi.

305. D'après l'origine des terres, dont il est traité dans l'article précédent, on peut voir que dans leurs substances et dans leurs matières il n'y a rien du Divin en Soi, mais qu'elles sont dépourvues de tout Divin en Soi ; car elles sont, comme il a été dit, les fins et les terminaisons des atmosphères, dont la chaleur s'est terminée en froid, la lumière en obscurité, et l'activité en inertie. Néanmoins, par continuation elles ont emporté de la substance du soleil spirituel ce qui y venait du Divin, qui, ainsi qu'il a été dit aux N°s 291 à 298, était la sphère entourant Dieu-Homme, ou le Seigneur. De cette sphère par continuation depuis le soleil, au moyen des atmosphères, sont issues les substances et les matières dont les terres sont formées.

306. L'origine des terres d'après le Soleil spirituel, au moyen des atmosphères, ne peut être autrement décrite par des mots qui découlent des idées naturelles, mais elle peut l'être autrement par des mots qui découlent des idées spirituelles, parce que ces idées sont sans l'espace ; et pour cette raison elles ne tombent dans aucune expression du langage naturel. On peut voir ci-dessus, au N° 295, que les pensées, les langages et les écritures spirituels diffèrent des pensées, des langages et des écritures naturels au point qu'ils n'ont rien de commun entre eux, et qu'ils ne communiquent que par les correspondances. Il suffit donc que l'origine des terres soit perçue naturellement dans une certaine mesure.

LA CREATION DE L'UNIVERS

Tous les usages, qui sont les fins de la création,
sont dans des formes, formes qu'ils prennent
des substances et des matières, telles
qu'elles sont dans les terres.

307. Toutes les choses dont il a été parlé jusqu'à présent, par exemple, celles concernant le soleil, les atmosphères et les terres, sont seulement des moyens pour les fins. Les fins de la création sont les choses qui sont produites de la terre par le Seigneur comme Soleil au moyen des atmosphères, et ces fins sont nommées usages. Ce sont dans leur extension toutes les choses du règne végétal, toutes celles du règne animal et enfin le genre humain et le ciel angélique qui en provient. Ces choses sont nommées usages, parce qu'elles sont les réceptacles du Divin Amour et de la Divine Sagesse, et aussi parce qu'elles se tournent vers Dieu Créateur de qui tout procède, et par là Le conjoignent à sa grande œuvre, et par la conjonction font que par Lui elles subsistent de même que par Lui elles ont pris existence. S'il est dit, qu'elles se tournent vers Dieu Créateur de qui tout procède, et Le conjoignent à sa grande œuvre, ce n'est que d'après l'apparence, car il est entendu que Dieu Créateur fait qu'elles se tournent et se conjoignent comme d'elles-mêmes. Il sera dit dans la suite comment cela se fait. Mais il a été montré précédemment que le Divin Amour et la Divine Sagesse ne peuvent qu'être et exister en d'autres, créées par eux, N°s 47 à 51 ; que toutes les choses dans l'univers créé sont des réceptacles du Divin Amour et de la Divine Sagesse, N°s 55 à 60 ; que les usages de toutes les choses qui ont été créées montent par les degrés jusqu'à l'homme, et par l'homme jusqu'à Dieu Créateur de qui tout procède, N°s 65 à 68.

308. Tout homme voit clairement que les usages sont les fins de la création, lorsqu'il considère que par Dieu Créateur il ne peut exister, ni par conséquent être créé, autre chose que l'usage ; et qu'afin d'être un usage, il doit servir à d'autres ; et que l'usage pour soi est aussi pour d'autres, car l'usage pour soi met en état d'être utile à d'autres. Alors il peut aussi considérer que l'usage qui est usage, ne peut exister par l'homme, mais qu'il existe chez l'homme d'après celui par lequel tout ce qui existe est usage, ainsi par le Seigneur.

309. Il sera parlé maintenant des formes des usages I. Dans les terres il y a un effort pour produire les usages dans les formes, c'est-à-dire, produire les formes des usages. II. Dans toutes les formes des usages il y a une certaine image de la création. III. Dans toutes les formes des usages il y a une certaine image de l'homme. IV. Dans toutes les formes des usages il y a une certaine image de l'Infini et de l'Eternel.

310. I. Dans les terres il y a un effort pour produire les usages dans les formes, c'est-à-dire produire les formes des usages. D'après l'origine des terres, on voit qu'en elles il y a cet effort, en ce que les substances et les matières dont elles proviennent sont les fins et les terminaisons des atmosphères qui procèdent du Soleil spirituel comme usages, voir ci-dessus, N°s 305, 306 ; et puisque les substances et les matières dont proviennent les terres, ont cette origine, et que leurs assemblages sont tenus en un lien par la pression des atmosphères, il s'ensuit que de là leur vient un effort perpétuel pour produire des formes des usages. Cette qualité de pouvoir produire, elles la tiennent de leur origine, savoir, de ce qu'elles sont les derniers des atmosphères, avec lesquelles par conséquent elles concordent. Il est dit que cet effort et cette qualité sont dans les terres, mais il est entendu qu'ils sont dans ces substances et dans ces matières dont proviennent les terres, soit qu'elles se trouvent dans les terres, soit qu'exhalées des terres elles se trouvent dans les atmosphères. Il est bien connu que les atmosphères sont remplies de ces substances et de ces matières. On voit clairement qu'il y a un tel effort et une telle qualité dans les substances et dans les matières de la terre, en ce que les semences de tout genre, ouvertes au moyen de la chaleur jusqu'à leur intime, sont imprégnées de substances très subtiles, qui ne peuvent être que d'une origine spirituelle, et par là en puissance de se conjoindre à l'usage, d'où résulte leur principe prolifique. Alors par la conjonction avec les matières d'origine naturelle, elles peuvent produire des formes des usages, les faire sortir ensuite comme d'un utérus, afin qu'elles viennent aussi à la lumière, et ainsi germent et croissent. Cet effort est ensuite continuel d'après les terres par la racine jusqu'aux derniers, et des derniers aux premiers, dans lesquels l'usage lui-même est dans son origine. C'est ainsi que les usages passent dans les formes. Et les formes tiennent de l'usage, qui est comme l'âme, que, dans la progression des premiers aux derniers et des derniers aux premiers, toutes et chacune de leurs parties soient de quelque usage. Il est dit que l'usage est comme l'âme, parce que la forme de l'usage est comme le corps. Il s'ensuit qu'il y a un effort encore plus intérieur qui est l'effort pour produire des usages pour le règne animal par des germinations, car les animaux de tout genre se nourrissent de plantes. Il s'ensuit encore qu'il y a aussi en elles un effort intime, qui est l'effort pour remplir un usage pour le genre humain. Il résulte de tout cela, Il qu'il y a des derniers, et que dans les derniers il y a simultanément dans leur ordre les antérieurs, selon ce qui a plusieurs fois été montré ci-dessus. 2° Qu'il y a les degrés des deux genres dans les très grands et dans les très petits de toutes choses, (N°s 222 à 229), et qu'ils sont pareillement dans cet effort. 3° Que puisque tous les usages sont produits par le Seigneur, dans les derniers il doit y avoir un effort pour les usages.

311. Néanmoins tous ces efforts ne sont pas vivants, car ce sont les efforts des forces dernières de la vie, forces dans lesquelles d'après la vie dont elles proviennent, il y a enfin une tendance à revenir à leur origine par les moyens offerts. Dans les derniers, les atmosphères deviennent de telles forces par lesquelles les substances et les matières, telles qu'elles sont dans les terres, sont mises en action pour constituer des formes, et y sont maintenues tant par dedans que par dehors. Ce sujet étant d'une vaste étendue, ne peut être developpé maintenant.

312. La première production sortie de ces terres, quand elles étaient encore récentes et dans leur simplicité, a été la production des semences ; le premier effort ne pouvant être rien d'autre.

313. II. Dans toutes les formes des usages il y a une certaine image de la création. Les formes des usages sont de trois genres : celles du règne minéral, celles du règne végétal et celles du règne animal. Les formes des usages du règne minéral ne peuvent être décrites, parce qu'elles ne se montrent pas à la vue. Les premières formes sont les substances et les matières dont proviennent les terres, dans leurs très petites parties ; les secondes formes en sont des assemblages, qui sont d'une variété infinie ; les troisièmes formes proviennent de végétaux tombés en poussière et d'animaux morts, de leurs évaporations et de leurs exhalaisons continuelles qui se joignent aux terres, et en font l'humus. Ces formes des trois degrés du règne minéral représentent en image la création, en ce que, mises en action par le soleil au moyen des atmosphères, et au moyen de la chaleur et de la lumière des atmosphères, elles produisent dans des formes les usages, qui ont été les fins de la création. Cette image de la création repose profondément cachée dans leurs efforts, dont il vient d'être parlé au N° 310.

314. Dans les formes des usages du règne végétal, l'image de la création se montre, en ce que ces formes procèdent de leurs premiers vers leurs derniers et de leurs derniers vers leurs premiers. Leurs premiers sont les semences, et leurs derniers sont les tiges recouvertes d'écorce ; et par l'écorce, qui est le dernier des tiges, elles tendent aux semences, qui, comme il a été dit, sont leurs premiers. Les tiges recouvertes d'écorces ressemblent au globe recouvert de terres d'après lesquelles existent la création et la formation de tous les usages. On sait généralement que les végétations se font par les écorces, premières et secondes, par les tuniques, en faisant effort par les enveloppes des racines continuées autour des tiges et des branches, pour les commencements des fruits, et par les fruits pour les semences. Dans les formes des usages, l'image de la création se manifeste dans la progression de leur formation des premiers vers les derniers, et des derniers vers les premiers, puis en ce que dans toute progression il y a la fin de produire les fruits et les semences, qui sont les usages. D'après ce qui précède, il est évident que la progression de la création de l'univers a été de son Premier, qui est le Seigneur entouré du soleil, vers les derniers qui sont les terres, et de celles-ci par les usages vers le Premier ou le Seigneur ; et que les fins de toute la création ont été les usages.

315. Il faut qu'on sache que la chaleur, la lumière et les atmosphères du monde naturel, ne font absolument rien pour cette image de la création, mais que seules la chaleur, la lumière et les atmosphères du soleil du monde spirituel portent avec elles cette image, et elles l'introduisent dans les formes des usages du règne végétal. La chaleur, la lumière et les atmosphères du monde naturel ouvrent seulement les semences, tiennent les productions de ces semences dans un état de croissance, et les habillent de matières qui leur donnent la fixité. Elles le font, non par les forces provenant de leur soleil, lesquelles, considérées en elles-mêmes, sont nulles, mais par les forces procédant du soleil spirituel, par lesquelles les forces naturelles sont perpétuellement poussées vers cette croissance. Les forces naturelles ne contribuent nullement à la formation de cette image de la création, car l'image de la création est spirituelle. Mais pour qu'elle apparaisse et accomplisse l'usage dans le monde naturel, et pour qu'elle soit fixe et durable, elle doit être jointe à la matière, c'est-à-dire garnie de matières de ce monde.

316. Dans les formes des usages du règne animal il y a une semblable image de la création, par exemple, en ce que de la semence, déposée dans l'utérus ou dans l'œuf, est formé le corps, qui en est le dernier, et que celui-ci, lorsqu'il a atteint sa croissance, produit de nouvelles semences. Cette progression est semblable à celle des formes des usages du règne végétal : les semences sont les commencements, l'utérus ou l'œuf est comme la terre, l'état avant l'enfantement est comme l'état de la semence dans la terre quand elle prend racine, l'état après la naissance jusqu'à la prolification est comme la croissance de l'arbre jusqu'à son état de fructification. D'après ce parallélisme il est évident qu'il y a aussi une ressemblance de la création dans les formes des animaux comme il y en a une dans les formes des végétaux, à savoir qu'il y a une progression des premiers vers les derniers, et des derniers, vers les premiers. Une semblable image de la création existe dans chacune des choses qui sont dans l'homme, car il y a une semblable progression de l'amour par la sagesse vers les usages, par conséquent une semblable progression de la volonté par l'entendement vers les actes, et de la charité par la foi vers les œuvres. La volonté et l'entendement, et aussi la charité et la foi, sont les premiers, les actes et les œuvres sont les derniers ; de ceux-ci par les plaisirs des usages se fait le retour vers leurs premiers, qui, ainsi qu'il a été dit, sont la volonté et l'entendement, ou la charité et la foi. On voit clairement que le retour se fait par les plaisirs des usages, en raison des plaisirs ressentis dans l'accomplissement des actes et des œuvres qui appartiennent à chaque amour, en ce qu'ils refluent vers le premier de l'amour dont ils procèdent, et que par là se fait la conjonction. Les plaisirs des actes et des œuvres sont des plaisirs qui sont appelés usages. Une semblable progression des premiers vers les derniers, et des derniers vers les premiers se fait voir dans les formes le plus purement organiques des affections et des pensées chez l'homme. Dans ses cerveaux ces formes sont comme des étoiles, elles sont appelées substances cendrées. De ces substances sortent des fibres qui, par la substance médullaire à travers le cou passent dans le corps et vont jusqu'aux derniers, et des derniers retournent aux premiers, retour qui se fait par les vaisseaux sanguins. Il y a une semblable progression de toutes les affections et de toutes les pensées, qui sont les changements et les variations de l'état de ces formes et de ces substances ; car les fibres, sortant de ces formes ou de ces substances, sont par comparaison comme les atmosphères procédant du soleil spirituel, qui sont les contenants de la chaleur et de la lumière ; et les actes procédant du corps sont comme les choses qui sont produites des terres par les atmosphères, et dont les plaisirs des usages retournent vers leur origine. Mais l'entendement peut difficilement comprendre qu'il y ait une semblable progression de ces choses, et qu'il y ait une image de la création dans cette progression, parce que des milliers et des myriades de forces, qui opèrent dans l'acte, apparaissent comme un, et parce que les plaisirs des usages ne présentent pas des idées dans la pensée, mais affectent seulement sans une perception distincte. Voir sur ce sujet ce qui a été dit et montré précédemment, par exemple, que les usages de toutes les choses qui ont été créées montent par les degrés de hauteur jusqu'à l'homme, et par l'homme jusqu'à Dieu Créateur de qui tout procède, N°s 65 à 68 ; et que dans les derniers existe la fin de la création, qui est, que toutes choses retournent au Créateur, et qu'il y ait conjonction, N°s 167 à 172. Mais ceci se présentera dans un jour encore plus clair dans la partie suivante, où il sera traité de la correspondance de la volonté et de l'entendement avec le cœur et le poumon.

317. III. Dans toutes les formes des usages il y a une certaine image de l'homme. Cela a été montré ci-dessus aux N°s 61 à 64. On verra dans l'article suivant que tous les usages depuis les premiers jusqu'aux derniers, et depuis les derniers jusqu'aux premiers ont un rapport avec toutes les choses de l'homme, et une correspondance avec elles, et que par suite l'homme est en une certaine image un univers, et que réciproquement l'univers considéré quant aux usages est en image un homme.

318. IV. Dans toutes les formes des usages il y a une certaine image de l'Infini et de l'Eternel. L'image de l'infini dans ces formes se manifeste clairement par l'effort et la puissance de remplir les espaces de tout le globe, et même de tous les globes, à l'infini. Car d'une seule semence est produit un arbre, un arbrisseau ou une plante qui remplit son espace et produit d'autres semences. Si chacune de ces semences reproduisait autant d'autres, après un certain nombre d'années le globe entier serait rempli de leur production ; et si les productions étaient encore continuées, un grand nombre de globes en serait rempli, et cela à l'infini. L'image de l'Eternel est aussi dans ces formes, en ce que les semences se propagent d'année en année sans interruption depuis la création du monde, et elles ne cesseront jamais. Ces deux faits sont des indices éminents et des signes certains que tout dans l'univers a été créé par un Dieu Infini et Eternel, Outre ces images de l'Infini et de l'Eternel, il y a encore une image de l'Infini et de l'Eternel dans les variétés, en ce que, dans l'univers créé, il ne peut jamais y avoir une substance, un état ou un objet qui soit le même qu'un autre, ou identique à un autre. Dans les atmosphères, dans les terres et dans les formes qui en tirent leur origine, par conséquent parmi tous les objets qui remplissent l'univers, il ne peut non plus être produit durant l'éternité une chose qui soit la même qu'une autre. On le voit bien clairement dans la variété des faces de tous les hommes ; il n'y en a pas une qui soit identique à une autre sur tout le globe, et il en sera ainsi durant l'éternité. Par conséquent, aucun mental n'est le même qu'un autre, car la face est l'image du mental.



Toutes les choses de lunivers créé considérées
d'après les usages, représentent en image
l'homme ; et cela atteste que Dieu
est Homme.

319. L'homme a été appelé microcosme par les anciens, parce qu'il représente le macrocosme, qui est l'univers dans tout le complexe. Mais aujourd'hui on ne sait pas pourquoi l'homme a été ainsi appelé, car rien de l'univers ou du macrocosme ne se manifeste en lui, sauf qu'il tire sa nourriture et sa vie quant au corps, du règne animal et du règne Végétal de l'univers, qu'il est tenu en état de vivre d'après sa chaleur, qu'il voit par sa lumière et qu'il entend et respire par ses atmosphères. Mais cela ne fait pas que l'homme soit un microcosme, à l'instar de l'univers avec tout ce qu'il contient, qui est le macrocosme. Les anciens ont appelé l'homme microcosme ou petit univers d'après les vérité, qu'ils ont puisées dans la science des correspondances dans laquelle avaient été les très anciens et dans la communication avec les anges du ciel ; car, d'après les objets visibles qui les entourent, les anges du ciel savent que toutes les choses de l'univers, considérées quant aux usages, représentent en image l'homme.

320. Mais d'après l'idée de l'univers considéré dans le monde spirituel, que l'homme est un microcosme ou petit univers parce que l'univers créé vu quant aux usages est en image un homme, personne ne peut le penser, et par suite le croire. Seul un ange peut le confirmer, ou quelqu'un à qui il a été donné d'être dans le monde spirituel et de voir les choses qui y sont. Comme cela m'a été donné, je peux révéler cet arcane d'après ce que j'y ai vu.

321. Il faut qu'on sache que le monde spirituel dans son apparence externe est absolument semblable au monde naturel. On y voit des terres, des montagnes, des collines, des fleuves, des fontaines, comme dans le monde naturel, ainsi toutes les choses qui sont du règne minéral. On y voit aussi des paradis, des jardins, des forêts, des bocages, dans lesquels il y a des arbres et des arbrisseaux de tout genre avec fruits et semences, et des plantes, des fleurs, des herbes et des gazons, ainsi toutes les choses qui sont du règne végétal. On y voit des animaux, des oiseaux et des poissons de tout genre, ainsi toutes les choses qui sont du règne animal. L'homme y est ange ou esprit. Ceci est dit par avance, afin qu'on sache que l'univers du monde spirituel est absolument semblable à celui du monde naturel, avec la seule différence que les choses n'y sont pas fixes ni stationnaires comme le sont celles du monde naturel, parce que là rien n'est naturel, mais tout est spirituel.

322. On peut voir clairement que l'univers du monde spirituel représente en image l'homme, en ce que toutes les choses dont il vient d'être parlé au N°s 321, apparaissent vivantes et existent autour de l'ange et autour des sociétés angéliques, comme produites ou créées par eux ; elles restent autour d'eux et ne s'en éloignent pas. On voit qu'elles sont comme produites ou créées par eux, parce qu'elles n'apparaissent plus lorsque l'ange se retire, ou que la société passe ailleurs ; puis en ce que l'apparence de toutes choses est changée quand d'autres anges viennent à cette place. Les jardins paradisiaques sont changés quant aux arbres et aux fruits ; les parterres quant aux fleurs et aux semences ; les champs quant aux herbes et aux graminées ; les espèces d'animaux et d'oiseaux le sont aussi. De telles choses existent et sont ainsi changées, parce qu'elles existent selon les affections des anges et selon leurs pensées provenant des affections, car elles sont des correspondances ; et comme les choses qui correspondent font un avec ce à quoi elles correspondent, c'est pour cela qu'elles en sont une image représentative. L'image elle-même n'apparait pas quand toutes ces choses sont considérées dans leurs formes, mais elle apparait quand elles sont considérées dans les usages. Il m'a été donné de voir que les anges, quand leurs yeux étaient ouverts par le Seigneur, et qu'ils voyaient ces choses d'après la correspondance des usages, se reconnaissaient et se voyaient eux-mêmes en elles.

323. Maintenant, puisque les choses qui existent autour des anges selon leurs affections et leurs pensées, représentent une sorte d'univers, en ce qu'elles sont des terres, des plantes et des animaux, et qu'elles font une image représentative de l'ange, on voit clairement pourquoi les anciens ont ont appelé l'homme microcosme.

324. Qu'il en soit ainsi, cela a été confirmé maintes fois dans les ´Arcanes Célestesª, dans le traité ´Le ciel et l'enferª, et même dans ce qui précède, quand il a été question des correspondances. Il a été montré qu'il n'y a rien dans l'univers créé, qui n'ait une correspondance avec quelque chose de l'homme, non seulement avec ses affections et par suite avec ses pensées, mais aussi avec les organes et les viscères de son corps ; néanmoins cette correspondance se fait non avec leurs substances, mais avec leurs usages. De là vient que dans la Parole, lorsqu'il s'agit de l'église et de l'homme de l'église, il est si souvent fait mention d'arbres, tels qu'oliviers, ceps et cèdres, et de jardins, de bocages et de forêts, comme aussi d'animaux de la terre d'oiseaux du ciel et de poissons de la mer. Il y est fait mention de ces choses, parce qu'elles correspondent, et qu'elles font un par correspondance, ainsi qu'il a été dit. Pour cette même raison, lorsque ces choses sont lues dans la Parole par l'homme, les anges ne les perçoivent pas, mais à leur place ils perçoivent l'église, ou les hommes de l'église quant à leurs états.

325. Comme toutes les choses de l'univers représentent en image l'homme, Adam est décrit quant à la sagesse et à l'intelligence par le jardin d'Eden, où étaient des arbres de toute espèce, des fleuves, des pierres précieuses et de l'or, et des animaux auxquels il donna des noms. Par toutes ces choses sont entendues celles qui étaient chez lui, et constituaient ce qui est nommé l'homme. Dans Ezechiel XXXI, 3 à 9, des choses presque semblables sont dites d'Aschur, par qui est signifiée l'église quant à l'intelligence ; et de Tyr, par qui est signifiée l'église quant aux connaissances du bien et du vrai, - Ezechiel, XXVIII, 12, 13.

326. D'après ces explications, on peut voir que toutes les choses de l'univers, considérées d'après les usages, représentent en image l'homme, et que cela atteste que Dieu est Homme ; car ces choses mentionnées ci-dessus, existent autour de l'homme-ange, non d'après l'ange, mais d'après le Seigneur par l'ange. En effet, elles existent d'après l'influx du Divin Amour et de la Divine Sagesse du Seigneur dans l'ange, qui est réceptacle, et devant ses yeux elles font voir comme une création de l'univers. Par là les anges savent que Dieu est Homme, et que l'univers créé, considéré quant aux usages, est l'image de Dieu.

Toutes les choses qui ont été créées par le
Seigneur sont des usages. Elles sont des usages
dans l'ordre, dans le degré et dans le rapport
où elles se réfèrent à l'homme, et par l'homme
au Seigneur de qui elles proviennent.

327. Il a été dit sur ce sujet, que par Dieu Créateur il ne peut exister autre chose que l'usage, N° 308 ; que les usages de toutes les choses qui ont été créées montent par degrés depuis les derniers jusqu'à l'homme, et par l'homme jusqu'à Dieu Créateur de qui tout procède, N°s 65 à 68 ; que dans les derniers existe la fin de la création, qui est que toutes choses retournent à Dieu Créateur, et qu'il y ait conjonction, N°s 167 à 172 ; que les choses sont des usages, en tant qu'elles se tournent vers le Créateur, N° 307 ; que le Divin ne peut qu'être et exister dans d'autres créés par Lui, N°s 47 à 51 ; que toutes les choses de l'univers sont des réceptacles selon les usages, et cela selon les degrés, N° 58 ; que l'univers, considéré d'après les usages, est l'image de Dieu, N° 59 ; outre plusieurs autres choses. Il en résulte évidemment cette vérité que toutes les choses qui ont été créées par le Seigneur sont des usages, et qu'elles sont des usages dans l'ordre, dans le degré et dans le rapport où elles se réfèrent à l'homme, et par l'homme au Seigneur de qui tout procède. Il reste à dire ici quelque chose de particulier sur les usages.

328. Par l'homme auquel les usages se réfèrent, il est entendu non seulement un homme, mais aussi une réunion d'hommes, une société petite ou grande, comme une république, un royaume, un empire, et aussi la société la plus grande qui est le monde entier, car chacun d'eux est un homme. Il en est de même dans les cieux : Devant le Seigneur tout le ciel angélique est comme un seul homme, et chaque société du ciel l'est aussi ; il en résulte que chaque ange est un homme. On voit qu'il en est ainsi dans le traité ´Le ciel et l'enferª, N°s 68 à 103. Cette explication fait voir clairement ce qui est entendu par l'homme dans ce qui suit.

329. Par la fin de la création de l'univers on peut voir en quoi consiste les usages. La création de l'univers a pour fin l'existence du ciel angélique ; et parce que le ciel angélique est la fin, l'homme ou le genre humain l'est aussi, puisque le ciel en est composé. Il s'ensuit que toutes les choses qui ont été créées sont des fins moyennes, et que ces fins sont des usages dans l'ordre, dans le degré et dans le rapport oùelles se réfèrent à l'homme, et par l'homme au Seigneur.

