BASILE VALENTIN

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TROISIÈME LIVRE
Ou partie du Testament de frère Basile Valentin de l'ordre de saint Benoît, touchant l'universel de tout ce monde, comme aussi la solution de tous ses précédents écrits, lesquels il a laissés à tous ses successeurs et autres frères de la science. Et maintenant, après avoir été instamment requis, nous avons donné au public cette impression pour la première fois.

S'ensuit maintenant la troisième partie de ce mien dessein où se fait une vraie démonstration de l'origine et de la matière de notre antique Pierre, avec une entière et parfaite instruction ou endoctrinement de la pratique par laquelle il faut que l'on parvienne à l'inépuisable fontaine de la santé et abondamment riche entretien de la nourriture : éclaircissement qui met à découvert mes précédents écrits et que je laisse aussi après moi, par écrit nettement et clairement découvert, à tous mes successeurs et frères de la philosophie. Tu dois savoir, mon ami et amateur de la science, que ce n'est pas inutilement ni en vain que j'ai fait le commencement, par ce mien ouvrage que je me suis proposé, des tours de main, au regard des deux premières parties précédentes, dont le traité premier s'arrête proprement es mines et en ce qui dépend des minéraux et métaux, ensemble avec leurs mines mêmes. Car bien ai-je estimé tout à fait nécessaire de présenter, et comme par manière de dire, de démontrer là aux ignorants une pure lumière et clarté, pour les dresser à reconnaître que toutes les créatures desdits minéraux et métaux, comme aussi l'airain ou le corps de la mine qui par un seul et unique esprit sont représentés et peints ici-bas, prennent d'en haut leur origine et se forment dans la terre où ils se produisent et viennent au jour par génération, Car la terre est en tout temps prête et désireuse à recevoir en soi et embrasser et retenir en elle cet esprit, sortant ainsi des vertus du ciel, tant et jusqu'à ce qu'elle produise et retienne une vraie forme et perfection. Mais de la sorte que cela se fait et comment il en est, il en a été déjà assez amplement et suffisamment fait mention dans mes précédents écrits. C'est pourquoi je ne le répéterai seulement qu'en peu de paroles en cette manière.

Sache donc que toutes choses proviennent par l'effet d'une certaine impression et influence céleste, par l'effet et opération élémentaire et par l'effet et opération d'une substance terrestre. En suite ou conséquence de quoi les éléments sont produits, tirant leur composition d'un tel mélange comme sont l'eau, l'air et la terre. Ces trois éléments, par l'aide et secours de l'élément du feu qui y est caché et par conséquent par une cuisson chaude, produisent une âme, un esprit et un corps. Et ces trois-ci sont les trois premiers principes, lesquels finalement par leur copulation se forment ou se résolvent en [un] mercure, en un soufre et en un sel. Et lorsque ces trois derniers principes sont conjoints ensemble, ils rendent ou donnent, suivant l'espèce de leur semence, en quelque règne que ce soit des minéraux, végétaux et animaux, un corps parfait. Car toutes les choses du monde qui se peuvent rencontrer, reconnaître ou remarquer par la vue et le toucher de la main sont entièrement départies ou divisées en l'un de ces trois règnes. De quoi j'ai ci-devant beaucoup écrit. Le règne animal comprend, veut dire et sous-entend tout ce qui a respiration de vie et ce que la chair ou le sang ont produit, comme sont les hommes, les bêtes, les reptiles, les poissons, les oiseaux et tout ce qui en approche. Le règne végétal comprend généralement toutes les plantes de la terre, arbres, herbes, semences, fruits, racines et semblables choses ou espèces dont la propriété est de croître et végéter. Le règne minéral comprend et enferme en soi toutes sortes de mines ou tout corps de mines, métaux, minéraux, marcassites, chaux, bismuths et pierres, telles qu'elles soient précieuses ou communes.

Et en ces trois règnes est compris tout ce qu'il y a à voir au monde.

Or premièrement, les animaux ont leurs semences particulières d'une substance et qualité spermatique, qui, après leur assemblage et conjonction, enfantent ou engendrent chair et sang. Et celle-ci est la première matière et semence originaire, laquelle Dieu a créée des éléments et influences célestes; celle-ci, dis-je, donnée de Dieu, opère par la nature. Le tout est ici rapporté et cité selon la teneur de mes précédents écrits. Maintenant, de même que les animaux, ainsi les végétaux ont obtenu de Dieu, mais d'une façon particulière, leurs semences selon leurs propriétés, qualités et formes. Et cela par le moyen d'une influence céleste et sidérique et d'une croissance et propagation élémentaire. Laquelle semence végétale se loge et s'insinue dans la terre qui la reçoit et [l']acquiert fructueusement dans ses entrailles, là où Dieu lui a laissé, par manière de dire, l'ordre de croître, de végéter et produire le végétal. Les minéraux et métaux n'ont pas moins que ceux-là leur principe et semence aussi de Dieu même, tout-puissant Créateur des cieux et de la terre; et ce, par la propriété et disposition que Dieu leur a donné de tirer leur semence et vertu du ciel astre par l'influence et impression sidérique, cette semence métallique provenant d'une substance liquide aérienne moyennant l'esprit minéral attractif, provenant aussi d'une âme sulfureuse et enfin d'un sel terrestre qui sont joints et comme entés ou insérés ensemble en chaque corps minéral, comme sans doute tu auras remarqué en semblable instruction que je t'ai donnée mot à mot en mes écrits précédents, D'abondant il faut que tu remarques que si l'une et l'autre de ces générations métalliques et minérales ont à poursuivre leur propagation et accroissement par art, il faut qu'elles soient remises dans l'état de leur première semence et matière originaire.

Tellement que, quand tu veux changer les métaux, les augmenter et les porter à pouvoir produire et faire quelque teinture ou la pierre philosophale, il faut tout premièrement que tu en saches adroitement détruire, par la science spagyrique et connaissance des tours de main, la forme métallique et minérale; la briser, dis-je, et rompre, la séparer et désunir en un mercure, en un soufre et en un sel; et il faut que ces principes soient particulièrement chacun séparés en toute pureté et puis, comme il a été dit, rétablis en leur première matière et commencement. Mais cette séparation ne se fait en aucune manière que par l'esprit mercuriel seulement, comme aussi l'âme sulfureuse et le sel blanc, lesquels trois substances doivent être réunies ensemble par le vrai ordre que requièrent les tours de main naturels, afin de les rendre dans la plus souveraine et parfaite pureté qui sera possible en telle conjonction. Mais il faut auparavant bien prendre garde et avoir soin au poids.

Et, partant, lorsque cette conjonction est faite, toute la substance n'est rien autre chose qu'une essence ou être liquide et une vraie eau philosophale, dans laquelle tous les éléments — préalablement tous les célestes et ensuite tous les élémentaires et terrestres—sont enfermés; c'est-à-dire que toutes les qualités de l'un et de l'autre de ces deux derniers y sont encloses et cachées. Et d'autant que l'esprit mercurial est froid et moite et que, d'autre côté, l'âme ou soufre est chaude et sèche, cette liqueur ou essence susdite est alors la véritable première matière et semence des métaux et minéraux. Laquelle, par la science de Vulcain, peut et doit être portée, poussée et amenée jusqu'à sa plus grande perfection, c'est-à-dire rendue ou réduite en une médecine fixe; et en ce point, elle doit surpasser toute autre chose en fermeté et solidité.

C'est pourquoi remarque bien et prends garde que tous les métaux et minéraux n'ont qu'une seule et unique racine, par le moyen de laquelle ils ont tous pris leur naissance et même font leur génération ordinaire. Et celui qui connaît cette racine n'a pas besoin de détruire les métaux, ni de les ruiner en telle sorte que d'un métal soit pris et tiré l'esprit, de l'autre, le soufre et, enfin, de l'autre, le sel; car il y a une ville ou forteresse dans laquelle sont bien plus prochainement enfermés tous les trois : l'esprit, l'âme et le corps. Et c'est dans une seule et unique chose que nous les trouvons — laquelle est pourtant bien connue — par le moyen de laquelle l'on peut obtenir et acquérir ces trois essences minérales dont l'extraction nous cause avec grand renom leur heureuse possession. C'est une chose que je nommerai ci-après succinctement et en ferai plusieurs remarques.

Celui donc qui apprend à connaître cette semence aurée, ou autrement cet aimant susdit, et qui en la sondant diligemment découvre sa propriété, celui-là possède la vraie et droite racine de la vie et peut parvenir jusqu'au but auquel son coeur aspire avec tant de langueur. Vrai est qu'en mes précédents écrits des Douu défi, j'ai donné à connaître mon dessein d'un bout à l'autre à mes successeurs et descendants, lorsqu'on la pratique de ma cinquième clef j'ai paraboliquement démontré et fait voir comment on peut faire la grande pierre philosophale en tirant du soufre et du sel l'or le meilleur et le plus pur, et ce par l'aide du mercure, lequel il faut particulièrement et surtout chasser et pousser hors d'une minière crue et non fondue.

Or ce qui m'a par ci-devant mû à admettre sur l'or métallique le travail de la Pierre a été afin que les simples - auxquels l'autre ou second corps ou sujet dans lequel tous les trois principes se peuvent rencontrer est tout à fait inconnu, encore qu'il soit commun, et aussi est trop haut pour leur cervelle — y puissent acquérir et puiser davantage d'intelligence et en avoir tant plus grande connaissance et lumière, puisque même plusieurs anciens philosophes qui ont vécu devant moi ont acquis par cette voie la vraie pierre universelle de tous secrets et la santé, [et] moi-même semblablement, suivant la démonstration des livres que j'avais lus à leur invitation, après qu'avec de grandes peines, de grands frais et longueur de temps j'ai eu préparé heureusement pour la première fois dans mon cloître une telle pierre céleste, et icelle obtenue suivant cette pratique et méthode de procéder sur l'or purifié, comme en est fait mention dans ma première clef. Enfin le souverain Dieu des cieux m'a donné une plus grande grâce et bénédiction pour songer plus profondément à mieux faire cette pierre, jusque-là qu'il m'a illuminé de plus en plus à penser et ruminer en quelle chose ou sujet abondent le plus les esprits colorés et animés, lesquels Dieu tout-puissant a posés et enclos en cette chose. Partant, qui que ce soit ne doit avoir honte d'apprendre et d'éplucher ce qu'il y avait de plus caché auparavant dans la science. Car la terre se réserve encore beaucoup de choses dans ses entrailles secrètes, parce qu'elle ne saurait être entièrement découverte par les hommes en sa profondeur, à cause de leur entendement trop stupide et même à cause de la brièveté de leur vie. C'est pourquoi, comme j'ai reçu de Dieu de si grands dons et présents, ainsi j'ai fait voir et représenté à mes compagnons en Christ la même chose en mon traité des Douze clefs.

Mais celui qui est doué de plus grande intelligence et jugement que le vulgaire s'appliquera de tout son coeur et de tout son esprit à la recherche soigneuse et exacte de cette profonde science, afin de parvenir droit au but. Et ainsi celui-là trouvera une seconde et plus facile matière, laquelle est connue d'un chacun, presque nommée et comme montrée au doigt; et elle est douée d'une puissance et propriété très efficace, ainsi qu'ont remarqué les Anciens avant moi, lesquels en suite d'un soigneux exercice et d'une profonde spéculation ont enfin appris à connaître l'unique but et dessein auquel toutes choses doivent se rendre, ce que j'ai très bien conçu moi-même en mon esprit plus d'une fois. Cette connaissance ou science leur a moyenne et acquis, avec bien moins de temps et de peine, la possession de la grande pierre et conséquemment de la santé et des richesses, d'autant qu'en cette matière connue et de peu de valeur, l'essence minérale, le soufre et la couleur y sont encore bien plus efficaces et remplis de plus excellentes vertus que dans le meilleur or qui se puisse trouver, quoique très bien préparé et ouvert;, aussi, l'esprit mercuriel et le sel mystérieux y sont bien plus libres et ouverts et même y ont égalité de domination et s'en peuvent tirer ou extraire avec moins de peine en forme visible.

Quiconque aura bien pris garde à mes douze clefs et bien considéré ce qu'elles contiennent par une fréquente et réitérée lecture, celui-là aura aperçu et trouvé que la préparation entière de notre pierre est décrite depuis le commencement jusqu'à la fin sans aucun défaut, toutefois seulement comme elle doit être faite sur la base et fondement de l'or préparé. Mais nous avons dans la nature ou matière qui a été créée et ordonnée de Dieu le créateur, un or beaucoup meilleur et qui requiert pour le connaître un profond et savant personnage. Et d'autant que ce dernier or est étranger et inconnu aux novices ou écoliers, je n'en ai rien voulu enseigner ci-devant pour de justes raisons, m'étant contenté de décrire et expliquer seulement la matière en laquelle ces gens-là désirent de chercher leur semence.

D'abord en mes Douze clefs, je t'ai, à l'imitation des philosophes, fait mention et récit par similitude de la propriété et du travail de notre pierre ou baume, comment elle a été préparée selon la tradition des maîtres anciens qui est parvenue jusqu'à moi et que j'ai possédée comme un héritage particulier; je t'ai aussi enseigné la direction du feu, la conduite et le changement des principales couleurs des planètes et la fin et accomplissement de toute l'oeuvre avec tout ce qui en dépend.

Mais après ce discours général, vois mes douze clefs, car chacune comprend en soi son travail particulier.


Première Clef
t'enseigne de rechercher, si tu veux, ta semence dans un être ou substance métallique comme est l'or; comment c'est que tu la dois nettoyer en un souverain degré, la dépouillant premièrement de toute impureté et lèpre, en telle sorte que rien d'immonde ne se mêle avec notre fontaine, sinon seulement ce qui est de sa propriété pure et spermatique; et comment cette purification de l'or se fait par l'antimoine, lequel est allié par une très étroite amitié avec ce métal parfait. Et, partant, le soufre de l'antimoine peut nettoyer l'âme de l'or et le porter, quant à la couleur, à un très haut degré et splendeur excessive. L'or aussi peut réciproquement l'amender et améliorer l'âme de l'antimoine fort subitement en très peu d'heures et de temps, et la fixer constamment, en sorte qu'il peut élever l'antimoine en dignité, valeur et vertu; et ces deux peuvent être réduits ensemble non seulement en un métal blanc, mais aussi en une médecine si excellente pour l'homme que la santé d'icelui a de quoi se réjouir, comme je dirai ci-après quand je discourerai particulièrement de l'antimoine seul. De plus, je te donne cette instruction qui est qu'encore que l'antimoine ait promis en même temps à Saturne fraternité et compagnie — car les qualités de l'antimoine conviennent en quelque sorte avec celles de Saturne, pour quelques égards dans une harmonie entre eux semblable et égale —, toutefois après la fixation du soufre élevé et exalté de l'antimoine par le moyen de l'or, son plus proche ami, Saturne, ne peut s'attirer ni s'acquérir aucun butin d'icelui, d'autant que le roi a pris à soi cet antimoine dans sa salle d'or et l'a fait participant de son triomphant royaume; ce qui fait que dorénavant il est capable de souffrir l'ardeur et le froid et de les surmonter puissamment. Et ainsi il demeure victorieux et triomphant avec le roi et grande gloire et excellence. La purification donc de l'or se fait ainsi qu'il soit battu, bien délié et mince, et, après cette façon, qu'il soit versé et passé trois fois par l'antimoine; [qu'] ensuite le roi qui, en tombant à travers cet antimoine, est assis et posé au fond, soit refondu avant le soufflement avec un feu fort âpre, et puis chassé et purifié avec Saturne. Et lors tu trouveras l'or le plus haut, le plus beau et le plus hautement brillant que tu puisses désirer, semblable à la claire splendeur du soleil et d'un très agréable oeil. Par après, cet or est disposé à donner son intérieur dehors, lorsque premièrement il est réduit de sa forte fixité en une forme capable d'être détruite, ce qui arrive quand, après son brisement, la mer du sel l'a noyé, dont puis après il doit échapper et se rendre visible.


La Seconde Clef
Mais remarque, mon ami, et prends cette chose à coeur comme très importante à ton oeuvre qui est que tu disposes adroitement ton bain en telle sorte que rien n'y soit ajouté que ce qui y doit être nécessaire, afin que la noble semence de l'or ne se gâte point par quelque contrariété ou hétérogénéité qui serait capable de détruire cette semence, laquelle étant détruite et démolie, il serait impossible de la remettre en bon état. Partant, prends garde et remarque avec soin à ce que ma précédente clef t'enseigne, et quelle matière tu dois prendre pour le bain composé de l'eau propre pour le roi qui y doit être tué et sa forme extérieure démolie et rompue, afin que sa pure âme en puisse sortir immaculée. Il te faut servir pour ce dessein du dragon et de l'aigle qui ne sont autre chose que le salpêtre et le sel armoniac, desquels deux, après leur union, doit être faite une eau-forte royale comme je te veux enseigner au dernier tour de mes tours de main, quand j'y décrirai des particularités de l'or aussi bien que des autres métaux et minéraux. Quand le roi aura été ouvert, ainsi que tu entendras au lieu ci-dessus remarqué, par l'amalgame qu'on en doit faire avec du mercure et du soufre qui l'empoignent et s'attachent tôt à lui en le dénouant et dégarrottant de sa ténacité, après il doit être brisé en tous ses membres; ce qui se fait en le faisant dissoudre dedans cette eau salée, en laquelle il est occis et tout à fait mortifié, en telle sorte qu'il est converti en une belle huile transparente, lumineuse et d'une splendeur hautaine.

Toutefois, il te faut savoir qu'une telle solution et déliaison ne suffit pas et que le roi pour cela n'a encore aucune intention de laisser sortir son âme hors de son corps fixe, comme tu peux expérimenter. Car si tu viens à séparer ton eau du corps résous du roi, c'est que tu ne le trouveras réduit qu'en une poudre d'or fixe, de laquelle tu ne pourras que très difficilement extraire l'âme qui y tient encore fort attachée. Suis donc ici mon instruction et doctrine, et porte après moi le joug que j'ai porté et expérimenté avec beaucoup de peine et de soin, et fais ainsi que je te veux maintenant enseigner.

Lorsque ton or est entièrement résous dedans cette eau susdite et qu'il a été réduit en une huile jaune, belle, laisse-le alors dans un vaisseau bien fermé digérer un jour et une nuit au bain-marie qui soit fort doux; et s'il s'y amasse quelques fèces, sépare-les et mets la solution pure et nette dans une forte cucurbite ou autre vaisseau et y adapte un chapiteau et récipient bien lûtes. Digéré et distille cette dissolution au sable médiocrement chaud, remuant et agitant quelquefois le vaisseau où est l'or et l'eau, et réitéré cela jusqu'à trois fois. Alors retire toute l'humidité par le bain-marie et tu trouveras au fond de l'alambic une belle poudre d'or que tu tiendras dans un vaisseau ouvert sur le feu de sable l'espace d'une heure, afin que toute l'aquosité s'en aille.


La Troisième Clef
. Prends alors de bon esprit de nitre, une partie, et de l'esprit de sel commun, trois parties; verse ces deux esprits ensemble dans une cucurbite étant un peu chauds sur la poudre d'or ci-devant écrite, puis y adapte un chapiteau et récipient bien lûtes comme il faut; puis ayant bien remué et agité plusieurs fois ton or comme auparavant a été fait dans le sable, et réitéré la distillation tant plus tant mieux, tu apercevras que l'or deviendra de temps à autre plus volatil et que, finalement, il distillera et viendra au-dessus. Car par une telle répétition et distillation de tout ton or, la fermeté et fixité de son corps se détache et se divise en tous ses membres, lesquels sont ainsi brisés l'un avec l'autre, et sont rendus si ouverts que cet or ainsi atténué laisse ensuite aller son âme à un juge particulier. Sur quoi ma troisième clef t'instruira assez suffisamment. Mais observe qu'après ce travail achevé il faut que tu sépares avec un soin assidu de ton or qui a été distillé tous les esprits salins par distillation au bain-marie et ce, le plus doucement qu'il te sera possible, afin qu'il ne distille rien de la couleur de l'or et que ton or ne souffre aucun déchet. Puis, avec prudence et jugement, prends ton or ou les cristaux d'or dont tu as séparé l'eau et les mets sur un petit test propre à réverbérer, et le place dans le feu sous une moufle et lui donne premièrement un feu lent et doux une heure durant, jusqu'à tant que tout ce qu'il y a de corrosif s'en soit retiré entièrement; et alors tu auras une poudre d'or qui t'apparaîtra de couleur d'une belle écarlate, aussi subtile et belle qu'on puisse voir des yeux.

Mets dans une fiole nette cette poudre d'or et verse dessus icelle poudre de l'esprit récent de sel commun, lequel auparavant ait été réduit à une grande douceur suivant l'ordre dont je t'ai instruit dans mes tours de main. Bouche la fiole et la mets en quelque chaleur douce; car ainsi le doux esprit de sel ne peut plus dissoudre et rompre la poudre d'or comme il avait fait auparavant, d'autant que sa corrosiveté et acrimonie lui a été retranchée par l'esprit de vin qui lui a causé cette grande douceur. Laisse donc ta fiole dans cette chaleur non violente tant que l'esprit de sel se soit coloré en une couleur d'un souverain degré, belle, transparente et rouge comme un rubis. Retire doucement par inclination ton esprit teint et en remets de nouveau sur ton or et fais comme devant tant de fois que l'esprit de sel ne se puisse plus teindre. Après, mets dans un alambic tout ton esprit teint et en sépare toute l'humidité au bain-marie à douce chaleur; et au fond de l'alambic te demeurera le soufre de l'or en une poudre belle, délicate et subtile, de grand mérite et valeur, qui est une matière avec laquelle on peut, par le moyen d'une prompte et courte procédure, colorer l'argent en sa plus haute perfection et le changer constamment en le mettant en un état invariable, ainsi que mon livret en suite des Douze clefs te fait entendre.

Or quelqu'un, déjà pourvu d'un peu de science et d'un bon jugement, pourrait ici se tourmenter et être en peine pour bien juger de cette affaire et demander si cette âme, si ce soufre du roi ainsi tiré, extrait et sec, est justement la même âme dont les philosophes discourent et parlent, disant que leur oeuvre, par le travail ou préparation philosophique de la pierre tant précieuse, requiert surtout trois choses, savoir un esprit moite, volatil, mercuriel; une âme sulfureuse, moite, volatile et un sel astral, sec. Lequel sel, après sa déliaison et dissolution, se doit faire reconnaître en même temps en une forme humide avec les deux premiers qui sont d'une forme aquatique.