330. Puisque la fin de la création est le ciel angélique provenant du genre humain, ainsi le genre humain lui-même, toutes les autres choses créées sont par conséquent des fins moyennes, qui, parce qu'elles se réfèrent à l'homme, concernent ces trois plans de l'homme, son corps, son rationnel, son spirituel, Pour la conjonction avec le Seigneur. En effet, l'homme ne peut être conjoint au Seigneur s'il n'est spirituel ; et il ne peut être spirituel s'il n'est rationnel ; et il ne peut être rationnel si le corps n'est pas dans un état de santé. Ces choses sont comparables à une maison, le corps en serait le fondement, le rationnel la maison construite dessus, le spirituel les choses qui sont dans la maison, et la conjonction avec le Seigneur serait le fait d'y habiter. Ainsi on voit en quel ordre, en quel degré et en quel rapport, les usages qui sont les fins moyennes de la création, se réfèrent à l'homme, savoir, pour soutenir son corps, perfectionner son rationnel, et recevoir du Seigneur le spirituel.

331. Les usages pour soutenir le corps se réfèrent à sa nourriture, son vêtement, son habitation, sa récréation et son amusement, sa protection et la conservation de son état. Les usages créés pour la nourriture du corps sont toutes les choses du règne végétal, qui se mangent et se boivent, et aussi celles du règne animal, comme les viandes, le lait et les poissons. De nombreuses choses tirées de ces deux règnes sont des usages créés pour le vêtement et pour les autres nécessités du corps ; étant connues, elles ne seront pas énumérées. Il y a, il est vrai beaucoup de choses qui ne sont pas utiles à l'homme ; toutefois les choses superflues ne suppriment pas l'usage, mais en assurent la continuité. Il y a aussi l'abus des usages, mais l'abus ne supprime pas l'usage, de même que la falsification du vrai ne supprime pas le vrai, si ce n'est chez ceux qui font la falsification.

332. Les usages pour perfectionner le rationnel sont toutes les choses qui enseignent ce dont il vient d'être parlé, et qui sont nommées connaissances et études ; elles se réfèrent aux choses naturelles, économiques, civiles et morales qui sont acquises des parents et des maîtres, des livres, des relations avec les autres, ou en soi-même par des réflexions. Ces choses perfectionnent le rationnel, en tant qu'elles sont des usages dans un degré supérieur, et elles subsistent dans la mesure où elles sont appliquées à la vie. Enumérer ces usages serait inutile, à cause de leur grand nombre et de leur rapport varié avec le bien commun.

333. Les usages pour recevoir du Seigneur le spirituel sont toutes les choses qui appartiennent à la religion, et par suite au culte, ainsi celles qui enseignent la connaissance et la reconnaissance de Dieu, la connaissance et la reconnaissance du bien et du vrai, et ainsi la vie éternelle. Ces choses, comme les autres enseignements, sont acquises des parents, des maîtres, des prédicateurs et des livres, et principalement de l'application à y conformer sa vie ; et dans le monde chrétien par les doctrines et les prédications d'après la Parole, et par la Parole d'après le Seigneur. Ces usages, dans toute leur étendue, peuvent être décrits par les termes mêmes qui ont été employés pour les usages du corps, pourvu qu'ils soient appliqués à l'âme, ainsi la nourriture aux biens de l'amour, le vêtement aux vrais de la sagesse, l'habitation au ciel, la récréation et l'amusement à la félicité de la vie et à la joie céleste, la protection aux maux qui infestent, et la conservation de l'état à la vie éternelle. Toutes ces choses sont données par le Seigneur, dans la mesure où l'on reconnaît que toutes celles qui appartiennent au corps sont données aussi par le Seigneur, et que l'homme est seulement comme un serviteur et un ministre économe établi sur les biens de son Maître.

334. On voit clairement d'après l'état des anges dans les cieux que ces choses ont été données à l'homme, pour son usage et son plaisir, puisque les anges ont un corps un rationnel et un spirituel comme les hommes de la terre. Ils sont nourris gratuitement, car chaque jour il leur est donné de la nourriture ; ils sont vêtus gratuitement, car il leur est donné des vêtements ; ils sont logés gratuitement, car il leur est donné des maisons ; ils n'ont aucun souci pour toutes ces choses, et autant ils sont rationnels-spirituels, autant ils ont l'amusement, la protection et la conservation de l'état. Mais les anges voient que ces choses viennent du Seigneur, parce qu'elles sont créées selon l'état de leur amour et de leur sagesse, comme il a été montré au N° 322, tandis que les hommes ne le voient pas, parce que les récoltes reviennent chaque année, et existent non selon l'état de leur amour et de leur sagesse, mais selon leurs soins.

335. Bien que ces choses soient appelées des usages, parce que par l'homme elles se réfèrent au Seigneur, néanmoins on ne peut pas dire que les usages viennent de l'homme pour le Seigneur, mais du Seigneur pour l'homme, parce que tous les usages sont infiniment un dans le Seigneur, et qu'il n'y en a aucun dans l'homme si ce n'est d'après le Seigneur car l'homme ne peut faire le bien d'après lui-même, mais le fait d'après le Seigneur, et le bien est ce qui est appelé usage. L'essence de l'amour spirituel est de faire du bien aux autres, non pour soi mais pour eux ; l'essence du Divin Amour le fait donc infiniment plus. Cela est semblable à l'amour désintéressé des parents pour leurs enfants, et particulièrement à celui de la mère. On croit que le Seigneur, parce qu'on doit L'adorer, Lui rendre un culte et Le glorifier, aime l'adoration, le culte et la gloire pour Lui-Même ; mais Il les aime pour l'homme, parce que l'homme en le faisant, vient dans un état où le Divin peut influer et être perçu, car l'homme alors éloigne le propre qui empêche l'influx et la réception ; en effet, le propre qui est l'amour de soi, endurcit le cœur et le ferme. Ce propre est éloigné par la reconnaissance que de soi-même il ne vient que du mal, et que du Seigneur il ne vient que du bien. Cette reconnaissance provoque l'attendrissement du cœur et l'humiliation, d'où découlent l'adoration et le culte. Il s'ensuit que le Seigneur remplit les usages pour Lui-Même par l'homme, afin que l'homme par amour puisse faire le bien, et comme c'est là l'amour du Seigneur, sa réception par l'homme est le plaisir de l'amour du Seigneur. Qu'on ne croie donc pas que le Seigneur soit chez ceux qui seulement l'adorent, mais que l'on croie qu'il est chez ceux qui font ses commandements, par conséquent des usages. Il fait sa demeure chez ceux-ci, mais non chez ceux-là. Voir aussi ce qui a été dit sur ce sujet aux N°s 47, 48, 49.

Les mauvais usages n'ont pas été créés par le Seigneur,
mais ils sont nés avec l'enfer.

336. Tous les biens qui existent en acte sont nommés usages, et ce sont de bons usages, et tous les maux qui existent en acte sont aussi nommés usages, mais ce sont de mauvais usages. Maintenant, puisque tous les biens viennent du Seigneur, et que tous les maux viennent de l'enfer, il s'ensuit que seuls les bons usages ont été créés par le Seigneur, et que les mauvais sont nés de l'enfer. Par les usages, dont il s'agit spécialement dans cet article, sont entendues toutes les choses qui se voient sur terre, comme les animaux et les plantes de tout genre. Les animaux et les végétaux qui remplissent un usage pour l'homme viennent du Seigneur, et ceux qui causent du dommage à l'homme viennent de l'enfer. De même par les usages qui viennent du Seigneur sont entendues toutes les choses qui perfectionnent le rationnel de l'homme, et qui font que l'homme reçoit du Seigneur le spirituel ; mais par les mauvais usages sont entendues toutes celles qui détruisent le rationnel, et font que l'homme ne peut devenir spirituel. Les choses qui causent du dommage à l'homme sont appelées usages, parce qu'elles sont utiles aux méchants pour faire le mal, et qu'elles contribuent même à absorber les malignités, par conséquent aussi à les guérir. Comme il est dit amour bon et amour mauvais le mot usage est pris dans les deux sens ; et l'amour nomme usage tout ce qui est fait par lui.

337. II sera démontré dans l'ordre suivant que les bons usages viennent du Seigneur, et que les mauvais viennent de l'enfer : I. Ce qui est entendu par les mauvais usages sur la terre. II. Toutes les choses qui sont de mauvais usages sont dans l'enfer, et toutes les choses qui sont de bons usages sont dans le ciel. III. Il y a un influx continuel du monde spirituel dans le monde naturel. IV. L'influx de l'enfer opère les choses qui sont de mauvais usages dans les lieux où sont les choses qui correspondent à ces usages. V. Le spirituel le plus inférieur séparé de son supérieur opère cela. VI. Il y a deux formes dans lesquelles se fait l'opération par influx, la forme végétale et la forme animale. VII. Ces deux formes reçoivent la faculté de propager leur espèce, et les moyens de propagation.

338. I. Ce qui est entendu par les mauvais usages sur la terre. Par les mauvais usages sur la terre sont entendues toutes les choses nuisibles dans le règne animal et dans le règne végétal, et aussi les choses nuisibles dans le règne minéral. Il est inutile d'en faire l'énumération, car ce serait entasser des noms sans indiquer le dommage que chaque espèce produit, et ne remplirait pas l'usage que cet ouvrage a pour but. Il suffit d'en nommer quelques-unes. Tels sont dans le règne animal, les serpents venimeux, les scorpions, les crocodiles, les hiboux, les chouettes, les rats, les sauterelles, les araignées, et aussi les mouches, les bourdons, les mites, les poux, en un mot tous les insectes nuisibles. Dans le règne végétal, ce sont les plantes malfaisantes et vénéneuses ; dans le règne minéral ce sont les terres empoisonnées. Cette courte explication fait voir ce qui est entendu par les mauvais usages sur la terre, ce sont toutes les choses qui sont opposées aux bons usages, dont il a été parlé dans l'article précédent.

339. II. Toutes les choses qui sont de mauvais usages sont dans l'enfer, et toutes celles qui sont de bons usages sont dans le ciel. Avant qu'on puisse voir que tous les mauvais usages qui existent sur la terre viennent, non du Seigneur, mais de l'enfer, il faut dire d'abord quelque chose du ciel et de l'enfer. Sans cette connaissance préalable on pourrait attribuer au Seigneur les mauvais usages comme les bons, et croire qu'ils ont existé ensemble dès la création, ou les attribuer à la nature, et croire que leur origine vient de son soleil. L'homme ne peut être détourné de ces deux erreurs, s'il ne sait pas que dans le monde naturel il n'existe rien qui n'ait sa cause dans le monde spirituel, et par suite ne tire son origine de ce monde, et que du Seigneur vient le bien, et du diable, c'est-à-dire de l'enfer, le mal. Par le monde spirituel il est entendu et le ciel où apparaissent toutes les choses qui sont les bons usages, et l'enfer où apparaissent toutes celles qui sont les mauvais usages, dont il vient d'être question au N° 338. Toutes ces choses qui causent du dommage et tuent les hommes, apparaissent dans les enfers d'une manière aussi frappante que sur la terre. Il est dit qu'elles y apparaissent, néanmoins elles ne sont pas là comme elles sont sur la terre, car elles sont de pures correspondances des cupidités qui jaillissent des amours des infernaux, et qui se présentent dans de telles formes devant les autres. Comme il y a de telles choses dans les enfers, ceux-ci sont remplis d'odeurs infectes, par exemple, d'odeurs de cadavre, de fumier, d'urine, de pourriture, dont les esprits diaboliques se délectent comme le font certains animaux sur terre. D'après ces explications, on peut voir que les choses semblables dans le monde naturel n'ont pas tiré leur origine du Seigneur, car de Lui ne vient pas l'enfer, ni par conséquent ce qui dans l'enfer correspond aux maux des infernaux ; qu'elles n'ont pas été créées dès le commecement, et qu'elles ne tiennent pas leur origine de la nature par son soleil, car le spirituel influe dans le naturel, et non vice versa ; mais qu'elles viennent de l'enfer.

340. III. Il y a un influx continuel du monde spirituel dans le monde naturel. Celui qui ne sait pas qu'il y a un monde spirituel, et que ce monde et le monde naturel sont distincts comme l'antérieur et le postérieur, ou comme la cause et ce que la cause produit, ne peut rien savoir de cet influx. Pour cette raison, ceux qui ont écrit sur l'origine des végétaux et des animaux, n'ont pu faire autrement que de l'attribuer à la nature, et s'ils l'ont attribuée à Dieu, c'est en disant que Dieu dès le commencement a mis dans la nature la force de produire de telles choses. Ainsi ils ne savent pas qu'aucune force n'a été mise dans la nature ; car en elle-même la nature est morte, et ne contribue pas plus à produire ces choses que l'instrument dans le travail de l'ouvrier, instrument qui doit être continuellement mis en mouvement pour qu'il agisse. C'est le spirituel, qui tire son origine du Soleil où est le Seigneur, et s'étend jusqu'aux derniers de la nature, qui produit les formes des végétaux et des animaux, et qui manifeste les merveilles existant dans les uns et dans les autres, et remplit ces formes de matières prises de la terre, pour qu'elles soient fixes et permanentes. Maintenant, puisqu'on sait qu'il y a un monde spirituel ; que le spirituel vient du Soleil où est le Seigneur, et qui procède du Seigneur ; que ce spirituel donne l'impulsion à la nature pour agir, comme le vivant le fait pour ce qui est mort ; et qu'il y a dans le monde spirituel les mêmes choses que dans le monde naturel, on peut voir que les végétaux et les animaux n'ont tiré leur existence que du Seigneur par le monde spirituel, et qu'ils existent continuellement par ce monde. Ainsi on peut voir qu'il y a un influx continuel du monde spirituel dans le monde naturel, ce qui sera confirmé dans l'article suivant. Les choses nuisibles sont produites sur la terre par l'influx de l'enfer, par la même loi de permission, par laquelle les maux eux-mêmes influent de l'enfer chez les hommes. Il sera parlé de cette loi dans la Sagesse Angélique sur la Divine Providence.

341. IV. L'influx de l'enfer opère des choses qui sont de mauvais usages dans les lieux où sont les choses qui correspondent à ces usages. Les choses qui correspondent aux mauvais usages, c'est-à-dire, aux plantes nuisibles et aux animaux malfaisants, sont les matières cadavéreuses, pourries, excrémentielles, urineuses et rances. Par conséquent ces plantes et ces animalcules existent là où se trouvent ces matières ; et dans les zones torrides les animaux plus grands tels que serpents, basilics, crocodiles, scorpions, rats et autres. Chacun sait que les marais, les étangs, les fumiers, les terres pourries, sont remplis de semblables choses ; que des insectes nuisibles remplissent l'atmosphère de nuées ; et que la vermine destructrice couvre comme des armées la terre, et consume les herbes jusqu'aux racines. L'observation fait voir que les matières cadavéreuses et puantes s'accordent avec ces animalcules nuisibles et inutiles, et leur sont homogènes. On peut le voir clairement d'après la cause qui est dans les enfers où existent de semblables puanteurs et infections, et où de tels animalcules apparaissent aussi. Mais tous ces enfers sont recouverts, afin que ces exhalaisons n'en sortent pas ; car lorsqu'ils sont quelque peu ouverts, ce qui arrive quand il y entre des diables novices, elles excitent des vomissements et donnent des maux de tête, et celles qui sont en même temps empoisonnées causent des évanouissements ; telle est aussi la poussière qui, pour cette raison, est appelée poussière damnée. Par conséquent, il est évident que ces choses nuisibles existent là où il y a de telles puanteurs, parce qu'elles correspondent.

342. On peut maintenant se demander si de telles choses proviennent d'œufs transportés par l'air, ou par les pluies et les courants d'eaux, ou si elles proviennent des humidités et des pestilences mêmes. Si on admet que les puanteurs et les exhalaisons donnent naissance à de tels insectes, cette origine immédiate ne contredit pas qu'ils se propagent ensuite par l'œuf ou le frai, puisque tout animal reçoit aussi avec les viscères, les organes de la génération et les moyens de la propagation. Voir sur ce sujet le N° 347. Il n'a pas été connu jusqu'à présent que de semblables choses existent dans les enfers.

343. On peut conclure que les enfers ont non seulement communication mais aussi conjonction avec de telles choses sur terre, du fait qu'ils ne sont pas éloignés des hommes, mais qu'ils sont autour d'eux, et même dans ceux qui sont méchants, qu'ainsi ils sont contigus à la terre. En effet, l'homme quant à ses affections et à ses cupidités, et par suite quant à ses pensées, et d'après les unes et les autres quant à ses actes, qui sont de bons ou de mauvais usages, est au milieu des anges du ciel, ou au milieu des esprits de l'enfer. Et comme les choses, telles qu'elles sont sur terre sont aussi dans les cieux et dans les enfers, il s'ensuit que l'influx qui vient de là produit immédiatement de telles choses quand les conditions sont favorables. En fait, toutes les choses qui apparaissent dans le monde spirituel, tant dans le ciel que dans l'enfer, sont des apparences des affections et des cupidités, car elles y existent selon ces correspondances. Lors donc que les affections et les cupidités, qui en elles-mêmes sont spirituelles, rencontrent des homogènes ou des correspondants sur terre, le spirituel qui donne l'âme et le matériel qui donne le corps sont présents ; de plus il y a dans tout spirituel un effort pour se revêtir d'un corps. Les enfers sont autour de l'homme, et par suite contigus à la terre, parce que le monde spirituel n'est pas dans l'espace, mais est là où se trouve l'affection correspondante.

344. Dans le monde spirituel, je fus un jour témoin de la conversation de deux présidents de la English Royal Society, Sir Hans Sloane et Martin Folkes. Ils parlaient sur l'existence des semences et des œufs, et sur les productions qui en résultent sur terre. Le premier les attribuait à la nature, et soutenait que par création celle-ci était douée de la Puissance et de la force de produire de telles choses au moyen de la chaleur du soleil. Le second maintenait que cette force dans la nature venait continuellement de Dieu Créateur. Pour que cette discussion f°t réglée, un bel oiseau apparut à Sir Hans Sloane, et il lui fut demandé de l'examiner pour voir s'il différait le moindrement d'un oiseau semblable sur terre. Il le prit, l'examina et ne trouva aucune différence. Il savait, en effet, que cet oiseau n'était autre que l'affection d'un ange, représentée hors de lui comme oiseau, et que celui-ci s'évanouirait ou cesserait d'être avec l'affection de cet ange ; ce qui même arriva. D'après cette expérience, Sir Hans Sloane fut convaincu que la nature ne contribue en rien à la production des végétaux et des animaux, mais que ceux-ci sont produits seulement par ce qui influe du monde spirituel dans le monde naturel. Il disait que si cet oiseau dans ses plus petites parties était rempli de matières correspondantes tirées de la terre, il serait ainsi fixé et durable, comme le sont les oiseaux sur terre ; et qu'il en est de même des choses qui viennent de l'enfer. Il ajouta que s'il e°t connu ce qu'il connaît maintenant du monde spirituel, il n'aurait attribué à la nature rien de plus que ce qui doit servir au spirituel, qui vient de Dieu, pour fixer les choses qui influent continuellement dans la nature.

345. V. Le spirituel le plus inférieur séparé de son supérieur opère cela. Dans la troisième partie, il a été montré que le spirituel découle de son soleil jusqu'aux derniers de la nature par trois degrés, et que ces degrés sont nommés céleste, spirituel et naturel, que ces trois degrés sont dans l'homme par création, donc par naissance, et qu'ils sont ouverts selon la vie. Il a été aussi montré que si le degré céleste, qui est le suprême et l'intime, est ouvert, l'homme devient céleste ; que si le degré spirituel, qui est le moyen est ouvert, l'homme devient spirituel ; et que si seulement le degré naturel qui est l'infime et l'extrême, est ouvert, l'homme devient naturel ; que s'il devient seulement naturel, il n'aime que les choses qui appartiennent au corps et au monde ; et que, autant il aime ces choses, autant il n'aime ni les célestes ni les spirituels, ne se tourne pas vers Dieu, et devient méchant. D'après cette exposition, il est évident que le dernier spirituel, qui est appelé spirituel-naturel, peut être séparé de ses parties supérieures, et qu'il est séparé chez les hommes dont l'enfer est formé. Le spirituel le plus inférieur peut se séparer de ses parties supérieures, et se tourner vers l'enfer, seulement chez les hommes ; il ne peut être ainsi séparé ni chez les bêtes, ni dans les autres choses de la terre. Il s'ensuit que le spirituel le plus bas, séparé de ses parties supérieures, tel qu'il est chez ceux qui sont dans l'enfer, opère sur la terre ses mauvais usages, dont il a été parlé ci-dessus. L'état de la terre de Canaan peut confirmer que les choses nuisibles de la terre tirent leur origine de l'homme, et ainsi de l'enfer. Dans la Parole, lorsque les fils d'IsraÎl vivaient selon les préceptes, les terres produisaient en abondance, et le menu et le gros bétail augmentait ; quand ils vivaient contre les préceptes, les terres étaient stériles, et, ainsi qu'il est dit, maudites au lieu de moissons elles donnaient des épines et des ronces le menu et gros bétail avortait, et les bêtes féroces faisaient irruption. Une semblable confirmation peut être tirée des sauterelles, des grenouilles et des poux en Egypte.

346. VI.Il y a deux formes dans lesquelles se fait l'opération par influx, la forme végétale et la forme animale. On sait d'après le règne animal et le règne végétal, qu'il y a deux formes universelles qui soient produites de la terre ; et que tous les sujets d'un règne ont beaucoup de choses en commun. Ainsi les sujets du règne animal ont des organes sensitifs et des organes moteurs, puis des membres et des viscères, qui sont mis en activité par les cerveaux, les cœurs et les poumons. Les sujets du règne végétal poussent une racine dans la terre, produisent une tige, des branches, des feuilles, des fruits, des semences. Ces deux règnes, quant aux productions dans leurs formes, tirent leur origine de l'influx et de l'opération spirituelle provenant du Soleil du ciel, où est le Seigneur, et non de l'influx ni de l'opération de la nature provenant de son soleil ; de celui-ci ils ne tirent que leur fixation, comme il a été dit ci-dessus. Tous les animaux, grands et petits tirent leur origine du spirituel dans le dernier degré, qui est appelé naturel ; l'homme seul tire la sienne de tous les degrés qui sont au nombre de trois, et sont appelés céleste, spirituel et naturel. Puisque chaque degré de hauteur ou degré discret décroît depuis sa perfection jusqu'à son imperfection, comme la lumière décroît jusqu'à l'ombre par continuité, il en est de même des animaux. C'est pourquoi il y a parmi eux des animaux parfaits, comme les éléphants, les chameaux, les chevaux, les mulets, les bœufs, les brebis, les chèvres, et tous ceux qui appartiennent au menu et au gros bétail ; les moins parfaits sont les volatiles ; et les imparfaits sont les poissons, les coquillages, qui, étant les infimes de ce degré, sont comme dans l'ombre, tandis que les autres sont dans la lumière. Néanmoins, comme les animaux vivent seulement d'après le dernier degré spirituel qui est appelé naturel, ils ne peuvent regarder que vers la terre, vers la p‚ture qu'ils y trouvent, et vers leurs semblables pour la propagation. L'‚me de tous ces animaux est une affection naturelle et un appétit. Il en est de même des sujets du règne végétal, les parfaits sont les arbres à fruits, les moins parfaits les ceps de vigne et les arbrisseaux, et les imparfaits sont les herbes. Mais les végétaux tiennent du spirituel dont ils procèdent d'être des usages ; et les animaux tiennent du spirituel dont ils procèdent, d'être des affections et des appétits, comme il a été dit.

347. VII. Ces deux formes reçoivent, avec l'existence, les moyens de propagation. Il a été montré ci-dessus, aux N°s 313 à 318, que dans toutes les choses produites de la terre, lesquelles ainsi qu'il a été dit, appartiennent soit au règne végétal soit au règne animal, il y a quelque image de la création, de l'homme, et aussi de l'infini et de l'éternel ; il a aussi été montré que l'image de l'infini et de l'éternel se manifeste clairement en ce que ces choses ont la capacité de se propager infiniment et éternellement. Pour cette raison elles reçoivent des moyens de propagation, les sujets du règne animal par des semences dans un œuf, dans un utérus ou par frai ; et les sujets du règne végétal par des semences dans la terre. On peut donc voir que, bien que les animaux et les végétaux plus imparfaits et nuisibles tirent leur origine de l'enfer par un influx immédiat, néanmoins ils sont dans la suite propagés médiatement par des semences, par des œufs ou par des boutures. L'admission de l'un de ces deux modes ne contredit par l'autre.

348. Voici une expérience qui peut illustrer que tous les usages, tant bons que mauvais, sont d'origine spirituelle et procèdent du Soleil où est le Seigneur : J'ai appris que des biens et des vrais avaient été envoyés par le Seigneur à travers les cieux vers les enfers ; et qu'ils avaient été reçus par degrés dans leur descente vers les profondeurs ; là ils avaient été changés en des maux et des faux opposés aux biens et aux vrais envoyés. Il en fut ainsi, parce que les sujets qui reçoivent changent toutes les choses qui influent en d'autres qui conviennent à leurs formes, absolument comme la lumière éclatante du soleil est changée en couleurs sombres et en objets dont les substances sont dans une forme telle, qu'elles étouffent et éteignent la lumière, et comme les eaux stagnantes, les fumiers et les cadavres changent la chaleur du soleil en puanteurs. On peut ainsi voir que les mauvais usages viennent aussi du soleil spirituel, mais que ce sont les bons usages qui sont changés en mauvais usages dans l'enfer. Il est donc évident que le Seigneur n'a créé et ne crée que de bons usages, mais que l'enfer produit les mauvais.

Les choses visibles dans l'univers créé attestent
que la nature n'a rien produit et ne produit rien,
mais que le Divin a produit et produit toutes
choses de Lui-même, et par le
monde spirituel.

349. La plupart des hommes dans le monde disent, d'après l'apparence, que le soleil par la chaleur et la lumière produit ce que l'on voit dans les champs, dans les jardins et dans les forêts ; et que par sa chaleur le soleil fait sortir des œufs les vers, qu'il fait proliférer les bêtes de la terre et les oiseaux du ciel, et même qu'il donne la vie à l'homme. Ceux qui parlent dans ce sens seulement d'après l'apparence, peuvent le faire, toujours est-il cependant qu'ils n'attribuent pas ces effets à la nature, car ils ne pensent pas ainsi, tout comme ceux qui disent du soleil qu'il se lève et se couche, qu'il fait les jours et les années, qu'il est en ce moment à telle ou telle hauteur. Ceux-ci pareillement parlent d'après l'apparence, et peuvent le faire, et cependant ils n'attribuent pas ces effets au soleil, car ils ne pensent pas alors à l'état stationnaire du soleil ni au mouvement de rotation de la terre. Mais ceux qui se confirment sur ce point, que le soleil par la chaleur et la lumière produit les choses qui paraissent sur la terre, attribuent enfin toutes choses à la nature, et même la création de l'univers, et deviennent des partisans du naturalisme et en dernier lieu des athées. Ceux-ci, il est vrai, peuvent ensuite dire que Dieu a créé la nature et a mis en elle la puissance de produire ces choses, mais ils le font par crainte de perdre leur réputation. Néanmoins par Dieu Créateur ils entendent la nature, et quelques-uns l'intime de la nature ; et alors ils ne font aucun cas des Divins que l'église enseigne.

350. Quelques-uns sont excusables, il est vrai, d'avoir attribué à la nature certaines choses visibles, et cela pour deux raisons. 1° Ils n'ont tien su du Soleil du ciel, où est le Seigneur, de l'influx qui en procède, du monde spirituel et de son état, et même rien de la présence de ce monde chez l'homme. Par suite, ils n'ont pu penser autrement sinon que le spirituel était un naturel plus pur qu'ainsi les anges étaient dans l'éther ou dans les étoiles aussi que le diable était le mal de l'homme, ou s'il existait effectivement, qu'il était dans l'air ou dans les lieux profonds ; que les ‚mes des hommes, après la mort, étaient dans l'intime de la terre, ou dans un endroit indéterminé jusqu'au jour du jugement ; et autres choses semblables que l'imagination a introduites par ignorance du monde spirituel et de son soleil. 2° Parce qu'ils n'ont pu savoir comment le Divin produisait toutes les choses qui paraissent sur la terre, où les mauvaises existent aussi bien que les bonnes, ils ont craint de se confirmer dans l'idée de la création par Dieu, de peur de Lui attribuer aussi les mauvaises, de concevoir de Dieu une idée matérielle, de faire de Dieu et de la nature une même chose et ainsi de les confondre. Ces deux raisons rendent excusables ceux qui ont cru que la nature produit les choses visibles d'après une force implantée en elle dès la création. Mais toujours est-il que ceux qui se sont fait athées par des confirmations en faveur de la nature ne sont pas excusables, parce qu'ils auraient pu se confirmer pour le Divin. L'ignorance excuse, il est vrai, mais elle n'enlève pas le faux confirmé, car ce faux est cohérent au mal, ainsi à l'enfer. Parce que tout péché est contre le Divin, ces mêmes hommes qui se sont confirmés pour la nature jusqu'à séparer le Divin d'avec elle, ne considèrent quoi que ce soit comme péché, puisqu'ils ont séparé, et par conséquent rejeté le Divin. Ceux qui ne reconnaissent rien comme péché, après la mort, lorsqu'ils deviennent esprits, étant liés à l'enfer, se précipitent dans le crime selon les cupidités auxquelles ils ont l‚ché la bride.

351. Ceux qui croient à la Divine opération dans tous les détails de la nature, peuvent, par un grand nombre de faits qu'ils y voient, se confirmer pour le Divin, autant et même plus que ceux qui se confirment pour la nature. En effet, ils portent leur attention sur les merveilles qui se font voir tant dans les productions des végétaux que dans celles des animaux. Ainsi ils voient que dans les plantes, d'une très petite semence il sort une racine, par celle-ci une tige, et successivement des rameaux, des feuilles, des fleurs, des fruits, jusqu'à de nouvelles semences, comme si la semence connaissait l'ordre de succession ou le procédé par lequel elle doit se renouveler. Tout homme raisonnable peut-il penser que le soleil, qui est pur feu, ait cette connaissance, ou puisse donner à sa chaleur et à sa lumière le pouvoir de produire de tels effets, former ces merveilles et avoir en vue l'usage ? Lorsque l'homme, dont le rationnel a été élevé, voit ces merveilles et les examine, il ne peut faire autrement que de penser qu'elles viennent de Celui dont la sagesse est infinie, par conséquent de Dieu. Ceux qui reconnaissent le Divin le voient aussi et le pensent, mais il n'en est pas de même de ceux qui ne reconnaissent pas le Divin, car ils ne le veulent pas. Ces derniers plongent ainsi leur rationnel dans le sensuel, qui tire toutes ses idées de la lueur dans laquelle sont les sens du corps, et ils confirment les illusions des sens, en disant que le soleil opère ces choses par sa chaleur et sa lumière, et que ce qu'on ne voit pas n'existe pas.

Ceux qui se confirment pour le Divin, voient des merveilles dans la reproduction des animaux, par exemple, dans les œufs ils voient le petit caché dans son germe ou commencement, avec tout ce qui est nécessaire jusqu'à l'éclosion, et aussi avec tout ce qui concerne la croissance après l'éclosion jusqu'à ce qu'il devienne oiseau ou volatile dans la forme de celui qui l'a engendré. En examinant leur forme, on découvre avec surprise que dans les plus petits comme dans les plus grands de ces volatiles, dans ceux qui sont invisibles comme dans ceux qui sont visibles, il y a les organes des cinq sens, les muscles, car ils volent et marchent, aussi les viscères autour du cœur et des poumons, qui sont mis en action par les cerveaux. Ceux qui attribuent tout à la nature voient toutes ces choses, mais ils constatent seulement leur existence et déclarent que la nature les produit ; ils le disent parce qu'ils ont détourné leur mental de toute pensée sur le Divin, et alors, quand ils voient des merveilles dans la nature, ils ne peuvent y penser rationnellement ni à plus forte raison spirituellement, mais ils y pensent sensuellement et matériellement ; ils pensent donc dans la nature d'après la nature et non au-dessus d'elle, de la même manière que ceux qui sont dans l'enfer. Ils diffèrent des bêtes seulement en ce qu'ils jouissent de la rationalité, c'est-à-dire, en ce qu'ils peuvent comprendre, et ainsi penser autrement s'ils le veulent.

352. Quand ceux qui se sont détournés de toute pensée sur le Divin, et par là deviennent sensuels, voient des merveilles dans la nature, ils ne réalisent pas que la vue de l'œil est si grossière, qu'elle confond plusieurs petits insectes en une seule chose obscure. Cependant chaque petit insecte a été organisé pour sentir et pour se mouvoir, et ainsi a été doué d'organes et de viscères tissus des plus pures substances de la nature, et ces tissus correspondent à quelque chose de la vie, par laquelle leurs parties les plus minuscules sont distinctement mises en action. Puisque la vue de l'œil est si grossière, et que néanmoins ceux qui sont sensuels pensent et jugent d'après elle, on voit clairement combien leur mental est devenu épais, et par suite dans quelle obscurité ils sont dans les choses spirituelles.

353. Chacun, s'il le veut, peut se confirmer pour le Divin par les choses visibles dans la nature ; et celui qui pense à Dieu, en observant la vie, peut aussi se confirmer. Par exemple lorsqu'il voit que les oiseaux du ciel connaissent leurs aliments, leurs pareils, et parmi les autres oiseaux ceux qui sont amis ou ennemis ; qu'ils forment des mariages, construisent avec art des nids, où ils font éclore leurs petits qu'ils aiment avec tendresse, et pourvoient à leurs besoins jusqu'au moment où ces petits peuvent faire comme eux et procréer une famille pour perpétuer leur race. Quiconque veut penser à l'influx Divin venant par le monde spirituel dans le monde naturel peut voir cet influx dans ces choses, et se dire que le soleil ne peut donner de telles connaissances à ces oiseaux par les rayons de sa lumière, car le soleil, d'où la nature tire son origine et son essence, est pur feu, et par suite les rayons de sa lumière sont absolument morts. Ainsi on peut conclure que de telles choses viennent de l'influx de la Divine Sagesse dans les derniers de la nature.

354. Chacun par les choses visibles dans la nature peut se confirmer pour le Divin, quand il voit que les chenilles, d'après le plaisir d'un certain amour, sont portées et aspirent à changer leur état terrestre en un état analogue à l'état céleste, et pour cela rampent vers des lieux convenables, se mettent comme dans un utérus afin de renaître, et là deviennent chrysalides et enfin papillons. Après la métamorphose, les papillons parés d'ailes magnifiques, volent dans l'air comme dans leur ciel, forment des mariages, déposent des œufs, et pourvoient à leur postérité, et en même temps se nourrissent d'un aliment agréable et doux qu'ils tirent des fleurs. Celui qui se confirme pour le Divin par les choses visibles de la nature peut voir dans ces êtres, comme chenilles, une sorte d'image de l'état terrestre de l'homme, et dans ces mêmes êtres comme papillons, une sorte d'image de l'état céleste. Celui, au contraire, qui se confirme pour la nature, voit, il est vrai, ces merveilles, mais comme il a rejeté l'état céleste de l'homme, il les nomment de purs instincts de la nature.

355. Chacun par les choses visibles dans la nature peut se confirmer pour le Divin lorsqu'il observe les abeilles. Elles savent recueillir la cire pour la construction de leur ruche, le miel pour leur nourriture, prévoyant la longue saison de l'hiver, comme si elles en avaient connaissance. Elles pourvoient à la reproduction de l'espèce d'une façon admirable. On peut voir que c'est en raison de l'usage rendu par elles au genre humain qu'elles reçoivent, de l'influx par le monde spirituel, une forme de gouvernement telle qu'elle existe chez les hommes sur terre, et même chez les anges dans les cieux. Tout homme raisonnable peut voir que toutes ces choses chez ces insectes ne viennent pas du monde naturel, car le soleil d'où provient la nature n'a rien de commun avec un gouvernement pareil qui ressemble au gouvernement céleste. D'après ces observations et d'autres semblables chez les bêtes plus grossières, celui qui reconnaît et adore la nature se confirme pour la nature, tandis que celui qui reconnaît et adore Dieu se confirme pour Dieu car l'homme spirituel y voit des choses spirituelles, et l'homme naturel y voit des choses raturelles, ainsi chacun selon son caractère. Quant à ce qui me concerne, de telles observations ont été pour moi des témoignages de l'influx du spirituel dans le naturel, ou du monde spirituel dans le monde naturel, ainsi procédant de la Divine Sagesse du Seigneur. On ne peut penser analytiquement d'une forme de gouvernement, d'une loi civile, d'une vertu morale, ou d'une vérité spirituelle, à moins que le Divin, d'après sa Sagesse, n'influe par le monde spirituel. Quant à moi, cela m'a été et m'est impossible. J'ai, en effet, remarqué cet influx d'une manière perceptible et sensible continuellement depuis dix-neuf années, j'en témoigne donc d'une façon certaine.

356. Quelque chose de naturel ne peut avoir pour fin l'usage, et disposer les usages dans leurs ordres et dans leurs formes. Le Sage seul le peut ; et il n'y a que Dieu, en qui la Sagesse est infinie qui puisse ainsi ordonner et former l'univers. Nulle autre personne ou nulle autre chose ne peut prévoir pour les hommes tout ce qui est nécessaire à la nourriture et au vêtement, et y pourvoir par les végétaux et les animaux. N'est-il par merveilleux que ces insectes insignifiants que sont les vers à soie, fournissent des vêtements magnifiques aux hommes et aux femmes, et que d'autres insectes comme les abeilles fournissent la cire pour éclairer avec splendeur les temples et les palais ? Ces choses et plusieurs autres sont des preuves manifestes que le Seigneur opère de Soi-Même par le monde spirituel toutes les choses qui existent dans la nature.

357. Je dois ajouter que dans le monde spirituel, j'ai vu ceux qui, par les choses visibles dans le monde, s'étaient confirmés pour la nature jusqu'à devenir des athées. Leur entendement dans la lumière spirituelle m'est apparu ouvert par le bas et fermé par le haut, parce que par la pensée ils ont regardé en bas vers la terre, et non en haut vers le ciel. Au-dessus de leur sensuel, qui est la partie la plus basse de l'entendement, il apparaissait comme un voile, qui, chez quelques-uns était brillant comme le feu infernal, chez d'autres noir comme la suie ou livide comme un cadavre. Il faut donc se garder des confirmations en faveur de la nature et se confirmer pour le Divin, car les moyens ne manquent pas.


Cinquième partie
LA CREATION DE L'HOMME

Le Seigneur a créé et formé chez l'homme deux
réceptacles et habitacles pour lui-même, appelés
la volonté et l'entendement ; la volonté pour
son Divin Amour et l'entendement pour sa Divine Sagesse.

358. Il a été traité du Divin Amour et de la Divine Sagesse de Dieu Créateur qui est le Seigneur de toute éternité, et de la création de l'univers ; maintenant il sera parlé de la création de l'homme. Dans Genèse I, 26, on lit que l'homme a été créé à l'image de Dieu selon la ressemblance de Dieu. Par l'image de Dieu il est entendu la Divine Sagesse, et par la ressemblance de Dieu le Divin Amour, car la sagesse n'est autre que l'image de l'amour. En effet, l'amour se fait voir et connaître dans la sagesse, et puisqu'il y est vu et connu, la sagesse est son image. L'amour est aussi l'Etre de la vie, et la sagesse est l'Exister de la vie d'après l'Etre. La ressemblance et l'image de Dieu se font voir clairement chez les anges, car l'amour, de l'intérieur brille sur leur face, et la sagesse, dans leur beauté ; et la beauté est la forme de leur amour. Je l'ai vu et je l'ai su.

359. L'homme ne peut être l'image de Dieu selon la ressemblance de Dieu, si Dieu n'est pas dans l'homme, et n'est pas la vie de l'homme par l'intime. Il a été démontré ci-dessus, aux N°s 4 à 6, que Dieu est dans l'homme, et que par l'intime Il est la vie de l'homme, que Dieu seul est la vie, et que l'homme et les anges sont les réceptacles de la vie procédant de Lui. La Parole nous dit que Dieu est dans l'homme, et qu'Il fait sa demeure chez lui. Comme cela est connu d'après la Parole, les prédicateurs disent à leurs auditeurs de se préparer à recevoir Dieu, pour qu'il entre en eux pour qu'il soit dans leur cœur, pour qu'il habite en eux de même parle l'homme pieux dans ses prières. Quelques-uns parlent ainsi de l'Esprit-Saint, qu'ils croient être en eux quand ils sont dans un saint zèle, et que d'après ce zèle, ils pensent, parlent et prêchent. Il a été montré dans ´ La doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur ª aux N°s 51, 52, 53, que l'Esprit-Saint est le Seigneur, et non quelque Dieu constituant par Lui-même une personne. En effet, le Seigneur dit : ´ En ce jour-là vous connaîtrez que vous êtes en Moi, et Moi en vous ª. - Jean XIV, 20. - et aussi dans Jean XV, 4,5. et XVII, 23.

360. Maintenant, puisque le Seigneur est le Divin Amour et la Divine Sagesse, et que ces deux choses sont essentiellement Lui-même, il faut de toute nécessité, pour qu'il habite dans l'homme, et donne la vie à l'homme, qu'il ait créé et formé dans l'homme des réceptacles et habitacles pour Lui-même, l'un pour l'amour et l'autre pour la sagesse. Chez l'homme, le réceptacle ou l'habitacle de l'amour est appelé volonté, et le réceptacle ou l'habitacle de la sagesse est appelé entendement. On verra dans ce qui suit que ces deux choses appartiennent au Seigneur chez l'homme, et que c'est d'après ces deux choses que toute vie est dans l'homme.

361. Dans le monde, par une perception générale, on sait que chaque homme a ces deux choses, la volonté et l'entendernent, et qu'elles sont distinctes entre elles comme l'amour et la sagesse le sont entre eux ; en même temps, on ne le sait pas d'après la pensée, ni à plus forte raison d'après la pensée lorsqu'elle est écrite. En effet, on sait d'après une perception générale que la volonté et l'entendement sont deux choses distinctes chez l'homme, car chacun le perçoit lorsqu'on l'entend dire, et chacun peut aussi dire qu'un tel veut le bien, mais ne le comprend pas ; qu'un tel comprend le bien, mais ne le veut pas ; qu'il aime celui qui comprend le bien et le veut, mais n'aime pas celui qui comprend le bien et veut le mal. Néanmoins, quand on pense à la volonté et à l'entendement, on n'en fait pas deux choses en les distinguant, mais on les confond, parce que la pensée agit en commun avec la vue du corps. Quand on écrit, on saisit encore moins que la volonté et l'entendement sont deux choses distinctes, parce qu'alors la pensée agit avec le sensuel qui est le propre de l'homme. Il s'ensuit que quelques-uns, surtout les femmes, peuvent penser bien et parler bien, mais ne peuvent écrire bien. Il en est de même de beaucoup d'autres choses. On sait, d'après une perception générale, que l'homme qui vit bien est sauvé, et que celui qui vit mal est condamné ; que l'homme qui vit bien vient parmi les anges, qu'il voit, entend et parle là comme un homme ; que celui qui fait le juste d'après le juste, et le droit d'après le droit, a de la conscience. Mais si on s'éloigne de la perception générale, et qu'on soumette ces choses à la pensée, alors on ne sait pas ce que représente le mot conscience, ni que l'‚me peut voir, entendre et parler comme un homme, et qu'il y a un bien de la vie, sinon celui qui consiste à donner aux pauvres. Si on écrit ces choses d'après la pensée, on les confirme par des apparences et des illusions, et par des mots creux et dénués de sens. Ils s'ensuit que beaucoup d'hommes instruits, de grands penseurs, et spécialement des écrivains ont affaibli, obscurci et même détruit la perception générale chez eux, et que les simples voient le bien et le vrai plus clairement que ceux qui se croient plus sages qu'eux. Cette perception générale vient de l'influx du ciel, et descend dans la pensée jusqu'à la vue, mais la pensée séparée de la perception générale tombe dans l'imagination, qui vient de la vue et du propre de l'homme. Ainsi lorsqu'on dit une vérité à quelqu'un qui est dans la perception générale, il la verra, il verra aussi que nous sommes, que nous vivons et nous nous mouvons d'après Dieu et dans Dieu ; que Dieu habite dans l'amour et dans la sagesse chez l'homme ; que la volonté est le réceptacle de l'amour et l'entendement celui de la sagesse ; que Dieu est l'Amour-Même et la Sagesse-Même ; il saura en quoi consiste la conscience. Mais si on dit ces choses à un homme instruit, qui a pensé non d'après la perception générale, mais d'après les principes ou les idées provenant du monde et obtenues par la vue, il ne les verra pas. On voit alors lequel des deux est le plus sage.

La volonté et l'entendement, qui sont les
réceptacles de l'amour et de la sagesse, sont dans
les cerveaux, dans le tout et dans chacune des
parties des cerveaux, et par suite, dans le corps
dans son tout et dans chacune de ses parties.

362. Ceci va être démontré dans cet ordre : I. L'amour et la sagesse, et par suite la volonté et l'entendement font la vie même de l'homme. II. La vie de l'homme dans ses commencements est dans les cerveaux, et dans ses prolongements, dans le corps. III. Telle est la vie dans ses commencements, telle elle est dans le tout et dans chaque partie. IV. Par ses commencements, la vie est d'après chaque partie dans le tout, et d'après le tout dans chaque partie. V. Tel est l'amour, telle est la sagesse, et par suite tel est l'homme.


363. I. L'amour et la sagesse,et par suite la volonté et l'entendement, font la vie même de l'homme. Rares sont ceux qui savent ce que c'est que la vie. Quand on y pense, il semble que c'est quelque chose de volatil, dont on n'a aucune idée, parce qu'on ignore que Dieu seul est la vie, et que la vie de Dieu est le Divin Amour et la Divine Sagesse. Il est ainsi évident que la vie chez l'homme n'est pas autre chose que l'amour et la sagesse, et il y a la vie en lui dans la mesure où il les reçoit. On sait que du soleil procèdent la chaleur et la lumière, et que toutes les choses de l'univers en sont des réceptacles qui s'échauffent et brillent selon leur degré de réception. Il en est de même du Soleil où est le Seigneur, la chaleur qui en procède est l'amour, et la lumière qui en procède est la sagesse, ainsi qu'il a été montré dans la Seconde Partie. La vie vient donc de l'Amour et de la Sagesse qui procèdent du Seigneur comme Soleil. On peut aussi voir que l'amour et la sagesse procédant du Seigneur sont la vie, en ce que l'homme devient languissant selon que l'amour se retire de lui, et stupide selon que la sagesse se retire, et qu'il serait privé de vie si l'un et l'autre se retiraient entièrement. Il y a plusieurs choses qui appartiennent à l'amour et qui en dérivent, et que l'on nomme les affections, les désirs, les appétits, avec leurs voluptés et leurs agréments ; il y a aussi plusieurs choses qui dérivent de la sagesse, comme la perception, la réflexion, le souvenir, la pensée, l'attention ; et même plusieurs choses appartenant tant à l'amour qu'à la sagesse, comme le consentement, la conclusion, la détermination à l'acte, et bien d'autres choses encore. Elles appartiennent toutes, il est vrai, à l'amour et à la sagesse, mais elles reçoivent leur nom de celui des deux qui est le plus important et le plus proche. De ces deux sont dérivées en dernier lieu les sensations qui appartiennent aux cinq sens, avec leurs plaisirs et leurs charmes. D'après l'apparence c'est l'œil qui voit, mais c'est l'entendement qui voit par l'œil, c'est même pour cela que voir se dit de l'entendement. Il semble que l'oreille entende, mais c'est l'entendement qui entend par l'oreille, c'est pour cela qu'entendre se dit de l'attention et de l'action d'écouter, qui appartiennent à l'entendement. Il semble que les narines sentent et que la langue go°te, mais c'est l'entendement qui, d'après sa perception sent et go°te, et c'est encore pour cela que sentir et go°ter se disent de la perception ; et ainsi du reste. Les sources de toutes ces choses sont l'amour et la sagesse ; ce qui fait voir que l'amour et la sagesse font la vie de l'homme.

364. Chacun voit que l'entendement est le réceptacle de la sagesse ; mais il en est peu qui voient que la volonté est le réceptacle de l'amour. Il en est ainsi, parce que la volonté ne fait rien d'elle-même, mais agit par l'entendement ; et aussi parce que l'amour de la volonté, lorsqu'il passe dans la sagesse de l'entendement, va d'abord dans l'affection, et passe ainsi, et cette affection n'est perçue que par un certain plaisir de penser, de parler et de faire, auquel on ne fait pas attention. Cependant il est évident que l'amour vient de la volonté, parce que chacun veut ce qu'il aime, et ne veut pas ce qu'il n'aime pas.

365. II. La vie de l'homme dans ses commencements est dans les cerveaux, et dans ses prolongements dans le corps. Dans les commencements elle est dans ses premiers ; et dans les prolongements elle est dans les choses produites et formées par les premiers ; par la vie dans les commencements il est entendu la volonté et l'entendement. Ce sont ces deux choses qui sont dans leurs commencements dans les cerveaux, et dans leurs prolongements dans le corps. Dans ce qui suit on voit que les commencements ou les premiers de la vie sont dans les cerveaux : 1° D'après la sensation elle-même, car lorsque l'homme exerce son mental et pense, il perçoit qu'il pense dans le cerveau ; il fait entrer pour ainsi dire la vue de l'œil à l'intérieur, fronce les sourcils, et perçoit que la recherche se fait intérieurement, principalement au-dedans du front et un peu au-dessus. 2° D'après la formation de l'homme dans l'utérus, en ce que le cerveau ou la tête se développe d'abord, et reste longtemps plus gros que le corps. 3° En ce que la tête est au-dessus et le corps au-dessous ; et il est selon l'ordre que les supérieurs agissent dans les inférieurs, et non vice-versa. 4° En ce que la pensée est affaiblie et le mental est dérangé si le cerveau a été lésé dans l'utérus, ou par blessure, maladie ou trop forte tension. 5° En ce que tous les sens externes du corps, qui sont la vue, l'ouïe, l'odorat, le go°t, avec le sens général du toucher, et même le langage, sont dans la partie antérieure de la tête appelée face, et communiquent immédiatement par les fibres avec les cerveaux, et en tirent leur vie sensitive et active. 6° Pour cette raison, les affections qui appartiennent à l'amour transparaissent sur la face, et les pensées qui appartiennent à la sagesse brillent par une sorte de lumière dans les yeux. 7° L'anatomie nous montre que toutes les fibres descendent par le cou dans le corps, et qu'aucune d'elle ne remonte. Là où sont les fibres dans leurs commencements et dans leurs premiers, là aussi est la vie dans ses commencements et dans ses premiers. Peut-on nier que la vie a son origine là où les fibres ont la leur ? 8° Si on demande à quelqu'un qui est dans la perception générale, où réside sa pensée lorsqu'il réfléchit, il répondra que c'est dans la tête. Mais à cette même question, celui qui a placé le siège de l'‚me dans une glande, ou dans le cœur, ou dans quelque autre endroit, répondra que l'affection et parsuite la pensée dans leur premier ne sont pas dans le cerveau ; il ajoutera même qu'il ne sait pas où elles sont. Voir la cause de cette ignorance au N° 361.