Mais, se dira-t-il, comment se peut faire cela? vu que dans cette procédure n'est donnée aucune instruction de nul esprit mercuriel ni de nulle âme volatile. Ainsi il y est dit que l'âme du roi ou lion, c'est-à-dire le soufre ou l'âme de l'or, est demeurée au fond de l'alambic en une poudre subtile. Or je veux tenir un tel homme en suspens jusqu'à ce qu'il apprenne de lui-même à reconnaître la différence qui se peut rencontrer dans un sujet en lisant ce mien livre, laquelle j'éclaircirai et développerai suivant mon intention, en telle sorte que je lui ferai voir volontiers, sans rien omettre, la vérité, en l'instruisant selon son ardent désir et fort tourment, ainsi qu'un père fidèle envers son cher fils, et en lui faisant comprendre tout le but et dessein dans lequel est comprise et enfermée notre maîtrise, sans la connaissance de quoi les plus suffisants personnages, pour la plupart, sont tombés comme des étourdis dans les filets de l'erreur et se sont précipités dans un abîme sans fond et du tout perdus dans le désert de l'ignorance, d'autant que, submergés dans leur profonde ignorance, ils n'ont pu parvenir jusqu'à ce point de pouvoir comme maîtres découvrir ni s'imaginer avec vérité comment c'est que toutes choses naissent au monde et comment c'est qu'il faut que chaque âme ait un esprit, comme réciproquement chaque esprit une âme naturelle à son semblable, ni comment ces deux, esprit et âme, sont des substance spirituelles, et qu'il faut aussi que ces deux aient un corps dans lequel il est nécessaire qu'ils s'entretiennent et conservent et qu'ils y dressent ou établissent leur demeure. Mais quant à l'or aussi bien que l'argent, surtout principalement l'or, [il] est recuit et transmis en la plus sublime fixité qu'on ne puisse imaginer par tous les degrés qui lui ont été concédés et départis par la nature, de sorte que toute sa substance se trouve être entièrement ardente, n'étant que tout feu et très séchée, à l'exclusion de toute moiteur flegmatique dont l'argent n'est pas tout à fait dessaisi, encore bien qu'il ait atteint un degré de fixité sulfurique; car il demeure encore avec sa qualité naturelle dans un degré plus bas et ce, jusqu'à tant que le roi ait échauffé par sa semence brûlante son corps froid, ce qui dépend des particuliers qui font partie de cette opération, comme il en sera fait mention lorsque j'en traiterai clairement en leur lieu. Et ainsi il ne se peut du tout rencontrer aucune moiteur dans l'or qui soit aqueuse, si ce n'était qu'icelui fût remis en vitriol; mais cela requerrait un travail tout à fait inutile et de dépense inépuisable, si ce n'était que l'on voulût faire la pierre d'icelui vitriol d'or, duquel toutefois il faudrait avoir une grande quantité. Et alors l'on pourrait aisément rencontrer dans un tel vitriol un esprit commode et naturellement requis, doué d'une propriété et qualité blanche, comme aussi une âme et un sel d'essence magnifique. Mais l'on ne saurait comprendre combien de puissantes richesses ont été dissipées et perdues de plusieurs personnes par cette voie-là. C'est pourquoi je n'en veux faire ici aucune mention. Mais j'exhorte mes disciples, puisque la nature leur a laissé un plus court chemin, de le garder et suivre maintenant, de crainte qu'ils ne se précipitent dans une extrême pauvreté s'ils s'amusent à extraire le mercure de l'or quand il aurait été réduit dans la destruction et ruine de soi-même, ce qui ne fut oncques pratiqué par les Anciens pour ce que cela est tout à fait contre la nature. Car encore que l'or ait véritablement par cette voie une humidité en soi, ce n'est toutefois qu'un élément nu, pur ou simple et une humidité aqueuse, laquelle paraît après une telle résolution et qui n'est propre à quoi que ce soit; car l'eau et les autres principes ne se tiennent pas dans les autres éléments, mais les éléments reposent dans les principes et semences des métaux, de quoi j'ai aussi écrit ci-devant.

Pour ce, il ne se trouvera personne qui soit tellement maître qu'il puisse seulement faire notre pierre par une extraction d'icelle hors de l'or sec et entièrement recuit; car toute sa moiteur flegmatique est entassée et concentrée dans une coagulation sèche, arrêtée, figée et fixe. Ce qui ne se rencontre pas de même aux autres métaux, nonobstant qu'ils soient pareillement soumis à une coagulation dure et passés par le feu; ils ne sont pas toutefois encore cuits de part en part, ni amenés de leur naturelle et originaire racine à une pleine maturité, ce qui est bien à remarquer. Et que mes précédents écrits ne t'aheurtent point et ne te scandalisent aucunement, car ils te pourraient sembler pleins de contrariété à l'égard de ce présent livre et traité.

Car combien que je t'aie fait voir que l'esprit, l'âme et le corps proviennent à même temps d'une même essence ou substance métallique qui doit être préparée et extraite des métaux, et qu'entre tous j'aie nommé l'or pour le meilleur, toutefois j'ai fait en cela comme il appartient à un vrai philosophe et ainsi que les anciens Sages ont fait avant moi; mais avec ma protestation, tu auras sans doute fort bien remarqué que je t'ai fait connaître qu'il y a en la nature un sujet ou [une] matière particulière, ce qui te donnera occasion de méditer et penser avec plus de soin à la recherche de la nature et de bien examiner l'origine, le principe ou commencement de ce sujet particulier, vu que, par ci-devant, il ne m'a pas été loisible d'en déclarer davantage que ce que j'en ai dit, ni d'informer un chacun comme c'est que les portes de la nature sont verrouillées par dedans. Car en ce temps-là particulièrement je n'avais pas encore dessein d'écrire si intelligiblement, clairement et à découvert de ces choses qu'on a coutume de cacher, même aux plus bénins et meilleurs amis, jusqu'à tant que le Prince du ciel a changé mon esprit et m'a enjoint par son commandement de ne point enfouir en terre le talent que j'ai reçu de lui, comme il m'était advenu, mais de le laisser après moi à d'autres qui pareillement en soient dignes.

Mais il faut que je t'offre ici encore une règle sur les points que je t'ai écrits ci-devant, dont je te ferai ici présentement mention afin que [tu] m'accuses d'autant moins et que je ne tombe point dans le reproche de celui qui, après avoir approuvé une chose, la voudrait refuser incontinent. Considère donc maintenant tous ceux qui, depuis le commencement du monde, ont écrit doctement des métaux, et tu trouveras qu'ils ont été d'une même opinion et se sont tous accordés en un même sens, lorsque principalement ils ont dit que le premier métal et le dernier n'étaient qu'un métal et que le premier métal avait déjà acquis et recouvert par sa propriété métallique la semence métallique avançante, produisante ou poussante, laquelle lors ne fait autre chose sinon d'avancer incessamment et sans relâche la production et l'enfantement métallique, ce que ne fait pas une autre semence, comme j'ai déjà dépeint et décrit es minéraux et métaux dans ma première et seconde partie des mines, et comme pareillement j'ai montré en divers endroits de ce livre.

Plusieurs ont nommé le plomb, or et l'or, plomb, d'autant que non seulement ils ont été trouvés de même sorte et pesanteur pour quelques respects ; mais aussi une certaine pierre ou substance de haut lustre et splendeur unique et seule tient et reçoit le commencement et la première forme de sa perfection métallique et universelle de la planète de Saturne, laquelle est telle en soi qu'elle surpasse beaucoup l'entendement ou la conception des humains pour des raisons non nécessaires et trop longues à déduire en ce lieu. Et c'est justement ici qu'il est requis de la sagesse et de la science pour discerner et .rechercher avec soin en notre noble sujet métallique et es autres semblables les secrets de Dieu et de la nature qui nous y est découverte et offerte; mais d'autant que par la chute d'Adam l'homme s'est trouvé engagé dans un étrange aveuglement, il n'y a que la moindre partie des hommes qui puisse atteindre à la solution fondamentale de si grands secrets et autres choses cachées.

Mais d'autant que l'endurcissement est si grand dans le coeur des avaricieux qu'ils ne cherchent pour la plupart ces secrets et mystères de Dieu que par avarice et pour satisfaire à leur orgueil et vanité, c'est pourquoi les Anciens, portés et poussés à les déclarer à leurs successeurs par l'inspiration et commandement du Souverain, n'ont eu pour visée et pour but que d'en écrire seulement de telle façon que les indignes ne pussent comprendre de si merveilleux secrets, mais bien ceux qui méritent [de] les remarquer et observer, étant pour ce sujet éclairés d'une suffisante lumière, laquelle toutefois ne s'acquiert point sans la volonté spéciale de Dieu. Or ces Anciens ont souvent parlé dans leurs écrits d'une seule chose par laquelle ils ont en même temps compris ou entendu plusieurs choses et, tout au contraire, ils ont souvent fait mention de plusieurs choses, quoique par icelles ils n'aient voulu simplement entendre qu'une seule et même chose. A raison de quoi, quelques-uns d'entre ces philosophes démontrent que la pierre provient diversement, car ceux-ci veulent qu'elle prenne son origine d'une chose animale, ceux-là d'une semence végétable et ces autres d'une semence minérale. Mais il s'en trouve d'autres qui disent qu'elle se fait de semence minérale, animale et végétable tout à la fois. De toutes ces opinions cette-là seule est vraie, qui nous apprend que la pierre ne provient seulement que de la semence minérale ou métallique, car véritablement il faut tenir pour constant que la pierre ne dépend aucunement de la diversité des semences. Ce qui a rendu la science rare et obscure, en sorte que de plusieurs milliers, un seul y peut à peine parvenir, et pour cela la pierre est appelée science, joint aussi qu'un lourdaud accomparable à un boeuf ne la saurait faire entrer dans sa tête, et ainsi elle lui est inutile. Il est vrai que si la science de la pierre était si facile et commune, comme de brasser de la bière et cuire du pain, il en arriverait de grands inconvénients ou malheurs; et alors beaucoup de vices régneraient dans le monde, comme un chacun [le] peut aisément penser et se persuader; et c'est la raison pour quoi il faut couper les ailes à celui qui fait le compagnon et le suffisant et qui ne regarde que la magnificence et la gloire mondaine, en ne lui donnant pas la connaissance toute claire de cette merveilleuse science de laquelle Dieu donne lumière assez claire et significative à celui qu'il lui plaît de choisir et admettre pour ce sujet. Mais afin que je revienne à mon propos pour instruire le disciple inquiet en quelle manière l'on peut profiter avantageusement de l'or après que son âme est extraite, je dis en vérité que c'est beaucoup dire si je découvre assez clairement tout le secret du roi. Et partant, j'exhorte un chacun d'en bien user. Prends donc bien garde si tu as le manteau de pourpre du roi à en remercier Dieu hautement et ne sois point porté d'une mauvaise inclination envers le prochain. Partant, après que tu auras cette âme ou semence de l'or, ouvre-la en vertu de la troisième clef et la rends en eau, car en notre science le corps, l'âme et l'esprit doivent être réduits en eau. Car alors ils coulent ensemble dans leur racine intérieure et l'un y empoigne l'autre et l'améliore de part en part en son entière et parfaite qualité, de sorte qu'il en provient la création d'un nouveau monde et d'une nouvelle terre, laquelle ensuite reçoit sa splendeur par l'âme qui l'élève à une vertu inconcevable à un chacun. C'est pourquoi il t'est ici nécessaire de savoir comment tu dois infuser ta semence d'or au nouveau corps pour le faire devenir en une substance coulante. Ici regarde autour de toi par tout le monde pour voir si tu y pourras rencontrer ce que tu dois avoir pour t'aider en ton opération. Et si tu ne trouves point ce qu'il te faut, ho! ho! ne t'en désespère point pour cela, mais prends courage et sois fortifié. Pense donc aux moyens comment tu pourrais prendre conseil du dieu Saturne et il ne te renverra ni ne t'abandonnera pas sans résolution; partant, il te fera présent dans la main d'une mine de splendeur auguste en sacrifice, laquelle est crue en sa minière et qui est provenue ou produite originairement de la première matière de tous les métaux. Si cette mine, après sa préparation qu'il te montrera, est transmise ou mélangée avec trois parties de bol ou de terre brique et puis que tu en fasses la sublimation, il t'arrivera qu'un noble sublimé montera sur le plus haut de la montagne en façon de plumettes ou alun de plume. Icelui sublimé se résout en son temps comme une belle eau, laquelle devient tellement efficace qu'elle transmuera incontinent toute ta semence d'or en sa première volatilité, moyennant une petite putréfaction, pourvu toutefois qu'on y ajoute de cette eau minérale tant que la semence d'or y soit entièrement dissoute. Et c'est ici que le surgeon ou rameau se conjoint avec sa tige, en sorte que tous ces deux montent l'un quand et l'autre par-dessus les plus hautes montagnes et y demeurent inséparablement l'âme et l'esprit, ou l'esprit et l'âme. Or il est besoin que tu aies de l'eau susdite davantage pour dissoudre le corps ou le sel et le coaguler avec ton eau en un nouveau corps clarifié, et que l'on ne se sépare jamais de l'autre en temps prospère ou adversaire, d'autant qu'ils sont d'une même nature, naissance ou caractère; car ils ont toujours été tels dès le commencement et tiennent tous leur origine et naissance de la vertu de cet oiseau volant,

Mais remarque surtout que cet esprit minéral est dans d'autres métaux, quoique toutefois il se trouve pareillement tout à fait et incomparablement très efficace dans un certain minéral d'où il peut être pris et préparé avec bien moins de peine et de frais. Il n'importe néanmoins d'où tu le prennes, pourvu que tu puisses purement et simplement apprendre à reconnaître en séparant les principes, lequel est l'esprit mercuriel, lequel est l'âme ou soufre et lequel est le sel astral, afin que tu n'entendes et ne prennes l'un pour l'autre; autrement tu commettrais une grande erreur. Mais tu trouveras que la nature du soufre d'or réside seulement en tous les métaux qui sont compris sous la rougeur ou couleur rouge et qui ont leur domination en même degré qu'un certain minéral à raison de leurs esprits de feu coloré. Et quant à la vertu aimantine, tu trouveras qu'elle est en son esprit de mercure blanc, lequel lie l'âme et dénoue le corps. Et, partant, l'astre de l'or ne se rencontre pas seulement dans l'or, en telle sorte qu'il soit nécessaire que par l'addition seulement de l'esprit de mercure et du soufre auré, la pierre philosophale puisse être faite. Car elle peut en même façon être artistement tout à fait préparée du cuivre et de l'acier comme de deux métaux non encore mûrs, lesquels tous deux, ainsi que le mâle et la femelle contiennent en soi les propriétés de la couleur rouge propre à la teinture fixe aussi bien que celle de l'or même, soit que l'on entreprenne d'opérer par la vertu de l'un de ces deux seulement ou des deux conjointement, étant passés auparavant dans une étroite union l'un de l'autre. De plus, aussi bien que de ces deux-là, la pierre peut être faite d'un minéral particulier connu dans l'Allemagne sous un nom qui vaut autant à dire qu'eau de cuivre, comme même du vert-de-gris brisé ou du cuivre commun réduit auparavant en vitriol; en toutes lesquelles choses l'âme du meilleur or se trouve tout à fait magnifique et peut en plusieurs rencontres servir d'aide avec un grand profit, ce qu'un simple paysan ne croira pas. C'est pourquoi remarque ici ce qu'il t'est besoin de remarquer.

Etends tes sens de tout ton pouvoir, parfais tes pensées et ne cesse point que tu ne viennes si avant que tu puisses savoir la conjonction ou composition secrète de la nature, aussi bien que sa solution, et tu trouveras ce qui t'est nécessaire de savoir, de quoi rends grâce à ton Créateur, use en à son honneur et sers-en ton pauvre prochain en sa nécessité.

Je te dis maintenant que cet esprit blanc est le vrai mercure des philosophes, lequel a été déjà devant moi et aussi viendra après moi, sans lequel esprit la pierre des Sages et du grand mystère ne peut être faite, ni universellement, ni particulièrement, encore moins aucune mutation ou transmutation particulière. Et est un tel esprit la seule excellente clef pour l'ouverture de tous les métaux aussi bien que leur clôture, car cet esprit est associable à tous les métaux, lesquels procèdent tous du sang et semence d'icelui, d'où ils sont sortis et nés, ainsi que je t'ai déjà dit plusieurs fois. Or cet esprit blanc est le droit et le vrai premier mobile tant cherché de plusieurs milliers de personnes, mais qui n'a été trouvé de pas un seul. Tout le monde le désire et le cherche bien loin; toutefois on le trouve bien près, vu qu'il vole et se meut devant les yeux d'un chacun.

Et sache que si tu nourris et repais cet esprit du soufre et du sel métallique, il faut que d'iceux trois il en provienne une matière qui n'est pas de beaucoup inégale à la grande pierre des anciens Sages. Il faut toutefois agir adroitement en cette opération et procéder avec ordre depuis le commencement jusqu'à la fin; car il faut que le sel corporel se dissolve en cet esprit et qu'il y soit ouvert, afin qu'ainsi il soit retourné et remis en sa première matière, c'est-à-dire en une autre matière qu'il n'était. Alors ces deux, ce sel et cet esprit, ne sont qu'une même substance d'une égalité et naissance uniforme, laquelle peut, par le moyen de la coagulation de l'esprit, devenir par la direction du feu en une constante fixation, et naître pour la troisième fois en un corps clarifié blanc, net et transparent. Et après qu'une telle blancheur, sapience ou science est parachevée, l'âme qui a été déliée ou solue peut derechef chercher son repos, c'est-à-dire pénétrer son corps semblable en pureté, s'unir avec icelui et y dresser sa demeure, en sorte que ces trois, l'esprit, l'âme et le corps, parviennent à demeurer et être un corps unique essencifié ou un corps éternellement glorifié.

Mais afin que tu sois informé de la manière par laquelle tu dois rendre derechef corporelles et constamment fermes tes deux semences [à savoir] l'esprit de sel de l'or, lequel on nomme en cette science un corps. Puis tu remarqueras maintenant qu'en la place et au lieu d'icelui tu ne prennes rien d'étrange. Et si tu veux savoir ce qu'il te faut faire, lis ma quatrième clef, dans laquelle la vérité est exposée devant les yeux d'un chacun, avec des témoignages et exemples singuliers. Mais toi, qui n'entends pas peut-être cette clef-là, entends et remarque en même temps sur toute chose cet avis clair et vrai qui est que non seulement tu aies soin jusque-là du corps de l'or, comme si tu n'avais à attendre de lui d'ailleurs aucun autre bienfait que son âme seulement. Je te dis donc fidèlement que tu te gardes bien d'imputer à ce noble corps une telle faiblesse. Car quand tu en auras tiré le soufre, c'est-à-dire l'âme, il reste au-dedans d'icelui corps le sel magnifique de gloire et de triomphante victoire, sans lequel sel ta semence spermatique ne peut être conduite en aucune coagulation ni dureté. Et c'est proprement ce sel duquel je t'ai maintenant discouru tout au long, te disant comment c'est qu'il te le faut travailler en l'extrayant de sa forme corporelle par le moyen de l'esprit de mercure en un premier être matériel, et puis comment ensuite il doit derechef retourner en un corps souverainement purifié et élevé. C'est pourquoi prends la terre d'or après que tu en as tiré la semence, âme, soufre, ou autrement le vrai sang du lion, et par la réverbération réduis-la en une poudre fixe et une cendre subtile et impalpable, de laquelle alors tu extrairas un sel grandement subtil, fin et délié, clair, luisant et blanc comme de l'ivoire; ce que [tu] feras en la manière dont je te veux instruire sur la fin de mes tours de main, lorsque je t'enseignerai à préparer le corps de l'or pour les particuliers et que je t'apprendrai de le réduire en une âme ou soufre, en un sel et en un argent vif. Alors avance-toi à la pratique pour les conjoindre ensemble et sois soigneux d'avoir égard qu'en l'assemblage ou conjonction tu ne mettes trop de l'un ou trop peu de l'autre; mais prends garde à la disposition du poids et au départissement de tes semences, et, pour bien t'y conduire selon le but ou la mesure assurée, ma sixième clef te réglera. Et continue en outre toute la pratique et procédure encommencée, te gouvernant en cette opération selon l'ordre que tu trouveras en ma septième, huitième, neuvième, [et] dixième clef, ainsi que je t'ai naguère prescrit, tant que le roi de gloire et d'honneur t'apparaisse dans sa souveraine robe de pourpre et en des habits tout de toile d'or, lequel est alors nommé un seigneur et monarque triomphant sur tous ses sujets depuis l'Orient jusqu'à l'Occident. Après quoi, rends grâce à Dieu. Sois soigneux à lui rendre tes prières et tes voeux. N'oublie pas les pauvres sur toute chose. Travaille à être un étroit observateur de la sobriété. Sois retenu à trop parler et garde le silence, car de parler trop c'est un plus grand péché qu'on ne croit, d'autant que c'est par cette voie-là que l'on pourrait déclarer cette science à quelque indigne. L'augmentation ou multiplication de cette pierre céleste, aussi bien que sa segmentation, n'a pas besoin d'être mentionnée en ce lieu, parce que déjà l'une et l'autre sont décrites et enseignées sans aucun défaut dans mes deux dernières clefs. Ne doute point aussi que celui à qui Dieu a octroyé tant de grâces ne soit fait participant de ses souhaits et qu'il n'obtienne du Souverain l'entière intelligence de ces deux miennes clefs; car rien de contraire ne doit être employé à notre être ou substance métallique, ni aucunement y entrer, soit au commencement, au milieu et à la fin, sinon l'esprit mercuriel et la médecine cuite, suivant le contenu de ma onzième clef.

Afin maintenant que je satisfasse au reste de ma promesse et que je dise davantage que ce que mes douze clefs peuvent et plus qu'elles ne contiennent, sache qu'aucun philosophe n'est pas entièrement obligé de travailler sur le métal de l'or dont je viens maintenant de faire une ample et longue déduction et découvrir le vrai fondement. Mais comme tu as aperçu ci-devant, c'est que toute la maîtrise et le chef-d'oeuvre ne gît seulement qu'en ces esprits de feu colorés rouges des âmes métalliques. Et tout ce qui est de couleur rouge et se rencontre accompagné de soufre rouge et de feu, tout cela est allié à l'astre de l'or; et quand l'esprit mercuriel y est conjoint et qu'il y intervient, l'on peut procéder au travail particulièrement et universellement, en sorte que l'on pourra moyenner et produire une teinture par laquelle les métaux et le mercure vulgal peuvent être rehaussés et exaltés, suivant que l'on ordonne et dispose le travail ou procédure.

Or maintenant il faut que tu apprennes que telle âme ou soufre auré, tel sel et tel esprit se trouvent plus forts et vertueux dans Mars et Vénus aussi bien que dans le vitriol, comme ainsi soit que Mars et Vénus se peuvent ramener et réduire comme par rétrogradation en un vitriol très vertueux et efficace, dans lequel vitriol métallique se trouve ores ensuite sous un ciel tous les trois principes susdits, savoir mercure, soufre et sel; et chacun d'iceux s'en peut particulièrement tirer et obtenir avec peu de peine et de temps comme tu entendras quand je ferai présentement un récit succinct d'un vitriol minéral qui se trouve en Hongrie, tout à fait beau et dans un haut degré.