366. III. Telle est la vie dans ses commencements, telle elle est dans le tout et dans chaque partie. Pour une meilleure compréhension, il faut dire où sont ces commencements dans les cerveaux et comment ils deviennent des prolongements. L'anatomie nous le montre clairement. Elle nous apprend qu'il y a deux cerveaux, et qu'ils sont continués de la tête dans l'épine dorsale ; qu'ils consistent en deux substances nommées : substance corticale constituée en d'innombrables formes ressemblant à des glandes, et substance médullaire constituée en d'innombrables formes ressemblant à des fibres. Maintenant, comme ces petites glandes sont les têtes des fibrilles, elles en sont aussi les commencements ; car les fibres commencent et se prolongent à partir de ces glandes. Successivement elles se réunissent en faisceaux pour devenir des nerfs qui alors descendent vers les organes des sens dans la face, et vers les organes du mouvement dans le corps, et les forment. Cette substance corticale ou glandulaire forme la surface du cerveau, et aussi la surface des corps striés dont se compose la moÎlle allongée ; elle constitue aussi le milieu du cervelet et le milieu de la moÎlle épinière. Mais la substance médullaire ou fibrillaire partout commence et procède du cortex ; d'elle procèdent les nerfs, et de ces nerfs toutes les choses du corps. Ceux qui savent ces choses par la science anatomique peuvent voir que les commencements de la vie ne sont que là où sont les commencements des fibres, et que les fibres ne peuvent s'étendre d'elles-mêmes, mais qu'elles le font d'après ces commencements. Ces commencements ou origines, qui se présentent comme des glandes sont innombrables ; leur multitude peut être comparée à celle des étoiles dans l'univers, et la multitude des fibrilles qui en sortent à celle des rayons qui sortent des étoiles, et portent leur chaleur et leur lumière dans les terres. La multitude de ces glandes peut aussi être comparée à celle des sociétés angéliques dans les cieux, lesquelles sont également innombrables, et dans un ordre semblable, ainsi qu'il m'a été dit. La multitude des fibrilles qui sortent de ces glandes peut être comparée aux vrais et aux biens spirituels, qui pareillement découlent de ces sociétés comme des rayons. C'est de là que l'homme est comme un univers, et comme un ciel dans la forme la plus petite, ainsi qu'il a été dit et montré précédemment. D'après ces explications, on peut voir que la vie dans ses prolongements est telle qu'elle est dans ses commencements ; ou que la vie dans les choses qui se prolongent dans le corps est telle qu'elle est dans ses commencements dans les cerveaux.

367. IV. Par ses commencements la vie est d'après chaque partie dans le tout, et d'après le tout dans chaque partie. Il en est ainsi, parce que le tout, qui comprend le cerveau et le corps, ne consiste originairement qu'en fibres qui procèdent de leurs commencements dans les cerveaux. Il n'y a pas d'autre origine, comme on le voit clairement d'après ce qui vient d'être montré au N° 366. En conséquence le tout est d'après chaque partie. Par ses commencements, la vie est dans chaque partie d'après le tout, parce que le tout fournit à chaque partie sa t‚che et son nécessaire, et par là en fait une partie du tout. En un mot, le tout existe d'après les parties, et les parties subsistent d'après le tout. On voit par un grand nombre de choses dans le corps qu'il y a une telle communion réciproque, et par elle conjonction. En effet ce qui s'y passe est semblable à ce qui se passe dans une ville et dans un pays, en ce que la communauté existe d'après les hommes qui en sont les parties, et que les parties ou les hommes subsistent d'après la communauté. Il en est de même de toute chose qui a une forme, surtout dans l'homme.

368. V. Tel est l'amour, telle est la sagesse, et par suite tel est l'homme. En effet, tels sont l'amour et la sagesse, tels sont la volonté et l'entendement, car la volonté est le réceptacle de l'amour et l'entendement celui de la sagesse, comme il a été montré ci-dessus, et ces deux choses font l'homme et la qualité de l'homme. L'amour est si multiple, que ses variétés sont sans limites, comme on peut le voir d'après le genre humain sur terre et dans les cieux. Aucun ange ni aucun homme n'est absolument semblable à un autre. L'amour est ce qui distingue, car chacun est son amour. On s'imagine que la sagesse distingue, mais la sagesse vient de l'amour dont elle est la forme ; car l'amour est l'être de la vie, et la sagesse est l'exister de la vie d'après cet être. On croit dans le monde que l'entendement fait l'homme ; mais on le croit parce que l'entendement peut être élevé dans la lumière du ciel, comme il a été montré ci-dessus, et parce qu'ainsi l'homme peut se montrer comme sage. Néanmoins cette partie de l'entendement qui va jusqu'à la lumière du ciel, c'est-à-dire, qui n'appartient pas à l'amour, semble appartenir à l'homme, et ainsi déterminer son caractère, mais il n'en est rien, ce n'est qu'une apparence. En effet, cette partie de l'entendement appartient, il est vrai, à l'amour de savoir et d'être sage, mais n'appartient pas en même temps à l'amour d'appliquer à la vie ce qu'on sait et ce qui paraît sage. C'est pourquoi dans le monde elle se retire avec le temps, ou reste inemployée à la périphérie hors des choses de la mémoire et prête à s'effacer ; aussi, après la mort, est-elle séparée, et il ne reste que ce qui concorde avec l'amour même de chaque esprit. comme l'amour fait la vie de l'homme, et ainsi l'homme lui-même, c'est pour cela que toutes les sociétés du ciel, et tous les anges dans les sociétés, sont disposés en ordre selon les affections qui appartiennent à l'amour et ne le sont jamais selon quelque chose de l'entendement séparé d'avec son amour. Il en est de même dans les enfers et dans leurs sociétés, mais selon les amours opposés aux amours célestes. D'après ces explications on peut voir que, tel est l'amour, telle est la sagesse, et que par suite, tel est l'homme.

369. On reconnaît, il est vrai, que l'homme est tel qu'est son amour régnant, mais seulement quant au mental et au caractère, et non quant au corps, ainsi non tout entier. Mais, d'après plusieurs expériences dans le monde spirituel, j'ai pu voir que l'homme depuis la tête jusqu'aux pieds, ou depuis les premiers dans la tête jusqu'aux derniers dans le corps, est tel qu'est son amour. En effet, dans le monde spirituel, tous sont les formes de leur amour ; les anges, beaux de face et de corps, sont les formes de l'amour céleste, les diables, hideux de face et de corps, sont les formes de l'amour infernal. Lorsque leur amour est attaqué, leurs faces changent, et s'il est fortement attaqué, ils disparaissent entièrement. Cela est particulier à ce monde et se produit parce que leur corps fait un avec leur mental. La cause est évidente d'après ce qui a été dit ci-dessus, que toutes les choses du corps sont des prolongements, c'est-à-dire, ont été tissues par des fibres provenant des commencements qui sont lesréceptacles de l'amour et de la sagesse. Tels sont les commencements, tels sont donc les prolongements, c'est pourquoi les prolongements suivent les commencements ; ils ne peuvent être séparés. Il s'ensuit que celui qui a élevé son mental vers le Seigneur a été élevé tout entier vers le Seigneur, et que celui qui abaisse son mental vers l'enfer, a été abaissé tout entier vers l'enfer. Ainsi l'homme tout entier vientselon l'amour de sa vie ou dans le ciel ou dans l'enfer. C'est un point de la sagesse angélique, que le mental de l'homme est l'homme, parce que Dieu est Homme ; et parce que le corps est l'externe du mental qui sent et agit, et qu'ainsi ils sont un et non deux.

370. Il faut observer que les formes des membres, des Organes et des viscères de l'homme, quant à la structure même, viennent des fibres qui tirent leur origine de leurs commencements dans les cerveaux, mais que ces formes sont fixées par des substances et des matières telles qu'elles sont dans les terres, et, d'après les terres, dans l'air et dans l'éther, ce qui se fait au moyen du sang. C'est pourquoi, afin que toutes les choses du corps subsistent dans leur formation et ainsi restent dans leurs fonctions, l'homme doit être nourri d'aliments naturels, et doit être continuellement renouvelé.

Il y a correspondance de la volonté avec le cœur,
et de l'entendement avec le poumon.

371. Ceci va être démontré dans l'ordre suivant : I. Toutes les choses du mental se réfèrent à la volonté et à l'entendement, et toutes celles du corps se réfèrent au cœur et au poumon. II. Il y a correspondance de la volonté et de l'entendement avec le cœur et le poumon, et par suite correspondance de toutes les choses du mental avec toutes celles du corps. III. La volonté correspond au cœur. IV. L'entendement correspond au poumon. V. Par cette correspondance peuvent être découverts beaucoup d'arcanes sur la volonté et l'entendement, par conséquent aussi sur l'amour et la sagesse. VI. Le mental de l'homme est l'esprit de l'homme, et l'esprit est l'homme, et le corps est l'externe par lequel le mental ou l'esprit sent et agit dans le monde. VII. La conjonction de l'esprit de l'homme avec son corps se fait par la correspondance de sa volonté et de son entendement avec son cœur et son poumon, et leur séparation se fait par la non-correspondance.

372. I. Toutes les choses du mental se réfèrent à la volonté et à l'entendement, et toutes celles du corps se réfèrent au cœur et au poumon. Par le mental, il n'est pas entendu autre chose que la volonté et l'entendement, lesquels dans leur complexe, sont toutes les choses qui affectent l'homme, et toutes celles que l'homme pense, ainsi toutes celles qui appartiennent à l'affection et à la pensée de l'homme. Celles qui affectent l'homme appartiennent à sa volonté, et celles que l'homme pense appartiennent à son entendement. On sait que toutes les choses de la pensée de l'homme appartiennent à son entendement, puisque l'homme pense d'après l'entendement. Mais on ne sait pas que toutes les choses de l'affection de l'homme appartiennent à sa volonté parce que l'homme, lorsqu'il pense, fait attention non pas à l'affection mais seulement aux choses qu'il pense. Par exemple, quand il entend parler, il fait attention non pas au son, mais au langage même, lorsque cependant l'affection est dans la pensée absolument comme le son est dans le langage. L'affection appartient à la volonté, parce que toute affection appartient à l'amour, et que le réceptacle de l'amour est la volonté, comme il a été montré ci-dessus. Celui qui ne sait pas que l'affection appartient à la volonté confond l'affection avec l'entendement, car il déclare qu'elle est un avec la pensée, néanmoins elles ne sont pas un, mais elles agissent comme un. Il est évident qu'on les confond dans l'expression courante : Je pense à faire cela, c'est-à-dire, je veux faire cela. Il est encore évident qu'elles sont deux dans l'expression courante : je veux penser à cette chose ; et quand on y pense, l'affection de la volonté est dans la pensée de l'entendement, comme le son est dans le langage, ainsi qu'il a été dit. On sait que toutes les choses du corps se réfèrent au cœur et au poumon, mais comme on ne sait pas qu'il y a correspondance du cœur et du poumon avec la volonté et l'entendement, il va en être question dans ce qui suit.

373. Puisque la volonté et l'entendement sont les réceptacles de l'amour et de la sagesse, ils sont par conséquent des formes organiques, ou des formes organisées avec les substances les plus pures, car elles doivent être ainsi faites pour être réceptacles. Il importe peu que leur organisation ne soit pas perceptible à l'œil, même avec de puissants microscopes, car elle est intérieure. Lorsqu'on accepte l'existence de très petits insectes non visibles, composés de cerveaux, de viscères, d'organes des sens et du mouvement, Puisqu'ils sentent, marchent et voient, et qu'on accepte qu'ils soient organisés dans leurs parties les plus simples, comment alors peut-on dire que les deux réceptacles de l'amour et de la sagesse, appelés volonté et entendement, ne sont pas des formes organiques ? Comment l'amour et la sagesse, qui sont la vie procédant du Seigneur, peuvent-ils agir dans quelque chose qui n'est pas un sujet, ou qui n'existe pas substantiellement ? Sans des formes organiques, comment la pensée peut-elle être inhérente, et comment peut-on parler d'après une pensée qui n'est pas inhérente ? Le cerveau, d'où nous vient la pensée, n'est-il pas complet, et organisé dans toutes ses parties ? Les formes organiques elles-mêmes y sont vues à l'œil nu, et les réceptacles de la volonté et de l'entendement dans leurs commencements, sont clairement vus dans la substance corticale sous la forme de minuscules glandes, voir ci-dessus N° 366. Il ne faut pas penser sur ces choses d'après l'idée du vide, le vide étant le néant. Rien ne se fait dans le néant, et rien n'existe d'après le néant. Sur l'idée du vide, voir le N° 82.

374. II. Il y a correspondance de la volonté et de l'entendement avec le cœur et le poumon, et par suite correspondance de toutes les choses du mental avec toutes celles du corps. Cette connaissance est nouvelle, parce qu'on a ignoré jusqu'à présent ce qu'est le spirituel, et en quoi il diffère du naturel. En conséquence on n'a pas su ce qu'est la correspondance, car il y a correspondance des spirituels avec les naturels et par elle se fait leur conjonction. Pourtant on aurait pu le savoir, car on sait que l'affection et la pensée sont spirituelles, et que toutes les choses de l'affection et de la pensée le sont aussi. On sait que l'action et le langage sont naturels, et que par suite toutes les choses qui leur appartiennent sont naturelles. On sait que l'affection et la pensée, qui sont spirituelles, font que l'homme agit et parle. Par suite ne peut-on pas savoir ce que c'est que la correspondance des spirituels avec les naturels, puisque la pensée fait que la langue parle, et que l'affection unie à la pensée, fait que le corps agit ? Ce sont deux choses distinctes, car on peut penser et ne pas parler, et on peut vouloir et ne pas agir ; et l'on sait que le corps ne pense pas et ne veut pas, mais que la pensée descend dans le langage et la volonté dans l'action. Chacun sait que l'affection brille aussi sur la face et y présente son image. L'affection considérée en elle-même est spirituelle, et les changements d'expression du visage sont naturels. Il y a donc correspondance, et on peut conclure qu'il y a correspondance de toutes les choses du mental avec toutes celles du corps. Comme toutes les choses du mental se réfèrent à l'affection et à la pensée, ou ce qui revient au même, à la volonté et à l'entendement, et toutes celles du corps au cœur et au poumon, il y a correspondance de la volonté avec le cœur, et de l'entendement avec le poumon. De telles choses ont été ignorées, bien qu'elles auraient pu être connues, parce que l'homme est devenu tellement externe, qu'il n'a voulu reconnaitre que le naturel. Il y trouva le plaisir de son amour, et par suite le plaisir de son entendement. Pour cette raison il éprouva du déplaisir à élever sa pensée au-dessus du naturel vers quelque spirituel séparé du naturel. Par conséquent, à cause de son amour naturel et le plaisir de cet amour, il a pensé que le spirituel n'était qu'un naturel plus pur, et que la correspondance influait par continuité. Même l'homme entièrement naturel ne peut penser en dehors du naturel. De plus ces choses n'ont pas été vues et par suite n'ont pas été connues jusqu'à présent, parce que toutes les choses de la religion, qui sont appelées des spirituels, ont été proscrites de l'attention de l'homme, par ce dogme admis dans tout le monde chrétien, qu'il faut croire aveuglément les enseignements théologiques, qui sont les enseignements spirituels que les conciles et quelques chefs ont établis, parce que, comme on le dit, ils surpassent l'entendement. Quelques-uns ont donc cru que le spirituel est comme un oiseau qui vole au-dessus de l'air dans l'éther, au-delà de la vue de l'œil, lorsque cependant le spirituel est comme un oiseau de paradis, qui vole près de l'œil, touche la prunelle avec ses belles plumes, et désire être vu. Par la vue de l'œil il est entendu la vue intellectuelle.

375. La correspondance de la volonté et de l'entendement avec le cœur et le poumon ne peut être prouvée de manière abstraite, c'est-à-dire par des raisonnements seulement, mais elle peut l'être par des effets. Il en est de cela comme des causes des choses. Ces causes, il est vrai, peuvent être vues rationnellement, mais non clairement, si ce n'est par des effets, car les causes sont dans les effets, et par eux elles se font voir. Le mental non plus ne se confirme pas auparavant sur les causes. Les effets de cette correspondance seront présentés dans ce qui suit. Mais, au sujet de cette correspondance, pour qu'on ne tombe pas dans des idées tirées des hypothèses sur l'‚me, qu'on relise d'abord avec attention ce qui a été montré dans l'article précédent, savoir : l'amour et la sagesse, et par suite la volonté et l'entendement, font la vie même de l'homme, N°s 363, 364 ; la vie de l'homme dans ses commencements est dans les cerveaux, et dans ses prolongements, dans le corps, N° 365 : telle est la vie dans les commencements, telle elle est dans le tout et dans chaque partie, N° 366 ; par ses commencements, la vie est d'après chaque partie dans le tout, et d'après le tout dans chaque partie, N° 367 ; telle est l'amour, telle est la sagesse, et par suite, tel est l'homme, N° 368.

376. Pour confirmation, je vais rapporter ici une représentation de la correspondance de la volonté et de l'entendement avec le cœur et le poumon, que j'ai vue dans le ciel chez les anges : par une admirable coulée en forme de spirale, impossible à décrire avec des mots, ils formaient une ressemblance de cœur et une ressemblance de poumon, avec toutes leurs structures intérieures, et en le faisant, ils suivaient le flux du ciel, car le ciel s'efforce de produire de telles formes d'après l'influx de l'amour et de la sagesse procédant du Seigneur. Ils représentaient ainsi la conjonction du cœur et du poumon, et en même temps leur correspondance avec l'amour de la volonté et avec la sagesse de l'entendement. Ils appelaient cette correspondance et cette union le mariage céleste, et disaient que dans tout le corps, et dans chacun de ses membres, de ses organes et de ses viscères, il y a la même correspondance et la même union que dans les choses qui appartiennent au cœur et au poumon ; et que partout où le cœur et le poumon n'agissent pas, et où chacun ne remplit pas son rôle, il ne peut y avoir aucun mouvement de vie par un principe volontaire quelconque, ni aucune sensation de vie par un principe intellectuel quelconque.

377. Dans ce qui va suivre, il s'agit de la correspondance du cœur et du poumon avec la volonté et l'entendement, et sur cette correspondance est fondée celle de toutes les parties du corps, appelées membres, organes des sens et viscères. Comme la correspondance des naturels avec les spirituels n'a pas été connue jusqu'à présent, et que néanmoins elle a été amplement mise en évidence dans deux ouvrages dont l'un se nomme ´ Le ciel et l'enfer ª, et l'autre ´ les Arcanes Célestes ª qui traite du sens spirituel de la Parole dans la Genèse et dans l'Exode, je vais indiquer ici ce qui a été écrit et montré sur la correspondance dans ces deux ouvrages. Dans ´ Le ciel et l'enfer ª : La correspondance de toutes les choses du ciel avec toutes celles de l'homme, N°s 87 à 102. La correspondance de toutes les choses du ciel avec toutes celles de la terre. N°s 103 à 115. Dans les ´ Arcanes Célestes ª : La correspondance de la face et de ses expressions avec les affections du mental, N°s 1568, 2988, 2989, 3631, 4796, 4797, 4800, 5165, 5168, 5695, 9306. La correspondance du corps quant à ses gestes et à ses actions, avec les intellectuels et les volontaires, N°s 2988, 3632, 4215. La correspondance des sens dans le commun, N°s 4318 à 4330. La correspondance des yeux et de leur vue N°s 4403 à 4420. La correspondance des narines et de l'odeur, N°s 4624 à 4634. La correspondance des oreilles et de l'ouïe, N°s 4652 à 4660. La correspondance de la langue et du go°t, N°s 4791 à 4805. La correspondance des mains, des bras, des épaules et des pieds, N°s 4931 à 4953. La correspondance des lombes et des membres de la génération, N°s 5050 à 5062. La correspondance des viscères intérieurs du corps, spécialement de l'estomac, du thymus, du réceptacle et des conduits du chyle, du mésentère, N°s 5171 à 5180, 5181. La correspondance de la rate, N° 9698. La correspondance du péritoine, des reins et de la vessie, N°s 5377 à 5396. La correspondance du foie, et des conduits hépatique, cystique et pancréatique, N°s 5183 à 5188. La correspondance des intestins, N°s 5392 à 5395, 5379. La correspondance des os, N°s 5560 à 5564. La correspondance de la peau, N°s 5552 à 5573. La correspondance du ciel avec l'homme, N°s 911, 1900, 1982, 2996, 2998, 3624 à 3649, 3741 à 3745, 3884, 4051, 4279, 4423, 4524, 4525, 6013, 6057, 9279, 9632. Toutes les choses qui sont dans le monde naturel et dans ses trois règnes, correspondent à toutes celles qui apparaissent dans le monde spirituel, N°s 1632, 1881, 2758, 2990 à 2993, 2997 à 3003, 3213 à 3227, 3483, 3624 à 3649, 4044, 4053, 4116, 4366, 4939, 5116, 5377, 5428, 5477, 8211, 9280. Toutes les choses qui apparaissent dans les cieux sont des correspondances, N°s 1521, 1532, 1619 à 1625, 1807, 1808, 1971, 1974, 1977, 1980, 1981, 2299, 2601, 3213 à 3227, 3349, 3350, 3475, 3485, 3748, 9481, 9570, 9576, 9577. La correspondance du sens de la lettre de la parole, et de son sens spirituel, il en a été parlé partout dans cet ouvrage ; au sujet de cette correspondance, voir dans ´ La Doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur l'Ecriture Sainte ª, N°s 5 à 26, 27 à 69.

378. III. La volonté correspond au cœur. Ceci, pris isolément, ne peut être vu clairement, mais il peut l'être lorsque la volonté est examinée dans les effets, comme il a été dit ci-dessus. Ainsi on peut voir que toutes les affections qui appartiennent à l'amour introduisent des changements dans les pulsations cardiaques comme l'indique le pouls des artères. Les changements et les pulsations cardiaques, selon les affections de l'amour sont innombrables. Ceux qui sont sentis par le doigt font voir seulement que le cœur bat lentement ou vivement, fortement ou faiblement, mollement ou durement, régulièrement ou irrégulièrement, etc. Ainsi dans la joie, il bat autrement que dans la tristesse, dans la tranquillité d'esprit autrement que dans la colère, dans l'intrépidité autrement que dans la peur, dans les fièvres autrement que dans les frissons. Parce que les mouvements du cœur, appelés systole et diastole, changent et varient ainsi selon les affections de chaque amour, plusieurs des anciens, et d'après eux quelques modernes, ont attribué les affections au cœur, et ont aussi fixé là leur siège, d'où sont venues ces expressions : cœur magnanime ou timide, cœur joyeux ou triste, cœur tendre ou dur, cœur grand ou pusillanime, cœur entier ou brisé, cœur de chair ou de pierre, etc. Concorde, discorde viennent aussi de là, et d'autres termes semblables qui appartiennent à l'amour et aux affections de l'amour. La Parole s'exprime de la même manière, parce qu'elle est écrite par correspondances. Que l'on dise l'amour ou la volonté, c'est la même chose, puisque la volonté est le réceptacle de l'amour, comme il a été dit ci-dessus.

379. On sait qu'il y a une chaleur vitale dans l'homme et dans tout animal, mais n'en connaissant pas l'origine, on fait des conjectures. Certains qui n'ont rien su de la correspondance des naturels avec les spirituels, en ont attribué l'origine à la chaleur du soleil, d'autres à l'activité des parties, et d'autres encore à la vie elle-même, mais comme ils ignoraient ce que c'est que la vie, en disant cela, ils ne pénétraient pas plus avant. Au contraire, celui qui sait qu'il y a une correspondance de l'amour et des affections de l'amour avec le cœur et les dérivations du cœur, peut savoir que l'amour est l'origine de la chaleur vitale. En effet, l'amour procède comme chaleur du soleil spirituel où est le Seigneur, et est aussi senti comme chaleur par les anges. Cette chaleur spirituelle, qui dans son essence est l'amour, est ce qui influe par correspondance dans le cœur et dans son sang, y introduit la chaleur, et en même temps le vivifie. On sait que l'homme s'échauffe et pour ainsi dire s'embrase selon son amour et le degré de son amour, et qu'il s'engourdit et se refroidit selon le décroissement de son amour. On le sent par la chaleur de tout le corps, et on le voit par la rougeur de la face. Si au contraire il y a extinction de l'amour, on le sent par le froid du corps, et on le voit par la p‚leur de la face. Comme l'amour est la vie de l'homme, le cœur est pour cette raison le premier et le dernier de cette vie. Puisque l'amour est la vie de l'hornme, et que l'‚me maintient sa vie dans le corps par le sang, c'est pour cela que dans la Parole, le sang est appelé ‚me, - Gen. IX, 4. Lévit. XVII, 14. - Dans la suite, il sera dit ce qui est entendu par l'‚me dans ses différentes significations.

380. C'est aussi d'après la correspondance du cœur et du sang avec l'amour et les affections de l'amour que le sang est rouge. En effet, dans le monde spirituel, il y a des couleurs de toute espèce, et le rouge et le blanc sont les couleurs fondamentales. Toutes les autres tirent leurs variétés de ces deux couleurs et des couleurs opposées qui sont le roux et le noir. La couleur rouge y correspond à l'amour, parce qu'elle tire son origine du feu du soleil spirituel, et la couleur blanche correspond à la sagesse parce qu'elle tire son origine de la lumière de ce soleil. Comme il y a correspondance de l'amour avec le cœur, il s'ensuit que le sang ne peut être que rouge, et indiquer ainsi son origine. En conséquence, dans les cieux où l'amour envers le Seigneur règne, la lumière a la couleur de la flamme, et les anges sont vêtus de pourpre. Dans les cieux où la sagesse règne, la lumière est d'un blanc éclatant, et les anges sont vêtus de fin lin blanc.