Si [tu] as maintenant [de] l'esprit, du jugement, de l'inclination et un ardent désir en ton coeur de bien et adroitement entendre mes clefs et autres livres et prétendre par tel moyen de découvrir et ouvrir les cadenas des métaux durement enfermés et propres à notre pierre, tu dois à bon droit avoir pris garde et entendu qu'en parlant d'iceux je n'ai pas seulement écrit du métal, de l'or, de son soufre et de son sel, mais j'y ai compris quand et quand et conformément les autres métaux rouges desquels l'occulte magistère se peut acquérir; et pour ce, ceux qui prétendent atteindre à cette fin doivent souvent réitérer la lecture des livres des philosophes, au moins s'ils en désirent avoir et puiser une droite intelligence qui, pourtant, n'advient point sans la volonté de Dieu. Mais pour ce que j'espère que ceux qui d'un vrai coeur fidèle sont portés à s'adonner à la science auront une plus assidue attention que non pas le monde vain et fol, c'est pourquoi je leur laisse ces miens écrits qui leur donneront un notable sujet de grand soulagement et de satisfaction, à cause qu'en iceux tout y a été si clairement déclaré qu'il n'est pas possible de faire mieux. Car il est bien à propos que l'on produise une lumière éclatante, belle et clairement purifiée, afin que le disciple commençant à apprendre ait une claire lueur devant ses yeux, sans aucune obscurité depuis le commencement jusqu'à la fin. Et c'est pour ce sujet que j'ai entrepris avec grande peine de mettre en exécution ce mien dessein, afin de découvrir à un chacun cette science, laquelle tous les Anciens ont tenue cachée jusqu'à cette heure sous le silence, la tenant étroitement serrée jusque dans la fosse.

Or toute mon intention n'a point été en obligeant autrui d'en acquérir de l'honneur et de la gloire, mais afin que, par la clémence prévoyante de Dieu, cette science ne soit point tenue pour fausse et qu'elle fût par conséquent découverte et révélée à quelques-uns des survivants, ou à tout le moins qu'elle soit exposée devant leurs yeux et que la possession d'icelle les rende disposés à secourir leurs pauvres frères chrétiens qui sont en grande nécessité, et qu'ainsi ils soient faits participants de la grâce et miséricorde de Dieu le père. Cependant, combien que )e sois grandement attristé du profond de mon coeur, en mon esprit et entendement, quand je pense à ce que j'ai fait et comme j'ai écrit si librement et si pleinement de cette science sans en rien cacher, ne sachant pas qui en sera possesseur après ma mort par l'instruction de ce mien livre, toutefois je veux espérer — que quiconque soit qui aura ce bonheur — qu'il aura pour recommander jour et nuit mes précédents avertissements contenus en ces présents écrits et en ceux de ci-devant, afin qu'il se serve de ce livre avec tant de prudence qu'il en puisse répondre devant la divine Majesté. Maintenant, touchant les avantages que le vitriol contient en soi, encore que pour raison j'en doive faire mention en mes tours de main lorsque je traiterai et écrirai des minéraux, néanmoins, vu que c'est un si notable et important minéral auquel nul autre en toute la nature ne peut être accomparé, joint que le vitriol se familiarise et est ami avec tous les métaux plus que toutes les autres choses et leur est très prochainement allié, puisque de tous les métaux l'on peut faire un vitriol ou cristal, car le vitriol et le cristal ne sont reconnus que pour une même chose; c'est pourquoi je n'ai point voulu retarder ni mettre en arrière paresseusement son lot et mérite, comme la raison le requiert, attendu que le vitriol est préférable aux autres minéraux et que la première place après les métaux lui doit être accordée. Car encore que tous les métaux et minéraux soient doués de grandes vertus, celui-ci néanmoins, savoir le vitriol, est seul suffisant pour en tirer et faire la très bénite pierre, ce que nul autre au monde ne saurait faire seul à son imitation, encore bien que particulièrement quelques-uns aident au progrès de la pierre en fournissant ce qui est propre de leur substance, ainsi qu'on pourrait dire de l'antimoine, lequel est assez suffisant, comme il doit être déduit en son lieu. Toutefois une si grande dignité n'a été jamais accordée à aucun autre métal ou minéral si avantageusement qu'au vitriol, à ce que la pierre des philosophes dont a été tant fait de mentions en puisse être tirée et extraite. C'est donc pourquoi les Anciens ont tenu ce minéral caché jusqu'au dernier point et l'ont celé à leurs propres enfants, ce que faisant avec tant de précaution, il ne faut pas s'étonner s'il n'a pas été connu de tout le monde, mais test] demeuré fort couvert et caché, quoique toutefois ils aient dit que la préparation de leur pierre se fait d'une seule et unique chose ou d'un seul corps qui a en soi la nature du soleil et de la lune et aussi du mercure, ce qui est très véritable et bien justement prononcé par iceux, d'autant que c'est une indubitable vérité.

Je trouve ici à propos de te dire qu'il faut que tu imprimes cet argument vivement en ton esprit et que tu dresses entièrement toutes tes pensées sur ces vitriols métalliques et que tu te souviennes que je t'ai confié cette connaissance qui est que l'on peut, de Mars et de Vénus, faire un magnifique vitriol dans lequel les trois principes se rencontrent, lesquels servent à l'enfantement et production de notre pierre. Tu dois aussi savoir que ces trois principes ou substances métalliques, qui sont esprit, âme et corps, ne sont pas moins aussi pour cela encloses, enserrées et gisantes en même temps et dans un vitriol minéral et dans un minéral même, suivant toutefois la différence des vitriols. Car le meilleur qui s'est montré le plus probable et approuvé par mon expérience est celui qui se tire et recueille en Hongrie; lequel est d'un haut degré de couleur, pas beaucoup dissemblable à celle d'un beau saphir bleu et a peu d'humidité en soi et peu de qualité minérale qui soit mauvaise. Et tant plus souvent icelui vitriol est dissous et coagulé, il s'élève d'autant plus en beauté et en une couleur si pure et transparente qu'on ne la peut regarder qu'avec étonnement. Un certain vitriol ainsi hautement gradué se trouve tout cru es mêmes lieux et endroits là où l'or, le cuivre et le fer croissent, et se voiture en grande quantité dans les pays étrangers, de sorte que souventes fois, il arrive qu'es lieux voisins des minières il ne s'en retrouve pas en abondance, mais peu. Et encore que ce vitriol ne soit nommé du vulgaire que de l'eau de cuivre, toutefois les anciens maîtres philosophes l'ont exalté en louanges à cause de son indicible vertu et dignité, et l'ont, pour ce sujet, appelé vitriol ou vitriolum, comme qui dirait victriolum ou vitriol de victoire, parce que son huile spirituelle tient et comprend en soi les trois principes de toute victoire. Quand tu auras recouvert un minéral d'une telle et si haute graduation et qui soit bien net et pur, ce qui s'appelle, comme j'ai dit, vitriol, prie lors Dieu qu'il te donne intelligence et sagesse pour continuer ton dessein. Et, après sa calcination, mets-le dans une retorte forte et bien fermée. Fais-le distiller dehors, premièrement à doux feu, puis à plus fort feu. Distille-[s-]en l'esprit blanc comme neige qui viendra en forme d'une horrible et épouvantable exhalaison ou vent, jusqu'à ce qu'il n'y vienne plus de lui-même et qu'il soit tout sorti. Remarque que dans ce vent ou esprit blanc sont cachés et enfermés tous les trois principes, lesquels sortent en même temps hors de leur demeure première d'une façon et manière comme invisible. Et pour ce, il n'est pas absolument nécessaire de rechercher ces principes dans les choses précieuses, puisque par le susdit moyen nous avons un chemin plus court et tout ouvert pour parvenir aux secrets de la nature et lequel est devant les yeux d'un chacun qui est capable de comprendre science et sagesse. Si donc maintenant tu prends cet esprit blanc ainsi extrait dehors par la distillation et que tu le délivres de son aquosité terrestre, tu trouveras et apercevras au fond du vaisseau de verre le trésor et le fondement de tous les philosophes du monde devant tes yeux et en tes mains, qui est inconnu du vulgaire; et c'est une huile rouge aussi pesante que l'or ou le plomb et épaisse comme sang et d'une propriété tout à fait brûlante et de feu. C'est le vrai or liquide des philosophes, dont l'assemblage est fait déjà par la nature seule de trois principes qui consistent en une âme, en un esprit et un corps. Et c'est aussi l'or philosophique — excepté un qui est sa solution ou déliaison — constant et permanent au feu et non sujet à aucune diruption; ou bien il s'évapore en même temps avec l'âme et le corps; et même ni l'eau ni la terre ne lui peuvent causer aucun dommage, d'autant qu'il a acquis et reçu sa première naissance et origine d'une eau céleste qui tombe en son temps ici-bas sur la terre. Or dans cette eau aurée, dépouillée de son flegme, est recelé et caché le vrai oiseau ou aigle, le roi avec sa splendeur céleste et son sel clarifié, lesquels trois tu trouveras tout nus, enclos en cette unique chose de propriété aurée et en acquerras tout ce qui est nécessaire à ton entreprise. Et, partant, prends le corps d'or que tu t'es acquis, et qui est élevé par-dessus tout autre or en dignité et vertu, et le mets dans sa solution ou déliaison juste et convenable, et t'apparaîtra, en temps certain et assuré, l'ange du souverain qui t'annoncera que c'est lui qui est le soluteur et dénoueur et celui qui met en évidence tous les mystères du monde. Reçois-le avec joie et le garde bien, car sa qualité est plus céleste que terrestre. C'est pourquoi il a un désir ardent d'être employé ou de s'en retourner derechef au lieu éthéré de là-haut, d'où aussi bien il est issu.

Quand tu as séparé ce prophète de sa matière qu'il laisse après lui, tu n'as plus aucune opération à entreprendre que comme mes douze clefs t'enseignent par leurs similitudes. Mais dans la matière ou substance qu'il a laissée après lui, tu y dois avoir et trouver l'âme nette et immortelle et puis ensuite le sel de gloire; lesquels tous deux il te faut exalter ou élever par l'esprit pour, par ce moyen, les obtenir afin qu'aucune chose souillée ou contraire ne vienne à y être mêlée. Et cette opération se fait en la même manière que je t'ai enseignée en mes Douze clefs, lorsque je t'ai instruit de tirer l'âme et le sel de l'or par l'eau saturnienne, au lieu de laquelle aussi cet esprit mercuriel spirituel pourrait être employé et mis en usage avec un plus grand avantage et profit. Mais remarque cette différence : c'est qu'il faut que le sel soit exactement tiré aussi avec l'esprit de mercure hors du corps mercuriel en la même façon que l'âme extraite; et, au contraire, le sel de l'or ne s'extrait et acquiert point avec l'eau saturnienne — d'autant qu'elle est trop faible pour le corps ou masse ferme de l'or —, ains avec une eau qui te sera déclarée dans la description des particuliers.

Remarque avec soin cette différence comme grandement importante : c'est que le sel de vitriol n'est pas si fermement serré, ni dans un corps si compact comme se rencontre le corps de l'or. Car le vitriol est un corps encore ouvert et qui n'est pas encore venu à aucune coagulation métallique ni passé par aucune fonte ou feu. Et ainsi un tel corps n'est point encore devenu compact. Partant, son propre esprit peut entrer librement là-dedans, se joindre et s'énamourer avec son semblable, si bien qu'il en peut suivre et être faite une extraction de sel tout à fait blanche comme neige, là où d'autre part, en ce qui est de l'or, il faut qu'un esprit plus tranchant et actif passe à travers icelui pour en détacher son sel, ainsi que tu entendras lorsqu'au même lieu j'en écrirai plus amplement. Or vois, mon ami, qui que tu sois, de quelle inclination je suis porté en ton endroit maintenant et comment j'ai dressé ma bonne volonté vers toi; vers toi, dis-je, qui ne me ferais jamais le semblable. Médite bien et prends justement garde avec combien d'intégrité et de fidélité je tourne et découvre toutes les fermetures et bandes ou barreaux dont toute la science philosophique est formée, garrottée et liée; ce qui auparavant ne fut jamais compris dans le sens et l'esprit d'aucun homme, encore moins expérimenté pour l'oeuvre même, ni non plus mis au jour. Et toutefois, rien du tout ne m'y a porté, sinon les dons infinis de Dieu, ma bonne volonté et l'amour du prochain. Et ce que mes ancêtres et prédécesseurs n'ont point fait si parfaitement est demeuré jusqu'à moi sans qu'ils l'aient dit. Lors donc que tu as ainsi séparé tes trois substances ou matières minérales l'une d'avec l'autre et que tu les as mises à part par certaines portions et que tu en as séparé les fèces où elles gisaient cachées, prends garde alors que tu ne perdes rien d'aucune d'icelles par quelque déchet, amoindrissement ou rabais de leur poids. Car si cela était, tu ne pourrais point achever ni parfaire ton oeuvre sans dommage et erreur. Partant, garde et retiens toutes tes trois substances, chacune en sa propre quantité, grandeur, poids et qualité pure; autrement ton ouvrage ne parviendra point à aucune fin comme elle doit être désirée.

Et c'est ici le but dans lequel ont erré tant de personnes, voire dont elles ont écrit et rempli tant de livres. Car tout ce qui sort de notre or philosophique et qui s'est départi en trois substances, il faut que tout cela rentre derechef et soit réduit en une seule chose qui est une forme neuve ou une substance amendée et rendue meilleure, et ce, sans déchet ni rapetissement; car il faut que rien n'en soit retranché ou ôté, sinon seulement les fèces terrestres dans lesquelles le sel de gloire a eu sa demeure. Et, partant, fais comme je t'ai enseigné. Joins tes matières, approchant, joignant et accouplant l'esprit à son corps afin qu'un tel corps soit aussi délié et élevé en un esprit ou vertu spirituelle et souveraine. Car en cette conjonction le corps se réduit en esprit et l'esprit se joint et lie avec son corps au profond de son être et substance, de sorte qu'après le changement de toutes les couleurs du monde ces deux substances minérales s'entremêlant et s'insinuant l'une dans l'autre produisent et engendrent un corps blanc comme neige, relevé au-dessus de toute blancheur. Or c'est ici le plus grand secret du monde et un mystère duquel il y a eu parmi les doctes savants et Sages de l'univers tant de disputes depuis le commencement du monde jusqu'à présent, qu'une chose qui se peut toucher et voir puisse être par rétrogradation ramenée en sa première matière, et puis d'une telle première matière être derechef, par la nature qui conduit tout, remise et rétablie en un nouveau et meilleur être clarifié. Et ainsi tu as créé et enfanté au monde la reine de l'honneur et la fille première nouvelle née des philosophes, laquelle, après sa droite et vraie perfection, est appelée l'élixir blanc, de quoi tous les livres sont remplis.

Or quand tu as amené ton travail jusqu'à ce point, tu es digne véritablement et à juste raison d'être reçu en la compagnie des légitimes philosophes et [tu] as fait entrer dans ton jugement plus d'art et de science que n'ont fait tous les autres suffisants qui veulent beaucoup babiller de ces choses cachées et ils n'ont toutefois jamais sondé la moindre connaissance d'icelles. Et, pour ce sujet, tu leur es par bon droit préférable, en telle sorte qu'avec déshonneur et honte, ils ne méritent [rien] sinon d'être assis au bas de tes pieds et de demeurer dans l'obscurité de l'ignorance, tant qu'ils soient rendus participants par la nature de son illumination et clarté.

Mais afin que tu puisses amener et conduire selon les moyens naturels la nouvelle créature philosophique en la vraie et souveraine perfection — après laquelle ton coeur a aspiré de tout temps — par les moyens que nature a permis, souviens-toi que ni l'homme [ni] la bête brute ne se peut tourner ni mouvoir sans une âme vivante et que l'homme perd son âme en cette vie par la mort temporelle et la recommande et sacrifie au Tout-Puissant, qui est celui d'où elle est originairement procédée, et à la miséricorde et mérite de Jésus-Christ. Après la séparation de cette âme, sa demeure qui est son corps reste toute morte puis ensevelie et couverte dans un sépulcre, là où il faut qu'elle pourrisse et devienne en poussière ou en cendre — malheur que nous avons hérité par la chute de nos premiers parents lorsqu'ils étaient dans le jardin du paradis terrestre.

Mais comme après une telle putréfaction nous serons tous ressuscites et viendrons à paraître tout nouveaux et clarifiés, et [que] l'âme qui était sortie de son corps recommencera sa demeure en icelui, ainsi ne se fera plus dorénavant aucune séparation du corps, de l'esprit ni de l'âme, d'autant que l'âme aura trouvé un corps glorifié et, pour ce, l'âme établira avec icelui corps une demeure dans une union si permanente et parfaite que ni le diable ni la mort ne la pourront plus jamais détruire, n'étant plus sujette à aucune corruption. Et c'est ainsi que les hommes qui étaient sujets à la mort demeureront dorénavant à toute éternité semblables aux meilleures et plus excellentes créatures créées de Dieu, ce qui ne peut jamais arriver autrement que par la mortalité ou séparation de l'esprit, de l'âme et du corps, et par leur réunion. Mais prions Dieu qu'il nous octroie une joyeuse résurrection. Or ce grand et haut exemple, lequel est tiré non des pensées humaines, non plus que d'aucune présomption ou suffisance ni de quelque cajolerie mal fondée, mais de la vraie parole de Dieu le créateur — laquelle il nous a déclarée par son prophète Moïse —, te donne à connaître et t'enseigne ce que tu dois maintenant entreprendre avec cette créature nouvellement née, afin que tu puisses moyenner et atteindre à sa droite et parfaite naissance sans aucun manque ni défaut, à la louange du très haut Père de lumière et de miséricorde, duquel toute bonne donation provient et procède; lequel seul nous donne ses bienfaits et nous les octroie par sa grâce comme étant ses fidèles fils et enfants, de quoi nous ne le pouvons suffisamment remercier à cette heure que jusqu'à tant que nous jouissions de la gloire éternelle.

Veux-tu maintenant appuyer comme il faut ton travail et le bien soutenir? Rejoins au nouveau corps anobli son âme que tu as auparavant ôtée, afin que ton compost, étant rempli en sa vertu et en son immense perfection, se puisse faire apparaître en sa perfectionnée force et vigueur. Car alors vient à naître et est né le roi rouge de toute gloire, élevé sur terre dans un être ou substance toute de feu et ayant un corps hautement clarifié par-dessus toute puissance terrienne, hors duquel sourd et provient la fontaine d'or, de l'eau de laquelle si quelqu'un boit, celui-là recevra un renouvellement de force en tous ses membres, et sera en lui renouvelée et réveillée une nouvelle vie, de quoi Dieu doit être éternellement loué et béni.

L'augmentation ou multiplication de ce très grand trésor, ensemble la fermentation d'icelui pour la transmutation des métaux, tout est donné à connaître ainsi que tu as déjà ci-devant pu (le] remarquer quand j'ai écrit de l'or où je dis ce qu'il faut faire. Prends-y donc bien garde, car en cela il n'y a qu'une sorte de manière et de procédure depuis le milieu jusqu'à la fin. Mais toutefois le commencement requiert un changement à cause des deux diverses matières.

A Dieu le Prince éternel des cieux et au trône de grâce Jésus-Christ soient, de bouche et de langue, louange et exaltation du profond du coeur; qu'icelui nous octroie grâce, vertu et bénédiction pour nous servir d'un tel trésor comme il faut, afin qu'après cette vie nous puissions entrer dans le royaume éternel des cieux. De ce que j'ai maintenant mis par écrit cette science, c'est l'amour du prochain qui m'y a porté. Et je n'ai rien avancé que je n'aie plusieurs fois fait et appris par la propre expérience, moyennant l'induction et conduite de la Nature bénigne. Et ainsi je suis devenu un pronostiqueur de toutes les choses naturelles et sais certainement quand ces miens présents écrits viendront à être mis au jour après ma mort, comme aussi ce qui arrivera de tous mes autres livres, pour le sujet desquels il me faudra souffrir et endurer, même dedans mon tombeau, quantité d'étranges jugements; car quelques-uns me condamneront à outrance et me voueront au diable pour avoir écrit si nettement et avec tant de lumière, et même il s'en trouvera d'autres qui ne voudront volontiers revenger entièrement tout à fait ces miens écrits, ains les tiendront et décriront comme fourberie, idolâtrie et oeuvres diaboliques, comme déjà il est arrivé avant moi et arrive encore aujourd'hui à d'autres personnes illuminées en la nature. De plus, beaucoup ne croiront jamais cette grande opération du renouvellement de la santé contre tous les défauts et manquements de la nature humaine, non plus que l'amélioration et amendement des métaux et ne se persuaderont aucunement que tous ces beaux et véritables effets se trouvent et rencontrent en la chose du monde si peu estimable en apparence, sur quoi l'homme de fer et sa femme Vénus son épouse, ensemble avec le très resplendissant or, doivent avoir et retenir la supériorité. Ils ne pourront aussi croire que cette chose si abjecte soit amenée et conduite par science et adresse à un profit si immense ni à une si grande perfection; car parce que la science est grande et au contraire que la matière est simple et de peu d'apparence, cela donne tant plus de doute et de défiance.

Mais par la démonstration suivante je veux donner à un chacun un exemple probable par lequel les yeux de ceux qui voyagent en Emmaüs s'ouvriront afin qu'ils puissent connaître que je n'ai écrit aucune fausseté, ains découvert le tout nettement et clairement. Note que la préparation de la pierre philosophale s'enseigner sub modo preparationis vini . Et sache que les Anciens ont pris de la peine pour décrire la préparation de la pierre sous la manière de la distillation du vin et de son esprit, sans y admettre les flegmes étrangers, lequel esprit de vin s'appelle encore pour le jour d'hui chez les communs artistes le vrai et droit esprit secret et caché du vin ou la véritable essence de vin, là où au contraire l'on peut faire voir avec vérité et faire probablement connaître par une subite épreuve qu'un tel prétendu esprit de vin a en soi encore quantité d'aquosités nuisibles et insensibles qui ne sont autre chose que son mercure végétable; car l'esprit de vin qui est de feu est le droit feu et l'âme de vin. Or chaque soufre a son mercure originel caché en soi, combien que chacun selon son être et espèce, les végétaux selon leurs espèces, les animaux aussi selon leurs espèces et les minéraux selon aussi leurs espèces et leurs propriétés. De plus, ils ont ensuite enseigné comment on doit séparer l'esprit et le flegme l'un de l'autre en deux diverses parties, savoir qu'un tel esprit de vin devait être versé sur du tartre calciné à blancheur et puis distillé ou passé par le bec de l'alambic, en laquelle distillation le droit et vrai esprit caché ou essence de vin est séparé et détaché de son mercure végétable, comme je te veux fidèlement et loyalement instruire et enseigner dans mes tours de main. Et de la terre restante au fond de l'alambic, ils ont enseigné de tirer le sel et puis de l'ajouter à l'esprit rectifié, par le moyen de quoi il est fortifié et renforcé en son être ou substance, de sorte, se disent-ils, qu'enfin la pierre des philosophes en peut naître. Mais cela est fortement contraire à l'ordre de Dieu et de la Nature et est aussi peu possible que d'un ouvrage végétable en faire provenir un être animal et que d'un minéral un végétal. Partant, si quelque savant des Anciens a ainsi parlé, il faut conclure que ce n'a été que par similitude, et dire avec vérité que le travail et [la] pratique de la pierre ont été démontrés et en quelque façon compris sous la comparaison de la préparation de l'esprit et essence du vin. Comme donc tout maintenant tu viens d'être enseigné au regard du vin, ainsi notre or — non le commun — peut en même façon, voire par un plus court chemin, être dissous, détaché, séparé et enfin amené à sa première origine.