381. Les cieux sont distingués en deux royaumes : le royaume céleste où règne l'amour envers le Seigneur, et le royaume spirituel où règne la sagesse procédant de cet amour. Le premier est appelé le royaume cardiaque du ciel, et le second royaume pulmonaire. Il faut qu'on sache que tout le ciel angélique dans son complexe représente un seul homme, et qu'il apparait ainsi devant le Seigneur. En conséquence son cœur constitue un royaume et son poumon constitue l'autre, car il y a un mouvement cardiaque et un mouvement pulmonaire en commun dans tout le ciel, et par suite en particulier dans chaque ange. Les mouvements communs, cardiaque et pulmonaire, viennent du Seigneur Seul, parce que de Lui Seul viennent l'amour et la sagesse. En effet, dans le Soleil où est le Seigneur, et qui procède du Seigneur, il y a ces deux mouvements, et par suite ils sont dans le ciel angélique et dans l'univers. En faisant abstraction de l'espace, et en pensant à l'omniprésence, on aura la confirmation que cela est ainsi. Dans le traité ´ Le Ciel et l'enfer ª, N°s 26, 27, 28, on voit que les cieux ont été distingués en deux royaumes, le céleste et le spirituel ; et dans les N°s 59 à 87, que tout le ciel angélique dans le complexe représente un seul homme.

382. IV.L'entendement correspond au poumon. C'est une suite de ce qui a été dit de la correspondance de la volonté avec le cœur ; car la volonté et l'entendement sont les deux choses qui règnent dans l'homme spirituel ou dans le mental, et le cœur et le poumon sont les deux choses qui règnent dans l'homme naturel ou dans le corps, et une correspondance existe entre toutes les choses du mental et toutes celles du corps, comme il vient d'être dit. Il en résulte que l'entendement correspond au poumon, puisque la volonté correspond au cœur. Chacun peut observer que l'entendement correspond au poumon, non seulement d'après sa pensée, mais aussi d'après son langage. D'après la pensée : personne ne peut penser sans le concours et l'accord du souffle pulmonaire. C'est pourquoi la pensée et la respiration marchent de concert. On aspire et on refoule, on comprime et on dilate le poumon selon la pensée, ainsi selon l'influx de l'affection d'après l'amour, lentement, rapidement, profondément, etc., et même si on retient tout à fait le souffle, on ne peut pas penser, sinon dans son esprit d'après la respiration de l'esprit, ce qui n'est pas perçu d'une manière manifeste. D'après le langage : en effet, le plus petit mot ne peut sortir de la bouche sans le secours du poumon, car le son, qui est articulé en mots, vient tout entier du poumon par la trachée et par l'épiglotte. C'est pourquoi le langage s'élève jusqu'au cri, selon le gonflement de ce soufflet et l'ouverture de son passage, et diminue selon la contraction. Si le passage est bouché, le langage cesse avec la pensée.

383. Puisque l'entendement correspond au poumon, et que par suite la pensée correspond à la respiration du poumon, en conséquence dans la Parole, l'‚me et l'esprit signifient l'entendement. Ainsi il est dit : ´ Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton ‚me ª. Matt. XXII, 37. - ´ Dieu donnera un nouveau cœur et un nouvel esprit ª. - Ezech: XXXVI, 26. Ps: LI, 12, 13. - Il vient d'être montré que le cœur signifie l'amour de la volonté ; il s'ensuit que l'‚me et l'esprit signifient la sagesse de l'entendement. On voit dans ´ La doctrine de la Nouvelle Jérusalem sur le Seigneur ª, N°s 50, 51, que par l'esprit de Dieu, qui est aussi appelé l'Esprit Saint, il est entendu la Divine Sagesse, et par suite la Divine Vérité, par laquelle l'illustration se fait chez l'homme. C'est pour cela que ´ le Seigneur souffla sur les disciples, et dit : recevez le Saint Esprit. ª - Jean XX, 22 ; - et qu'il est dit, ´ que Jéhovah Dieu souffla dans les narines d'Adam une ‚me de vies, et qu'il fut fait en ‚me vivante. ª - Gen: 11, 7 ; - et qu'il a été dit au prophète : ´ Prophétise sur l'esprit, et dis au vent : des quatre vents viens esprit, et souffle dans ces tués, afin qu'ils vivent ª - Ezéch: XXXVII, 9 ; - pareillement ailleurs. Pour cette raison, le Seigneur est appelé souffle des narines, et aussi souffle de vie. Comme la respiration passe par les narines, celles-ci signifient la perception, et l'on dit de l'intelligent qu'il a le nez fin, et de l'inintelligent qu'il a le nez bouché. Pour cette raison aussi, dans la langue hébraÔque et dans quelques autres langues, l'esprit et le vent sont un même mot ; en effet, le mot esprit est dérivé du mot souffle, et quand l'homme meurt, on dit aussi qu'il rend l'‚me. Il s'ensuit que l'homme croit que l'esprit est un vent ou quelque chose d'aérien, tel qu'est le souffle expiré du poumon, et qu'il en est de même de l'‚me. Ces explications font voir que, par aimer Dieu de tout son cœur et de toute son ‚me, il est entendu L'aimer de tout son amour et de tout son entendement ; et que par donner un nouveau cœur et un nouvel esprit, il est entendu donner une nouvelle volonté et un nouvel entendement. Parce que l'esprit signifie l'entendement, il est dit de Bézaléel, ´ qu'il fut rempli de l'esprit de sagesse, d'intelligence et de science, ª - Exode XXXI, 3 ; - et de Josué, ´ qu'il fut rempli de l'esprit de sagesse, ª Deut: XXXIV, 9 ; - et de Daniel par Nabuchadnézar, ´ qu'il y avait en lui un esprit excellent de science, d'intelligence et de sagesse, ª - Dan: V, 11, 12, 14; - et dans EsaÔe, ´ que ceux dont l'esprit est égaré connaitront l'intelligence. ª - XXIX,24. - Pareillement dans beaucoup d'autres endroits.

384. Comme toutes les choses du mental se réfèrent à la volonté et à l'entendement, et toutes celles du corps au cœur et au poumon, c'est pour cela que dans la tête il y a deux cerveaux, et qu'ils sont distincts entre eux comme le sont entre eux la volonté et l'entendement. Le cervelet est principalement l'organe de la volonté, et le cerveau principalement celui de l'entendement. Pareillement le cœur et le poumon sont distincts des autres parties du corps. Ils en sont séparés par le diaphragme et ont leur propre enveloppe qui est nommée plèvre, et ils constituent la partie du corps appelée poitrine. Dans les autres parties du corps qui comprennent les membres, les organes et les viscères, la volonté et l'entendement sont conjoints, et pour cette raison, ces parties sont par paires, par exemple, les bras et les mains, les jambes et les pieds, les yeux, les narines ; dans le corps, les reins, les uretères, les testicules. Les viscères qui ne sont pas par paires sont divisés en droite et gauche. En outre, le cerveau est divisé en deux hémisphères, le cœur en deux ventricules, et le poumon en deux lobes. Leur droite se réfère au bien du vrai, et leur gauche au vrai du bien, ou ce qui est la même chose, la droite se réfère au bien de l'amour d'où procède le vrai de la sagesse, et la gauche au vrai de la sagesse procédant du bien de l'amour. Et comme la conjonction du bien et du vrai est réciproque, et que cette conjonction fait qu'ils sont comme un seul, c'est aussi la raison pour laquelle dans l'homme, ces paires agissent ensemble et conjointement dans les fonctions, les mouvements et les sensations.

385. V. Par cette correspondance peuvent être découverts beaucoup d'arcanes sur la volonté et l'entendement, par conséquent aussi sur l'amour et la sagesse. Dans le monde on sait à peine ce que c'est que la volonté et ce que c'est que l'amour, parce que l'homme ne peut par lui-même aimer et d'après l'amour vouloir, de la même manière qu'il peut comme par lui-même comprendre et penser. Pareillement il ne peut par lui-même changer le mouvement de son cœur comme il peut changer celui de son poumon. Maintenant, puisque dans le monde on sait à peine ce que c'est que la volonté et l'amour, car la volonté et l'entendement ne se présentent pas devant les yeux et ne peuvent être examinés, et que cependant on sait ce que c'est que le cœur et le poumon, car ces deux organes se présentent devant les yeux et peuvent être examinés, voilà pourquoi lorsqu'on sait qu'ils correspondent, et que par la correspondance ils agissent comme un, on peut découvrir sur la volonté et l'entendement beaucoup d'arcanes qui, autrement, ne peuvent être découverts. Par exemple, l'arcane sur la conjonction de la volonté avec l'entendement, et sur la conjonction réciproque de l'entendement avec la volonté ; ou sur la conjonction de l'amour avec la sagesse, et sur la conjonction réciproque de la sagesse avec l'amour ; puis sur la descente de l'amour dans les affections et sur les consociations des affections, et sur leur influx dans les perceptions et les pensées, et enfin leur influx selon la correspondance dans les actes et dans les sens du corps. Ces arcanes et beaucoup d'autres peuvent être non seulement découverts mais démontrés d'après la conjonction du cœur et du poumon, et d'après l'influx du sang qui va du cœur dans le poumon et réciproquement du poumon dans le cœur, et de là par les artères dans tous les membres, dans tous les organes et dans tous les viscères du corps.

386. VI.Le mental de l'homme est l'esprit de l'homme, et l'esprit est l'homme, et le corps est l'externe par lequel le mental ou l'esprit sent et agit dans le monde. Ceux qui ont pensé que l'esprit est un vent, et que l'‚me est comme quelque chose d'éthéré, tel qu'est le souffle exhalé par le poumon, ne peuvent croire facilement que le mental de l'homme est l'esprit de l'homme, et que l'esprit est l'homme. Car ils se demandent comment l'esprit peut être l'homme puisqu'il est un esprit, et comment l'‚me peut être l'homme puisqu'elle est une ‚me. Ils pensent de même à l'égard de Dieu, parce qu'Il est appelé Esprit. Ils ont eu cette idée sur l'esprit et sur l'‚me, parce que dans quelques langages, le même mot exprime l'esprit et le vent ; aussi de ce qu'on dit d'un homme qui meurt, qu'il rend l'esprit ou l'‚me, et de celui qui a eu une défaillance ou une suffocation que la vie revient quand l'esprit ou le souffle du poumon reprend. Comme alors ils ne perçoivent que du vent et de l'air, ils ont déduit d'après l'œil et la sensation du corps, que l'esprit et l'‚me de l'homme, après la mort, ce n'est pas l'homme. De cette déduction corporelle sur l'esprit et sur l'‚me, on a tiré diverses hypothèses, d'où est née la foi que l'homme ne devient homme qu'au jour du jugement dernier, et que jusque là son esprit demeure en quelque lieu, et attend la réunion avec le corps, selon ce qui a été dit dans la ´ Continuation sur le jugement dernier ª N°s 32 à 38. Parce que le mental de l'homme est son esprit, les anges, qui sont aussi des esprits, sont appelés mentals.

387. Le mental de l'homme est l'esprit de l'homme, et l'esprit est l'homme, parce que par le mental sont entendues toutes les choses de la volonté et de l'entendement de l'homme, et que ces choses sont dans les principes dans les cerveaux, et par les dérivés dans le corps, par conséquent elles sont toutes les choses de l'homme quant à leurs formes. Puisqu'il en est ainsi, le mental, c'est-à-dire, la volonté et l'entendement, met en action à son gré le corps et toutes les parties du corps. Celui-ci ne fait-il pas tout ce que le mental pense et veut ? Le mental dirige l'oreille pour entendre et dispose l'œil pour voir, il meut la langue et les lèvres pour parler, il met en mouvement les mains et les doigts pour faire ce qu'il lui plait, et les pieds pour marcher où il veut. Le corps est-il autre chose qu'une obéissance à son mental ; peut-il être une telle obéissance, si le mental n'est pas dans ses dérivés dans le corps ? Est-il conforme à la raison de penser que le corps agit par obéissance parce que le mental le veut ainsi ? Alors ils seraient deux, l'un au-dessus et l'autre au-dessous, et l'un ordonnerait et l'autre obéirait. Cela n'étant nullement conforme à la raison, il s'ensuit que la vie de l'homme est dans les principes dans les cerveaux et par les dérivés dans le corps, selon ce qui a été dit ci-dessus au N° 365. Il a aussi été montré que telle est la vie dans les principes, telle elle est dans le tout et dans chaque partie, N° 366 ; et que la vie par ces principes est d'après chaque partie dans le tout, et d'après le tout dans chaque partie, N° 367. Dans les articles précédents il a été montré que toutes les choses du mental se réfèrent à la volonté et à l'entendement, et que la volonté et l'entendement sont les réceptacles de l'amour et de la sagesse procédant du Seigneur, et que ces deux font la vie de l'homme.

388. D'après ce qui vient d'être dit, on peut encore voir que le mental de l'homme est l'homme lui-même ; car les premiers rudiments de la forme humaine, ou la forme humaine elle-même avec toutes et chacune de ses parties vient des principes continués du cerveau à travers les nerfs, selon ce qui a été montré ci-dessus. Cette forme est celle dans laquelle l'homme vient après la mort, il est alors appelé esprit ou ange, et il est homme en toute perfection, mais homme spirituel. La forme matérielle qui a été ajoutée et assumée dans le monde, n'est pas une forme humaine d'après elle-même mais elle l'est d'après la forme spirituelle. Elle a été ajoutée et survétue, afin que l'homme p°t faire des usages dans le monde naturel, et aussi emporter avec lui comme contenant des spirituels, quelque chose de fixe tiré des substances les plus pures du monde, et ainsi continuer et perpétuer sa vie. C'est une vérité de la sagesse angélique, que le mental de l'homme, non seulement en général, mais dans tout particulier, est dans un perpetuel effort vers la forme humaine, parce que Dieu est Homme.

389. Pour qu'un homme soit homme, il ne doit lui manquer, ni dans la tête ni dans le corps, aucune des parties qui existent dans un homme parfait ; car tout entre dans la forme humaine et la constitue. En effet, l'homme est la forme de l'amour et de la sagesse, forme qui, considérée en elle-même, est Divine. Il y a en elle toutes les terminaisons de l'amour et de la sagesse, qui sont infinies dans Dieu-Homme, mais finies dans Son image qui est l'homme, l'ange et l'esprit. S'il manquait l'une des parties qui existent chez l'homme, il manquerait, correspondant à cette partie, quelque chose d'une terminaison provenant de l'amour et de la sagesse, par quoi le Seigneur p°t chez l'homme, être des premiers dans les derniers, et d'après Son Divin Amour par sa Divine Sagesse, pourvoir aux usages dans le monde créé.

390. VII. La conjonction de l'esprit de l'homme avec son corps se fait par la correspondance de sa volonté et de son entendement avec son cœur et son poumon, et leur séparation se fait par la non correspondance. Puisqu'on a ignoré jusqu'à présent que le mental de l'homme, par lequel il est entendu la volonté et l'entendement, est l'esprit de l'homme, et qu'on a ignoré que l'esprit de l'homme a un pouls et une respiration comme le corps, on n'a pas pu savoir que le pouls et la respiration de l'esprit dans l'homme influent dans le pouls et dans la respiration de son corps et les produisent. Puisque l'esprit de l'homme jouit d'un pouls et d'une respiration comme le corps, il y a une semblable correspondance du pouls et de la respiration de l'esprit de l'homme avec le pouls et la respiration de son corps, car le mental, comme il a été dit, est l'esprit de l'homme ; c'est pourquoi lorsque la correspondance de ces deux mouvements cesse, il se fait une séparation, qui est la mort. La séparation ou la mort arrive, quand le corps par maladie ou accident vient dans l'état, où il ne peut agir comme un avec son esprit, car alors périt la correspondance, et avec elle la conjonction. La mort survient non lorsque la respiration seule s'arrête, mais quand le cœur cesse de battre ; car tant que celui-ci bat, l'amour avec sa chaleur vitale reste et conserve la vie, comme nous le font voir les défaillances et les suffocations, et aussi l'état de la vie de l'embryon dans l'utérus. En un mot, la vie du corps de l'homme dépend de la correspondance de son pouls et de sa respiration avec le pouls et la respiration de son esprit, et quand cette correspondance cesse, la vie du corps cesse, et son esprit s'en va et continue dans le monde spirituel sa vie, qui est tellement semblable à sa vie dans le monde naturel, qu'il ne sait pas qu'il a quitté ce monde. Les hommes en général entrent dans le monde spirituel deux jours après la mort du corps car j'ai conversé avec quelques-uns deux jours après.

391. Seuls les esprits et les anges peuvent confirmer que l'esprit jouit du pouls et de la respiration comme l'homme dans son corps, quand il est donné permission de converser avec eux, et cette permission m'a été accordée. Les ayant interrogés sur ce sujet, ils m'ont dit qu'ils sont hommes comme les hommes dans le monde ; qu'ils jouissent également d'un corps, mais spirituel, et qu'ils sentent les battements du cœur dans la poitrine et ceux des artères au poignet, comme le sentent les hommes dans le monde naturel. Nombreux sont ceux qui me l'ont confirmé. Il m'a été donné de savoir par ma propre expérience que l'esprit de l'homme respire dans son corps : Un jour des anges eurent la permission de diriger ma respiration, et de la diminuer à leur gré, et enfin de la retenir jusqu'à ce qu'il ne rest‚t que la seule respiration de mon esprit, qui devint perceptible alors par le sens. On voit dans le traité ´ Le ciel et l'enferª, N° 449, que la même chose m'est arrivée quand il me fut donné de connaître l'état des mourants. Parfois aussi j'ai été réduit à la seule respiration de mon esprit, et par le sens j'ai alors perçu qu'elle était concordante avec la respiration générale du ciel. Plusieurs fois encore j'ai été dans un état semblable à celui des anges, et élevé vers eux dans le ciel, et alors étant en esprit hors du corps, j'ai parlé avec eux en respirant comme dans le monde. D'après ces expériences et d'autres aussi frappantes, j'ai vu clairement que l'esprit de l'homme respire non seulement dans le corps, mais aussi après qu'il a quitté le corps ; et que la respiration de l'esprit est si tacite, qu'elle n'est pas perçue par l'homme ; et qu'elle influe dans la respiration manifeste du corps, à peu près comme la cause dans l'effet, et comme la pensée dans le poumon et par le poumon dans le langage. D'après cela il est encore évident que la conjonction de l'esprit et du corps se fait par la correspondance du mouvement cardiaque et du mouvement pulmonaire de l'un et de l'autre.

392. Ces deux mouvements, le cardiaque et le pulmonaire, existent et persistent, parce que tout le ciel angélique, tant en général qu'en particulier, est dans ces deux mouvements de la vie. Tout le ciel angélique est dans ces deux mouvements, parce que le Seigneur les y introduit par le Soleil, où Il est Lui-Même, et qui procède de Lui ; car ce Soleil opère d'après le Seigneur ces deux mouvements. Il est évident qu'ils n'ont pas d'autre origine, puisque toutes les choses du ciel et du monde dépendent du Seigneur par ce Soleil dans une union de forme qui peut être comparée à celle d'une chaîne, de son premier à ses derniers maillons, et puisque la vie de l'amour et de la sagesse procède du Seigneur, et que toutes les forces de l'univers viennent de la vie. Il s'ensuit que la variation de ces mouvements est selon la réception de l'amour et de la sagesse.

393. Dans la suite il sera dit davantage sur la correspondance de ces mouvements. Par exemple, quelle est cette correspondance chez ceux qui respirent avec le ciel, chez ceux qui respirent avec l'enfer, et aussi chez ceux qui parlent avec le ciel et pensent avec l'enfer, ainsi chez les hypocrites, les flatteurs, les fourbes et autres.

D'après la correspondance du cœur avec la volonté
et de l'entendement avec le poumon, on peut
savoir toutes les choses qui peuvent être sues
sur la volonté et l'entendement, ou sur l'amour
et la sagesse, ainsi sur l'âme de l'homme.

394. Bien des savants ont consacré beaucoup de leur temps et de leurs efforts à la recherche de l'âme ; mais comme ils ne savaient rien du monde spirituel, ni de l'état de l'homme après la mort, ils n'ont pu que b‚tir des hypothèses sur l'opération de l'âme dans le corps, et non sur la nature de l'âme. La seule idée qu'ils ont pu avoir sur l'âme est celle de quelque chose de très pur dans l'éther, et sur la forme du contenant de l'âme, que l'idée de quelque chose d'éthéré. Sur ce sujet cependant ils n'ont osé publier que peu de choses, de peur d'attribuer à l'âme quelque naturel, sachant qu'elle est spirituelle. Or, comme ils ont ainsi conçu l'âme, et qu'ils savaient cependant que l'âme opère dans le corps, et y produit toutes les choses qui se rapportent à ses sensations et à ses mouvements, ils ont beaucoup travaillé sur le sujet de l'opération de l'âme dans le corps, qui, selon certains a lieu par influx, et selon d'autres par harmonie. Mais comme cette recherche n'a rien révélé à celui qui veut découvrir la vérité pour y adhérer, il m'a en conséquence été donné de converser avec les anges, et d'être illustré sur se sujet par leur sagesse, et voici ce que j'ai appris : L'‚me de l'homme, laquelle vit après la mort est l'esprit de l'homme, cet esprit est homme dans une forme parfaite ; l'âme de cette forme est la volonté et l'entendement, et l'âme de la volonté et de l'entendement est l'amour et la sagesse qui procèdent du Seigneur. Cet amour et cette sagesse, font la vie de l'homme, laquelle vient du Seigneur seul, et le Seigneur, afin d'être reçu par l'homme, fait que la vie apparaisse comme appartenant à l'homme. Mais de peur que l'homme ne s'attribue la vie comme sienne, et ainsi ne se prive de la réception du Seigneur, le Seigneur a aussi enseigné que tout ce qui appartient à l'amour, qu'on appelle bien, et tout ce qui appartient à la sagesse, qu'on appelle vrai, procèdent de Lui, et que rien du bien et dit vrai ne vient de l'homme. Puisque ces deux sont la vie, tout ce qui appartient à la vie, qui est vie, procède de Lui.

395. Puisque l'âme, quant à son être même, est l'amour et la sagesse, et que ces deux qui sont chez l'homme procèdent du Seigneur, il a été créé chez l'homme deux réceptacles, qui sont aussi les habitacles du Seigneur chez l'homme, l'un pour l'amour appelé volonté, et l'autre pour la sagesse appelé entendement. Maintenant, puisque l'amour et la sagesse dans le Seigneur sont distinctement un, N°s 17 à 22, et que le Divin Amour du Seigneur appartient à Sa Divine Sagesse, et Sa Divine Sagesse à Son Divin Amour, N°s 34 à 39 ; et puisqu'ils procèdent pareillement de Dieu-Homme, c'est à dire du Seigneur, c'est pour cela que dans l'homme ces deux réceptacles et habitacles, qui sont appelés volonté et entendement, ont été créés par le Seigneur, de manière qu'ils soient distinctement deux, et néanmoins qu'ils fassent comme un dans toute opération et dans toute sensation ; car la volonté et l'entendement ne peuvent être séparés ni dans l'opération ni dans la sensation. Mais pour que l'homme puisse devenir réceptacle et habitacle, il est pourvu en raison de cette fin, à ce que l'entendement de l'homme puisse être élevé au-dessus du propre amour de l'homme dans quelque lumière de la sagesse, dans l'amour de laquelle il n'est pas, et par là voir et apprendre comment il doit vivre, afin de venir aussi dans cet amour, et de jouir ainsi de la béatitude pour l'éternité. Or, puisque l'homme a abusé de la faculté d'élever l'entendement au-dessus de son propre amour, il a ainsi détruit chez lui ce qui pouvait être réceptacle et habitacle du Seigneur, c'est-à-dire, de l'amour et de la sagesse procédant du Seigneur, en faisant la volonté habitacle de l'amour de soi et de l'amour du monde, et l'entendement habitacle des confirmations de ces amours. Ainsi, ces deux habitacles, la volonté et l'entendement, sont devenus ceux de l'amour infernal, et par des confirmations pour cet amour, les habitacles de la pensée infernale, qui est réputée sagesse dans l'enfer.

396. L'amour de soi et l'amour du monde sont des amours infernaux, et l'homme a pu venir dans ces amours, et ainsi détruire la volonté et l'entendement, parce que l'amour de soi et l'amour du monde sont célestes par création, car ce sont les amours de l'homme naturel, qui servent aux amours spirituels comme les fondements servent aux maisons. En effet, d'après l'amour de soi et l'amour du monde l'homme veut du bien à son corps, il veut se nourrir, se vêtir, se loger, pourvoir à sa maison, rechercher des emplois en vue des usages, et même être honoré selon la dignité de la fonction qu'il remplit, à cause de l'obéissance. Il veut aussi par les plaisirs du monde se réjouir et se recréer, mais il veut toutes ces choses pour une fin qui doit être l'usage ; car par elles il est en état de servir le Seigneur et le prochain. Mais quand l'amour de servir le Seigneur et de servir le prochain est nul, et qu'il n'y a que l'amour de se servir soi-même d'après le monde, alors de céleste, l'amour devient infernal, car il fait que l'homme plonge son mental et son ‚me dans son propre, qui en soi n'est que mal.

397. Or, afin que l'homme ne soit pas par l'entendement dans le ciel, comme il le peut, et par la volonté dans l'enfer, et afin qu'il n'ait pas ainsi un mental divisé, après la mort toutes les choses de son entendement, qui sont au-dessus de son propre amour, sont en conséquence éloignées. Il en résulte que la volonté et l'entendement chez tous agissent finalement comme un ; chez ceux qui sont dans le ciel la volonté aime le bien et l'entendement pense le vrai, mais chez ceux qui sont dans l'enfer la volonté aime le mal et l'entendement pense le faux. L'homme fait de même dans le monde quand il pense d'après son esprit, ce qu'il fait quand il est seul, bien qu'il y en ait beaucoup qui pensent autrement lorsqu'ils sont dans le corps, ce qui arrive quand ils ne sont pas seuls. Ils pensent alors autrement, parce qu'ils élèvent leur entendement au-dessus du propre de leur volonté ou au-dessus de l'amour de leur esprit. Ces détails ont été donnés, afin qu'on sache que la volonté et l'entendement sont deux facultés distinctes, qui cependant ont été créées pour agir comme un, et qu'elles sont amenées à agir comme un, sinon avant, du moins après la mort.

398. Maintenant, puisque l'amour et la sagesse, et par suite la volonté et l'entendement, sont ce qui est nommé l'âme et que dans ce qui suit il faut dire comment l'âme agit dans le corps, et y opère tout, et puisque cela peut être connu d'après la correspondance du cœur avec la volonté et du poumon avec l'entendement, voici par conséquent ce que cette correspondance a dévoilé : I. L'amour ou la volonté est la vie même de l'homme. II. L'amour ou la volonté est continuellement en effort pour la forme humaine et pour tout ce qui appartient à la forme humaine. III. L'amour ou la volonté ne peut rien faire par sa forme humaine, sans un mariage avec la sagesse ou l'entendement. IV. L'amour ou la volonté prépare la maison ou la chambre nuptiale pour sa future épouse qui est la sagesse ou l'entendement. V. L'amour ou la volonté prépare aussi tout dans sa forme humaine, afin de pouvoir agir conjointement avec la sagesse ou l'entendement. VI. Quand les noces ont lieu, la première conjonction existe par l'affection de savoir, d'où résulte l'affection du vrai. VII. La seconde conjonction existe par l'affection de comprendre, d'où résulte la perception du vrai. VIII. La troisième conjonction existe par l'affection de voir le vrai, d'où résulte la pensée. IX. L'amour ou la volonté par ces trois conjonctions est dans sa vie sensitive et dans sa vie active. X. L'amour ou la volonté introduit la sagesse ou l'entendement dans toutes les parties de sa maison. XI. L'amour ou la volonté ne fait rien qu'en conjonction avec la sagesse ou l'entendement. XII. L'amour ou la volonté se conjoint à la sagesse ou à l'entendement, et fait que la sagesse ou l'entendement est réciproquement conjoint. XIII. La sagesse ou l'entendement, d'après la puissance que lui donne l'amour ou la volonté, peut être élevé et recevoir les choses qui sont de la lumière procédant du ciel, et les percevoir. XIV. L'amour ou la volonté peut pareillement être élevé et percevoir les choses qui sont de la chaleur procédant du ciel, s'il aime la sagesse son épouse, dans ce degré. XV. Autrement l'amour ou la volonté retire de son élévation la sagesse ou l'entendement, pour qu'il agisse comme un avec lui. XVI. L'amour ou la volonté est purifié par la sagesse dans l'entendement, s'ils sont élevés ensemble. XVII. L'amour ou la volonté est souillé dans l'entendement et par l'entendement, s'ils ne sont pas élevés ensemble. XVIII. L'amour purifié par la sagesse dans l'entendement devient spirituel et céleste. XIX. L'amour souillé dans l'entendement et par l'entendement devient naturel et sensuel. XX. Néanmoins il reste la faculté de comprendre qui est appelé rationalité, et la faculté d'agir qui est appelée liberté. XXI. L'amour spirituel et céleste est l'amour à l'égard du prochain et l'amour envers le Seigneur ; et l'amour naturel et sensuel est l'amour du monde et l'amour de soi. XXII. Il en est de la charité et de la foi, et de leur conjonction, comme de la volonté et de l'entendement et de leur conjonction.

399. I. L'amour ou la volonté est la vie même de l'homme. C'est une conséquence de la correspondance du cœur avec la volonté, voir ci-dessus, N°s 378 à 381 ; car le cœur agit dans le corps comme la volonté agit dans le mental ; et toutes les choses du corps dépendent du cœur quant à l'existence et quant au mouvement comme toutes les choses du mental dépendent de la volonté quant à l'existence et quant à la vie. Il est dit de la volonté, mais il est entendu de l'amour, car la volonté est le réceptacle de l'amour, et l'amour est la vie même, voir ci-dessus, N°s 1, 2, 3 ; et l'amour qui est la vie même vient du Seigneur seul. On peut savoir que l'amour ou la volonté est la vie de l'homme, d'après le cœur et son extension dans le corps par les artères et par les veines, parce que les choses qui se correspondent agissent de la même manière, avec cette différence que l'une est naturelle et l'autre spirituelle. On voit clairement d'après l'anatomie comment le cœur agit dans le corps. Tout vit, ou est soumis à la vie, là où le cœur agit par les vaisseaux qui sortent de lui, et rien ne vit là où le cœur n'agit pas par ses vaisseaux. En outre le cœur est le premier et le dernier qui agit dans le corps. On voit d'après les embryons qu'il est le premier, et d'après les mourants qu'il est le dernier. On voit aussi d'après ceux qui sont suffoqués et ceux qui sont en défaillance, qu'il agit sans la coopération du poumon. Il devient donc évident que la vie du mental dépend de la volonté seule, comme la vie secondaire du corps dépend du cœur seul ; et que la volonté vit quand la pensée a cessé comme le cœur vit quand la respiration a cessé, ainsi qu'on le voit encore clairement d'après les embryons, les mourants, les suffoqués et ceux qui sont en défaillance. Il en résulte que l'amour ou la volonté est la vie même de l'homme.

400. II. L'amour ou la volonté est continuellement en effort pour la forme humaine, et pour tout ce qui appartient à la forme humaine. Cela est évident par la correspondance du cœur avec la volonté. En effet, on sait que toutes les choses du corps sont formées dans l'utérus, et qu'elles le sont par des fibres partant du cerveau, et par les vaisseaux sanguins partant du cœur, et que les contextures de tous les organes et de tous les viscères sont faites d'après ces fibres et ces vaisseaux. Il est ainsi évident que toutes les choses de l'homme tirent leur existence de la vie de la volonté qui est l'amour, d'après leurs commencements procédant des cerveaux par les fibres, et que toutes celles de son corps tirent leur existence du cœur par les artères et par les veines. On voit donc bien clairement que la vie, qui est l'amour et par suite la volonté, est continuellement en effort vers la forme humaine. Comme la forme humaine se compose de toutes les choses qui sont dans l'homme, il s'ensuit que l'amour ou la volonté est dans un continuel effort et une continuelle tendance pour former toutes ces choses. L'effort et la tendance sont pour la forme humaine, parce que Dieu est Homme, et que le Divin Amour et la Divine Sagesse sont Sa Vie, dont procède tout ce qui appartient à la vie. Chacun peut voir que si la Vie, qui est l'Homme Même, n'agissait pas dans ce qui en soi n'est pas la vie, rien n'aurait pu être formé de ce qui existe chez l'homme, dans lequel des milliers de milliers de parties font un, et tendent unanimement à l'image de la Vie dont elles procèdent, afin que l'homme puisse en devenir le réceptacle et l'habitacle. Par là on peut voir que l'amour, et d'après l'amour la volonté, et d'après la volonté le cœur, sont continuellement en effort vers la forme humaine.

401. III. L'amour ou la volonté ne peut rien faire par sa forme humaine, sans un mariage avec la sagesse ou l'entendement. Cela aussi est évident par la correspondance du cœur avec la volonté. L'homme embryon vit par le cœur, mais non par le poumon, car alors le sang ne coule pas du cœur dans le poumon, et ne donne pas au poumon la faculté de respirer, mais il coule par une ouverture dans le ventricule gauche du cœur ; c'est pour cela que l'embryon ne peut alors mouvoir aucune partie du corps, car il est étendu comme emmailloté, et il ne peut rien sentir, car les organes des sens sont fermés. Il en est de même de l'amour et de la volonté, d'après laquelle cependant il vit, mais dans l'obscurité, c'est-à-dire, sans la sensation et sans l'action. Mais dès que le poumon est ouvert, ce qui se fait après l'enfantement, alors il commence à sentir et à agir, et pareillement à vouloir et à penser. On peut ainsi voir que l'amour ou la volonté ne peut rien faire par sa forme humaine, sans un mariage avec la sagesse ou l'entendement.

402. IV.Lamour ou la volonté prépare la maison ou la chambre nuptiale pour sa future épouse, qui est la sagesse ou l'entendement. Dans l'univers créé et dans chacune de ses parties il y a le mariage du bien et du vrai ; il en est ainsi, parce que le bien appartient à l'amour et le vrai à la sagesse, que l'amour et la sagesse sont dans le Seigneur, et que d'après le Seigneur toutes choses ont été créées. On peut voir comme dans un miroir comment ce mariage existe chez l'homme dans la conjonction du cœur avec le poumon car le cœur correspond à l'amour ou au bien, et le poumon à la sagesse ou au vrai, voir ci-dessus N°s 378 à 381, 382 à 384. D'après cette conjonction on peut voir comment l'amour ou la volonté se fiance avec la sagesse ou l'entendement, en ce qu'il prépare pour elle la maison ou la chambre nuptiale ; et comment ensuite il l'épouse ou fait comme un mariage avec elle, en ce qu'il se la conjoint par les affections et ensuite vit sagement avec elle dans cette maison. Seule la langue spirituelle peut décrire pleinement ce qui en est, parce que l'amour et la sagesse, et par suite la volonté et l'entendement, sont des choses spirituelles. Celles-ci peuvent, il est vrai, être exprimées par le langage naturel, mais seulement jusqu'à une perception qui serait obscure, parce qu'on ignore en quoi consistent l'amour et la sagesse, les affections du bien, et les affections de la sagesse qui sont les affections du vrai. Néanmoins on peut voir quelles sont les fiançailles et quel est le mariage de l'amour avec la sagesse, ou de la volonté avec l'entendement, par le parallélisme qui est donné par leur correspondance avec le cœur et le poumon ; car il n'y a absolument aucune différence entre ces derniers et l'amour et la sagesse, excepté que les uns sont spirituels et les autres naturels. On voit donc d'après le cœur et le poumon que le cœur forme d'abord le poumon dans l'embryon, et ensuite se conjoint à lui après l'enfantement. Le cœur fait cela dans sa maison, qui est appelée poitrine ; là est leur chambre nuptiale séparée des autres parties du corps par une cloison nommée diaphragme, et par une enveloppe nommée plèvre. Il en est de même de l'amour et de la sagesse, ou de la volonté et de l'entendement.

403. V. L'amour ou la volonté prépare aussi tout dans sa forme humaine, afin de pouvoir agir conjointement avec la sagesse ou l'entendement. Il est dit la volonté et l'entendement, mais il faut qu'on sache bien que la volonté est l'homme tout entier, car la volonté avec l'entendement est dans les commencements dans les cerveaux, et dans les prolongements dans le corps, et par suite dans le tout et dans chaque partie, comme il a été montré cidessus, aux N°s 365, 366, 367. On peut donc voir que la volonté est l'homme tout entier quant à la forme même, tant la forme générale que singulière de chaque partie, et que l'entendement est sa compagne comme le poumon est celle du cœur. Qu'on se garde de penser que la volonté est une chose séparée de la forme humaine, car elle est cette forme même. D'après cela on peut voir non seulement comment la volonté prépare la chambre nuptiale pour l'entendement, mais aussi comment elle prépare tout dans sa maison, qui est le corps entier, afin de pouvoir agir conjointement avec l'entendement. Elle fait ces préparatifs de manière que toutes et chacune des parties du corps soient conjointes à l'entendement comme elles le sont à la volonté, ou que toutes et chacune des parties du corps soient sous la dépendance de l'entendement comme elles sont sous celle de la volonté. La connaissance de l'anatomie nous fait voir comme dans un miroir ou une image, comment cette préparation se fait dans le corps. Par elle, on sait comment toutes les choses dans le corps sont reliées entre elles, de sorte que toutes et chacune sont mises en mouvement quand le poumon respire, et qu'elles le sont aussi par les battements du cœur. On sait que le cœur a été conjoint au poumon par les oreillettes, et que celles-ci se continuent dans les intérieurs des poumons ; et aussi, que tous les viscères du corps sont conjoints par des ligaments avec la cavité de la poitrine, à un tel point que lorsque le poumon respire, tous et chacun, en général et en particulier, reçoivent quelque chose du mouvement respiratoire. En effet, lorsque le poumon se gonfle, les côtes étendent le thorax, la plèvre est dilatée, et le diaphragme est étendu ; et avec eux toutes les parties inférieures du corps, qui ont été jointes ensemble par des ligaments provenant d'eux, reçoivent quelque mouvement par les actions pulmonaires, et ce mouvement est synchronisé avec l'action du poumon. On voit donc clairement quelle est la conjonction qui a été préparée par la volonté entre l'entendement et toutes et chacune des parties de la forme humaine. Si l'on examine avec soin les enchaînements, et qu'on les observe avec un œil d'anatomiste, qu'ensuite selon les enchainements, on considère leur coopération avec le poumon respirant et avec le cœur, et que finalement en pensée on remplace le poumon par l'entendement et le cœur par la volonté, on verra qu'il en est ainsi.

404. VI. Quand les noces ont eu lieu, la première conjonction existe par l'affection de savoir, d'où résulte l'affection du vrai. Par les noces il est entendu l'état de l'homme après la naissance, depuis l'état d'ignorance jusqu'à celui de l'intelligence, et depuis celui-ci jusqu'à l'état de sagesse. Le premier état qui est de pure ignorance, n'est pas entendu ici par les noces, parce qu'alors il n'existe aucune pensée de l'entendement, mais il y a seulement une affection obscure qui appartient à l'amour et à la volonté. Cet état est une initiation pour les noces. Tout le monde sait que dans le second état qui est celui de l'homme dans le second ‚ge de l'enfance, il y a l'affection de savoir, et que par elle l'enfant apprend à parler et à lire, et qu'ensuite il apprend successivement des choses qui appartiennent à l'entendement. On ne saurait douter que cela est opéré par l'amour qui appartient à la volonté, car autrement rien ne serait fait. L'expérience nous apprend que l'affection de savoir existe chez l'homme après la naissance, et que par elle il apprend des choses, d'après lesquelles par degrés l'entendement se forme, s'accroit et se perfectionne. Il est encore évident que l'affection du vrai vient de là, car lorsque l'homme d'après l'affection de savoir est devenu intelligent, il n'est pas porté par l'affection à savoir, autant qu'il l'est par l'affection à raisonner et à former des conclusions sur des sujets qui appartiennent à son amour, qu'ils soient économiques, civils ou moraux. Quand cette affection est élevée jusqu'aux choses spirituelles, elle devient l'affection du vrai spirituel. On peut voir que celle-ci à commencé par l'affection du savoir, en ce que l'affection du vrai est une affection élevée du savoir ; car être affecté par les vrais, c'est désirer les connaître d'après l'affection, et quand on les trouve, les absorber dans le plaisir de l'affection.

VII. La seconde conjonction existe par l'affection de comprendre, d'où résulte la perception du vrai. Cela est évident pour quiconque veut l'examiner d'après une intuition rationnelle. D'après l'intuition rationnelle il est évident que l'affection du vrai et la perception du vrai sont deux facultés de l'entendement, qui se réunissent en un chez ceux qui veulent par l'entendement percevoir les vrais, et ne se réunissent pas en un chez ceux qui veulent savoir seulement les vrais. Il est évident aussi, que chacun est autant dans la perception du vrai, qu'il est dans l'affection de comprendre. Si l'on ôte l'affection de comprendre le vrai, il n'y aura aucune perception du vrai ; mais si l'on donne l'affection de comprendre le vrai, il y aura perception du vrai selon le degré de l'affection du vrai ; car la perception du vrai ne manque jamais à l'homme doué d'une raison saine, pourvu qu'il ait l'affection de comprendre le vrai. Il a été montré ci-dessus que tout homme possède la faculté de comprendre le vrai, qui est appelée rationalité.

VIII. La troisième conjonction existe par l'affection de voir le vrai d'où résulte la pensée. L'affection de savoir est différente de l'affection de comprendre, et différente aussi de l'affection de voir ce qu'on sait et comprend ; ou l'affection du vrai est différente de la perception du vrai, et différente de la pensée. Cela n'est vu qu'obscurément par ceux qui ne peuvent percevoir séparément les opérations du mental, mais est vu clairement par ceux qui peuvent les percevoir séparément. Cela n'est vu qu'obscurément par ceux qui ne peuvent percevoir séparément les opérations du mental, parce que pour ceux qui sont dans l'affection du vrai et dans la perception des vrais, ces opérations sont simultanées dans la pensée, et lorsqu'elles sont simultanées elles ne peuvent être distinguées. L'homme est dans une pensée manifeste, quand son esprit pense dans le corps, ce qui arrive principalement lorsqu'il est en compagnie. Mais quand il est dans l'affection de comprendre, et que par elle il vient dans la perception du vrai, il est alors dans la pensée de son esprit, qui est la méditation. Celle-ci, il est vrai, tombe dans la pensée du corps, mais dans la pensée tacite, car elle est au-dessus de la pensée du corps, et elle regarde comme au-dessous de soi les choses qui appartiennent à la pensée provenant de la mémoire, car d'après ces choses elle tire des conclusions ou des confirmations. Mais l'affection même du vrai est perçue seulement comme un effort de la volonté d'après une sorte de plaisir, qui est à l'intérieur de la méditation comme la vie de celle-ci, et auquel on prête peu d'attention. D'après ces explications, on peut voir maintenant que ces trois choses, l'affection du vrai, la perception du vrai et la pensée, se suivent en ordre d'après l'amour, et qu'elles n'existent que dans l'entendement. En effet, quand l'amour entre dans l'entendement, ce qui arrive lorsque la conjonction a été faite, il produit d'abord l'affection du vrai, ensuite l'affection de comprendre ce que l'on sait, et enfin l'affection de voir dans la pensée du corps ce que l'on comprend, car la pensée n'est autre chose que la vue interne. La pensée, il est vrai, existe en premier lieu parce qu'elle appartient au mental naturel, mais la pensée d'après la perception du vrai, qui procède de l'affection du vrai, existe en dernier lieu. Cette pensée-ci est la pensée de la sagesse, mais celle-là est la pensée venant de la mémoire par la vue du mental naturel. Toutes les opérations de l'amour ou de la volonté hors de l'entendement se réfèrent aux affections du bien et non aux affections du vrai.

405. L'homme rationnel peut saisir que ces trois choses procédant de l'amour qui appartient à la volonté, se suivent en ordre dans l'entendement, mais il ne peut cependant le voir clairement, ni par conséquent le confirmer jusqu'à la pleine croyance. Or, comme l'amour qui appartient à la volonté agit par correspondance comme un avec le cœur, et que la sagesse qui appartient à l'entendement agit comme un avec le poumon, ainsi qu'il a été montré ci-dessus, en conséquence ce qui vient d'être dit au N° 404 sur l'affection du vrai, sur la perception du vrai et sur la pensée, ne peut être vu et confirmé plus clairement que dans le poumon et dans sa structure. Celle-ci va donc être décrite en peu de mots. Après l'enfantement, le cœur envoie de son ventricule droit le sang dans le poumon ; et après le passage il l'en fait revenir dans son ventricule gauche, ainsi il ouvre le poumon. Le cœur fait cela par les artères et les veines pulmonaires. Il y a dans le poumon des bronches qui se ramifient et enfin se terminent en des vésicules dans lesquelles le poumon admet l'air, et ainsi respire. Autour des bronches et de leurs ramifications il y a aussi les artères et les veines bronchiales, partant de l'azygos ou de la veine cave et de l'aorte. Ces artères et ces veines sont dictinctes des artères et des veines pulmonaires. D'après cela il est évident que le sang influe dans le poumon par deux chemins, et qu'il en efflue par deux chemins. Il en résulte que le poumon peut respirer d'une manière non synchrone avec le cœur ; et qu'il est bien connu que les mouvements alternatifs du cœur et les mouvements alternatifs du poumon n'agissent pas comme un. Maintenant puisqu'il y a correspondance du cœur et du poumon avec la volonté et l'entendement, ainsi qu'il a été montré, et que la conjonction par la correspondance est telle, que lorsque l'un agit, l'autre aussi agit, on peut voir d'après l'influx du sang du cœur dans le poumon, comment la volonté influe dans l'entendement, et produit ce qui vient d'être dit au N° 404 sur l'affection et la perception du vrai, et sur la pensée. La correspondance m'a révélé cela, et d'autres choses sur ce sujet qui ne peuvent être décrites en peu de mots. Puisque l'amour ou la volonté correspond au cœur, et que la sagesse ou l'entendement correspond au poumon, il s'ensuit que les vaisseaux sanguins du cœur dans le poumon correspondent aux affections du vrai, et que les ramifications des bronches du poumon correspondent aux perceptions et aux pensées provenant de ces affections. Celui qui examine avec soin toutes les textures du poumon d'après ces origines, et découvre l'analogie avec l'amour de la volonté et avec la sagesse de l'entendement, peut voir comme dans une sorte d'image ce qui a été dit ci-dessus au N° 404, et ainsi être confirmé jusqu'à la pleine croyance. Comme les détails anatomiques du cœur et du poumon sont connus de peu de personnes, je m'abstiens de démontrer davantage l'analogie, car confirmer un sujet par des choses inconnues, c'est le jeter dans l'obscurité.

406. IX. L'amour ou la volonté par ces trois conjonctions est dans sa vie sensitive et dans sa vie active. L'amour sans l'entendement, ou l'affection qui appartient à l'amour sans la pensée qui appartient à l'entendement, ne peut dans le corps ni sentir ni agir, parce que l'amour sans l'entendement est comme aveugle, ou parce que l'affection sans la pensée est comme dans l'obscurité, car l'entendement est la lumière d'après laquelle l'amour voit. La sagesse ou l'entendement vient aussi de la lumière qui procède du Seigneur comme Soleil. En conséquence, puisque l'amour de la volonté, sans la lumière de l'entendement, ne voit rien et est aveugle, il s'ensuit que sans la lumière de l'entendement les sens du corps seraient aussi aveuglés et émoussés, non seulement la vue et l'ouïe, mais aussi les autres sens. Ceux-ci le seraient aussi, parce que toute perception du vrai appartient à l'amour dans l'entendement, comme il a été montré ci-dessus, et que tous les sens du corps tirent leur perception de la perception de leur mental. Il en est de même de tout acte du corps ; en effet, l'acte d'après l'amour sans l'entendement est comme l'acte de l'homme dans la nuit, car alors l'homme ne sait ce qu'il fait. Il n'y aurait donc dans l'acte rien de l'intelligence ni de la sagesse. Cet acte ne peut être appelé acte vivant, car l'acte tire de l'amour son être et de l'intelligence sa qualité. En outre, toute la puissance du bien existe par le vrai, en conséquence le bien est dans le vrai et ainsi agit par le vrai, et le bien appartient à l'amour, et le vrai appartient à l'entendement. D'après ces explications on peut voir que l'amour ou la volonté est dans sa vie sensitive et dans sa vie active par ces trois conjonctions, dont il a été parlé au N° 404.

407. On peut confirmer de manière frappante qu'il en est ainsi, par la conjonction du cœur avec le poumon, car la correspondance entre la volonté et le cœur, et entre l'entendement et le poumon, est telle que le cœur avec le poumon agit naturellement de la même façon que l'amour avec l'entendement agit spirituellement. Ce qui a été dit ci-dessus peut maintenant être vu comme dans une image offerte à l'œil. On voit par l'état de l'embryon ou de l'enfant dans l'utérus, et par son état après la naissance, que l'homme n'est dans aucune vie sensitive, ni dans aucune vie active quand le cœur et le poumon n'agissent pas ensemble. Tant que l'homme est embryon ou dans l'utérus les poumons sont fermés ; en conséquence il n'a ni sensation ni activité, les organes des sens sont bouchés, les mains et les pieds sont entravés. Mais après la naissance les poumons sont ouverts par le sang qu'envoie le cœur, et à mesure qu'ils sont ouverts l'homme sent et agit. On voit clairement aussi par ceux qui sont en défaillance que l'homme n'est dans aucune vie sensitive, ni dans aucune vie active sans la coopération du cœur et du poumon ; chez eux le cœur seulement agit et non le poumon, car alors la respiration a été ôtée. Il en est de même de l'homme qui est asphyxié, il semble mort, ne sent rien et n'agit pas, néanmoins il vit par le cœur, car il revient dans la vie sensitive et active, dès que les causes de l'inaction du poumon ont été éloignées. Pendant l'asphyxie, il est vrai, le sang circule à travers le poumon, mais par les artères et les veines pulmonaires, et non par les artères et les veines bronchiales, et ce sont celles-ci qui donnent à l'homme la faculté de respirer. Il en est de même de l'influx de l'amour dans l'entendement.