Mais tu dois savoir que cette solution et séparation n'a jamais été décrite par aucun des anciens sages philosophes qui ont vécu avant moi et qui ont su ce magistère; et s'ils en ont parlé, ce n'a pas été à découvert, mais par énigmes et figures seulement. Que si je fais tout au contraire, apprends que c'est l'amour du prochain qui m'y a mû, lequel amour je porte du plus profond intérieur de mon coeur envers tous ceux qui emporteront l'avantage de ce magistère sans fraude ni mélange de vices, et qui recevront tout ce que je leur offre, avec un coeur fidèle, [une] droite conscience et vraie connaissance en la crainte de Dieu.

Et tu dois ici tout d'abord être informé et tenir pour certain que notre or, tant de fois dénoté et montré, ne doit être entendu et estimé ni cru de pas un de ceux qui sont nos disciples et jeunes écoliers en la connaissance de ce haut mystère, pour être cet or fondu et entièrement recuit par la Nature. Car en ce dernier est cachée la cause de l'erreur, ensemble la dissipation des biens aussi bien que le commencement et la fin de tout ce travail perdu; quoique toutefois il faille avouer que par l'extraction de l'or commun, ainsi aussi que par celle des autres métaux, ce joyau se puisse acquérir avec beaucoup de profit et avantage, tant pour quelques richesses particulières que pour ce qui touche la santé de l'homme, comme il t'a été ci-devant démontré. Il te sera pourtant impossible de faire l'universel du monde d'un tel corps d'or compact et fixe sans l'esprit de mercure, et cela te sera toujours impossible jusqu'à tant que le Créateur de toutes choses distribue d'autres ordres ou moyens plus amples pour changer sa créature selon sa volonté. Or comme cela est impossible et ne se peut faire, ainsi il est impossible d'agir sans la créature de Dieu à son salut et utilité. Tu l'attends avec langueur; cherche-la en cette seule chose que je t'ai dite tant et tant de fois. Et crois-moi en souveraine vérité — laquelle Jésus-Christ est lui-même — que la pierre des philosophes n'est pas si étrange, rare et inconnue, ains elle serait commune et familière à beaucoup de puissants et potentats si Dieu l'avait permis et y eût mis cette disposition qu'elle se peut acquérir de l'or seul et que tous les trois joyaux de l'infinie fixité ou de fermeté vertueuse fussent cachés et enclos dedans l'or, et qu'avec profit et surcroît la pierre en peut être préparée et parfaite.

Mais parce que mon dessein n'est pas d'user de prolixité en ce livre, puisque sans cela un chacun a les yeux ouverts et n'est pas aveuglé pour chercher et pour chasser la Nature qui déjà se fait assez connaître en ce mien livre — car il la peut par vraie illumination et jugement ou entendement solide fort bien concevoir en son esprit pour sonder son dessein, pour commander à ses mains qu'elles ne passent pas négligemment par-dessus les choses les plus importantes et qu'elles ne les jettent pas au loin par mépris, et pour ne pas donner le prix aux choses inutiles en les prenant et s'en servant comme aveugle, en tombant par ce moyen et se précipitant dans la fosse multipliquement profonde — je te veux produire et prouver la vérité, te considérant comme [un] disciple qui apprend, qui aime l'art et la science, qui désire retrancher toute fausse opinion, qui veut être un vrai disciple propagateur et imitateur et enfin qui a assez de coeur pour n'agir qu'avec honneur et vérité. Je te veux, dis-je, prouver la vérité par cette pure et claire preuve qui suit, et te dis ici par ce discours en vérité de toute vérité que tu peux dissoudre et ramener en sa première matière, par une voie tout à fait courte, notre or qui est celui qui a été ramassé dans un corps minéral par la nature. Ce qui se fait ainsi. Prends l'esprit minéral que tu sais bien, qui est l'or des secrets philosophiques dans lequel notre mercure, soufre et sel sont enclos. Verse-le sur du tartre calciné à blancheur, peu à peu ou goutte à goutte, car ces deux matières contraires bruiront fort. Laisse-les reposer l'une avec l'autre si longtemps que leur dispute et débat soit cessé et que notre or se soit caché et rendu invisible dans le champ végétal ou dans le ventre de la pierre du vin qui est le tartre susdit; et alors couvre ton alambic de sa chape et [de son] récipient bien fermés et lûtes. Et puis distille premièrement au bain, doucement et lentement, en après plus fort et avec bon feu, et s'envolera l'oiseau d'Hermès, lequel est volatil et fuyant, c'est à savoir en se retirant de notre or par une telle distillation ou sublimation, et [il] s'en ira seoir sur les hauts chevrons ou pinacles du temple pour contempler alentour de soi en quelle part il veut aller; mais il se logera incontinent dans le récipient, lequel doit être net et grandement sec. Et quand tu apercevras qu'il commence à voler lentement, alors prends ton alambic et, l'ayant retiré hors du bain, mets-le dans les cendres chaudes; donne-lui du feu plus fort et l'oiseau volera plus rapidement et plus précipitamment; tiens ce feu de cendres si longtemps qu'il s'en soit tout envolé et que le dragon rouge cache sa rougeur sous une couleur rouge qui veut venir en suite d'une fumée blanche ou autrement sous une vapeur aigre, brûlante, nubileusement rouge; quand donc ce dragon veut commencer à suivre après son volage frère, alors cesse de faire du feu.

Après, quand toutes les gouttes sont tombées hors de la chape, prends garde et serre toute l'eau que tu trouveras dans le récipient comme un trésor décacheté des arcanes secrets; car par cette voie tu as atteint la science, [le] jugement et [la] sagesse, ensemble le fondement et le désir de tous les philosophes, et par le moyen de cette brève et prudente preuve tu as aperçu en quoi consiste cette connaissance et où c'est qu'il faut chercher, trouver et rencontrer cette eau philosophique; laquelle n'est pas à estimer comme une eau simple et commune, mais c'est la vraie eau infaillible du ciel dont j'ai écrit parfois au commencement en tant de mes écrits si souvent répétés; laquelle eau s'épand et provient par une manière spirituelle des vertus du ciel ici-bas en terre et est celle qui commence, finit et accomplit la naissance et perfection de tous les métaux; à cause de quoi une telle eau a été nommée par les Anciens, mercure; et moi je l'appelle esprit de mercure.

Si maintenant tu procèdes et agis comme il faut en ton travail et que tu saches repaître et abreuver cet oiseau avec du soufre et du sel de métal, tu viendras à la fin d'un grand ouvrage qui ne sera pas beaucoup dissemblable à la grande pierre des philosophes. De plus, cet esprit de mercure te fournira et te rapportera dans les particuliers d'indicibles avantages et plusieurs bons événements. Mais il faut que tu saches et sois averti que ce que je viens de dire n'est pas la vraie et droite solution des philosophes, mais une telle qui seulement fait dans les particuliers ce qui est de son devoir avec toutefois étonnement, et est ensemble un miroir où l'on voit reluire et paraître notre mercure, notre soleil et lune, par où l'on peut montrer en un instant et prouver à l'incrédule Thomas l'aveuglement de son ignorance crasse. Mais la droite solution des trois premières substances maîtresses et autorisantes, je te l'ai rapportée et décrite dès le commencement : elle ne s'expédie pas si promptement, ains demande du temps et de la patience et une diligente assiduité pour d'un en faire trois. Ce qui se fait seulement par et en soi-même sans aucun mélange de choses étranges, sinon de ce qui est seulement caché et gisant dans cette chose; car la fontaine de salut et de santé, l'âme de l'illumination et le sel du corps glorifié est tout et seulement en cette unique chose provenue d'un, de deux et de trois et est une, deux et trois qui doivent revenir à une seule et unique matière; ce qui est la vertu aurée de tous métaux, élevée au-dessus de toute puissance par le moyen de l'aigle et corps blanc, lesquels ne se trouvent point tous ensemble en pas une chose qu'en celle-ci seulement, ou en ce qui lui est de plus près et allié. Cette chose est tenue en fort haut honneur par les Sages, savants et entendus, mais mésestimée et honteusement traitée par les aveugles ignorants. Mais celui à qui les yeux sont une fois ouverts s'arrête très volontiers ensuite à la seule vérité et devient si désireux de cacher la matière et de la taire en présence des méchants que, nuit et jour, il rumine et pense aux moyens comment il pourra cacher cette matière aux méchants et indignes. Ainsi je conclus par là mon troisième livre ou ma troisième partie.

Mais avant que je commence le quatrième livre des particuliers, je veux nécessairement faire quelque mention du vitriol, du soufre et de l'aimant des Sages philosophes. Tu dois donc savoir, mon ami, tout maintenant que ma présente description touchant l'essence du vitriol consiste proprement en l'expérience des plus relevés et plus grands hommes, le triomphe et [la] victoire de tous, lesquels et la science héritée depuis le plus ancien jusqu'à moi et puis parvenue jusqu'à toi se rencontrent et retrouvent en leur éclat dans l'excellente famille de ce précieux minéral. Lequel se trouve caché dans la terre à la façon et ressemblance d'un certain sel minéral qu'on nomme vitriol, duquel on se sert ordinairement pour la teinture de plusieurs draps, étant difficile de s'en passer, car il atteint, aborde, mord et perce à travers les étoffes par sa corrosiveté et morsure transcendante et aiguë; lequel minéral ou sel vitriolique est distingué d'avec toute sorte d'autres sels en ce qui touche ses qualités et propriétés; car ce sel minéral est grandement merveilleux et d'une propriété grandement brûlante et de feu, comme témoigne très bien son esprit, lequel est double en lui dans sa nature; ce qui est comme un miracle naturel, car il ne se trouve point deux esprits en aucun des autres sels; partant, ce sel vitriolique est comme un hermaphrodite entre les autres sortes de sels. Cet esprit est blanc ou rouge, comme on le demande ou comme on le veut avoir. Il fait beaucoup dans la médecine et a des effets qui sont incroyables et peut exécuter grande chose.

Mais ce sel vitriolique contient en soi un soufre brûlant dont sont privées toutes les autres sortes de sels. C'est pourquoi, comme je viens de faire mention, il a aussi un bien plus grand effet et peut beaucoup plus opérer et agir que d'autres sels, et même pénétrer dans les corps métalliques pour la transmutation; car il aide et sert non seulement à les ouvrir, mais leur donne aussi puissance pour opérer sur d'autres et à en faire ou produire des fruits plus excellents et ce, par sa chaleur intrinsèque ou son ardeur intérieure. Quand on sépare les substances du vitriol par le moyen du feu, lors va, passe ou monte en premier lieu l'esprit en forme ou fumée blanche. En après sort l'esprit de qualité rouge; et dans la terre qui reste se trouve en dernier lieu le sel qui peut aiguiser son mercure, lequel avait été chassé dehors, et même aussi son soufre lorsqu'ils sont conjoints tous ensemble. Mais ce qui demeure après l'extraction du sel est une terre morte et qui n'a plus aucune vertu ni efficace. Que cela te suffise maintenant, toi qui désires acquérir entendement et science. Regarde et prends justement garde à ce que le Créateur a permis d'être représenté devant tes yeux dans la nature de trois substances qui te sont maintenant évidentes et apparentes.

Mais sache que comme tu trouves dans le corps entier du vitriol trois choses différentes, qui sont l'esprit, l'huile et le sel, tu as pareillement dans son propre esprit — qui a été chassé et poussé hors de la matière sans aucun mélange de l'huile qui doit passer avec lui—, c'est-à-dire dans sa fumée blanche, trois diverses choses que tu en peux extraire qui ne paraissent autrement à l'oeil que comme auparavant dans le corps entier du vitriol, qui ne doit être reconnu et tenu que pour un miroir de la science philosophique présenté aux yeux des hommes.

Si donc tu as bien et adroitement séparé du vitriol un tel esprit blanc ou fumée blanche, tu as en icelui derechef trois principes, desquels seuls — toute adustion exceptée — la pierre des philosophes a été uniquement et seulement faite depuis le commencement du monde jusqu'à maintenant. Car de cet esprit bien produit tu as sujet d'en attendre de nouveau, premièrement un esprit blanc, de forme claire et transparente, puis une huile de qualité rouge et, ensuite de ces deux, un sel cristallin. Lesquelles trois substances après leur droite mixtion n'enfantent autre chose que la grande pierre des philosophes; car l'esprit blanc de forme transparente est uniquement et seulement le mercure de tous les philosophes; mais l'huile rouge est l'âme, et le sel est le vrai corps aimantique ou magnétique, ainsi que je t'ai ci-devant instruit au long. Et comme maintenant la vraie teinture aurée et argentine est mise au jour quand elle est tirée hors de l'esprit de vitriol, ainsi de son huile rouge se peut réciproquement faire une teinture cuivrée spécifique. Partant, ces deux teintures sont distinguées l'une de l'autre par une grande différence et dissemblance et sont bien éloignées en vertu au regard du centre, nonobstant qu'elles habitent en un même corps et possèdent un même logement et une seule hostellerie. Mais il n'importe; car le Créateur a ainsi voulu et ordonné que ces teintures fussent cachées à cause de ceux qui sont indignes de les connaître : ce qu'il te faut soigneusement remarquer et bien méditer si tu veux être un disciple philosophe et vrai imitateur de ce qui t'a été enseigné, car en cette connaissance gît enclose et cachée la visée et le but de toute perfection; autrement l'on sera accablé du faix et [de la] lourde pesanteur d'une grande et irréprochable erreur, puisque même la sagesse du monde ne peut pas comprendre comment il se peut faire que l'esprit blanc du vitriol et son huile suivante ou subséquente diffèrent l'un de l'autre de tant de force et de vertu.

Touchant les qualités et propriétés de ces deux matières du vitriol, apprends que purement et simplement de l'esprit droitement détaché et amené en ses trois principes n'en peut venir seulement que de l'or et de l'argent; mais de l'huile, rien que du cuivre, comme tu trouveras en l'épreuve démonstrative. Mais apprends en outre, touchant cet esprit de vitriol, qu'en son huile qui demeure après lui, le cuivre ou le fer s'y rencontre et que là où l'un de ces deux se retrouve, la semence de l'or d'ordinaire n'en est pas loin; comme aussi pareillement où la semence de l'or se rencontre, le fer et le cuivre n'en sont pas éloignés, à cause de leur amour et vertu aimantine attractive, à laquelle comme esprits colorés ils se portent continuellement ensemble d'une manière invisible. Et pour ce, Vénus et Mars surpassent en couleur tous les autres métaux et sont teints d'une teinture d'or beaucoup plus abondamment qu'eux; car en ces deux métaux se trouve plus tôt et en bien plus grande abondance la racine de la couleur et teinture rouge que non pas en l'or même, comme mes autres livres démontrent et enseignent plus amplement; lesquelles propriétés tingentes se trouvent amplement dans les mines, principalement du vitriol qui surpasse de bien loin la vertu des métaux que je viens de citer, parce que son esprit est tout or et toute rougeur ou une teinture non cuite ou, si vous voulez encore, toute crue; car je te dis en vérité, laquelle Dieu est lui-même, que ceci ne se trouvera point autrement. Or il faut qu'un tel esprit, comme il a été dit ci-devant, soit divisé en certaines parties diverses et différentes, comme en un esprit, en une âme et en un corps. L'esprit est l'eau des philosophes, l'âme est le soufre et le corps est le sel; lesquels, encore bien qu'ils soient visiblement séparés l'un de l'autre, toutefois, pour ce qu'ils se portent une grande amitié invariable et inévitable, ils ne peuvent jamais être séparés radicalement, comme il se verra clairement en la composition qui ensuivra ci-après. Car, à cause des divers mélanges de ces substances, l'une reçoit la vertu de l'autre facilement et volontiers et, comme un aimant, l'attire à soi avec désir et avidité; et toutes enfin se réduisent par leur conjonction et union en une seule substance rendue meilleure qu'elles n'étaient durant leur déliaison et séparation.

Ce que je viens de dire est le commencement, le milieu et la fin ou le but de toute la science philosophique en laquelle a été trouvée et inventée richesse et santé avec longueur de vie. Et l'on pourrait dire plus facilement et prouver par l'effet même que cet esprit est une essence et un être de vitriol, vu que tant l'esprit que l'huile se distinguent et discernent de loin; car ils n'ont jamais été unis en la racine vitriolique, puisque l'esprit s'en sépare premièrement et puis, après l'esprit, vient l'huile; en sorte que chacun d'iceux se peut acquérir et recevoir séparément. Et cet esprit de feu pourrait beaucoup plus proprement être nommé une essence, un soufre et une substance de l'or, vu qu'il se trouve tel en sa qualité [et] propriété aurée; et quoiqu'il soit esprit, il se trouve toutefois caché et gisant dans le corps du vitriol. Or cette eau ou cet esprit d'or, qui est chassé et poussé hors du vitriol, a son soufre et son aimant contenu dedans lui. Son soufre est l'âme et feu brûlant, toutefois non consumant; mais l'aimant est son propre sel, lequel sel en la réunion et assemblage desdites substances retient dedans soi le soufre et le mercure, et [ils] s'unissent si étroitement tous ensemble que ni la joie ni le trouble ne les peuvent rendre en aucune façon séparables. Premièrement, dans cet esprit de mercure, non grandement cuit et par conséquent presque tout cru, est délié et extrait un esprit par une chaleur douce et non âpre. Après, avec cet esprit ainsi délivré, se tire et s'extrait, suivant l'art et la manière aimantine, l'âme sulfurique. Ce qu'étant fait, alors le sel se trouve fourré et caché dans la terre d'où il est tiré dehors en la même façon avec l'esprit mercuriel comme avec son propre aimant. Ainsi l'un est toujours l'aimant de l'autre et [ils] s'entreportent un tel amour qu'on ne saurait s'en imaginer un plus grand. Et, en cette opération, le dernier et celui du milieu sont extraits par le premier, comme ainsi soit qu'ils sont nés en la même façon, d'où semblablement ils ont leur premier être et origine. En cette séparation et déliaison c'est l'esprit ou mercure qui est le premier aimant, témoignant sa vertu aimantine envers le soufre et les âmes qu'il attire et fait venir à soi comme étant leur aimant. Puis cet esprit étant derechef absous et rendu libre, c'est-à-dire détaché de l'âme par le moyen de la distillation, il reprend de nouveau sa vertu aimantine envers le sel qu'il retire secondement à soi hors de la terre morte, de sorte qu'après la séparation de l'esprit le sel paraît et est trouvé dans sa pureté. Mais quand on a continué l'opération et procédure jusqu'à la fin et qu'on a bien observé les règles et les mesures, on entreprend et en vient à la composition. L'on met donc l'esprit et le sel cuire ensemble dans le fourneau philosophique et alors l'on voit toute la manière par laquelle cet esprit céleste agit et travaille magnétiquement pour attirer à lui son propre sel; car il le dissout et délie dans le temps de quarante jours, de sorte qu'il devient tout semblable à une eau, ainsi que l'esprit est lui-même et comme semblablement ledit sel l'a été avant sa coagulation, dans laquelle solution et destruction paraît lors la plus grande et épaisse noirceur et obscurité qui jamais ait été vue sur la terre. Mais lorsque après le changement de cette noirceur il apparaît une couleur blanche luisante et resplendissante, le jeu se trouve bien renversé; car le sel qui venait d'être délié et était naguère coulant et aqueux se transforme maintenant en une matière sèche et en un aimant qui, dans cette solution et altération, empoigne son propre esprit, qui est l'esprit de mercure, et le tire à soi, à la façon d'un aimant par sa force et vertu, et le cache et met à couvert dans son ventre sous la forme d'un corps sec, clair et beau. Et ainsi ce sel porte l'esprit quand et lui par une vraie union dans la plus haute coagulation et la plus constante fixité qu'on puisse dire et ce, par la seule continuation modérée du feu et degré tempéré d'icelui. Quand donc le roi de la couronne blanche est né de la sorte et que l'épuisement de toute l'humidité a été parachevé et mis ou rendu dans une condition de parfaite siccité et fixité, il ne paraît rien autre chose que de la terre et de l'eau, dans lesquels les autres éléments sont insensiblement cachés, quoique ces deux premiers éléments retiennent le dessus ou la domination. Et combien que l'esprit soit demeuré terre et ne puisse jamais plus être vu en sa forme aquatique, il ne laisse pas dans ce double corps nouveau-né de demeurer encore en sa vertu et propriété aimantine, car aussitôt qu'après sa fermeté blanche son âme, qui lui avait été ôtée et réservée, lui est rendue et ajoutée, il la tire encore une fois à lui comme un aimant et se joint, unit et lie avec icelle, tellement qu'ils viennent tous à être élevés en la plus haute couleur et rougeur du monde, avec clarté et lumière transparente, pure et nette. Voilà comme tu as brièvement une claire instruction au sujet du vitriol, soufre et aimant. Prie Dieu qu'il te fasse la grâce d'entendre tout comme il faut, use[s-]en dignement et n'oublie pas ton pauvre prochain.

Pour conclure ce mien discours, j'en veux faire encore dépendre ceci en peu de paroles, te mettant devant les yeux une preuve naturelle avec laquelle tu pourras incontinent renverser par terre le suffisant qui prétend être sage et lui arracher sa lance ou bouclier. Regarde donc maintenant et sache que l'on peut faire un vitriol particulier de chacun de tous les métaux, mais entre autres et surtout de Mars et de Vénus, qui toutefois sont des métaux tout à fait durs et approchant des fixes. Voilà une réduction d'un métal en un minéral, car les minéraux deviennent métaux; aussi ont été tous les métaux premièrement minéraux. Partant, les minéraux sont [la] prochaine matière des métaux et non toutefois la première. Apprends aussi que plusieurs autres réductions se peuvent faire du vitriol, comme d'en chasser un esprit par la vertu du feu; puis quand cet esprit a été chassé, c'est donc une réduction d'un minéral en une essence spirituelle, car chaque esprit minéral retient dans sa réduction la propriété métallique. Mais pourtant cet esprit n'est point encore la première matière des métaux. Qui voudrait maintenant être si grossier et absurde de ne pouvoir entendre ni croire plus avant que, par ces réductions et versions, cet esprit minéral ne puisse aussi parvenir et être réduit à la première matière et finalement être la semence de tous les métaux et même de tous les minéraux, combien qu'il ne soit pas de besoin de détruire les métaux puisque dans les minéraux on y trouve leurs semences toutes nues et figées; lesquelles semences minérales en sont facilement extraites pour s'en servir à la réduction des métaux. Ah! Dieu éternel! que pensent ou que peuvent bien penser ces gens qui sont aveugles et insensés ? Hé! c'est un travail entièrement facile et pour même un enfant. L'un provient et procède de l'autre, tout de même comme du bon blé qui enfin se peut cuire facilement en pain. Mais le monde est aveugle et le sera jusqu'à la fin. Ainsi je veux m'abstenir d'écrire davantage et je te recommande au Souverain.