408. X. L'amour ou la volonté introduit la sagesse ou l'entendement dans toutes les parties de sa maison. Par la maison de l'amour ou la volonté il est entendu l'homme tout entier quant à toutes les choses qui appartiennent à son mental. Comme toutes ces choses correspondent à toutes celles du corps, ainsi qu'il a été montré ci-dessus, par la maison il est aussi entendu l'homme tout entier quant à toutes les choses qui appartiennent à son corps, lesquelles sont appelées membres, organes et viscères. Que le poumon soit introduit dans toutes ces choses, de même que l'entendement dans toutes celles du mental, on peut le voir d'après ce qui a été montré ci-dessus, par exemple, que l'amour ou la volonté prépare la maison ou la chambre nuptiale pour sa future épouse, qui est la sagesse ou l'entendement, N° 402 ; et que l'amour ou la volonté prépare tout dans sa forme humaine ou dans sa maison, afin de pouvoir agir conjointement avec la sagesse ou l'entendement, N° 403. D'après ce qui a été dit dans ces passages, il est évident que dans tout le corps, toutes et chacune des choses ont été tellement jointes par les ligaments qui partent des côtes, des vertèbres, du sternum, du diaphragme, du péritoine qui en dépend, que, lorsque, le poumon respire, elles sont pareillement abaissées et soulevées dans des mouvements alternés. L'anatomie nous fait voir que les mouvements alternés entrent aussi dans les viscères mêmes, jusqu'à leurs replis intimes, car les ligaments susmentionnés adhèrent aux enveloppes des viscères, et les enveloppes entrent par des insertions jusqu'à leurs intimes, comme font aussi les artères et les veines par les ramifications. Par là on peut voir que la respiration du poumon est en conjonction parfaite avec le cœur dans toutes et chacune des choses du corps. Afin que la conjonction soit complète, le cœur lui-même est aussi dans le mouvement pulmonaire, car il repose dans le sein du poumon, il communique avec lui par les oreillettes, et il est couché sur le diaphragme, par lequel ses artères participent au mouvement pulmonaire. En outre, l'estomac est dans une semblable conjonction par la cohérence de son œsophage avec la trachée. Ces détails anatomiques ont été rapportés, afin qu'on voie quelle est la conjonction de l'amour ou de la volonté avec la sagesse ou l'entendement, et de ces deux ensemble avec toutes les choses du mental, car elle est semblable.

409. XI. L'amour ou la volonté ne fait rien qu'en conjonction avec la sagesse ou l'entendement. En effet, puisque l'amour n'a aucune vie sensitive ni aucune vie active sans l'entendement, et puisque l'amour introduit entendement dans toutes les choses du mental, comme il a été montré ci-dessus aux N°s 407 et 408, il s'ensuit que l'amour ou la volonté ne fait rien qu'en conjonction avec l'entendement. Car agir d'après l'amour sans l'entendement ne peut être qu'irrationnel, parce que l'entendement enseigne ce qu'il faut faire et comment il faut le faire ; l'amour sans l'entendement ne le sait pas. C'est pourquoi il y a un tel mariage entre l'amour et l'entendement que, bien qu'ils soient deux, ils agissent néanmoins comme un. Il y a un semblable mariage entre le bien et le vrai, car le bien appartient à l'amour, et le vrai appartient à l'entendement. Un tel mariage existe dans toutes les choses de l'univers, qui ont été créées par le Seigneur ; leur usage se réfère au bien, et la forme de l'usage se réfère au vrai. C'est d'après ce mariage que dans toutes et dans chacune des choses du corps il y a une droite et une gauche, et que la droite se réfère au bien dont procède le vrai, et la gauche au vrai procédant du bien, ainsi à leur conjonction. Pour cette raison toutes les choses dans l'homme sont par paires. Il y a deux cerveaux, deux hémisphères du cerveau, deux ventricules du cœur, deux lobes du poumon, deux yeux, deux narines, deux bras, deux mains, deux jambes, deux pieds, deux reins, deux testicules, etc., et quand elles ne sont pas par paires, il y a une droite et une gauche. Il en est ainsi, parce que le bien regarde le vrai afin qu'il existe, et que le vrai regarde le bien afin qu'il soit. Il en est de même dans les cieux angéliques et dans chacune de leurs sociétés. Sur ce sujet, voir le N° 401, où il est plus longuement expliqué que l'amour ou la volonté ne peut rien faire par sa forme humaine sans un mariage avec la sagesse ou l'entendement. Ailleurs il sera parlé de la conjonction du mal et du faux, qui est opposée à celle du bien et du vrai.

410. XII. L'amour ou la volonté se conjoint à la sagesse ou à l'entendement, et fait que la sagesse ou l'entendement est réciproquement conjoint. Il est évident que l'amour ou la volonté se conjoint à la sagesse ou à l'entendement par leur correspondance avec le cœur et le poumon. L'anatomie enseigne que le cœur est dans le mouvement de sa vie quand le poumon n'y est pas encore. L'expérience l'enseigne d'après ceux qui sont en défaillance et ceux qui sont suffoqués, et aussi d'après les embryons dans l'utérus, et les poussins dans les œufs. L'anatomie enseigne que le cœur, tandis qu'il agit seul, forme le poumon, et le dispose afin de pouvoir y opérer la respiration ; il forme aussi les autres viscères et les autres organes, afin de pouvoir y faire différents usages, les organes de la face afin de pouvoir sentir, les organes du mouvement afin de pouvoir agir, et les autres choses dans le corps afin de pouvoir produire des usages correspondant aux affections de l'amour. En conséquence, on voit pour la première fois qu'à l'instar du cœur qui produit ces choses en vue des diverses fonctions qu'il a à remplir dans le corps, l'amour en produit de semblables dans son réceptacle, qu'on nomme volonté, en vue des diverses affections qui font sa forme, laquelle, comme il a déjà été montré, est la forme humaine. Maintenant, comme les premières et les plus proches affections de l'amour sont l'affection de savoir, de comprendre, et l'affection de voir ce qu'il sait et comprend , il s'ensuit que l'amour forme l'entendement pour ces affections, et qu'il vient en actualité en elles, dès qu'il commence à sentir et à agir, et lorsqu'il commence à penser. Par le parallélisme du cœur et du poumon, dont il a été parlé ci-dessus, on voit que l'entendement ne contribue en rien à cela. On peut ainsi voir que l'amour ou la volonté se conjoint à la sagesse ou à l'entendement, et que la sagesse ou l'entendement ne se conjoint pas à l'amour ou à la volonté. Par suite, on voit aussi que les connaissances que l'amour s'acquiert par l'affection de savoir, et la perception du vrai qu'il s'acquiert par l'affection de comprendre, et la pensée qu'il s'acquiert par l'affection de voir ce qu'il sait et comprend, appartiennent non pas à l'entendement mais à l'amour. Les pensées, les perceptions et par suite les connaissances influent, il est vrai, du monde spirituel, mais elles sont toujours reçues, non par l'entendement, mais par l'amour selon ses affections dans l'entendement. Il semble que ce soit l'entendement qui les reçoit, et non l'amour ou la volonté, mais c'est une illusion. Il semble aussi que ce soit l'entendement qui se conjoint à l'amour ou à la volonté, mais c'est encore une illusion. L'amour ou la volonté se conjoint à l'entendement, et fait que l'union est réciproque. Cette union réciproque se fait d'après le mariage de l'amour avec la sagesse ; par là se fait une conjonction comme réciproque d'après la vie et par suite d'après la puissance de l'amour. Il en est de même du mariage du bien et du vrai, car le bien appartient à l'amour, et le vrai appartient à l'entendement. Le bien fait tout, et il reçoit le vrai dans sa maison, et se conjoint avec lui en tant qu'il concorde ; le bien peut même admettre les vrais qui ne concordent pas, mais il le fait d'après l'affection de savoir, de comprendre et de penser des choses lui appartenant, tandis qu'il ne s'est pas encore déterminé pour des usages qui sont des fins, et sont appelés des biens. La conjonction réciproque, ou du vrai avec le bien, est absolument nulle ; si le vrai est réciproquement conjoint, c'est d'après la vie du bien. En conséquence, tout homme, tout esprit et tout ange est regardé par le Seigneur selon son amour ou son bien, et nul n'est regardé selon son entendement ou selon le vrai séparé de l'amour ou du bien. En effet, la vie de l'homme est son amour, comme il a été montré ci-dessus, et sa vie est telle qu'est l'élévation de ses affections par les vrais, c'est-à-dire, selon qu'il a perfectionné ses affections d'après la sagesse. Car les affections de l'amour sont élevées et perfectionnées par les vrais, ainsi par la sagesse. Alors l'amour agit conjointement avec la sagesse comme d'après elle, mais il agit d'après soi par elle, comme par sa propre forme, qui ne tire absolument rien de l'entendement, mais qui tire tout d'une détermination de l'amour, laquelle est appelée affection.

411. L'amour nomme ses biens toutes les choses qui le favorisent, et nomme ´ses vrais toutes celles qui, comme moyens, conduisent aux biens. Comme elles sont des moyens, elles sont aimées et deviennent des choses de son affection, et ainsi elles deviennent des affections dans une forme. Pour cette raison, le vrai ne peut-être que la forme de l'affection qui appartient à l'amour. La forme humaine n'est autre chose que la forme de toutes les affections de l'amour ; la beauté est son intelligence, qu'il acquiert par les vrais qu'il reçoit par la vue ou par l'ouïe externe et interne. Ces choses sont celles que l'amour dispose dans les formes de ses affections, formes qui sont d'une grande variété, mais toutes tirent une ressemblance de leur forme commune, qui est la forme humaine ; toutes ces formes sont pour lui belles et aimables, mais toutes les autres sont pour lui laides et non aimables. D'après cela, on voit encore que l'amour se conjoint à l'entendement, et non vice versa, et que la conjonction réciproque vient aussi de l'amour. C'est ce qui est endentu par ces mots : L'amour ou la volonté fait que la sagesse ou l'entendement est réciproquement conjoint.

412. Ce qui vient d'être dit peut dans une sorte d'image être vu et ainsi confirmé d'après la correspondance du cœur avec l'amour et du poumon avec l'entendement ; car puisque le cœur correspond à l'amour, ses prolongements qui sont les artères et les veines correspondent aux affections, et dans le poumon aux affections du vrai. Comme dans le poumon il y a d'autres vaisseaux, qui sont appelés aérifères, par lesquels se fait la respiration, ces vaisseaux par conséquent correspondent aux perceptions. Il faut bien comprendre que les artères et les veines dans le poumon ne sont pas des affections, et que les respirations ne sont ni des perceptions ni des pensées, mais qu'elles sont des correspondances, car elles agissent d'une manière correspondante ou synchrone. De même pour le cœur et le poumon qui ne sont ni l'amour ni l'entendement, mais sont des correspondances ; et puisqu'ils sont des correspondances, l'un peut être vu dans l'autre. Si celui qui connaît d'après l'anatomie la structure du poumon, la compare avec l'entendement, il peut clairement voir que l'entendement ne fait rien par lui-même, ne perçoit et ne pense rien par lui-même, mais qu'il fait tout d'après les affections qui appartiennent à l'amour. Ces affections dans l'entendement sont appelées l'affection de savoir, l'affection de comprendre, et l'affection de voir ce que l'on sait et comprend, affections dont il a été traité ci-dessus. En effet, tous les états du poumon dépendent du sang qui vient du cœur, de la veine cave et de l'aorte, et les respirations qui se font dans les ramifications bronchiales existent selon l'état de ces ramifications, car l'influx du sang cessant la respiration cesse. On peut encore découvrir bien des choses par la structure du poumon comparée avec l'entendement auquel il correspond. Mais comme la science anatomique n'est connue que de peu de personnes, et que démontrer ou confirmer un sujet par des choses inconnues, c'est mettre le sujet dans l'obscurité, il n'en sera pas dit davantage sur ce sujet. La connaissance que j'ai de la structure du poumon m'a pleinement convaincu que l'amour par ses affections se conjoint à l'entendement, et que l'endement ne se conjoint à aucune affection de l'amour, mais qu'il est conjoint réciproquement par l'amour, afin que l'amour ait une vie sensitive et une vie active. Mais il faut absolument savoir que l'homme a une double respiration, l'une de l'esprit et l'autre du corps, et que la respiration de l'esprit dépend des fibres partant des cerveaux, et la respiration du corps des vaisseaux sanguins partant du cœur, de la veine cave et de l'aorte. En outre, il est évident que la pensée produit la respiration, et il est encore évident que l'affection qui appartient à l'amour produit la pensée, car la pensée sans l'affection est absolument comme la respiration sans le cœur, laquelle n'est pas possible. On voit ainsi clairement que l'affection qui appartient à l'amour se conjoint à la pensée qui appartient à l'entendement, comme il a été dit ci-dessus, de la même façon que le cœur le fait dans le poumon.


413. XIII. La sagesse ou l'entendement, d'après la puissance que lui donne l'amour ou la volonté, peut être élevé et recevoir les choses qui sont de la lumière procédant du ciel, et les percevoir. Il a été montré en plusieurs endroits que l'homme peut percevoir les arcanes de la sagesse quand il en entend parler. Cette faculté appelée rationalité est chez tout homme par création. Par cette faculté qui est celle de comprendre intérieurement les choses, et de conclure sur le juste et l'équitable et sur le bien et le vrai, l'homme est distingué des bêtes. C'est donc ce qui est entendu par ces mots : L'entendement peut être élevé et recevoir les choses qui sont de la lumière procédant du ciel, et les percevoir. Qu'il en soit ainsi, on peut encore le voir dans une sorte d'image dans le poumon, parce que le poumon correspond à l'entendement. On peut le voir dans le poumon d'après sa substance cellulaire, qui consiste en bronches continuées jusque vers les follicules les plus petits qui servent de réceptacles à l'air de la respiration ; et c'est avec ces derniers que les pensées agissent comme un par correspondance. Cette substance folliculaire est telle, qu'elle peut être dilatée et contractée de deux façons. De l'une elle peut l'être avec le cœur, par les artères et les veines pulmonaires qui viennent du cœur seul, et de l'autre elle peut l'être dans un état presque séparé du cœur, par les artères et les veines bronchiales qui viennent de la veine cave et de l'aorte, et ces vaisseaux sont hors du cœur. Cette opération a lieu dans le poumon, parce que l'entendement peut être élevé au-dessus de son propre amour qui correspond au cœur, et recevoir la lumière procédant du ciel. Néanmoins quand l'entendement est élevé au-dessus de son propre amour il ne s'en éloigne pas, mais il tire de lui ce qui est appelé l'affection de savoir et de comprendre en vue de quelque chose concernant l'honneur, la gloire ou le profit dans le monde. Ce quelque chose est adhérent à chaque amour comme une surface, ce qui fait que l'amour ne brille qu'à la surface, mais chez les sages ce quelque chose est translucide. Ces détails sur le poumon ont été rapportés, afin qu'il soit confirmé que l'entendement peut être élevé, et recevoir les choses qui appartiennent à la lumière du ciel, et les percevoir, car la correspondance est complète. Voir d'après la correspondance, c'est voir le poumon d'après l'entendement, et l'entendement d'après le poumon, et ainsi d'après les deux ensemble voir la confirmation.

414. XIV.L'amour ou la volonté peut pareillement être élevé et recevoir les choses qui sont de la chaleur procédant du ciel, s'il aime la sagesse, son épouse, dans ce degré. Il a été montré dans l'article précédent, et plusieurs fois ailleurs, que l'entendement peut être élevé dans la lumière du ciel, et puiser la sagesse dans cette lumière. Il a aussi été montré que l'amour ou la volonté peut également être élevé, s'il aime les choses qui appartiennent à la lumière du ciel, ou qui appartiennent à la sagesse. Mais l'amour ou la volonté est élevé non par quelque chose de l'honneur, de la gloire ou du profit comme fin, mais par l'amour de l'usage, ainsi non en vue de soi, mais en vue du prochain. Et comme cet amour est donné du ciel par le Seigneur seulement, et qu'il est donné par le Seigneur quand l'homme fuit les maux comme péchés, il en résulte que l'amour ou la volonté peut être élevé par ces moyens et ne le peut pas sans eux. Toutefois, l'amour ou la volonté est élevé dans la chaleur du ciel, et l'entendement dans la lumière du ciel. Si tous deux sont élevés, un mariage nommé mariage céleste a lieu entre eux, parce que c'est le mariage de l'amour céleste avec la sagesse. En conséquence, il est dit que l'amour est élevé aussi s'il aime la sagesse, son épouse, dans ce degré. L'amour de la sagesse, ou l'amour réel de l'entendement humain, est l'amour à l'égard du prochain procédant du Seigneur. Il en est de même de la chaleur et de la lumière dans le monde ; il y a la lumière sans la chaleur dans la saison de l'hiver, et la lumière avec la chaleur dans la saison de l'été, et tout fleurit quand la chaleur accompagne la lumière. Chez l'homme, la lumière qui correspond à celle de l'hiver est la sagesse sans son amour, et la lumière qui correspond à celle de l'été est la sagesse avec son amour.

415. Cette conjonction et cette disjonction de la sagesse et de l'amour peuvent être vues comme effigiées dans la conjonction du poumon avec le cœur. Car le cœur peut être conjoint aux vésicules en grappes des bronches par le sang qu'il y envoie, et il peut l'être par le sang qui sort non de lui mais de la veine cave et de l'aorte. Il en découle que la respiration du corps peut être séparée de celle de l'esprit ; mais quand le sang agit seulement d'après le cœur, les respirations ne peuvent être séparées. Maintenant, puisque par correspondance les pensées agissent comme un avec les respirations, il est évident d'après le double état du poumon quant à la respiration, que l'homme peut penser et d'après la pensée parler et agir d'une manière quand il est en compagnie, et d'une autre manière quand il est seul, c'est-à-dire, quand il ne craint nullement de perdre sa réputation. Car alors il peut penser et parler contre Dieu, contre le prochain, contre les choses spirituelles de l'église, et contre les choses morales et civiles. Il peut aussi agir contre elles, en volant, en se vengeant, en blasphémant, et en commettant l'adultère, tandis que lorsqu'il craint de perdre sa réputation, il peut parler, prêcher et agir absolument comme un homme spirituel, moral et civil. On peut ainsi voir que l'amour ou la volonté peut, de même que l'entendement, être élevé et recevoir les choses qui appartiennent à la chaleur ou à l'amour du ciel, pourvu qu'il aime la sagesse dans ce degré ; et s'il ne l'aime pas, il peut comme en être séparé.

416. XV.Autrement l'amour ou la volonté retire de son élévation la sagesse ou l'entendement, pour qu'il agisse comme un avec lui. Il y a un amour naturel et il y a un amour spirituel. L'homme qui est dans les deux en même temps est homme rationnel. Cependant celui qui est dans l'amour naturel seulement, peut penser rationellement tout à fait comme l'homme spirituel, néanmoins il n'est pas homme rationnel. En effet, il élève son entendement jusqu'à la lumière du ciel, ainsi jusqu'à la sagesse, mais toujours est-il que les choses qui sont de la sagesse ou de la lumière du ciel ne sont pas de son amour. Son amour élève l'entendement, il est vrai, mais c'est d'après l'affection de l'honneur, de la gloire et du profit. Or, quand il perçoit qu'il ne reçoit rien de tel de cette élévation, ce qui arrive quand il pense en lui-même d'après son amour naturel, alors il n'aime pas les choses qui sont de la lumière du ciel ou de la sagesse, et il retire de son élévation l'entendement pour que celui-ci agisse comme un avec lui. Par exemple quand l'entendement par l'élévation est dans la sagesse, l'amour voit alors ce que c'est que la justice, la sincérité, la chasteté, et même l'amour réel. L'amour naturel peut le voir par sa faculté de comprendre et d'examiner les choses dans la lumière du ciel, il peut même en parler, les prêcher et les décrire comme vertus morales et en même temps spirituelles. Mais quand l'entendement n'est pas dans l'élévation, l'amour, s'il est entièrement naturel, ne voit pas ces vertus, et au lieu de la justice il voit l'injustice, au lieu de la sincérité les fraudes, au lieu de la chasteté la lascivité, et ainsi de suite. Si alors il pense aux choses dont il parlait quand son entendement était dans l'élévation, il peut en rire, et penser qu'elles lui servent seulement à captiver les esprits. D'après ces explications, on peut voir comment il faut entendre que si l'amour n'aime pas la sagesse, son épouse, dans ce degré, il la retire de son élévation pour qu'elle agisse comme un avec lui. On voit ci-dessus au N° 414 que l'amour peut être élevé, s'il aime la sagesse dans ce degré.

417. Maintenant, puisque l'amour correspond au cœur et l'entendement au poumon, ce qui vient d'être dit peut être confirmé par leur correspondance ; ainsi comment l'entendement peut être élevé au-dessus de son propre amour jusque dans la sagesse, puis comment l'entendement est retiré de son élévation par cet amour, si celui-ci est entièrement naturel. L'homme a une double respiration, l'une du corps et l'autre de l'esprit. Ces deux respirations peuvent être séparées et peuvent aussi être conjointes. Elles sont séparées chez les hommes entièrement naturels, surtout chez les hypocrites, mais elles le sont rarement chez les hommes spirituels et sincères. En conséquence, l'homme entièrement naturel et hypocrite chez qui l'entendement a été élevé, et chez qui par suite plusieurs choses appartenant à la sagesse restent dans la mémoire, peut en société parler sagement d'après la pensée provenant de la mémoire. Mais quand il n'est pas en société, il pense non d'après sa mémoire, mais d'après son esprit, ainsi d'après son amour. Il respire aussi de même, puisque la pensée et la respiration agissent d'une manière correspondante. Il a été montré ci-dessus que la structure du poumon est telle, qu'il peut respirer d'après le sang qui vient du cœur et d'après le sang hors du cœur (par la veine cave et l'aorte).

418. On pense généralement que la sagesse fait l'homme, et l'on croit que quelqu'un est sage lorsqu'il parle et enseigne avec sagesse. Lui-même le croit, parce qu'alors en société il pense d'après la mémoire, et s'il est entièrement naturel il pense d'après la surface de son amour, qui est l'affection de l'honneur, de la gloire et du profit. Mais quand il est seul, il pense d'après l'amour intérieur de son esprit, et alors non pas en sage mais parfois en insensé. D'après cela, on peut voir que chacun doit être jugé, non d'après un langage sage séparé de la vie, mais d'après un langage sage conjoint avec la vie. Par la vie il est entendu l'amour. Il a été montré ci-dessus que l'amour est la vie.

419. XVI.L'amour ou la volonté est purifié dans l'entendément, s'ils sont élevés ensemble. L'homme par naissance n'aime que lui-même et le monde, car rien d'autre ne se présente devant ses yeux, et par suite rien d'autre n'occupe son esprit. Cet amour est naturel-corporel, et peut être nommé matériel. En outre, cet amour est devenu impur, parce que l'amour céleste a été séparé de lui chez les parents. Cet amour ne peut se défaire de son impureté, si l'homme n'a pas la faculté d'élever son entendement dans la lumière du ciel, et de voir comment il doit vivre, afin que son amour puisse, avec l'entendement, être élevé dans la sagesse. Par l'entendement, l'amour voit, c'est-à-dire, l'homme voit quels sont les maux qui souillent et corrompent l'amour ; il voit aussi que s'il fuit et déteste ces maux comme péchés, il aime les choses qui sont opposées à ces maux, et qui toutes sont célestes. Puis il voit aussi les moyens par lesquels il peut fuir et détester ces maux comme péchés. L'amour, c'est-à-dire l'homme, voit cela par l'exercice de la faculté d'élever son entendement dans la lumière du ciel, d'où lui vient la sagesse. Alors dans la mesure où l'amour place le ciel au premier rang et le monde au second, et en même temps le Seigneur au premier rang et soi-même au second, l'amour est épuré de ses souillures et est purifié, en d'autres mots, dans la mesure où il est élevé dans la chaleur du ciel, et conjoint à la lumière du ciel dans laquelle est l'entendement. Alors se fait le mariage qui est appelé mariage du bien et du vrai, c'est-à-dire, de l'amour et de la sagesse. Chacun peut saisir par l'entendement et voir rationnellement que, autant on fuit et on déteste les vols et les supercheries, autant on aime la sincérité, la droiture et la justice ; autant on fuit et on déteste les vengeances et les haines, autant on aime le prochain ; autant on fuit et on déteste les adultères, autant on aime la chasteté, et ainsi du reste. Et même très rares sont ceux qui savent ce qu'il y a du ciel et du Seigneur dans la sincérité, dans la droiture, dans la justice, dans l'amour à l'égard du prochain, dans la chasteté, et dans toutes les autres affections de l'amour céleste, avant d'avoir éloigné ce qui est opposé à ces affections. Quand il a éloigné ce qui est opposé, il est alors en elles, et d'après elles il les connait et les voit. Avant cela, il y a comme un voile interposé, qui transmet, il est vrai, la lumière du ciel à l'amour, mais comme l'amour n'aime pas la sagesse son épouse, dans ce degré, il ne la reçoit pas, il la réprimande et la blâme, jusqu'à ce qu'elle revienne de son élévation, néanmoins il la flatte, parce que la sagesse de son entendement peut servir de moyens pour l'honneur, la gloire ou le gain. Mais alors l'homme se met lui et le monde au premier rang, et il met le Seigneur et le ciel au second ; et ce qui est mis au second rang n'est aimé que dans la mesure où on le trouve utile, et si cela n'est pas utile on l'abandonne et on le rejette, sinon avant, du moins après la mort. Il en résulte donc cette vérité que l'amour ou la volonté est purifié dans l'entendement, s'ils sont élevés ensemble.