QUATRIÈME LIVRE

Le dernier Testament de frère Basile Valentin de l'ordre de Saint-Benoît ou les opérations et tours de main par lesquels est enseigné comment les métaux et minéraux se peuvent utilement préparer


CHAPITRE I

DE L'OR OU SOUFRE DE L'OR POUR EN TEINDRE L'ARGENT ET LE TRANSMUER EN TRES BON OR

Prenez une partie de pur et fin or fondu et passé trois fois par l'antimoine et six parties de vif-argent purifié et passé auparavant par le cuir. Faites-en un amalgame et y broyez du soufre commun deux fois autant pesant que l'amalgame. Mettez ce mélange dans un test de pot de terre sous un moufle, le remuant doucement et continuellement avec une verge de fer courbée; et prenez garde qu'il ne s'échauffe pas trop, [de] crainte que la matière ne se lie ou ne se tienne trop compacte; et remuez tant que l'or se réduise en chaux comme une belle poudre ou fleur jaune. Et alors vous aurez une chaux d'or bien préparée.

Après, prenez salpêtre et sel armoniac, de chacun une partie, et les mêlez avec une demie-partie de cailloux, le tout en poudre subtile, et les distillez en une eau qui en distillera très forte. Mais sachez que pour faire cette eau forte, il est requis une grande industrie et application de main particulière, car autrement elle ne réussirait pas bien qu'avec un grand danger. Celui qui est exercé et expérimenté aux opérations chimiques devrait sans doute trouver la méthode de cette distillation sans mon instruction, car elle est assez facile à comprendre et il n'est pas à propos de déclarer toutes choses clairement et nettement aux lourdauds et ignorants qui n'ont pris aucune peine, par leurs travaux et sueurs, en l'exercice de la chimie. Mais toutefois, parce que j'ai promis, et ce plus d'une fois, que je ne cacherai rien de l'opération manuelle, c'est pourquoi je vous enseignerai entièrement de tout ce qu'il faut faire. Prenez donc une bonne cornue lutée qui puisse retenir les esprits et ne soit point poreuse, ayant la même figure que les cornues vulgaires, excepté qu'il faut en la partie supérieure de son dos un canal droit élevé, long d'un bon empan et large en telle sorte qu'il contienne le circuit de deux doigts tout autour. Mettez-la dans le fourneau distillatoire, et que ce fourneau demeure ouvert par en haut et que le canal qui est sur le dos de la cornue soit tout droit élevé. Adaptez à cette cornue un grand récipient, lequel soit fermement luté. Puis faites du feu dessous qui soit premièrement doux, puis plus fort jusqu'à ce que la cornue commence à rougir. Alors prenez une cuillerée de votre matière mélangée; versez-la dans la cornue par le canal que [vous] boucherez vitement avec un linge mouillé. Lors les esprits viennent vitement avec bruit dans le récipient; et quand ces esprits seront rassis, versez-y une autre cuillerée de matière, et continuez ainsi tant que la matière soit toute distillée. Laisser bien rasseoir tous les esprits jusqu'à ce qu'ils soient réduits en eau. Et ainsi vous aurez une eau dissolvante, grandement forte, qu'on appelle eau de géhenne, par le moyen de laquelle la chaux d'or préparée et même l'or cru en lamines est dissous en un moment en une dissolution jaune, belle et épaisse, comme j'ai fait mention ci-devant au troisième livre; et notez que cette eau n'est autre que celle même dont je vous ai instruit en ma deuxième clef. Cette eau a cette propriété et vertu non seulement de dissoudre efficacement l'or, mais aussi de le rendre volatil et de le faire passer par l'alambic. Et alors l'on peut extraire l'âme de l'or hors de son corps ainsi rompu, ouvert et fracassé.

Mais sachez que le sel commun donne le même esprit que le sel armoniac, pourvu qu'il soit poussé comme je vous enseignerai ci-après. Et si vous prenez trois parties de cet esprit de sel et que vous y ajoutiez une partie d'esprit de nitre, alors vous aurez une eau d'une plus grande vertu et beaucoup meilleure que ladite eau de sel armoniac; car cet esprit dissout l'or bien plus promptement et n'est pas si corrosif que celui du sel armoniac, faisant passer l'or ainsi dissous par l'alambic en le rendant volatil et plus disposé pour laisser extraire son âme. Partant, servez-vous de l'une ou de l'autre de ces deux eaux, comme il vous plaira de choisir, en prenant celle-là qui vous sera le plus facile à faire.

Maintenant, prenez, de votre chaux d'or préparée, une partie et, de l'une ou de l'autre eau, trois parties. Mettez-le tout dans une cucurbite couverte de sa chape bien fermement lutée et tenez-la sur cendres chaudes, y laissant dissoudre l'or. Retirez doucement la dissolution et versez sur ce qui ne sera point dissous trois fois autant de votre eau, continuant ainsi tant que tout votre or soit dissous; laisser refroidir et séparez les fèces; puis versez toutes vos dissolutions dans une cucurbite nette et lutée de son alambic ou chape. Laissez digérer au bain-marie à lente chaleur l'espace d'un jour et d'une nuit. Si une dissolution fait des fèces, séparez-les comme ci-devant, puis remettez-la digérer au bain-marie par neuf jours et neuf nuits. Après, distillez doucement l'eau jusqu'à ce que votre dissolution demeure en consistance d'huile dedans la cucurbite. Renversez l'eau que [vous] venez de distiller sur votre dissolution et continuez cette distillation et reversement d'eau tant qu'elle sorte ou distille faible, insipide et sans forces. Mais il faut que les vaisseaux soient toujours bien lûtes.

Enfin mettez sur votre dissolution, qui est en consistance d'huile, de nouvelle eau qui n'ait point encore été employée, et la digérez bien fermée par un jour et une nuit; puis mettez votre alambic dans le sable et distillez aussi cette eau jusqu'à consistance épaisse comme auparavant. Puis, ayant chauffé l'eau que [vous] venez de distiller, remettez-la sur votre dissolution dans l'alambic que [vous] reluterez bien. Puis distillez en continuant à distiller, et remettez l'eau sur la dissolution tant que tout votre or soit passé en liqueur par l'alambic. Prenez garde toutefois qu'à chaque distillation vous donniez toujours le feu plus fort d'un degré. Quand donc votre or sera tout passé en eau, alors distillez au bain-marie fort lentement le flegme jusqu'à consistance d'huile épaisse, puis mettez la cucurbite en lieu frais et il s'y formera des cristaux transparents qui sont le vrai vitriol de l'or que vous retirerez et mettrez à part, et [vous] redistillerez au bain-marie le reste de la dissolution restante, jusqu'à consistance assez épaisse que [vous] remettrez en lieu frais pour laisser se former des cristaux en quantité. Continuez la distillation ou évaporation de la dissolution restante, jusqu'à ce qu'il ne se forme plus aucun cristal. Prenez tous ces cristaux d'or et les mettez dissoudre dans de l'eau commune distillée, puis y ajoutez du vif-argent bien purgé, trois fois autant que pèsent les cristaux ou vitriol d'or; remuez et agitez le tout durant quelque temps. Plusieurs, couleurs apparaîtront, et l'or tombera au fond en amalgame et l'eau s'éclaircira. Faites évaporer doucement cet amalgame dans un tais de pot, en le remuant toujours avec un fil de fer, et il vous restera une belle poudre d'or de couleur de pourpre et d'un beau rouge comme écarlate; laquelle poudre se dissout incontinent dans le vinaigre distillé en une couleur rouge comme sang. Quand vous aurez cette poudre il faut que vous en tiriez sa teinture ou son âme avec l'esprit de vin préparé par le moyen de l'esprit de sel commun, en sorte que tous les deux soient changés et convertis en grande douceur, ce qui est un artifice de grande conséquence en cette opération; et par ce moyen vous aurez la teinture de l'or aussi haute en couleur qu'un rubis transparent. Et le reste de l'or demeure en un corps blanc qui ne peut plus donner ni communiquer de teinture à aucun esprit de vin.

Mais notez que cet esprit de vin acué par celui du sel ne saurait être bien fait sans une instruction ou enseignement particulier. Et si cet esprit n'est doux, il ne fera rien qui vaille en cette opération et ne pourra extraire de teinture. C'est pourquoi je vous enseignerai ici, selon ma promesse, comme un mystère, ce qu'il faut que vous fassiez pour acquérir un doux esprit de sel. Mais prenez garde de bien procéder en son opération ou préparation, car il requiert une subtile application de main et un artiste fort expert. Autrement cet esprit mal préparé n'attirerait qu'une couleur verte ou faible au lieu d'une couleur rouge. Remarquez donc diligemment la préparation suivante.

Prenez d'excellent esprit de sel bien déflegmé et privé de toute aquosité, et que cet esprit de sel soit extrait et tiré en la manière et façon que je vous enseignerai à la fin de ma dernière partie. Prenez donc de cet esprit de sel, une partie; joignez-y demie-partie d'esprit de vin très bon et souverainement bien rectifié, qui ne contienne en soi aucun flegme ni aucun mercure végétable; mais qu'il soit un pur soufre de vin, lequel soit aussi préparé ainsi que je vous montrerai en ma dernière partie. Le tout étant mis dans une cucurbite, lutez-la bien avec sa chape et récipient. Distillez tout ensemble à feu assez fort, en telle sorte qu'il ne demeure rien au fond de la cucurbite. Prenez tout ce qui a distillé et le pesez et y joignez derechef la moitié de son poids d'esprit de vin, et distillez comme auparavant le tout à plus fort feu. Peser encore et faites ainsi jusqu'à trois fois, et à chaque fois distillez-le plus fort. Puis mettez toute votre distillation, dans une cucurbite bien fermée et lutée, en putréfaction par quinze jours ou tant que le tout soit devenu tout à fait doux par une très lente chaleur du bain-marie. Et ainsi l'esprit de sel est préparé par celui du vin et a perdu sa saveur âcre, tellement qu'il est propre pour tirer sa teinture de l'or.

Prenez maintenant votre poudre d'or qui est préparée en couleur de pourpre rouge comme un rubis et y versez de votre esprit de sel adouci par l'esprit de vin, et qu'il surnage de deux travers de doigt. Digérer à lente chaleur jusqu'à ce que l'esprit de sel devienne teint d'une couleur fort rouge; alors retirez par inclination cet esprit teint et en remettez d'autre sur votre or. Lutez bien le vaisseau et digérez comme auparavant à chaleur lente tant que l'esprit soit teint bien rouge, et continuez ainsi tant que la couleur ou la teinture de l'or soit toute extraite et que le corps de l'or demeure entièrement blanc au fond de l'alambic en façon de chaux vive. Mettez à part cet or blanc, car il contient en soi le sel de l'or, lequel a beaucoup de puissance et de vertu en la médecine, comme il sera dit ci-après.

Maintenant, prenez tous vos esprits teints et les distillez ensemble à très lente chaleur au bain-marie pour en séparer le flegme, et vous trouverez au fond de l'alambic une poudre fort rouge, belle et agréable, qui est la vraie teinture ou soufre de l'or pour la santé de l'homme. Adoucissez bien cette teinture d'or avec de l'eau de pluie, et ainsi elle deviendra fort belle, subtile et délicate. Prenez alors ce soufre d'or et aussi autant de soufre de Mars extrait comme je vous enseignerai incontinent ci-après lorsque je parlerais du Mars. Broyez ces deux soufres ensemble et les mettez dans un alambic bien net. Versez autant d'esprit de mercure — la procédure ou opération duquel je vous ai enseignée en la troisième partie ou livre de ce mien testament, et que je vous ai priés de tenir secrète en grande conscience, voire même sur votre âme, salut et béatitude — et qu'il surnage de deux doigts afin que les matières s'y puissent dissoudre; et laissez-les dissoudre à doux feu tant qu'on ne voie plus rien au fond et que votre matière soit toute changée en eau d'or de la couleur d'un rubis. Distillez le tout ainsi conjoint et il sera une seule chose, comme il était venu ou engendré d'une seule chose. Conservez votre matière en vaisseau bien clos afin que rien ne s'évapore. Puis y ajoutez six fois autant pesant de chaux de lune pure et de coupelle, laquelle ait été précipitée avec du sel commun net, et puis adoucie et desséchée. Ce mélange étant mis dans un vaisseau très bien luté, fixez-le par le feu jusqu'à ce que rien ne monte plus, mais que le tout demeure fixe au fond du vaisseau. Alors prenez cette matière fixe et la faites fondre dans un creuset dans un fourneau à venta fort feu tant qu'elle soit très bien fondue. Et ainsi vous avez conjoint l'époux avec l'épouse qui seront convertis en or d'un sublime degré. Dont vous rendrez à Dieu des grâces immortelles.

Maintenant, il ne sera pas hors de propos que je dise ici, en instruisant mon disciple, que cette opération est d'une grande utilité, qu'il est requis un grand artifice pour la bien faire et pour extraire comme il faut cette âme ou soufre de l'or, le faisant paraître en sa perfection; puis comment il le faut rendre potable afin qu'il donne à l'homme une grande santé, force et vertu, à quoi appartient aussi le sel de l'or qui y est grandement utile et efficace, et comment cela se doit parachever. Partant, j'en ferai mention en mon dernier livre. Ici donc je me contenterai de vous enseigner seulement ce qu'il faut que vous fassiez pour diviser le corps blanc de l'or, afin que vous en tiriez son sel et son vif-argent.

En voici la pratique : prenez le corps de l'or, après que vous en avez tiré son âme, et le réverbérez doucement par [une] demi-heure, en sorte qu'il devienne plus corporel ou compact. Après, versez dessus icelui sel réverbéré de l'eau de miel bien rectifiée, forte et corrosive. Digérez à petite chaleur l'espace de dix jours, et cette eau ou esprit de miel attirera à soi le sel de votre or. Et quand tout ledit sel sera extrait, distillez au bain-marie tout l'esprit, et le sel d'or vous restera au fond de l'alambic. Adoucissez bien ce sel avec de l'eau commune distillée, que vous distillerez dessus icelui en y remettant de nouvelle [eau] par des distillations réitérées, tant qu'il soit bien adouci. Puis clarifiez-le avec de l'esprit de vin. Et alors vous aurez le sel d'or, duquel vous saurez en son lieu ses vertus excellentes et puissantes pour la médecine du corps humain.

Prenez la matière qui vous reste après que l'eau de miel a extrait le sel. Versez sur cette matière de l'esprit de tartre, lequel esprit sera décrit pour le bien faire ci-après, parce qu'il est digne et excellent pour la médecine. Digérez-les ensemble l'espace d'un mois, puis poussez le tout par une cornue de verre dans de l'eau froide. Et vous aurez l'argent-vif de l'or courant, lequel plusieurs savants cherchent, mais vainement. Sachez que d'ailleurs la Nature contient en soi d'autres merveilles. C'est que le corps blanc de l'or qui a été dépouillé de son âme peut derechef être teint et réduit en très pur or, ce qui est un secret connu de peu de monde. Je veux toutefois vous l'enseigner et révéler afin que vous puissiez dire que je vous ai laissé une oeuvre entière et parfaite, laquelle je vous déclare au nom du Créateur.

Vous aurez sans doute observé et retenu secrètement en votre coeur ce que je vous ai dit de la pierre universelle des philosophes avec vérité infaillible en mon troisième livre, là où je vous ai enseigné, sous un étroit silence, que cette pierre universelle gît et consiste seulement dans l'esprit blanc du vitriol et que tous les trois principes ne se peuvent point trouver ailleurs qu'en ce seul esprit blanc duquel il les faut tirer et extraire, et réduire un chacun d'iceux en un certain ordre ou état. Afin donc que vous donniez la teinture au corps blanc de l'or qui vous est resté et que vous le réduisiez derechef en or pour ne rien perdre, prenez pour ce sujet le soufre des philosophes, lequel suivant son ordre est le second principe qui a été extrait par l'esprit de mercure. Versez d'icelui soufre sur le corps blanc du roi. Digérez au bain-marie par l'espace d'un mois, puis fixez le tout au feu de cendres et enfin au feu de sable, jusqu'à ce qu'il vous apparaisse une poudre brune fixe; laquelle vous ferez fondre avec un bon fondant fait de plomb, et elle se fondra ou liquéfiera en bon or aussi pur qu'il était auparavant, sans qu'il soit diminué de couleur et vertu ni qu'il y ait rien à redire.

Mais notez que, pour faire l'opération dont il est ici question, il ne faut pas que le corps blanc de l'or soit dépouillé de son sel dont j'ai fait mention en la Répétition de mes Douze clefs où je vous renvoie.

De plus, l'on peut par un autre moyen faire de l'or un vitriol très beau et transparent dont voici la pratique qui suit.

Prenez de bonne eau régale faite par le sel armoniac, une livre. Cette eau régale se fait ainsi. Ayez une livre de bonne eau forte commune et y mettez dissoudre quatre onces de sel armoniac, et ce sera eau régale; laquelle vous rectifierez tant de fois qu'elle ne laisse plus aucunes fèces au fond de l'alambic et qu'elle monte ou distille belle et claire. Prenez puis après de l'or en feuilles déliées, lequel a été auparavant passé par l'antimoine. Mettez cet or dans une cucurbite et y versez autant de votre eau régale qu'il en sera besoin pour le dissoudre; et, quand la dissolution sera faite, versez-y un peu d'huile de tartre ou du sel de tartre dissous en eau commune, qui est la même chose, et cela fera du bruit; lequel étant cessé, reversez-y encore de la même huile de tartre, en continuant ainsi jusqu'à ce que tout votre or qui était dissous soit précipité au fond du vaisseau et qu'il ne s'en puisse plus rien précipiter, en sorte que l'eau régale devienne toute claire; ce qu'étant fait, versez cette eau hors de dessus votre or ou chaux d'or; puis vous l'adoucirez dix ou douze fois avec de l'eau claire commune; et quand votre chaux d'or se sera bien rassise, ôtez-en l'eau par inclination et séchez cette chaux d'or à l'air où les rayons du soleil ne donnent ou ne luisent point, et gardez-vous de la sécher au feu; car aussitôt que cette chaux d'or sent la moindre chaleur, elle l'allume et apporte beaucoup de dommage, car la partie volatile d'icelle s'envole avec tant de force et d'impétuosité qu'il est impossible de l'empêcher. Mais pour éviter que cette chaux ne s'enflamme, versez dessus icelle du vinaigre distillé et l'y faites bouillir en grande quantité, remuant sans cesse votre chaux d'or afin qu'elle ne s'attache point au fond du vaisseau, par l'espace de vingt-quatre heures; et ainsi elle perdra son pet ou bruit; prenez toutefois bien garde qu'il ne vous arrive point ici de mal par quelque négligence. Otez après par inclination le vinaigre de dessus votre chaux d'or et, l'ayant adoucie, séchez-la bien. Cette chaux ou poudre d'or sans aucun corrosif se peut distiller par l'alambic par quelques moyens particuliers en une liqueur rouge et transparente comme sang et très belle; ce que l'on peut estimer être une grande merveille, car elle se conjoint et unit très volontiers avec l'esprit de vin; après quoi, par un certain moyen de coaguler, l'on fixe le tout en un corps d'or assez facilement. Mais ne divulguez point au vulgaire de si grands secrets ou mystères. Et comme maintenant je vous en instruis par cette mienne doctrine claire et manifeste, soyez aussi de votre côté très soigneux et désireux à conserver sous le silence tous les mystères ou secrets que je vous ai ici donnés par écrit, et donnez-vous garde d'en donner aucune connaissance à qui que ce soit; car autrement vous seriez enfant de l'esprit malin et réduit sous sa puissance en tous les lieux de l'univers. Ecoutez donc attentivement mes paroles suivantes, car je veux vous rendre participant de ce grand secret et le commettre à votre conscience ou sincérité. Prenez donc de bon esprit de vin qui soit très bien et parfaitement rectifié, sur lequel vous verserez quelques gouttes d'esprit de tartre; puis prenez de votre poudre d'or une partie, à laquelle vous ajouterez trois fois son poids de fleurs de soufre commun très bien faites et subtiles. Mêlez-les tous deux ensemble en les broyant. Mettez ce mélange dans un tais de pot sous un moufle. Faites-y feu médiocre et, le soufre étant évaporé, il vous restera une poudre d'or, laquelle vous jetterez toute rouge de feu dans votre susdit esprit de vin. Puis faites sécher cette poudre ou chaux d'or à lente chaleur; puis y mêlez encore trois fois son pesant de fleurs de soufre et faites évaporer comme devant tout le soufre sous un moufle, et faites rougir à plus fort feu la chaux ou poudre d'or qui vous restera et puis la jetez toute rouge dans votre dit esprit de vin. Et continuez cette opération jusqu'à six fois, et enfin cette chaux d'or sera devenue légère et molle comme du beurre un peu ferme. Séchez cette chaux d'or légèrement, car elle se liquéfie et fond facilement.

Alors prenez une cornue lutée ayant un tuyau sur le dos. Lutez-y bien un récipient, puis la posez vide dans une forte terrine remplie de sable et lui donnez premièrement un feu lent et puis plus fort, jusqu'à ce que la cornue commence presque à rougir dans le sable. Alors versez-y par le tuyau votre chaux d'or mollifiée; mais qu'elle soit bien desséchée et un peu échauffée auparavant, car autrement votre cornue qui est de verre se romprait; et bouchez bien le tuyau. Et soudain viendront des gouttes rouges dans le récipient. Continuez le feu dans ce degré jusqu'à ce que rien ne monte ou ne distille plus et qu'il ne tombe plus de gouttes dans le récipient. Mais notez qu'il faut avoir mis dans le récipient de très bon esprit de vin qui soit très bien rectifié, trois fois autant pesant que votre chaux d'or, afin que les gouttes d'or y tombent.

Puis prenez cet esprit de vin dans lequel les gouttes d'or sont tombées et le mettez dans un pélican sigillé hermétiquement et le faites circuler par un mois; et il deviendra en une pierre rouge comme sang, fondante et fluante au feu comme cire.

Broyez cette pierre rouge en poudre avec trois fois autant de chaux d'argent; fondez-les ensemble dans un fort creuset; puis votre matière étant refroidie, mettez-la dissoudre dans de l'eau-forte et il se précipitera une poudre noire; laquelle vous fondrez dans un creuset et vous trouverez autant de fin or que la chaux d'or, l'esprit de vin et la moitié de la chaux d'argent pesaient ensemble; mais l'autre moitié de la chaux d'argent reste sans teinture et l'on s'en peut servir ainsi qu'auparavant. Si vous venez bien à bout de ces opérations, rendez en grâce à Dieu; mais si vous y manquez, ne m'en imputez pas la faute, car je ne saurais vous instruire plus clairement. Or quand vous voudrez faire le vitriol d'or, prenez votre chaux d'or après qu'elle a perdu son pet par le vinaigre distillé et qu'elle a été adoucie; et versez dessus icelle de bon esprit de sel commun mêlé avec de l'esprit de salpêtre, lequel esprit de salpêtre est fait comme celui du tartre; et l'or s'y dissoudra. Ce qu'étant fait, distillez votre dissolution jusqu'à la pellicule, puis la laissez en lieu frais, et il se fera un beau et pur vitriol d'or. Mettez-le à part, ayant retiré le reste de votre dissolution, laquelle vous distillerez encore jusqu'à la pellicule et la remettez en lieu frais et vous aurez encore du vitriol d'or. Et continuez tant que toute votre dissolution soit consommée. Si maintenant vous désirez faire la pierre des philosophes et de 'nos anciens maîtres philosophes avec ce vitriol d'or, comme quelques ignorants prétendent aujourd'hui, prenez garde si votre bourse est bien garnie; car il faut que vous fassiez état de préparer dix ou douze livres d'un tel vitriol et alors vous en pourrez venir à bout. Mais le vitriol de Hongrie, ou quelque autre venant des montagnes, vous suffira pour votre dessein. Au reste, vous pouvez de ce vitriol d'or en tirer son soufre et son sel avec l'esprit de vin, ce qui est très facile et n'a point besoin d'être décrit ou expliqué.


CHAPITRE II

DE LA LUNE ET DE L'EXTRACTION DE SON SOUFRE ET DE SON SEL

Prenez de la chaux vive et du sel commun, de chacun égales parties; faites-les calciner tous deux dans un pot, dans un fort feu d'un fourneau à vent jusqu'à rougeur, afin qu'ils s'incorporent bien. Puis tirez tout le sel de votre chaux avec de l'eau chaude; et quand elle aura tout extrait, évaporez-la. Ajoutez à ce sel poids égal de nouvelle chaux vive. Calcinez comme auparavant et en tirez le sel. Faites ainsi jusqu'à trois fois, et votre sel de chaux vive sera bien préparé. Alors prenez de la chaux de lune séparée et la stratifiez avec votre sel de chaux vive dans une cucurbite de verre. Versez-y de très bonne eau forte qui soit faite d'égales parties de vitriol et de salpêtre, et qu'elle surnage un peu; puis distillez l'eau forte, faisant cela par trois fois, et distillez fortement à la dernière fois afin que la matière coule et flue bien dedans la cornue. Après, retirez votre lune et vous la trouverez belle et transparente comme de l'outremer. Cette lune ayant été ainsi préparée, versez-y du fort vinaigre distillé; digérez au feu et le vinaigre se teindra d'une couleur bleue, transparente comme un saphir, et attirera à soi la teinture de la lune; laquelle il faut séparer hors du sel qui s'est aussi dissous dans le vinaigre, et cette séparation se fait par ablution et adoucissement avec eau douce. Et alors vous trouverez le soufre de la lune, beau et net.

Prenez de ce soufre de lune une partie, de l'âme ou soufre extrait de l'or [une] demi-partie et de l'esprit de mercure six parties, ou bien quatre fois aussi pesant que ces deux soufres. Mettez le tout ensemble dans une cucurbite bien fermée et lutée et le laissez en digestion à douce chaleur tant qu'il s'en fasse une liqueur transparente brune ou d'un rouge brun et qu'elle soit toute distillée par l'alambic, en telle sorte qu'il ne reste ou demeure rien du tout au fond de l'alambic. Prenez cette liqueur et la versez sur la matière qui vous est restée de votre lune dont vous aurez extrait le soufre. Lutez bien le vaisseau. Digérez au feu de cendres, pour coaguler et fixer votre matière, l'espace de quarante jours ou jusqu'à ce que vous voyiez que le corps de votre lune soit entièrement sec, beau et brun et qu'il ne monte et n'évapore plus rien. Alors fondez votre lune à bon feu de fonte tant qu'elle ne fume plus et la jetez en lingot. Et ainsi toute la substance de votre lune sera changée et transmuée en or doux et malléable. J'ai déjà fait mention ailleurs de ce particulier de lune, à savoir à la Répétition de mes Douze clefs, où j'ai dit que l'esprit de sel peut bien aussi dissoudre la lune et la détruire, en telle sorte qu'on en peut faire une lune potable, de laquelle lune potable je traiterai en ma dernière partie où elle doit tenir lieu entre les médicaments. Mais sachez encore que l'on peut procéder plus outre avec la lune et qu'il la faut de surplus diviser et détruire comme il s'ensuit. Quand donc vous avez aperçu que tout le soufre de la lune est extrait et que le vinaigre distillé ne se veut plus du tout teindre et qu'on ne sent plus au goût aucun sel dans icelui vinaigre, séchez la chaux qui vous restera de la lune et la mettez dedans une cucurbite, puis y versez de l'eau de miel corrosive comme vous avez fait à l'or. Il faut toutefois que cette eau de miel soit claire et qu'elle ne fasse plus du tout de fèces. Digérez au feu par quatre ou cinq jours et cette eau attirera à soi le sel de la lune, ce que vous pouvez connaître quand vous verrez que l'eau se blanchit. Tout le sel de la lune étant ainsi extrait, distillez l'eau de miel; adoucissez le sel de lune, pour lui ôter toute la corrosion, avec [de l'] eau douce par plusieurs distillations; puis clarifiez votre sel de lune avec [de l'] esprit de vin. Mais quant à la matière qui vous est restée de votre lune après en avoir extrait le sel, adoucissez et séchez-la, puis versez dessus icelle de l'esprit de tartre et la digérez l'espace de quinze jours. Et après, vous procéderez comme vous avez fait à l'or. Et par ce moyen vous aurez le mercure de lune. Le susdit sel de lune contient aussi des vertus et opérations ou effets particuliers pour la santé de l'homme, dont )e vous instruirai semblablement en quelque autre lieu.

Mais en ce qui regarde les vertus excellentes qui sont contenues au sel et au soufre de la lune, soyez attentifs pour les bien comprendre par la pratique suivante, laquelle, quoique brève, est toujours véritable.

Prenez le soufre de couleur bleue que vous avez extrait de votre lune et clarifié ou rectifié avec [de l'esprit de vin; puis, l'ayant mis dans un matras, versez-y deux fois autant de l'esprit de mercure fait de l'esprit blanc du vitriol comme je vous l'ai enseigné en son lieu. De plus, prenez le sel de lune que vous avez extrait et clarifié et le mettez dans un autre matras; versez-y trois fois autant du susdit esprit de mercure. Lutez bien les deux matras. Digérez le tout à [la] douce chaleur du bain-marie l'espace de huit jours et de huit nuits. Mais soyez averti qu'il faut bien prendre garde de faire en sorte que rien ne manque du soufre ou du sel susdits, car il faut que vous les employiez en la même quantité ou poids que vous les avez extraits de la lune.

Après que vous les aurez ainsi digérés par huit jours, mettez-les tous deux ensemble dans un seul matras que vous sigillerez hermétiquement. Digérez au feu de cendres doux, jusqu'à ce que tous deux soient dissous ensemble et puis qu'ils soient réduits en une coagulation blanche et claire; finalement fixez-les par les degrés du feu et la matière deviendra aussi blanche que neige. Et par ce moyen vous aurez la teinture blanche, laquelle vous pouvez animer, fixer et amener au plus haut degré de rougeur avec l'âme de l'or dissoute et rendue volatile; vous la pouvez aussi fermenter à la fin et l'augmenter à l'infini en y ajoutant de l'esprit de mercure.

Et notez que cette pratique se peut aussi faire avec l'or, savoir est avec son soufre et son sel. Mais si vous avez bien appris à connaître le premier mobile d'iceux métaux, alors il ne sera pas besoin que vous détruisiez les métaux pour en faire cet oeuvre, car vous pouvez la faire et accomplir en une suffisante perfection par le moyen de leur première essence.


CHAPITRE III

DU MARS ET DE L EXTRACTION DE SON SOUFRE ET DE SON SEL

Prenez de l'huile rouge de vitriol ou de l'huile de soufre, une partie, et de l'eau commune de fontaine, deux parties. Mêlez-les ensemble et y faites dissoudre de l'acier en limaille; la dissolution étant claire et échauffée sur le feu, filtrez-la par le papier gris, puis évaporez-la doucement jusqu'au tiers. Après, mettez le vaisseau de verre où elle sera en quelque lieu frais et il s'y formera de beaux cristaux qui seront doux comme du sucre; lesquels sont le vrai vitriol de Mars. Retirez le reste de la dissolution par inclination et l'évaporez davantage, puis la laissez en lieu frais, et vous aurez encore beaucoup de cristaux lesquels vous ferez tous rougir légèrement sous un moufle en les agitant continuellement avec un fil de fer, et vous aurez ainsi une belle poudre de couleur de, pourpre, dessus laquelle vous verserez du vinaigre distillé, et il attirera l'âme de Mars par une douce chaleur du bain-marie.

Retirez le vinaigre teint par inclination et le distillez; et l'âme de Mars vous restera, laquelle vous adoucirez très bien et ainsi vous avez l'âme de Mars préparée; laquelle étant conjointe et unie avec l'âme de l'or par le moyen de l'esprit de Mercure, en les digérant tous ensemble il s'en fait une médecine qui teint la lune en or, comme je vous ai enseigné au particulier de l'or. Pour le sel il se tire comme celui de Vénus.


CHAPITRE IV

DE VENUS ET DE L EXTRACTION DE SON SOUFRE ET DE SON SEL

Prenez autant que vous voudrez de Vénus. Faites-en du vitriol comme on a de coutume, ou bien prenez [du] vert-de-gris excellent chez les droguistes, qui vous servira de même, et broyez en poudre et y versez de bon vinaigre distillé. Digérez au feu tant que le vinaigre devienne vert, beau et transparent; alors retirez-le par inclination et en remettez d'autre sur la matière restante au fond du vaisseau ; et continuez cela en remettant du vinaigre et en le retirant jusqu'à ce qu'il ne se teigne plus et que la matière du vert-de-gris reste toute noire au fond. Mêlez ensemble tout votre vinaigre teint et le distillez jusqu'à une entière siccité, car autrement il se formerait un vitriol noir. Et alors vous trouverez un vert-de-gris très bien purifié, lequel vous broierez derechef et y verserez du suc qui soit exprime du raisin vert, c'est-à-dire du verjus. Digérez à douce chaleur et le suc se teindra, beau, clair et transparent, d'une couleur verte comme émeraude; et [il] attire à soi la teinture rouge de Vénus qui donne une belle couleur pour les peintres et qui sert à d'autres usages. Lorsque ce suc ne se veut plus teindre, mettez ensemble tout celui qui est teint et le distillez doucement jusqu'à moitié, puis mettez-le en lieu frais et il se formera un très beau vitriol duquel, quand vous aurez quantité suffisante, vous aurez assez de matière pour en faire la réduction et ensuite la pierre des Sages, si d'aventure vous étiez en doute de pouvoir parvenir à un si haut mystère par un autre vitriol.

J'ai parlé paraboliquement ci-devant de cette préparation dedans mon livre des Douze clefs au chapitre du vinaigre de vin, là où j'ai dit que le vinaigre commun ou l'azote n'est pas la véritable matière de notre pierre, mais que notre azote ou première matière doit être préparé par l'azote ; commun et par le vin qui est un suc tiré du raisin vert, comme aussi par plusieurs autres eaux. Ce sont les eaux par lesquelles le corps de Vénus peut être brisé et réduit en vitriol. Observez bien ceci et vous serez délivré de plusieurs soins et pensées.

Mais surtout remarquez que la voie universelle doit et peut être faite avec ce vitriol de Vénus en la même façon que je vous ai enseignée du vitriol universel et du vitriol commun de Hongrie en ma troisième partie, et même avec le vitriol de Mars. Mais afin que vous puissiez particulièrement opérez avec Vénus, vous devez savoir que vous pourrez venir à bout utilement de votre dessein si vous tirez du vitriol de Vénus son huile rouge et que vous y fassiez dissoudre du Mars, et que vous réduisiez en cristaux cette dissolution, comme je vous ai montré au chapitre de Mars. Car en cette dissolution et coagulation, Vénus et Mars s'unissent étroitement en un excellent vitriol, lequel si vous [le] rubifiez sous un moufle en une poudre très belle et si après vous le digérez avec du vinaigre distillé et que vous en tiriez la teinture tant qu'il [s'] en pourra extraire, alors vous aurez l'âme de Mars et de Vénus jointes ensemble en une double teinture.

C'est pourquoi, à cause de cette double puissance, si vous ajoutez à cette âme double de Mars et de Vénus l'âme de l'or selon le poids seulement ci-devant mentionné et le double de leurs poids de chaux de lune, vous pourrez les fixer comme je vous ai enseigné au particulier de Mars et de l'or. Mais notez qu'il y faut joindre deux fois leur pesant d'esprit de mercure selon l'un ou l'autre particulier qui ne sont qu'une même chose. Pour le sel de Vénus, tirez-le ainsi : quand le vinaigre ne se teint plus [en] vert, prenez la matière qui reste, séchez-la et y versez de l'eau de miel. Digérez à douce chaleur cinq ou six jours et le sel s'y dissoudra. Distillez cette dissolution; clarifiez le sel restant avec [l']esprit de vin, et vous aurez un sel parfait de Vénus pour la médecine.


CHAPITRE V

DE SATURNE ET DE L EXTRACTION DE SON AME ET DE SON SEL

La plupart du monde croit que le Saturne ou le plomb est une chose vile et un métal de nul prix. Mais encore que l'on s'en serve souvent à des choses fort abjectes, toutefois si nous connaissions bien son intérieur, nous nous en servirions pour des choses très utiles et excellentes. Or d'autant que je me suis proposé et résolu en ce traité et tours de main d'éclaircir tous mes précédents écrits et de laisser à la postérité celui-ci comme un testament digne de mémoire, par lequel les plus simples et moins intelligents puissent connaître et entendre ce que j'ai ci-devant mis par écrit, n'ayant rien dit que je ne sois prêt et disposé d'en porter témoignage en personne après même la résurrection de ma chair, parce que je n'ai introduit aucune fausseté — au contraire j'ai fait plus qu'il n'était besoin, car j'ai déclaré ça et là en mes écrits tout ce que les autres philosophes ont caché sous le silence. Je me suis donc proposé de manifester et donner par écrit, par un fondement suffisant, tous les particuliers desquels j'ai fait mention ci-devant en plusieurs endroits où je les ai décrits obscurément et d'une manière philosophique. Au reste, j'avertis volontiers en ma dernière vieillesse celui qui aura le bonheur de jouir de cette mienne dernière déclaration de prendre soigneusement garde de la tenir secrète sous la candeur et intégrité de la propre conscience.

Car il doit croire que la connaissance de ces miennes instructions et manifestations n'est point parvenue jusqu'à lui que par le conseil, [la] providence et singulière volonté de Dieu, le Créateur de toutes créatures, et que cette lumière qui conduit à la vraie Lumière ne doit point être publiée à un chacun, principalement à ceux qui sont indignes de si grands et précieux mystères et qui n'aiment pas leur Créateur avec fidélité, ni d'un coeur pur et net. C'est pourquoi il faut que celui qui jouira de cette déclaration se convertisse à Dieu d'un coeur pénitent et constant et qu'il garde et conserve ce précieux dépôt que je lui confie cordialement et qu'il tienne en secret tous mes écrits, tant ceux qui sont compris en mes précédents livres que ceux que ci-après je mettrai en lumière.

Je veux maintenant commencer par le Saturne, sans aucune parole à double entente, ni sans obscurité ni énigme, ainsi que j'ai déjà fait touchant les métaux précédents; car en ceux qui suivent on y trouvera aussi la vérité. Or c'est une chose très probable et démontrable que le Saturne est non seulement réputé par l'invention astronomique pour être le principal régent et gouvernateur des cieux, mais aussi que la pierre qui est le baume de tous les nobles philosophes et de cette vallée de misères, comme aussi de cette vie caduque, tire et prend son principe et sa coagulation seulement de la couleur noire de la planète de Saturne, laquelle toutes les autres suivent et imitent en tout ce qu'elles produisent de bon et de meilleur ; car la splendeur de cette planète de Saturne, qui est incorruptible et immortelle, éclaire et illumine tout le firmament du ciel. Mais encore qu'il semble que je devrais dire quelque chose de la naissance de Saturne et comment il tient et prend son origine et son principe du macrocosme comme de sa propre terre, toutefois, à cause que j'en ai ci-devant souventes fois fait mention en ayant discouru en plusieurs façons dans tous mes autres livres, je n'ai pas trouvé à propos d'en parler davantage en ce lieu, d'autant aussi que cela n'apporterait aucun avancement au dessein de mes disciples et que ce mien livre s'étendrait trop au long si je voulais décrire tout ce qui se pourrait dire de Saturne — dont je m'abstiens pour le présent —, n'ayant point d'autre intention maintenant que de déclarer et donner en lumière avec vérité et sincérité les choses qui ont été par ci-devant obscures et inconnues, faute d'avoir connu cette mienne déclaration ou instruction.

Vous devez donc savoir qu'il ne faut en aucune façon rejeter et mépriser le Saturne à cause de son apparence extérieure. Mais il récompensera suffisamment les travaux et les peines de celui qui est inquisiteur et amateur de la science, s'il opère philosophiquement avec icelui par une vraie procédure ou pratique. C'est pourquoi le Saturne doit être réputé plutôt un seigneur que non pas un serviteur. Et ainsi on le doit aimer et honorer non seulement par ce qu'il fait de merveilles pour la santé des hommes, mais aussi à cause que, par son moyen, les métaux sont abonnés et rendus bien meilleurs.

Or voici la préparation de Saturne. Prenez de la céruse blanche ou du minium rouge ou du plomb jaune, c'est-à-dire de la litharge, car l'un vaut l'autre. Toutefois la céruse est toujours plus excellente que les autres, car on a trouvé par la fin du travail qu'elle est meilleure et préférable aux autres. Mais elle se trouve rarement pure et sincère chez les droguistes. C'est pourquoi je conseille à l'Artiste pour une plus grande sûreté qu'il détruise et prépare lui-même le Saturne pour en faire de la pure céruse. Or la pratique pour la bien faire selon la coutume ordinaire est double ou triple. Je vous décris ici la meilleure méthode comme il s'ensuit.

Prenez d'excellent plomb pur et tendre tant qu'il vous plaira et le forgez sous le marteau en lamines déliées comme une monnaie de plomb très mince; car tant plus il est délié il en vaut mieux. Suspendez ces lamines dans une grande terrine [de] verre ou de grès sur de fort vinaigre commun dans lequel soit dissous de bon sel armoniac sublimé deux ou trois fois avec égal poids de sel commun. Puis couvrez bien le vaisseau ou terrine en telle sorte que rien ne se puisse exhaler. Digérez à feu de cendres légèrement chaudes afin que les esprits du vinaigre ou du sel armoniac puissent s'élever en haut et toucher les lamines de plomb. Et vous trouverez toujours, le dixième ou douzième jour, une tendre et délicate céruse attachée contre vos lamines, laquelle vous ôterez et détacherez avec un pied de lièvre ou avec un plumasseau. Et continuez ainsi tant que vous ayez fait assez de céruse. Mais si vous êtes assuré de recouvrer par achat de bonne et loyale céruse pour cette opération, vous vous exempterez de la peine de la faire vous-même.

Prenez de cette céruse autant que vous voudrez et la mettez dans une grande cucurbite. Puis ayez de fort vinaigre qui soit passé ou rectifié quelques fois par le papier gris; et après la dernière filtration, fortifiez-le avec la sixième partie d'esprit de sel commun qui soit sans flegme; puis distillez-les ensemble, et le vinaigre sera bien préparé. Versez de ce vinaigre préparé sur votre céruse, bonne quantité; puis ayant fermé votre cucurbite d'une chape borgne bien lutée, mettez-la au feu de cendres médiocre pour faire digérer votre matière, en l'agitant ou remuant souventes fois, et vous verrez qu'en peu de jours votre vinaigre commencera à se teindre de couleur jaune et il deviendra douceâtre. Alors retirez ce vinaigre teint par inclination et en remettez d'autre sur votre matière. Digérez comme auparavant et, en peu de jours, votre vinaigre se teindra comme a fait le premier. Continuez ainsi jusqu'à la troisième fois et ce sera assez. Ce qui reste de votre céruse dans le fond de la cucurbite est une matière assez difforme. Prenez tout votre vinaigre teint ou coloré et le filtrez afin qu'il devienne plus beau et transparent, de couleur jaune; et quand il sera tant filtré, mettez-le dans une grande cucurbite et en distillez ou évaporez au bain-marie deux tiers, et l'autre tiers qui vous sera resté est de couleur qui tire sur le rouge. Mettez et laissez tremper votre cucurbite dans de l'eau froide et les cristaux de Saturne se formeront bien plus tôt. Et quand ils se seront congelés, retirez-les avec une cuiller de bois hors du vinaigre qui vous restera en bonne quantité tout liquide. Mettez vos cristaux de Saturne [à] sécher doucement sur du papier, lesquels sont doux comme du sucre et servent à beaucoup de maladies provenantes de chaleur ou inflammation. Reprenez le vinaigre qui vous est resté liquide et le distillez ou évaporez comme devant au bain-marie; puis remettez-le en lieu frais et il se formera encore plusieurs cristaux de Saturne que vous sécherez comme les autres. Prenez tous ces cristaux de Saturne, lesquels vous paraîtront beaux et purs comme du sucre ou salpêtre. Puis pilez-les dans un mortier de verre ou de marbre en poudre très déliée et impalpable. Alors vous les réverbérerez à feu léger jusqu'à ce qu'ils rougissent comme du sang; mais prenez bien garde qu'ils ne noircissent point. Quand donc vous les aurez de la couleur d'une belle écarlate, mettez-les dans une cucurbite et y versez de bon esprit de genièvre distillé de son huile et plusieurs fois rectifié, beau, blanc et transparent. Couvrez et lutez bien la cucurbite. "Digérez à lente chaleur jusqu'à ce que l'esprit de genièvre se soit teint d'une haute couleur, rouge comme sang, belle et claire. Alors retirez-le de dessus ses fèces par inclination dans un vaisseau de verre n'y versant que le pur, en prenant bien garde que rien d'impur ne coule quand et quand. Après, versez de nouvel esprit de genièvre dessus les fèces et en tirez la teinture ou rougeur tant que l'esprit de genièvre ne se veuille plus teindre ou n'attire plus rien. Mettez les fèces restantes à part car elles contiennent en soi le sel.