420. La même chose se présente comme une image dans le poumon, dont les artères et les veines correspondent aux affections qui appartiennent à l'amour, et dont les respirations correspondent aux perceptions et aux pensées qui appartiennent à l'entendement, ainsi qu'il a déjà été dit. On voit par de nombreuses expériences que le sang du cœur se purifie dans le poumon de matières non assimilées, et qu'il se nourrit de matières qui lui conviennent d'après l'air aspiré. On voit que le sang se purifie dans le poumon des matières non assimilées, non seulement d'après le sang qui y flue, lequel est veineux, et par suite rempli de chyle provenant des aliments et des boissons, mais encore par les expirations qui sont humides, et par celles qui frappent l'odorat des autres, comme aussi d'après la quantité diminuée de sang qui reflue dans le ventricule du cœur. On voit que le sang d'après l'air aspiré se nourrit de matières qui lui conviennent, par l'immense quantité d'odeurs et d'exhalaisons qui effluent continuellement des prairies, des parterres et des vergers, par l'immense quantité de sels de différente espèce qui, avec les eaux, sortent des terres, des fleuves et des étangs, et par l'immense quantité de vapeurs et d'effluves provenant des hommes et des animaux, et dont l'air est imprégné. On ne peut nier que ces choses s'introduisent dans le poumon avec l'air aspiré ; ainsi on ne peut nier non plus que le sang n'attire celles d'entre elles qui lui conviennent, lesquelles correspondent aux affections de son amour. Il s'ensuit que dans les vésicules ou dans les intimes du poumon il y a en très grande quantité, des petites veines avec de petites bouches qui absorbent ces choses ; et aussi que le sang affluant dans le ventricule gauche du cœur est changé en sang artériel, et devient éclatant. Tout cela confirme que le sang se purifie des parties hétérogènes et qu'il se nourrit des homogènes. On ne sait pas encore que le sang dans les poumons se purifie et se nourrit d'une manière correspondante aux affections du mental, mais cela est très connu dans le monde spirituel. En effet, les anges qui sont dans les cieux se délectent uniquement des odeurs qui correspondent à l'amour de leur sagesse, tandis que les esprits dans l'enfer se délectent uniquement des odeurs qui correspondent à l'amour opposé à la sagesse ; ces dernières odeurs sont des infections, mais les précédentes sont des exhalaisons odoriférantes. Il en découle que les hommes dans le monde imprègnent leur sang de choses qui correspondent aux affections de leur amour, car ce que l'esprit de l'homme aime, le sang selon la correspondance le désire ardemment, et l'attire par la respiration. Il résulte de cette correspondance que l'homme, quant à son amour, est purifié s'il aime la sagesse, et qu'il est souillé s'il ne l'aime pas. De plus, toute purification de l'homme se fait par les vrais qui appartiennent à la sagesse, et toute souillure se se fait par les choses opposées aux vrais de la sagesse.

421. XVII.L'amour ou la volonté est souillé dans l'entendement et par l'entendement, s'ils ne sont pas élevés ensemble. Si l'amour n'est pas élevé, il reste impur, comme il vient d'être dit aux N°s 419 et 420. Alors il aime les choses impures, telles que les vengeances, les haines, les fraudes, les blasphèmes, les adultères, qui sont ses affections, qu'on nomme convoitises, et il rejette les choses qui appartiennent à la charité, à la justice, à la sincérité, à la vérité et à la chasteté. Il est dit que l'amour est souillé dans l'entendement, quand l'amour est affecté de ces choses impures ; et par l'entendement quand l'amour fait que les choses qui appartiennent à la sagesse deviennent ses esclaves, et plus encore quand il les pervertit, les falsifie et les adultère. Il n'est pas nécessaire de dire davantage que ce qui a été dit au N° 420 sur l'état du cœur, ou de son sang dans le poumon, correspondant à ces choses. Seulement, au lieu de la purification du sang, il s'en fait une corruption ; et au lieu de la nutrition du sang par des exhalaisons odoriférantes, il s'en fait une nutrition par des infections, absolument comme cela se passe dans le ciel et dans l'enfer.

422. XVIII. L'amour purifié par la sagesse dans l'entendement devient spirituel et céleste. L'homme naît naturel, mais dans la mesure où l'entendement est élevé dans la lumière du ciel, et l'amour élevé en même temps dans la chaleur du ciel, il devient spirituel et céleste ; il devient alors comme le jardin d'Eden, qui est dans la lumière du printemps et en même temps dans la chaleur du printemps : Ce n'est pas l'entendement qui devient spirituel et céleste, mais c'est l'amour ; et quand l'amour le devient, il rend aussi spirituel et céleste l'entendement son épouse. L'amour devient spirituel et céleste d'après la vie selon les vrais de la sagesse que l'entendement enseigne et montre ; il puise ces vrais par son entendement, et non de lui-même, car l'amour ne peut s'élever s'il ne connaît les vrais, et il ne peut les connaître que par l'entendement élevé et illustré. Alors autant il aime les vrais en les faisant, autant il est élevé ; car comprendre est autre chose que vouloir, et parler est autre chose que faire. Il y a ceux qui comprennent et parlent des vrais de la sagesse, mais ne les veulent pas et ne les font pas. Ainsi quand l'amour fait les vrais de la lumière qu'il comprend et énonce, alors il est élevé. L'homme peut voir d'après la raison seule qu'il en est ainsi ; car quel homme est-il, celui qui comprend et énonce des vrais de la sagesse, tandis qu'il vit contre ces vrais, c'est-à-dire qu'il veut et agit contre eux ? L'amour purifié par la sagesse devient spirituel et céleste, parce qu'il y a chez l'homme trois degrés de la vie, qui sont nommés naturel, spirituel et céleste, dont il a été traité dans la troisième partie de cet ouvrage, et parce que l'homme peut être élevé de l'un de ces degrés dans un autre. Néanmoins il est élevé non par la sagesse seule, mais par la vie selon la sagesse, car la vie de l'homme est l'amour de l'homme. Dans la mesure où il vit selon la sagesse, il aime la sagesse ; et il vit selon la sagesse en tant qu'il se purifie des impuretés qui sont les péchés et dans la mesure où il le fait il aime la sagesse.

423. On ne peut voir par la correspondance avec le cœur et le poumon que l'amour purifié par la sagesse dans l'entendement devient spirituel et céleste, parce que personne ne peut voir la qualité du sang par lequel le poumon est tenu dans l'état de sa respiration. Le sang peut être rempli d'impuretés, et néanmoins il n'est pas distingué d'avec un sang pur. La respiration de l'homme entièrement naturel apparaît de même semblable à celle de l'homme spirituel. Mais dans le ciel la différence est clairement discernée car là chacun respire selon le mariage de l'amour et de la sagesse. Ainsi comme les anges sont connus d'après ce mariage, ils le sont aussi d'après la respiration. En conséquence, lorsque celui qui n'est pas dans ce mariage vient dans le ciel, il est saisi d'une oppression, et lutte pour le souffle de sa respiration comme ceux qui sont dans l'agonie de la-mort. Aussi de tels esprits s'élancent-ils avec précipitation hors du ciel, et n'ont-ils de repos que lorsqu'ils sont chez ceux qui ont une semblable respiration, car alors ils sont par correspondance dans une semblable affection et par suite dans une semblable pensée. D'après cela, on peut voir que chez l'homme qui est spirituel, le sang le plus pur, nommé esprit animal par quelques-uns, est celui qui est purifié ; et qu'autant l'homme est dans le mariage de l'amour et de la sagesse, autant ce sang est purifié. C'est ce sang plus pur qui correspond le mieux à ce mariage ; comme il influe dans le sang du corps, il s'ensuit que celui-ci est aussi purifié par lui. Le contraire a lieu pour ceux chez qui l'amour a été souillé dans l'entendement. Mais, ainsi qu'il a été dit, personne ne peut vérifier cela par des expériences sur le sang.

424. XIX.L'amour souillé dans l'entendement et par l'entendement devient naturel, sensuel et corporel. L'amour naturel séparé de l'amour spirituel est opposé à l'amour spirituel, parce que l'amour naturel est l'amour de soi et du monde, et que l'amour spirituel est l'amour du Seigneur et l'amour du prochain. Or, l'amour de soi et du monde regarde en bas et en dehors, et l'amour du Seigneur regarde en haut et en dedans. Lors donc que l'amour naturel a été séparé de l'amour spirituel, il ne peut être élevé hors du propre de l'homme, mais il y demeure plongé ; et autant il aime ce propre, autant il y est fermement attaché. Alors si l'entendement monte, et voit d'après la lumière du ciel les choses qui appartiennent à la sagesse, cet amour naturel retire la sagesse et se la conjoint dans son propre, et là il rejette les choses qui appartiennent à la sagesse, ou il les falsifie, ou il les place autour de lui afin d'en parler en vue de la réputation. L'amour naturel peut par degrés monter et devenir spirituel et céleste, de même aussi il peut par des degrés descendre et devenir sensuel et corporel ; et il descend dans la mesure où il aime la domination non d'après un amour de l'usage, mais d'après le seul amour de soi. C'est cet amour qui est appelé le diable. Ceux qui sont dans cet amour peuvent parler et agir de la même manière que ceux qui sont dans l'amour spirituel, mais ils le font d'après la mémoire, ou d'après l'entendement élevé de lui-même dans la lumière du ciel. Néanmoins leur langage et leurs actions sont comme des fruits qui sont beaux extérieurement, mais pourris intérieurement ; ou comme des amandes dont la coquille parait saine, mais dont le dedans est rongé par les vers. Dans le monde spirituel, ces dehors sont appelés des fantaisies, par lesquelles les femmes débauchées, nommées sirènes, se revêtent de beauté et s'ornent de vêtements décents, mais apparaissent comme des spectres dès que la fantaisie est dissipée ; et elles sont comme les diables qui se font anges de lumière. En effet, quand cet amour corporel retire de l'élévation son entendement, ce qui arrive quand l'homme est seul et qu'il pense d'après son amour, il pense alors contre Dieu en faveur de la nature, contre le ciel en faveur du monde, et contre les vrais et les biens de l'église en faveur des faux et des maux de l'enfer, ainsi contre la sagesse. D'après ces explications on peut voir quels sont ceux qui sont appelés hommes corporels ; car ils ne sont pas corporels quant à l'entendement, quand ils parlent en société, mais ils le sont quand ils parlent avec eux-mêmes. Comme ils sont tels intérieurement, après la mort ils deviennent, quant à l'amour et à l'entendement, des esprits corporels. Ceux qui dans le monde ont été dans un très grand amour de dominer d'après l'amour de soi, et en même temps avaient surpassé les autres dans l'élévation de l'entendement, apparaissent comme des momies égyptiennes quant au corps, et grossiers et fous quant au mental. Qui sait aujourd'hui dans le monde que cet amour est d'une telle nature ? Cependant il est permis d'avoir un amour de dominer d'après l'amour de l'usage, d'après l'amour de l'usage non pour soi mais pour le bien commun. L'homme peut difficilement distinguer l'un de l'autre, mais la différence entre eux est comme celle qui existe entre le ciel et l'enfer. Voir les N°s 551 à 565 du traité ´ Le ciel et l'Enfer ª au sujet des différences entre ces deux amours de dominer.

425. XX. Néanmoins il reste la faculté de comprendre, qui est appelée rationalité, et la faculté d'agir, qui est appelée liberté.
Il a été traité ci-dessus aux N°s 264 à 267 de ces deux facultés que l'homme possède. Il les possède afin de pouvoir de naturel devenir spirituel, et ainsi être régénéré. Car ainsi qu'il a été dit, c'est l'amour de l'homme qui devient spirituel et est régénéré, et cet amour ne peut le devenir s'il ne sait par son entendement distinguer le bien du mal, et par suite le vrai du faux ; ainsi il peut choisir l'un ou l'autre. S'il choisit le bien, il peut par son entendement être informé des moyens par lesquels il peut accéder au bien, et tous ces moyens sont pourvus. Par la rationalité l'homme peut connaître et comprendre ces moyens, et par la liberté il peut les vouloir et les faire. Il y a aussi la liberté de vouloir les connaître, les comprendre et les penser. Ne connaissent rien de la rationalité ni de la liberté ceux qui croient, d'après la doctrine de l'église, que les enseignements spirituels ou théologiques dépassent l'entendement, et que par conséquent il faut les croire sans les comprendre ; ceux-ci ne peuvent que nier la faculté qui est nommée rationalité. Ne peuvent que nier par principe de religion ces deux facultés que l'homme possède, ceux qui croient d'après la doctrine de l'église, que personne ne peut faire le bien par soi-même, et que par conséquent le bien ne doit pas être fait d'après quelque volonté en vue du salut. Ceux qui se sont confirmés dans ces principes sont donc, après la mort, selon leur foi, privés de ces deux facultés. Ils sont dans la liberté infernale au lieu d'être dans la liberté céleste, ainsi qu'ils auraient pu l'être ; et ils sont dans la folie infernale au lieu d'être d'après la rationalité dans la sagesse angélique. Le plus étonnant, c'est qu'ils reconnaissent que ces deux facultés existent lorsqu'on fait les maux et lorsqu'on pense les faux, ne sachant pas que la liberté en faisant les maux est l'esclavage, et que la rationalité en pensant les faux est l'irrationalité. Mais il faut bien comprendre que ces deux facultés, la liberté et la rationalité, appartiennent non pas à l'homme, mais au Seigneur chez l'homme, et qu'elles ne peuvent être appropriées à l'homme comme lui appartenant, ni lui être données comme étant à lui. Elles appartiennent continuellement au Seigneur chez lui, et cependant elles ne lui sont jamais enlevées, parce que sans elles l'homme ne peut être sauvé, car sans elles il ne peut être régénéré, ainsi qu'il a déjà été dit. Pour cette raison l'église enseigne que l'homme ne peut penser le vrai ni faire le bien par lui-même. Mais puisque l'homme perçoit qu'il pense le vrai par lui-même, et fait le bien par lui-même, il est très évident qu'il doit croire qu'il pense le vrai comme par lui-même, et qu'il fait le bien comme par lui-même ; car autrement il ne pense pas le vrai et ne fait pas le bien, et ainsi il n'a aucune religion ; ou il pense le vrai et fait le bien par lui-même, et alors il s'attribue ce qui est Divin. On voit dans La Doctrine de vie pour la Nouvelle Jérusalemª, depuis le commencement jusqu'à la fin, que l'homme doit penser le vrai et faire le bien comme par lui-même.

426. XXI. L'amour spirituel et céleste est l'amour à régard du prochain et l'amour envers le Seigneur ; l'amour naturel et sensuel est l'amour du monde et l'amour de soi. Par l'amour à l'égard du prochain il est entendu l'amour des usages, et par l'amour envers le Seigneur il est entendu l'amour de faire des usages, ainsi qu'il a été montré ci-dessus. Ces amours sont spirituels et célestes, parce qu'aimer les usages et les faire d'après l'amour des usages est distinct de l'amour du propre de l'homme, car celui qui aime spirituellement les usages ne se regarde pas lui-même, mais il regarde hors de lui les autres et s'intéresse à leur bien. Les amours de soi et du monde sont opposés à ces amours, car ils regardent les usages, non en vue des autres, mais en vue d'eux-mêmes. Ceux qui font cela renversent l'ordre Divin, ils se mettent à la place du Seigneur, et mettent le monde à la place du ciel. Il en résulte qu'ils tournent le dos au Seigneur et au ciel, et tourner le dos au Seigneur et au ciel, c'est regarder vers l'enfer. Voir de plus grands détails sur ces amours au N°424. Mais l'homme ne sent pas et ne perçoit pas quand il fait des usages en vue des usages, et quand il les fait en vue de lui-même ; par conséquent il ignore la qualité des usages qu'il fait. Mais qu'il sache que dans la mesure où il fuit les maux comme péchés, il fait les usages non d'après lui-même mais d'après le Seigneur. En effet, le mal et le bien sont opposés ; autant donc quelqu'un n'est pas dans le mal, autant il est dans le bien ; personne ne peut être en même temps dans le mal et dans le bien, parce que personne ne peut servir deux maîtres à la fois. Bien que l'homme ne perçoive pas sensiblement si les usages qu'il fait sont en vue des usages, ou sont en vue de lui-même, c'est-à-dire si les usages sont spirituels, ou s'ils sont simplement naturels, néanmoins il peut le savoir de cette manière : Pense-t-il ou non que les maux sont des péchés ? S'il pense qu'ils le sont, et qu'il ne les fait pas pour cette raison, alors les usages qu'il fait sont spirituels. Quand par aversion il fuit les péchés, alors aussi il commence à percevoir sensiblement l'amour des usages en vue des usages, et cela, d'après le plaisir spirituel qui est en eux.

427. XXII. Il en est de la charité et de la foi, et de leur conjonction, comme de la volonté et de l'entendement, et de leur conjonction. Il y a deux amours selon lesquels les cieux ont été distingués, l'amour céleste qui est l'amour envers le Seigneur, et l'amour spirituel qui est l'amour envers le prochain. Ces amours sont distingués par cela que l'amour céleste est l'amour du bien, et que l'amour spirituel est l'amour du vrai ; car ceux qui sont dans l'amour céleste font les usages d'après l'amour du bien, et ceux qui sont dans l'amour spirituel font les usages d'après l'amour du vrai. Le mariage de l'amour céleste a lieu avec la sagesse, et le mariage de l'amour spirituel a lieu avec l'intelligence ; car il tient de la sagesse de faire le bien d'après le bien, et il tient de l'intelligence de faire le bien d'après le vrai. C'est pourquoi l'amour céleste fait ce qui est bien, et l'amour spirituel ce qui est vrai. La différence entre ces deux amours ne peut être décrite que de cette façon : Ceux qui sont dans l'amour céleste ont la sagesse inscrite dans leur vie et non dans la mémoire, par conséquent ils ne parlent pas des Divins vrais, mais les font ; au contraire ceux qui sont dans l'amour spirituel ont la sagesse inscrite dans leur mémoire ; c'est pourquoi ils partent des Divins vrais, et les font d'après les principes dans la mémoire. Comme ceux qui sont dans l'amour céleste ont la sagesse inscrite dans leur vie, ils perçoivent aussitôt si tout ce qu'ils entendent est vrai ou non, et quand on le leur demande, ils répondent seulement : que cela est ou n'est pas vrai. Ce sont eux qui sont entendus par ces paroles du Seigneur : Que votre discours soit : Oui, oui ; non, non. - Matt. V, 37 - Parce qu'ils sont tels, ils ne veulent rien entendre de la foi, disant : Qu'est-ce que la foi ? N'est-ce pas la sagesse : Et qu'est-ce que la charité ? n'est-ce pas agir ? Quand quelqu'un leur dit que la foi est de croire ce qu'on ne comprend pas, ils se détournent en disant que cet homme délire. Ce sont eux qui sont dans le troisième ciel, et qui sont les plus sages de tous. Tels sont devenus ceux qui, dans le monde, ont aussitôt appliqué à leur vie les Divins vrais qu'ils ont entendus, en détestant les maux comme infernaux, et en adorant le Seigneur seul. Ils apparaissent aux autres comme des enfants, parce qu'ils sont dans l'innocence ; et ils apparaissent simples aussi, parce qu'ils ne parlent nullement des vrais de la sagesse, et qu'il n'y a aucune fierté dans leur langage. Néanmoins quand ils entendent quelqu'un parler, ils perçoivent d'après le son toutes les choses de son amour, et d'après les paroles toutes les choses de son intelligence. Ilis sont par le Seigneur dans le mariage de l'amour et de la sagesse, et représentent la région cardiaque du ciel, dont il a été parlé plus haut.

428. Mais ceux qui sont dans l'amour spirituel, qui est l'amour à l'égard du prochain, n'ont pas la sagesse inscrite dans leur vie, mais ils ont l'intelligence ; car il est de la sagesse de faire le bien d'après l'affection du bien, mais il est de l'intelligence de faire le bien d'après l'affection du vrai, ainsi qu'il a déjà été dit. Ils ne savent pas non plus ce que c'est que la foi. Si la foi est mentionnée ils entendent la vérité, et quand la charité est mentionnée ils entendent faire la vérité. Lorsqu'ils entendent dire qu'il faut croire, ils disent que ce sont de vaines paroles, et ajoutent : Qui est-ce qui ne croit pas le vrai ? Ils s'expriment ainsi parce qu'ils voient le vrai dans la lumière de leur ciel ; aussi appellent-ils simplicité ou stupidité le fait de croire ce qu on ne voit pas. Ils sont dans la région pulmonaire du ciel, dont il a été parlé plus haut.

429. Quand à ceux qui sont dans l'amour naturel-spirituel, ils n'ont ni la sagesse ni l'intelligence inscrites dans leur vie, mais ils ont quelque chose de la foi d'après la Parole, en tant que cela a été conjoint à la charité. Puisqu'ils ne savent pas ce que c'est que la charité, ni que la foi est la vérité, ils ne peuvent être dans les cieux parmi ceux qui sont dans la sagesse et dans l'intelligence, mais ils peuvent être parmi ceux qui sont dans la connaissance seule. Toutefois, ceux d'entre eux qui ont fui les maux comme péchés sont dans le dernier ciel, et là dans une lumière semblable à la lumière nocturne de la lune. Mais ceux qui ne sont pas confirmés dans la foi de l'inconnu, et qui ont été en même temps dans quelque affection du vrai, ceux-ci, après avoir été instruits par les anges selon la réception des vérités et après avoir mené une vie conforme à ces vérités, sont élevés dans la société de ceux qui sont dans l'amour spirituel et par suite dans l'intelligence. Ils deviennent spirituels, les autres restent naturels-spirituels. Ceux, au contraire, qui ont vécu dans la foi séparée de la charité, sont éloignés et relégués dans des déserts, parce qu'ils ne sont dans aucun bien, ni par conséquent dans aucun mariage du bien et du vrai, dans lequel vivent tous ceux qui sont dans les cieux.

430. Tout ce qui, dans cette partie, a été dit de l'amour et de la sagesse, peut être dit de la charité et de la foi, pourvu qu'au lieu de la charité on entende l'amour spirituel, et qu'au lieu de la foi on entende la vérité par laquelle existe l'intelligence. Cela revient au même de dire la volonté et l'entendement, ou de dire l'amour et l'intelligence, puisque la volonté est le réceptacle de l'amour, et que l'entendement est le réceptacle de l'intelligence.

431. A ce qui précède j'ajouterai ce récit mémorable : Dans le ciel tous ceux qui font des usages d'après l'affection de l'usage, tirent de la communion dans laquelle ils sont, d'être plus sages et plus heureux que les autres. Pour eux, faire des usages, c'est agir avec sincérité, droiture, justice et fidélité dans l'œuvre qui appartient à leur office ; ils nomment cela charité. Ils nomment signes de la charité les adorations qui sont du culte, et nomment devoirs et bienfaits toutes les autres choses. Lorsque quelqu'un, disent-ils, fait avec sincérité, droiture, justice et fidélité, l'œuvre qui appartient à son office, le bien de la communauté subsiste et persiste, et que c'est là être dans le Seigneur, puisque tout ce qui influe du Seigneur est usage, et influe des parties dans la communauté, et de la communauté vers les parties. Les parties sont les anges, et la communauté est leur société.

Quel est le commencement de l'homme à partir de la conception.

432. Personne ne peut savoir quel est le commencement ou la forme première de l'homme dans l'utérus après la conception, parce que cela ne peut être vu ; et aussi parce que cela vient d'une substance spirituelle qui n'est pas visible à la lumière naturelle. Or, comme certains hommes dans le monde font des recherches sur la forme première de l'homme, forme qui est la semence de l'homme, par laquelle se fait la conception ; et comme plusieurs d'entre eux sont tombés dans l'erreur, que l'homme est dans sa plénitude dès son premier rudiment, et qu'ensuite il est perfectionné en croissant, il m'a été découvert quel est dans sa forme ce premier rudiment. Cela m'a été découvert par les anges à qui le Seigneur l'avait révélé Ceux-ci, parce qu'ils en ont fait un point de leur sagesse, et que le plaisir de leur sagesse est de communiquer aux autres ce qu'ils savent, ont présenté par permission devant mes yeux, dans la lumière du ciel, le type de la forme initiale de l'homme. Voici quelle en était la forme : Elle fut vue comme une très petite image du cerveau avec une légère esquisse d'une espèce de face par devant, sans appendice. Dans la partie supérieure protubérante, cette forme primitive était un assemblage de globules ou de petites sphères contiguÎs, et chaque petite sphère était composée de sphères encore plus petites, et chacune de celles-ci l'était pareillement de sphères excessivement petites ; ainsi elle était composée des trois degrés. Plus en avant, dans la partie plate, quelque chose d'ébauché semblait représenter une face. La partie convexe était entourée d'une très mince membrane ou méninge, qui était transparente. La partie protubérante, qui était le type du cerveau dans les très-petits, était aussi divisée comme en deux lits, de même que le cerveau dans les très-grands est divisé en deux hémisphères. Il me fut dit que le lit droit était le réceptacle de l'amour et le lit de gauche celui de la sagesse, et que par d'admirables enlacements ils étaient comme des associés et des compagnons. En outre, dans la lumière du ciel qui l'éclaira brillamment, il me fut montré que la structure de ce petit cerveau, était intérieurement, quant à son arrangement et à son mouvement, dans l'ordre et dans la forme du ciel, et que sa structure extérieure était en opposition avec cet ordre et cette forme. Après que j'eus vu et examiné ces choses, les anges me dirent que les deux degrés intérieurs, qui étaient dans l'ordre et dans la forme du ciel, étaient les réceptacles de l'amour et de la sagesse procédant du Seigneur ; et que le degré extérieur qui était en opposition avec l'ordre et la forme du ciel, était le réceptacle de l'amour infernal et de la folie infernale, parce que l'homme, d'après la t‚che héréditaire, naît dans les maux de tout genre, et que ces maux résident là dans les extrêmes ; et que cette tache n'est pas écartée, à moins que ne soient ouverts les degrés supérieurs qui, ainsi qu'il a été dit, sont les réceptacles de l'amour et de la sagesse procédant du Seigneur. Et comme l'amour et la sagesse, c'est l'homme même, - car l'amour et la sagesse dans leur essence, c'est le Seigneur, - et que cette forme première de l'homme est un réceptacle, il en résulte que par suite il y a dans cette forme un effort continuel vers la forme humaine que même elle revêt successivement.



FIN