Maintenant prenez tout l'esprit de genièvre qui est teint et, l'ayant filtré, distillez ou évaporez-le petit à petit au bain-marie; et il vous restera au fond de la cucurbite une poudre de très belle couleur de chair. Et c'est là le soufre ou l'âme de Saturne, sur laquelle vous verserez de l'eau distillée de pluie et ce, par plusieurs et divers versements en la distillant ou évaporant fortement à chaque fois, afin que ce qui y reste de l'esprit de genièvre s'en puisse entièrement séparer et que la poudre vous demeure fort bien adoucie et très pure. Puis la laissez bien bouillir en même eau que [vous] séparerez après par inclination de dessus votre poudre, laquelle ensuite vous ferez sécher doucement. Mais pour plus de sûreté, faites-la réverbérer légèrement afin qu'elle sèche mieux et que toute impureté s'en puisse tout à fait exhaler. Et étant refroidie, mettez-la dans un matras et y versez deux fois autant qu'elle pèse de l'esprit de mercure qui soit fait comme je vous ai enseigné et que j'ai étroitement confié à votre conscience en la troisième partie de l'universel. Puis sigillez hermétiquement le matras et le mettez au bain vaporeux, comme je vous ai enseigné au même lieu en la préparation de l'esprit de mercure; lequel bain vaporeux est appelé le fumier de cheval des Sages. Laissez donc votre matras dans ce fourneau des secrets par l'espace d'un mois et par ce moyen l'âme de Saturne s'introduira de jour en jour dans l'esprit de Mercure, en telle sorte qu'ils seront tous deux enfin inséparables par leur étroite conjonction et deviendront en une belle huile d'une haute couleur, rouge et transparente. Mais prenez bien garde de ne point gouverner le feu trop fort; car autrement l'esprit de Mercure, qui est fort volatil, s'envolerait et casserait le matras avec violence. Quand toutefois ils sont bien unis, il n'est pas besoin de si grande prévoyance, car une nature conserve et contient une autre nature semblable.

Alors prenez cette huile ou âme dissoute de Saturne, laquelle est fort odoriférante et suave; retirez-la du matras en la versant dans [un] alambic bien luté; puis distillez-la toute seulement une fois. Et ainsi vous aurez une huile spirituelle de Saturne, laquelle contient l'esprit et l'âme unis inséparablement ensemble. Cette huile de Saturne a la vertu et la propriété de pouvoir transmuer le mercure précipité en très bon or. La précipitation du mercure se doit faire ainsi. Prenez [de l'] esprit de sel nitre, une partie, et [de l'] huile de vitriol, trois parties. Mêlez-les ensemble et y mettez une demi-partie de vif-argent qui soit fort bien purifié, le tout étant dans un alambic. Donnez-lui un feu au sable assez fort, sans toutefois que les esprits s'exhalent, l'espace d'un jour et d'une nuit. Puis distillez jusqu'à siccité et vous trouverez au fond de l'alambic le mercure précipité qui sera en quelque façon rouge. Versez-y derechef les esprits. Laissez digérer un jour et une nuit. Puis distillez les esprits et vous trouverez le mercure précipité un peu plus rouge qu'à la première fois; et les distillez alors très fortement et vous trouverez le précipité en une grande rougeur. Adoucissez-le avec de l'eau commune; distillez et puis laissez-le sécher; après, prenez deux parties de ce mercure précipité; mettez-le dans un matras et y verser une partie de votre huile spirituelle de Saturne. Digérez ou cuisez au feu de cendres jusqu'à ce que le tout soit fixé et qu'il n'apparaisse point aucune goutte attachée au matras. Alors vous fondrez cette matière, y ajoutant un peu de plomb; tout se fondra ensemble et vous donnera un or qui puis après peut être exalté en le fondant et passant par l'antimoine. Voilà l'enseignement que je vous donne de l'argent-vif.

Mais notez que l'argent ne doit point être préparé ni précipité par un autre moyen ou médium que par la seule huile de vitriol ou de Vénus, avec l'addition de l'esprit de nitre, encore qu'aucun argent-vif ne puisse être amené à une souveraine fixation par la précipitation; car la vraie et permanente coagulation du vif-argent se trouve et se parfait par moyen de Saturne, comme j'ai dit. Pilez donc votre mercure précipité et le broyez bien sur le marbre; mettez-le dans un matras et y versez, comme j'ai dit, de votre huile spirituelle de Saturne et elle entrera tout à l'instant et visiblement dans le précipité, en cas que vous ayez bien procédé en sa précipitation. Sigillez le matras hermétiquement et fixez votre matière au feu de cendres premièrement, et puis au feu de sable, jusqu'à sa plus haute fixation. Et ainsi vous avez lié le mercure de son vrai lien et l'avez rendu en une coagulation très fixe qui a réduit sa substance, sa forme et sa figure à une grande amélioration qui nous donnera beaucoup de profit et un riche revenu. Mais si du vif-argent vous n'en faites qu'un précipité blanc, vous n'en acquerrez seulement que de l'argent qui tiendra bien peu d'or.

Je veux encore vous enseigner une pratique sur Saturne qui vous causera encore un grand profit avec moins de peine. Afin donc que vous qui êtes mon disciple n'ayez point de sujet de vous plaindre de moi d'une seule pratique, travaillez à la suivante en cette sorte. Prenez de la susdite huile spirituelle de Saturne, deux parties; de l'astre d'or, une partie; du soufre d'antimoine dont la préparation suit ci-après, deux parties, et du sel de Mars, une demi-partie, c'est-à-dire la moitié autant que de toutes les choses précédentes. Mettez le tout dans un matras duquel il n'y ait que le tiers plein. Laissez fixer votre matière au feu. Alors le sel de Mars s'ouvre dans ce composé et est fermenté par son moyen. Et ainsi toute la matière commence peu à peu à se vêtir d'une couleur noire et à se rendre obscure en l'espace de dix ou au plus de douze jours. Et après, ce sel de Mars revient à se coaguler et enferme [en] soi tout le composé. Continuez à le coaguler, premièrement en une masse obscure, puis en une brune, et laissez le tout sans y toucher à une chaleur continuelle et égale. Et alors votre matière deviendra en une poudre qui sera rouge comme sang. Renforcez le feu jusqu'à ce que vous voyiez dominer l'astre de l'or, qui paraîtra resplendissant d'un éclat verdoyant ainsi que l'arc-en-ciel. Continuez un feu égal tant que cette couleur disparaisse entièrement, et puis il vous en proviendra une pierre rouge transparente et pondéreuse, laquelle il n'est pas besoin de projeter sur le mercure, car cette pierre teint tous les métaux blancs selon sa perfection et fixation en très pur or. Prenez cette pierre rouge fixe préparée ou de cette poudre, une partie, et du métal blanc tel qu'il vous plaira, quatre parties. Faites premièrement fondre le métal l'espace d'une demi-heure ou tant qu'il soit bien purifié, puis jetez-y votre poudre. Laissez-les fondre ensemble jusqu'à ce que vous voyiez qu'elle se soit incorporée dans le métal et qu'il commence à se coaguler et arrêter. Alors il sera transmué en or. Rompez le creuset et retirez votre or; mais s'il est infecté de scories et impuretés, passez-le par le plomb dans une coupelle, et il en sortira pur.

Mais si vous jetez votre poudre rouge en projection sur la lune, alors mettez-y-en davantage que sur le Jupiter ou sur le Saturne. Ainsi il ne faut qu'un lot, c'est-à-dire qu'une demi-once de poudre, pour teindre cinq onces d'argent en or. Tenez ceci pour une merveille et ne perdez pas votre âme en manifestant ce mystère. Opérez donc avec le sel de Saturne comme ci-devant, comme aussi seulement avec Mars et Vénus, mais au lieu d'eau de miel, servez-vous de vinaigre distillé et clarifiez leur sel avec [de l'] esprit de vin.


CHAPITRE VI

DE JUPITER ET DE L EXTRACTION DE SON ÂME ET DE SON SEL

Prenez de la pierre ponce chez les marchands. Rougissez-la au feu et puis éteignez-la dans de bon et fort vin qui soit vieil. Rougissez-la encore fortement et éteignez-la derechef comme devant.

Continuez ainsi jusqu'à trois fois et tant plus le vin est vieux, tant mieux vaut. Faites sécher puis après doucement votre 'pierre de ponce, et elle sera préparée. Prenez cette pierre de ponce et la réduisez en poudre subtile, puis ayez de fin étain réduit en lamines fort minces comme de l'épaisseur du sol; coupez ou rompez ces lamines en morceaux et les stratifiez avec votre poudre de pierre de ponce dans un pot de terre bien couvert et luté. Mettez le tout dans un fourneau de réverbère, donnant feu de réverbération, cinq ou six jours continuels, lequel soit de flamme; et observez diligemment les degrés du feu. Et ainsi la pierre ponce changera de couleur et attirera à soi la couleur ou teinture du métal. Puis broyez cette pierre ponce avec ce que vous avez premièrement de vos lamines de Jupiter et, l'ayant bien broyée, mettez-la dans une cucurbite et y versez de bon et fort vinaigre de vin qui soit distillé. Digérez au feu de médiocre chaleur et le vinaigre s'imprégnera de la teinture et deviendra d'un beau rouge jaunâtre. Distillez au bain-marie tout ce vinaigre teint, et la teinture de Jupiter vous restera au fond de l'alambic. Laquelle teinture ou âme de Jupiter vous adoucirez avec de l'eau distillée; puis séchez-la doucement. Cela étant [il] faut opérer avec cette teinture de Jupiter comme vous avez opéré avec l'âme de Saturne, c'est-à-dire qu'il faut que vous la dissolviez radicalement dans l'esprit de mercure et que vous distilliez le tout ensemble par l'alambic en une huile de Jupiter tingente. Prenez cette huile tingente de Jupiter, une partie, et la versez sur deux parties de mercure précipité rouge, lequel ait été précipité avec la propriété et sang vénérien; puis coagulez et fixez-les ensemble. Et ainsi ce bon et bienveillant Jupiter vous témoignant de la faveur a transmué ce mercure précipité en bon or, comme vous le verrez par la fonte. Jupiter a aussi cette vertu et pouvoir, c'est que les autres soufres étant conjoints et fixés avec lui, alors il convertit et change dix parties d'argent en or. Mais ne prétendez rien davantage de Jupiter, car il vous accorde et élargit paisiblement sa puissance tout entière.

Pour opérer avec le sel de Jupiter, vous y procéderez comme es autres sels. Mais celui-ci s'extrait par le moyen de l'eau de pluie distillée, et puis il doit être clarifié avec [de l'] esprit de vin.


CHAPITRE VII

DE L'ARGENT-VIF ET DE L EXTRACTION DE SON SOUFRE ET DE SON SEL

Prenez une demi-livre d'argent-vif sublimé par sept fois qui soit blanc comme neige; pilez et broyez-le en poudre subtile; versez-y bonne quantité de vinaigre excellent et bien fort; faites-le bouillir au feu l'espace d'une heure entière ou davantage, en remuant toujours avec une spatule de bois votre matière. Puis étant ôtée hors du feu et refroidie, laissez-la reposer tant que le mercure soit tout tombé au fond de la cucurbite et que le vinaigre soit devenu clair. Mais s'il est trop longtemps à se clarifier, versez-y quelque peu d'huile de vitriol, et tout le mercure achèvera de se précipiter au fond. Car le vitriol précipite le mercure, le sel de tartre précipite l'or, le Vénus et le sel précipitent la lune, le Mars précipite le Vénus, la lessive faite de cendre de hêtre précipite le vitriol, le vinaigre précipite le soufre commun, le Mars précipite le tartre et enfin le salpêtre précipite l'antimoine.

Après, ôtez par inclination le vinaigre de dessus votre mercure précipité et vous trouverez icelui mercure beau et clair, sur lequel vous verserez encore du vinaigre, faisant comme auparavant, ce que vous continuerez jusqu'à la troisième fois. Puis adoucissez bien votre mercure et le séchez doucement. Et votre mercure sera bien préparé. Prenez de l'âme ou soufre de Mars, deux onces; de l'âme de Saturne, une once. Faites-les dissoudre tous ensemble dans six onces d'esprit de mercure tant qu'ils soient si bien dissous qu'il n'y ait point de résidence au fond du vaisseau. Et ce sera une belle eau dorée comme si c'était une dissolution d'or transparente. Maintenant, faites un peu chauffer votre mercure préparé dans un bon et fort matras et y versez votre eau dorée un peu chaude et cette matière commencera à mener quelque bruit; bouchez le matras et ainsi le bruit cessera. Après sigillez-le hermétiquement; mettez-le dans un bain doux et le mercure se dissoudra en l'espace de dix jours en huile verte comme de l'herbe. Alors mettez votre matras au feu de cendres l'espace d'un jour et d'une nuit. Faites-y un feu modéré et doux, et l'huile qui était verte deviendra belle et jaune, dans laquelle jauneur est encore cachée la rougeur. Continuez-y le feu jusqu'à ce que cette huile soit séchée et transmuée en poudre jaune comme de l'orpiment et, quand rien ne monte plus, mettez votre matras dans le sable l'espace d'un jour et d'une nuit en y faisant un fort feu jusqu'à ce que la matière vous apparaisse d'une très belle couleur qui soit rouge comme un rubis. Et quand elle sera entièrement fixe et constante, fondez-la dans [un] creuset avec un bon fondant fait de plomb. Et alors vous aurez une livre et deux onces de bon or aussi haut et exalté que jamais la ' Nature ait engendré dans [la] terre.

Souvenez-vous des pauvres et de mes instructions et prenez bien garde de ne point hasarder votre salut entre les mains ou la puissance de l'esprit malin.


CHAPITRE VIII

COMMENT SE FONT L'HUILE ET LE SEL DU MERCURE

Prenez de l'argent-vif sublimé autant de fois comme j'ai ci-devant dit et le revivifiez par la chaux vive; puis le mettez dans une cucurbite, l'y faisant dissoudre avec de l'eau très forte de salpêtre, à bonne chaleur. Après, distillez toute l'eau forte et dépouillez votre argent-vif qui sera resté au fond de toute sa corrosiveté avec du vinaigre, faisant bien bouillir le tout ensemble; puis ôtez le vinaigre en le mettant dehors et adoucissez ce qui vous restera avec de l'eau commune distillée et le faites puis après bien sécher. Et sur chaque livre d'icelui mercure, versez-y une petite mesure de très excellent esprit de vin, le tout étant dans une cucurbite bien bouchée; mettez-le putréfier par quelque temps à douce chaleur, puis distillez lentement ce qui pourra premièrement distiller; puis distillez à fort feu; prenez tout ce qui a passé et le mettez dans un alambic au bain-marié et en distillez doucement l'esprit de vin. Et ce qui vous restera au fond de l'alambic est une huile odoriférante qui est l'astre de mercure, lequel est un excellent remède pour les maladies vénériennes.

Mais parce que le sel de mercure a la même efficace et vertu en la médecine que l'astre de mercure, je n'ai pas jugé qu'il fût nécessaire d'écrire d'un chacun séparément, de sorte qu'il suffit de joindre ensemble leurs vertus et de les décrire en ma dernière partie au traité du sel de mercure. Prenez donc puis après cette huile odoriférante ou astre de mercure, lequel, à cause de sa grande chaleur, tient son propre corps dans une continuelle fluidité, et le versez sur la terre restante dont vous l'avez tiré ou distillé. Digérez cet astre de mercure et cette terre ensemble au feu, et cet astre ou huile attirera à soi son propre sel qui était caché dans la terre. Distillez toute cette huile et le sel de mercure vous restera au fond de l'alambic. Versez sur ce sel de mercure de nouvel esprit de vin pour dissoudre, puis distillez, réitérant à dissoudre et distiller tant que votre sel de mercure soit bien adouci. Et alors il est parfait et bien préparé pour la médecine. Je le manifesterai en la dernière partie. Le vif-argent ou mercure ne saurait rien produire plus que cela ni particulièrement ni universellement, et ne croyez pas que ce mercure-ci soit le mercure des philosophes comme il y en a plusieurs qui se le persuadent et imaginent.


CHAPITRE IX

DE L'ANTIMOINE ET DE L'EXTRACTION DE SON SOUFRE ET DE SON SEL

Prenez de bon antimoine de Hongrie; broyez-le en poudre subtile et déliée comme de fine farine et le calcinez sur un petit feu comme on a accoutumé de faire, le remuant continuellement avec une spatule de fer jusqu'à ce qu'il soit devenu blanchâtre et qu'il ne fume plus, de sorte qu'il puisse enfin souffrir une grande chaleur. Alors mettez cet antimoine calciné dans un creuset et l'y faites fondre à bon feu; puis versez-le hors du creuset et il sera en façon d'un beau verre rouge transparent. Broyez ce verre d'antimoine en poudre bien subtile et le mettez dans une cucurbite de verre qui ait un fond large et plat; versez-y de fort vinaigre distillé et, l'ayant bien fermée et lutée, digérez à une chaleur par un bon espace de temps. Et ainsi le vinaigre attirera à soi la teinture de l'antimoine et se teindra fort rouge. Retirez par inclination le vinaigre teint et en remettez d'autre tant qu'il ne se teigne plus. Distillez ce vinaigre teint et il vous restera une teinture en poudre jaune déliée. Adoucissez-la avec [de l'eau commune distillée, en sorte que tout le vinaigre en soit séparé; séchez cette poudre et y versez de l'esprit de vin très bien rectifié; digérez à lente chaleur et il se fera une nouvelle extraction en dissolution de teinture jaune fort belle; retirez-la par inclination et remettez sur votre matière d'autre esprit de vin, faisant ainsi jusqu'à ce qu'il n'attire plus de teinture. Après, prenez tout cet esprit de vin qui est teint et le distillez jusqu'à siccité. Et vous trouverez au fond de l'alambic une belle teinture en poudre fort jaune et belle qui est d'une vertu incroyable pour la médecine, car elle ne cédé quasi rien à l'or potable. Prenez donc deux parties de cette teinture en poudre jaune et une partie de soufre ou âme de l'or; broyez-les subtilement ensemble; après, prenez trois parties de soufre de Mars sur lequel vous verserez six parties de l'esprit de mercure; lutez bien le matras; digérez jusqu'à tant que ce soufre de Mars soit entièrement dissous, puis mettez dans cette dissolution la quatrième partie de votre matière broyée, composée du soufre jaune de l'antimoine et de l'âme de l'or, et lutez derechef le matras. Digérez tant que votre matière soit dissoute, puis y ajoutez encore une quatrième partie de votre dite matière; broyez, faisant ainsi jusqu'à ce que toute votre susdite matière soit dissoute en une huile épaisse et brune. Après [vous] distillerez cette huile jusqu'à tant que rien ne reste au fond de l'alambic.

Prenez cette huile ainsi distillée et la versez sur la chaux pure d'argent séparée, et fixez tout ensemble par les degrés du feu jusqu'à ce que toute votre matière soit tout à fait fixée; puis fondez-la dans un creuset à bon feu et la passez ou séparez par l'eau forte et il tombera la sixième partie d'or du poids qu'avait votre précédent composé. Et l'argent vous resservira toujours aux autres ouvrages. Or quand vous avez ci-devant pas inclination retiré la teinture de l'antimoine hors de la cucurbite et que le vinaigre ne se teint plus, il vous restera au fond de la cucurbite une poudre noire ; séchez-la, puis vous la broierez avec [un] poids égal de soufre commun jaune; mettez le tout dans un creuset et le lutez bien; laissez-le à feu médiocre tant que le soufre soit tout brûlé. Prenez la matière qui sera restée et la broyez en poudre déliée et y versez du vinaigre distillé. Digérez au feu et le vinaigre attirera à soi le sel de l'antimoine. Retirez ce vinaigre imprégné du sel par inclination et le distillez. Et ainsi le sel vous demeurera au fond de l'alambic. Adoucissez ce sel avec [de l']eau distillée, en la distillant dessus icelui par réitérée distillation, afin d'ôter toute l'acétosité ou aigreur du vinaigre. Et ainsi vous adoucirez et clarifierez votre sel jusqu'à ce que l'eau en sorte ou distille douce, belle et claire. Après que vous aurez pris toute cette peine et travail manuel, vous aurez un beau sel d'antimoine, l'extraction duquel toutefois vous pourrez faire en moins de temps comme je vous dirai ci-après. Et vous remarquerez que le sel de l'antimoine extrait selon l'opération suivante a les mêmes vertus que le soufre de l'antimoine en la médecine. Mais voici une opération pour avoir le soufre et le sel de l'antimoine bien plus prompte et subtile dont vous devez faire beaucoup d'état.


CHAPITRE X

MÉTHODE POUR BRIÈVEMENT EXTRAIRE LE SOUFRE ET LE SEL DE L'ANTIMOINE

Prenez du bon vitriol, du sel commun et de la chaux vive, une livre de chacun, et du sel armoniac, quatre onces. Pilez le tout et le mettez dans une cornue de verre; versez-y trois livres de vinaigre commun de vin; bouchez la cornue; digérez au feu l'espace d'un jour et d'une nuit, puis y appliquez un récipient et faites distiller votre matière comme on fait l'eau forte. Prenez la liqueur qui sera distillée et, à une livre d'icelle, ajoutez-y une livre de sel commun et: la distillez ou rectifiez encore une fois fort doucement, afin que rien d'impur ne distille et que la liqueur soit belle et claire. Alors prenez une livre de votre susdit verre d'antimoine en poudre subtile et y versez de votre liqueur rectifiée ce qu'il faut. Lutez bien l'alambic; digérez jusqu'à ce que tout soit dissous; retirez par inclination la dissolution et la distillez ou évaporez lentement au bain-marie. Et il vous restera au fond de l'alambic une matière épaisse, liquide et noire, laquelle sera un peu sèche. Mettez-la sur une plaque de verre dans un lieu frais et elle s'y dissoudra en une huile rouge qui laisse arrière soi quelques fèces. Coagulez cette huile rouge doucement sur le feu de cendres jusqu'à ce qu'elle soit bien sèche; mettez-la dans un matras et y versez de très excellent esprit de vin. Digérez, et l'esprit de vin attirera à soi une teinture rouge comme sang. Retirez par inclination l'esprit teint et en remettez d'autre jusqu'à ce qu'il ne tire plus de teinture rouge. Ainsi vous avez la teinture ou le soufre rouge de l'antimoine qui fait des merveilles dans la médecine — comme j'ai dit en la première procédure — et il ne cède guère à l'or potable. Or quand ce soufre d'antimoine a été ainsi parachevé, l'on peut avec icelui entreprendre et faire des opérations particulières, comme j'ai enseigné ci-devant.

Prenez la matière noire qui vous est restée après l'extraction dudit soufre d'antimoine et la séchez bien; puis tirez-en son sel avec le vinaigre distillé et l'adoucissez avec [de l'] eau commune distillée et le clarifiez avec [de l']esprit de vin. Et ainsi vous aurez le sel de l'antimoine bien préparé, lequel sel d'antimoine a de grandes vertus dans la médecine, dignes d'être observées et dont je ferai mention en la dernière partie. Et ainsi je conclus cette mienne quatrième partie. Mais d'autant qu'il se trouve encore plusieurs grands mystères en la Nature, l'on pourrait encore ajouter ici d'autres pratiques. Sachez toutefois que je vous ai enseigné tout ce qui est de plus grande importance et ce qui est de plus facile opération et d'un plus grand profit; car quant [aux] autres choses qui n'apportent aucune utilité et qui peuvent facilement séduire les disciples étudiants en telle sorte qu'ils n'en puissent tirer aucun avantage, si ce n'est un très petit, je n'en fais point ici de mention, parce que vous pourrez chercher et trouver telles choses à votre loisir lorsqu'il vous plaira de travailler. Si donc vous apprenez seulement à connaître et comprendre cette seule et unique chose de laquelle la santé et les richesses prennent leur source et origine, vous pouvez, en joignant tous les soufres métalliques avec elle, en tirer un grand profit. De quoi il est impossible à un seul homme de pouvoir écrire comme il faut entièrement, car il faut avouer qu'on en pourrait composer des volumes presque jusqu'à l'infini.

Priez Dieu avec ferveur et diligence qu'il vous fasse participant de sa miséricorde et de sa grâce.

Et sachez que de la pratique dérive une infinité de fontaines, lesquelles prennent toutes leur naissance et origine d'une unique et seule source. Mais si vous faites autrement que je vous recommande et invite au nom du Créateur du ciel et de la terre, tout votre travail ira à rebours et ne vous apportera aucun profit en ce monde, mais plutôt de la perte.

Or quoiqu'il semble que je devrais ajouter quelque chose en cette partie après les métaux touchant à la vertu et puissance des minéraux selon leur ordre, toutefois à cause que je vois que les minéraux ne peuvent rien pour la vraie transmutation métallique, mais seulement pour la médecine, en faveur de laquelle ils ont des qualités dont les effets ne se peuvent assez dignement admirer, c'est pourquoi j'en traiterai seulement en la dernière partie après la vertu des sels métalliques où je montrerai amplement les merveilles que le Tout-Puissant a mises et enfermées en iceux minéraux.


CINQUIÈME LIVRE

Ou dernière partie du Testament de frère Basile Valentin, là où il est parlé brièvement du médicament ou médecine miraculeuse, laquelle le Créateur de toute grâce et miséricorde a mise et enfermée dans les métaux et leurs sels et dans les minéraux, comme aussi dans les autres plantes, nobles et moins nobles, pour le soulagement et rétablissement de la santé du corps humain en cette vie présente et pour la guérison des maladies.


AVANT-PROPOS

Avant que je commence à déclarer la vertu des sels métalliques et des minéraux, et semblablement de toutes les autres nobles plantes, premièrement je décrirai et proposerai brièvement la préparation de l'or potable, d'autant qu'à lui seul, comme étant le couronnement ou perfection de tous les médicaments de l'univers, est dû le premier lieu. Et cela très justement et à bon droit, comme au contraire les sels métalliques et [ceux] des minéraux n'ont été doués seulement que d'une vertu particulière et bornée pour la santé des hommes.

C'est pourquoi j'ai raison de commencer mon discours par le vrai or potable et même d'en décrire de différentes sortes. Et parce que cette partie est la dernière de mon Testament, j'entreprends d'y donner et mettre au jour une entière connaissance de l'or potable pour celui qui entend et aime dignement cette science, espérant que Dieu après mon décès permettra qu'il jouisse de ce mien livre. Au reste, je ne dirai rien ici que ce que j'ai moi-même expérimenté avec succès et grands travaux. Partant, s'il a plu à Dieu de te rendre assez heureux pour jouir de cette vraie science, je t'exhorte et conjure de la tenir très secrète en ton coeur, [de] crainte qu'au lieu de la bénédiction de Dieu tu n'aies sa malédiction. Or la préparation de la pierre est unique comme la pierre même est uniforme, laquelle tire ou emprunte sa première origine et naissance de la vraie semence du premier mobile astrologique, qui est appelé esprit de mercure, duquel je t'ai écrit ci-dessus amplement. Mais sache en toute vérité que nulle teinture universelle ou particulière, nul or potable ni aucune autre médecine universelle ne se peut préparer et trouver comme celle-ci, laquelle a et reçoit comme étant toute céleste son essence et origine spirituelle du ciel astral. Et pour cela, garde le silence jusqu'à la mort; et alors fais héritier ton prochain de ce trésor, comme tu vois que j'ai fait. Car si je ne t'avais fidèlement instruit, tu ne connaîtrais que peu de choses de ce secret. Toi, dis-je, qui ordinairement ne t'amuses qu'à des folies comme étant un aveugle ignorant et extravagant, puisque ton talent n'est qu'à transcrire des récépissés ou remèdes de médecine de quelque pharmacopée impertinente et ignorante. Mais pourquoi perds-tu ton temps, tes soins et peines-tu en t'occupant si vainement en ton seul Galien et [en] te plongeant dans un abîme de ténèbres dont l'habitation est chez tous les diables infernaux dans la partie la plus profonde de l'enfer? Et tu te dois assurer que ton corps et ton âme n'auront point d'autre demeure si tu es si téméraire que de divulguer la moindre chose de ces secrets et mystères si relevés.

Mais afin que maintenant je te déclare ma proposition, je te dirai premièrement ce que c'est qu'une médecine universelle et le grand or potable. Ensuite de quoi, je te décrirai un autre or potable qui se fait et compose de l'âme ou soufre corporel de l'or souverainement purifié; et puis il est préparé par le moyen de l'esprit universel, lequel y est mis et conjoint. Et après ce dernier or potable, je ferai suivre une médecine particulière qui sera un demi-or potable dont j'ai, par plusieurs expériences, éprouvé et expérimenté les puissances et vertus particulières, beaucoup plus excellentes que quantité d'autres médicaments. Et semblablement j'ajouterai et mettrai ici la description de l'or potable, lequel à bon droit contient en soi les vertus de l'or même, comme l'on a fait souventes fois l'expérience.

Or le souverain et principal or potable que Dieu a créé et mis dans toute la nature n'est autre chose que la substance de notre pierre, digérée, préparée et fixée, avant que d'avoir été fermentée. Et il n'y a point en tout te monde ni en tout le circuit de la terre une plus grande et plus excellente médecine ni un plus admirable or potable que cette susdite médecine ou substance fixe de notre pierre avant sa fermentation. Et il est impossible d'en trouver ou donner au public une meilleure. Car c'est un baume céleste, duquel les premiers principes descendent du ciel et se forment dans la terre. Et après que cette substance a été préparée par une très grande et exacte purification, elle est enfin amenée en une souveraine perfection. L'origine et le premier principe de laquelle quintessence céleste j'ai déjà ci-devant suffisamment décrit, de sorte que je ne trouve pas qu'il soit nécessaire d'en parler davantage. Comme donc cette substance souveraine, étant parfaitement cuite et digérée, est la plus grande et principale médecine des hommes, de même pareillement cette même matière ou substance, après sa fermentation, est une teinture et médecine universelle, la plus grande et la plus puissante qu'on puisse trouver ni inventer pour tous les métaux en général ; lesquels par cette médecine sont conduits dans leur souveraine perfection et santé, savoir est qu'ainsi ils sont transmués en très pur et très fin or. Et cette première substance fixée comme j'ai dit est le principal or potable et la plus grande médecine universelle de tout l'univers et dont l'on pourrait écrire plusieurs livres. Mais d'autant que j'en ai donné la description et préparation avec toutes ses circonstances en la troisième partie de ce mien Testament, je n'ai que faire de m'y étendre ici davantage et, partant, je n'en dirai pas autre chose. Toutefois je te veux maintenant déclarer à plein comment tu dois faire mon or potable avec l'or commun et vulgaire grandement purifié.


Or potable

Prends l'âme de l'or extraite avec un doux esprit de sel commun, comme je t'ai enseigné aux particuliers de l'or, lorsque le corps de l'or est resté tout à fait blanc. Retire de dessus cette âme ou soufre d'or l'esprit de sel, et puis adoucis-la par dix ou douze fois. Finalement, nettoie-la, [de sorte] qu'elle soit fort pure, et la sèche. Après, pèse-la et y verse quatre fois autant d'esprit de mercure. Lute bien l'alambic et le mets au bain-marie vaporeux; et laisse putréfier ta matière doucement tant que tu vois que l'âme de l'or soit toute dissoute en eau ou en sa première matière. Il se produira de ces deux une liqueur qui sera rouge comme sang, belle et transparente, en sorte que nul rubis qui soit au monde ne lui est à comparer. Mais prends garde ici que quand l'âme de l'or commence à se dissoudre et à entrer en la première matière de son essence, on voit premièrement sur le bord du verre où la matière touche, un certain cercle fort beau, tout à fait vert; après celui-ci, un autre qui est bleu et ensuite un cercle jaune; et ensuite l'on aperçoit toutes les couleurs de l'arc-en-ciel qui sont agréablement entremêlées l'une avec l'autre; mais elles ne durent pas longtemps.

Or quand toute l'âme de l'or s'est dissoute entièrement dans l'esprit de mercure et qu'il ne se voit plus aucune résidence dans le fond de l'alambic, alors versez-y deux fois autant pesant d'esprit de vin du plus excellent et du plus purifié et essencifié. Lute bien ton alambic d'excellent lut. Digère et putréfie doucement le tout ensemble l'espace de douze ou quinze jours. Puis distille le tout ensemble et il distillera ou passera par le bec de l'alambic une matière liquide qui sera rouge comme un très beau sang et tirera sur une couleur toute dorée et transparente. Continue et réitère cette distillation tant de fois que rien de corporel ne reste au fond de l'alambic. Et ainsi tu auras le droit et vrai or potable, lequel tu ne pourras jamais réduire en un corps. Mais prends garde auparavant de commencer ta dissolution et l'extraction de l'âme aurifique que ton or soit grandement bien purifié et purgé.


Autre or potable

Voici encore un or potable qui se fait et prépare par art. Et encore qu'icelui ne puisse pas être réputé pour un vrai or parfait ou potable, toutefois il faut avouer qu'il est quelque chose de plus qu'un demi-or potable. Car il est puissant en sa vertu dans plusieurs maladies dont on serait incertain de pouvoir être guéri par la nature des autres médicaments ordinaires, lesquelles maladies toutefois ont été extirpées par le moyen de cet or potable. Or ce demi-or potable se peut faire de deux manières, la dernière desquelles est meilleure et plus efficace que la première, et même elle est plus longue à faire et d'un plus grand travail. La préparation de la première manière de ces deux demi-or potable est telle : Prends l'âme de l'or, laquelle a été extraite par l'esprit doux de sel commun. Adoucis-la très diligemment et nettement. Laisse-la sécher et la mets dans une grande fiole de verre, et y verse de l'huile rouge de vitriol qui soit sans flegme et qui auparavant ait été déflegmée et rectifiée par la cornue, en sorte qu'elle ait été rendue claire, belle, blanche et transparente. Et prends bien garde que quand cette huile de vitriol se charge d'une couleur rouge, c'est signe que l'âme de l'or s'y est laissée dissoudre. Mais sois soigneux de ne verser sur l'âme de l'or qu'autant de ton huile de vitriol qu'il en faudra justement pour sa dissolution. Puis tu mettras ta dissolution [à] putréfier au bain-marie, à feu médiocre, voire un peu plus que médiocre, tant que tu vois que l'âme de l'or soit parfaitement bien dissoute dans cette huile de vitriol. Et s'il se fait quelques fèces, il faut que tu les ôtes et que tu mettes la dissolution dans une cucurbite. Puis y verse dessus deux fois autant d'esprit de vin très excellent et très bien rectifié, comme je t'enseignerai en cette partie. Ferme et lute bien la cucurbite afin que l'esprit de vin ne se puisse point évaporer. Après tu mettras [à] putréfier ta matière au bain-marie, à doux feu, l'espace d'un mois. Et alors l'acrimonie de l'huile de vitriol s'adoucira par l'esprit de vin qui lui fait perdre toute son âpreté. Et ainsi il s'en fait une excellente médecine. Distille le tout ensemble tant de fois qu'il ne demeure aucune résidence au fond de la cucurbite. Et alors tu auras là un plus que demi-or potable en façon d'une belle liqueur fort jaune.

Mais sachez que l'on peut procéder en la même manière avec quelques-uns des autres métaux. Car premièrement tu en pourras faire un vitriol métallique duquel tu tireras facilement l'esprit que tu joindras en la même façon de ci-devant au soufre ou âme que tu verras s'y dissoudre. Laquelle dissolution tu digéreras puis après avec [de l'] esprit de vin tant que le tout devienne une médecine comme j'ai dit, laquelle ensuite produira et fera reconnaître sa vertu.


Autre demi-or potable

L'autre manière de préparer ce demi-or potable, lequel n'est pas véritablement plus qu'un demi-or potable, mais lequel toutefois passe de beaucoup en sa force et vertu médicinale celui que je viens de décrire. Et voici comment il convient de la faire.

Prends l'âme de l'or extraite comme j'ai dit ci-devant. Mets-la dans une cucurbite et y verse du soufre des philosophes qui a été extrait et lequel est l'autre principe qui a été tiré de la terre des philosophes avec l'esprit de mercure; et [il] faut que ce mercure ou esprit de mercure ait été derechef retiré par la distillation de dessus cette terre des philosophes jusqu'à consistance d'huile, laquelle est le soufre des philosophes.

Verse donc sur l'âme de l'or de ce soufre des philosophes ce qui suffira pour la dissoudre. Laisse ta matière au bain-marie tant que l'âme de l'or soit dissoute. Et sur cette dissolution, versez-y davantage de très bon esprit de vin très bien rectifié. Digère derechef le tout à doux feu, puis distille-le jusqu'à ce qu'il ne demeure rien au fond de l'alambic. Et ainsi tu as une médecine qui ne cède que de deux degrés au vrai or potable. Voilà la principale manière de faire l'or potable corporel. C'est pourquoi je conclurai et puis j'enseignerai et décrirai brièvement, mais par une véritable manière, comment la lune qui est plus prochaine de l'or en sa perfection, peut être rendue potable et comment il faut préparer cette lune potable en la façon et méthode suivante.


Lune potable

Prends le soufre de couleur céleste ou l'esprit de lune qui a été extrait avec le vinaigre distillé comme je t'ai enseigné au particulier de la lune. Adoucis ce soufre et puis le rectifie avec [de l']esprit de vin. Laisse-le sécher et le mets dans une cucurbite, et y verse trois fois son poids d'esprit de mercure, lequel se prépare et s'acquiert de l'esprit blanc de vitriol, comme je t'ai montré en son lieu fidèlement. Ferme et lute bien la cucurbite, et mets [à] putréfier ta matière à la vapeur du bain-marie jusqu'à ce que ton soufre de lune soit tout dissous, sans qu'il n'y demeure rien au fond du vaisseau. Et alors digère le tout ensemble par quinze jours entiers. Puis distille ta dissolution jusqu'à ce qu'elle ne laisse point de résidence au fond. Et alors tu as la vraie lune potable, laquelle fait des effets que je n'oserais dire être miraculeux, comme tu le verras dans les occasions qui se présenteront.


Description de l'esprit igné du vin

Prends de très bon vin et en tire l'esprit, lequel tu rectifieras sur du tartre calciné selon l'art à une souveraine et grande blancheur, en telle sorte qu'il soit parfaitement brûlé. Puis mets cet esprit de vin rectifié dans une cucurbite et sur une mesure d'icelui ajoutez-y quatre onces de sel armoniac bien sublimé. Couvre ta cucurbite de sa chape et y joins un fort grand récipient, lequel tu poseras et feras tremper dans un vaisseau d'eau froide à cause des esprits volatils. Distille doucement au bain-marie et il restera quelque peu de chose au fond de la cucurbite. Et note qu'en cette distillation il faut que tu humectes souvent la chape avec des linges mouillés en eau froide afin de la rafraîchir. Et ainsi les esprits les plus subtils passeront dans le récipient, de sorte que par ce moyen tu auras l'esprit igné du vin.


Suit le sel de tartre

Premièrement, il faut que tu saches que le tartre des philosophes n'est pas le tartre commun, pour ouvrir nos serrures ou secrets, mais c'est un autre tartre ou sel qui vient toutefois d'une même racine. Et c'est une de nos clefs secrètes pour ouvrir tous les métaux, laquelle se fait ainsi : Fais une lessive de cendres de sarments de vigne qui soit la plus forte que tu pourras. Puis fais-la cuire et bouillir jusqu'à siccité entière. Et il te restera au fond du chaudron une matière luisante, laquelle tu feras réverbérer à feu de flamme l'espace de trois heures, la remuant et agitant continuellement avec quelque verge de fer, tant que ta matière soit devenue fort blanche. Après, dissous cette matière dans de l'eau de pluie distillée, laisse rasseoir les fèces et filtre ta dissolution. Puis dessèche-la doucement dans des vaisseaux de verre jusqu'à siccité. Et ainsi tu auras le vrai tartre ou le vrai sel de tartre des philosophes, duquel l'on peut tirer le véritable esprit. Remarque bien ceci : comme il a été dit ailleurs des pierres précieuses et de leurs vertus et propriétés, de même je te dis maintenant qu'il se trouve plusieurs pierres de vil prix, et même des plantes, qui sont de pareille efficace et vertu en leur opération, quoique les ignorants n'en croient rien et qu'ils ne puissent comprendre cette vérité à cause de leur grand aveuglement et ignorance. Ce que je ferai ici reconnaître par l'exemple de la chaux vive dont on ne fait pas grand état comme étant réputée pour une pierre vile et abjecte. Et toutefois elle contient en soi de puissantes et très efficaces vertus contre des maladies des plus obstinées et violentes. Mais d'autant que la chaux vive a des propriétés et vertus merveilleuses et triomphantes qui sont presque inconnues d'un chacun, je veux ici pour une heureuse conclusion en déclarer les arcanes et mystères à tous les fidèles amateurs ou admirateurs des choses naturelles et surnaturelles, auxquels principalement j'ai révélé en ce mien livre les principaux mystères de la nature.

J'enseignerai donc premièrement et révélerai comment il faut extraire l'esprit de la chaux vive, ce qui demande et requiert un artiste ou opérateur bien expérimenté et bien adroit. Car cette opération ne réussira pas à celui qui n'a pas de solides fondements en cette préparation.


Esprit de chaux vive

Prends de la chaux vive récente autant qu'il te plaira. Broie-la en menue poudre sur une pierre bien sèche, puis la mets dans un alambic de verre et y verse de très excellent esprit de vin, mais point davantage que ce que la chaux vive en peut boire, en telle sorte que l'esprit de vin ne surnage point. Après couvrez votre alambic de sa chape et y joignez un récipient, le tout bien luté. Puis distillez au bain-marie tout l'esprit et le remettez sur la chaux vive et le redistillez et réitérez cela jusqu'à huit ou dix fois. Et par ce moyen l'esprit de la chaux vive est fortifié en sa gloire et vertu par l'esprit de vin et en est rendu bien plus igné et vigoureux. Ce qu'étant fait, retire cette chaux vive préparée hors de l'alambic et la broie derechef très subtilement et y mêle la dixième partie de sel de tartre qui soit très beau et pur et ne laissant plus aucune féce. Maintenant pèse toute ta matière conjointe et y ajoute autant de pesant de sel de tartre, c'est-à-dire de cette matière qui est restée après que tu as tiré ton sel de tartre — qui est proprement la cendre de serment lessivée, c'est-à-dire dont on a tiré le sel comme ci-devant — et que cette matière soit bien desséchée auparavant que de l'ajouter et mêler. Mêle donc et broie bien le tout ensemble, puis mets toute ta matière dans une cornue bien lutée, n'en emplissant seulement que la tierce partie et y ajoute un grand récipient fort bien luté. Mais note bien qu'il faut que tu aies un vaisseau de verre qui ait deux canaux larges d'un doigt, dans l'un desquels soit ajouté le grand récipient dans lequel tu auras mis un peu d'esprit de vin, et que le tout soit bien luté ensemble. Alors donne feu doux et eau à la cornue et le flegme passera le premier dans le premier vaisseau qui a

un double canal. Et quand le flegme aura ainsi distillé, donne un plus fort feu, et un esprit blanc distillera dans le grand récipient, très beau et éclatant à la vue comme l'esprit blanc de vitriol. Cet esprit ne contient point de flegme mais il monte insensiblement par le canal dans le grand récipient, là où il se revêt de l'esprit de vin comme étant un feu qui s'insinue et se joint dans un autre feu.

Mais tu dois savoir que si la chaux vive n'était auparavant préparée avec l'esprit de vin et qu'icelui ne fut ensuite retiré et distillé, cette chaux vive ne ferait rien qui vaille. Car par cette distillation il n'en sort que le flegme, lequel s'il demeurait avec la chaux vive, elle perdrait toute efficace et vertu. C'est pourquoi l'on peut dire que la nature est imperscrutable et qu'elle tient enfermées dedans soi plusieurs merveilles qui ne peuvent pas être toutes connues par les humains. Or quand cet esprit de chaux vive est tout distillé et entré avec l'esprit de vin, alors retire le récipient, jette le flegme et conserve soigneusement l'esprit de vin et l'esprit de chaux vive joints ensemble. Et note que ces deux esprits se séparent difficilement l'un de l'autre par la distillation, car ils s'entre-aiment grandement et l'esprit de chaux vive a accoutumé en cette distillation de se transporter toujours dedans l'esprit de vin. Pour donc en faire la séparation, prends ces deux esprits unis et les mets dans un vaisseau de verre qui soit large, puis y mets le feu et l'esprit de vin seul s'allumera, brûlera et se consumera. Mais l'esprit de la chaux vive restera dans le vaisseau de verre. Conserve-le soigneusement. Et ainsi tu as en vérité un arcane que peu d'autres surmontent en excellence si tu t'en sais bien servir. Cet esprit de chaux vive a tant de vertus et de propriétés qu'il serait impossible de les décrire à moins que d'en faire un discours particulier qui serait trop prolixe et trop ennuyeux. Cet esprit dissout les yeux de cancre et aussi les cristaux de roche les plus durs. Et si tu mêles ensemble ces trois choses et que tu les distilles par réitérées distillations, alors trois gouttes de cette liqueur distillée prises avec un peu de vin chaud rompent et fracassent telle pierre que ce soit dans le corps de l'homme et la font sortir entièrement avec toutes ses racines et ce, sans aucune peine ni douleur.

Or cet esprit de chaux vive est au commencement d'un bleu céleste; mais quand il est doucement rectifié, il devient d'eau, blanc, clair et transparent et laisse peu de fèces après soi. Il dissout les pierres et perles précieuses, celles même qui sont très fixes, comme au contraire il a cette propriété de pouvoir fixer par sa vertu et immense chaleur les esprits très volatils. Si quelqu'un est tourmenté et affligé des gouttes en quelque façon que ce soit, cet esprit de chaux vive en est le maître, les faisant dissoudre et les guérissant radicalement, en sorte que même toutes les nodosités et enflures ou tumeurs disparaissent et s'évanouissent tout à fait.

Grâces soient rendues du fond du coeur à la toute puissante et sainte Trinité, Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, pour tous les bénéfices, dons et présents qu'il nous a donnés et élargis en cette vie, ne nous ayant rien laissé de caché ni à moi, ni à vous autres, selon que je me l'étais proposé. Et je puis dire que je n'ai rien entrepris en mes desseins que je ne l'aie fondé et établi au Nom de Dieu, auquel en soit la louange perpétuelle en toute éternité. Ainsi soit-il. Tout ce qui a esprit donne et rend louange au Seigneur. Alléluia.